Macron, grand baron ou fanfaron ? Son meeting Lillois

Il est 14h lorsque j’arrive devant le Zénith de Lille. Devant la salle, s’amassent déjà plusieurs centaines de personnes. Au programme de ce samedi 14 janvier, l'anniversaire de Soprano et le meeting d’Emmanuel Macron à Lille, à trois mois du premier tour des présidentielles.

Devant moi, un groupe de jeunes patiente tout en commentant le sex-appeal de l'ancien ministre. "Je préfère Benoît Hamon" affirme la stalinienne de la bande.

Il faut dire que les jeunes sont venus en nombre pour le meeting. Certains sont là par curiosité, d'autres sont des supporters de la première heure. Il y a également des actifs quadragénaires mais les retraités se font rares.

Comme pour dissuader les moins courageux, la grêle et la pluie se sont immiscées dans le débat. Il y fait froid, très froid. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est mon filtre snapchat.

15h50, alors que mes camarades de file d’attente commencent à checker les symptômes de l’hypothermie sur doctrissimo, les portes du Zénith s'ouvrent enfin.
Une palpation, deux ouvertures de sacs et un contrôle d’inscription plus tard, nous voilà à l’interieur. Dans la salle, une dizaine de caméras et de journalistes. On y a ainsi vu Quotidien, Europe 1, Bfmtv… Tous à la recherche d’un jeune assez enthousiaste pour être interviewé, en attendant l’arrivé du champion.

Des militants de « l’équipe en Marche » nous abordent, à la recherche de donateur pour financer la campagne, dans le cadre de ce que la loi autorise -soit pas plus de 7500 euros- c'est dommage, on aurait bien donné plus.

« organiser ce genre de meeting, ça coûte cher, on a besoin de soutien puisque nous n’avons pas de subvention de l’Etat »

Alors que les candidats de la Primaire de la gauche organisent leurs meetings dans des gymnases, Macron, quant à lui, a investi 400 000 euros dans son grand meeting Parisien le 10 décembre. Aujourd'hui, à Lille, nous sommes près de 5000 personnes-le résultat d'une levée de fond précoce nous souffle-t-on.

La scène bleue sur fond bleu dispose d'un pupitre avec le drapeau national, similaire à celui de François Mitterrand. C'est un véritable appel du pied aux électeurs de gauche dans ce bastion socialiste.

Sur le scène, un jeune se charge de réveiller les membres engourdis par le froid des militants, sympathisants et curieux venus en masse. On applaudit, ou porte bien haut les drapeaux français et ceux de l’Union européenne. La salle entame un clapping, parce qu’à En Marche, on est jeune et moderne. Et puis, à en Marche, on est aussi bon en slogan, alors on nous régale en entonnant « ça va marcher » en boucle ! (en référence au mouvement en Marche, il faut suivre un peu).

Au programme, des militants et sympathisants introduisent le candidat en taclant ses adversaires. Fillon et sa création de l’internet français, Aubry et son « Macron Ras-Le-Bol », Valls et son meeting en comité restreint, le Pen et le danger qu'elle représente, personne n'y échappe. On nous vend un homme incarnant le « progressisme, le pragmatisme », « un homme neuf ».

Lorsque Macron arrive finalement sur scène, il choisit de rappeler que son électorat n’est ni de droite ni de gauche-ou alors un peu des deux-les clivages partisans c’est so 2012. Cette logique accompagnera le reste du meeting, avec un orateur alternant entre références au Général de Gaulle, à François Mitterrand, à Churchill, à Pierre Mauroy ou encore à Simone Veil. Un coup à gauche, un coup à droite pour être sûr que chacun y trouve son compte.

« l'alcoolisme et le tabagisme s’y sont peu à peu installés»

Le candidat s’octroie un droit de réponse à la polémique qu’ont déclenché ses propos sur le bassin minier de la région plus tôt dans la semaine, jugés stigmatisants et empreints de mépris de classe. Il évoque ainsi les conditions de vie difficiles des anciens travailleurs.

Sur le fond, Macron, le front luisant, énonce ses mesures phares : suppression du RSI, l'organisme de protection sociale des indépendants et des professions libérales, réduction du nombre d'élèves par classe en primaire dans les « zones d’éducation prioritaire », abaissement des cotisations patronales. Chaque promesse est enrobée dans des banalités largement applaudies : « le monde se transforme » ou encore « nous sommes dans le XXIème siècle ». « Macron Président » est scandé à plusieurs reprises dans la salle.

Sur le plan des valeurs, l’ancien ministre de l’économie se présente comme « le candidat du travail », définitivement attaché à l’Union européenne « l’Europe c’est nous, Bruxelles c’est nous ». Il désire ainsi " une politique d'immigration et de renseignement commune" au sein de l’institution. Le drapeau aux étoiles jaunes est massivement agité par un public conquis.

Macron prône également « l’émancipation par l’école » et souhaite faire en sorte « que la vie des entrepreneurs soit plus simple ». Son discours, pourtant "ni de droite, ni de gauche", est incontestablement libéral. Refusant le terme de « guerre » utilisé par Manuel Valls pour désigner le combat contre le terrorisme, il choisit de privilégier la notion de "lutte" contre Daesh. Et lorsque l'ancien ministre entreprend d'énoncer sa stratégie diplomatique à l’international en haranguant « J’ai 39 ans, vous vous demandez ce qu’il va se passer fasse à M Poutine ou M Trump », un supporter zélé s'empresse de suggérer un « coup de boule », devant 5000 spectateurs hilares. C’est une salle déchaîné on vous dit.

Pour conclure son meeting, et avant d'entonner la Marseillaise, Macron balaie les critiques et s’autorise une envolée lyrique :" J'entends déjà celles et ceux qui nous disent que nous sommes des rêveurs. Mais à force de croire en ses rêves, on finit par imposer sa réalité." Qui a dit que les banquiers ne pouvaient pas être des poètes ?

BONUS : où est Emmanuel ?

aidez-nous à le retrouver parmi la foule (svp)

vous le voyez ?

Est-ce lui ?

Sur le smartphone peut-être ?

derrière le rideau ?

Emporté par la foule qui nous traîne, nous entraîne

Trouvé !

Eloïse Bartoli

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eloise bartoli
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