Étape 16 Le Myanmar

De Bangkok, on s'envole vers Yangon, la capitale du Myanmar.

Autant clarifier tout de suite les différents noms du pays. Officiellement la Birmanie est devenue (redevenue) le Myanmar en 1989 mais le nom a été choisi par la junte militaire et fait donc débat au sein de la communauté internationale. Myanmar signifie "les premiers habitants du monde", nom déjà utilisé au XIIIe siècle par le pays, quant à Birmanie (Burma) c'est le nom donné pendant la colonisation anglaise. Le débat reste entier, Myanmar ou Birmanie, à vous de choisir. Et c'est le même débat pour Yangon / Rangon l'ancienne capitale qui a, elle aussi, été rebaptisée.

On arrive tard, mais l'aéroport nous semble assez civilisé, on trouve un taxi qui nous amène jusqu'à notre hôtel au centre ville.

On est surpris par le développement de la ville, bien plus propre et organisée que l'Inde ou le Népal. On ne s'attendait pas à ça, son indice de développement humain étant égal à celui du Népal.

Le premier jour à Yangon est consacré aux tâches administratives. Il nous faut acheter plusieurs billets de bus pour nos différentes étapes dans le pays. On peut acheter les billets sur internet, mais le problème est déjà de trouver du wifi qui marche. Il y a bien les petits kiosques qui vendent les billets de bus, mais tout est écrit en birman et l'anglais n'est pas vraiment leur fort. Et comme il nous faut sept trajets de bus, la compréhension des dates, villes, heures de départ... est primordiale.

Nous voilà donc à arpenter la ville pour trouver un café avec wifi fonctionnel. On finit par trouver notre bonheur dans un endroit qui semble avoir ouvert il y a seulement quelques jours: ils apportent les touches finales à la déco!

Le wifi marche et on se met en quête de ces fameux billets de bus. Manque de chance pour nous, nos voisins de table sont québécois et l'on s'engage dans une longue conversation. Au fil de la conversation, on s'aperçoit que Sophie travaille pour l'entreprise qui a dessiné les extérieurs de notre immeuble et que Max et Clément ont une connaissance commun. Le monde est extrêmement petit!

Bref, on vient de se faire des copains québécois à l'autre bout du monde et deux partenaires de voyage pour la découverte de Yangon.

L'après midi passe et pas de billets de bus. L'achat sur internet semble compromis, aucun billet n'est disponible pour nos dates.

Des moines sur l'esplanade de la pagode Shwedagon

On finit par retourner dans les petits kiosques à billets de bus qui, en y regardant de plus près font également office de relais postal. Non, ce ne sera pas non plus du Myanmar que nous enverrons des cartes postales, surtout après l'échec de celles de l'Ouzbékistan.

La madame birmane qui réserve pour nous les billets de bus parle un peu d'anglais et c'est sans problème que l'on achète nos billets de bus.

On se retrouve ensuite, avec Max et Sophie pour un petit apéro sur un des rares buildings de la ville. L'endroit n'est même pas encore dans le routard, qui est pourtant la dernière édition. On a vraiment le sentiment que la mondialisation déferle par ici.

Sur Le roof top de Yangon, avec en arrière plan la pagode Shwedagon

Un petit rappel historique s'impose, même si je me doute que tout le monde connaît Aung San Suu Kyi (la dame de Rangon, prix Nobel de la paix en 1991).

Le pays connaît une histoire riche en rebondissement et vraiment sanglante depuis le début du XXe siècle. Colonie anglaise jusqu'en 1948, d'abord comme une simple région de l'Inde puis ensuite comme pays à part entière. Les anglais forcent à l'exile le dernier roi Birman, qui ne reverrait jamais son pays.

La Birmanie, après son indépendance, sombre dans le chaos des coups d'états et dictatures successives. La junte militaire prend le pouvoir en 1962 et ferme le pays au reste du monde. Il y a bien quelques ouvertures timides qui se soldent toutes par des échecs, un pas en avant pour trois en arrière.

C'est en 1989 qu'Aung San Suu Kyi est assignée à résidence, elle était revenue en Birmanie en 1988. Elle sera finalement libérée en 2010.

Bref, le pays s'ouvre progressivement aux touristes depuis 2011, date à laquelle la junte s'est auto dissoute avec un simili d'élection électorale. Dans les faits, le partie d'Aung San Suu Kyi est au gouvernement, mais tous les postes clés sont encore occupés par des militaires. Il y a toujours des régions interdites aux touristes et certaines où les tensions avec les différentes communautés du pays sont encore très fortes.

Pour résumer, ce n'est pas le genre d'endroit où l'on s'écarte trop des sentiers battus. De toute façon il faut des autorisations spéciales, et les militaires bien que peu visibles sont toujours bien présents.

Sur le plan économique, le pays est très riche en pierres précieuses, un des rares pays où l'on retrouve presque toute la variété des cailloux précieux. Le pays était aussi connu pour le teck, maintenant interdit à l'export. C'est également un grand producteur de riz, assez inimaginable quand on voit la vétusté des engins agricoles : deux buffles et charrue pour les plus chanceux.

La junte birmane est plutôt du style très parano. Ils ont déménagé la capitale en 2005, en construisant de toute pièce une ville au milieu de la jungle. Il paraît que l'autoroute pour y aller peut servir de piste de décollage et atterrissage pour des avions en cas d'invasion, ou de soulèvement des birmans. C'est apparement des astrologues qui auraient suggéré ce déménagement à la junte.

Autre tour des astrologues birmans qui, suite à une lecture (certainement poussée) de la trajectoire des planètes, ont informé un des généraux qu'il faudrait changer le sens de la circulation des voitures. Résultat, les birmans roulent à droite avec le volant à droite. Pour ceux qui ont du mal à imaginer (comme moi) à quoi ça peut ressembler, il faut s'imaginer une voiture anglaise qui roule sur une route française. Pas facile dans ce cas là pour doubler!! Sacrés astrologues!

Yangon

Pour revenir à nos moutons, la mondialisation a fait son entrée dans le pays avec les touristes. Internet se répand à vitesse grand V avec l'aide des cellulaires. Les birmans ont maintenant accès à Facebook, même s'ils ne comprennent pas encore très bien toutes les facettes d'Internet. Ils créent des nouvelles adresses e-mail à chaque fois qu'ils oublient leur mot de passe. Il y a aussi des problèmes avec les fausses nouvelles diffusées sur Facebook (style le journal de Mourréal ou le Gorafi), les birmans ne font pas la difference entre les vraies et fausses informations.

Il leur reste encore pas mal de chemin à parcourir vers la modernité mais le progrès est considérable.

Le deuxième jour à Yangon est consacré à la visite de la pagode Shwedagon, sacrée depuis plus de 2500 ans et d'après le routard la plus belle et la plus grandiose du monde (rien que ça!).

Sur l'esplanade de la pagode Shwedagon

On retrouve Max et Sophie pour la visite. On y est le matin tôt, il y a pas mal de monde mais beaucoup de locaux et très peu de touristes, c'est à dire les conditions optimales pour visiter un lieu comme celui là. Beaucoup sont ici pour prier et participer aux rituels bouddhiques. On passe un bon 3h à tourner autour de la pagode, des temples, stûpas et petites pagodes... Pour bien s'imprégner de l'atmosphère mystique du lieu.

À la pagode Shwedagon

Le reste de la journée est plutôt tranquille avec visite d'un parc puis recherche de restaurant pour manger. C'est un peu le point noir de Yangon, il y a peu d'adresse pour "occidentaux". Les birmans mangent dans des gargotes installées le long des routes, sur des tables et des chaises taille enfant! Ça sent bon, mais l'hygiène n'a pas l'air des plus fiables.

Après Yangon, on part pour Kyaik Hti Yo ou le rocher d'or vers le sud est du pays. Quelques heures de bus plus tard, nous voilà dans un village rikiki. On trouve notre hôtel pour y déposer nos sacs puis partir pour ce fameux rocher d'or. C'est un des sites les plus sacrés du bouddhisme qui d'après la légende abrite un cheveu de Bouddha. Ne cherchez pas plus loin, nous avons l'explication de la calvitie de Bouddha, il a tellement donné de cheveux, qu'il n'en avait plus! La plupart des stûpas du pays renferment une relique de Bouddha en général, un cheveu ou une dent!!

Pour monter voir ce fameux caillou, qui est en équilibre au bord d'un précipice, il nous faut prendre un camion/pick up. On est entassé sur des petits bancs vraiment pas confo pour la montée. Il n'y a quasiment pas de touristes occidentaux et pour les touristes birmans c'est un pèlerinage donc tout le monde est content.

Coucher de soleil sur le rocher d'or

La route est plutôt chaotique, d'autant plus que le chauffeur semble prendre un malin plaisir à accélèrer dans les descentes et prendre les tournants à la corde. On constate rapidement que beaucoup de birmans ont le mal du transport. Dommage pour Clément qui en fait les frais, avec une vomito à ses côtés!

Une fois là haut, l'atmosphère est particulière, beaucoup de birmans sont installés sur l'esplanade, prêts à passer la nuit dehors car c'est apparement au petit matin qu'il faut prier face au Rocher d'or. On est à 1300m d'altitude et il fait déjà frais, je n'ose pas imaginer pendant la nuit. De notre côté on se contentera de passer la fin d'après midi sur l'esplanade. Clément peut s'approcher du rocher, mais pas moi car c'est interdit aux femmes (toutes les religions se valent!).

Le rocher d'or

Pendant la visite je dois porter un sarong/longyi, mais apparement mon apparence fait rire beaucoup de birmans. Au départ, je ne m'en soucis pas, les birmans rigolent beaucoup et depuis qu'on est arrivé, on ne compte plus les sourires en coin ou carrément les éclats de rire des birmans quand ils nous voient!

Mais pour cette fois, je finis par comprendre pourquoi quand une madame (qui a certainement pitié de moi), me fait comprendre que mon sarong est à l'envers. En effet je le fermais à droite et c'est apparement à gauche qu'il faut l'attacher. Je comprends maintenant pourquoi tout le monde rigolait. En effet, imaginez quelqu'un qui mettrait son pantalon à l'envers, ça fait tâche! Bonjour roi Dagobert!

Mes sauveuses et mon sarong à l'endroit

Mon sarong à l'endroit, la visite peut continuer.

On reste plusieurs heures sur place pour s'imprégner de cette ferveur bouddhique du lieu puis on prend le dernier camion pour redescendre au village. La descente est encore plus épique que la montée, clairement le chauffeur s'amuse bien! Mais cette fois pas de vomito!

On part le lendemain pour Hpa An, une ville encore plus au sud. On ne comprend pas tout, mais on nous amène dans une petite guérite sur la route principale pour attendre le bus après avoir pris un pick up environ 30 minutes. On est six touristes avec tous une heure de départ différente pour le même bus. La meilleure des solutions est d'attendre patiemment!

Hpa An est un peu plus grand que le village du Rocher d'or, mais pas non plus très développé. Les alentours de Hpa An sont uniques car des rochers karstiques sont partout dans la campagne environnante.

Photo: la campagne de Hpa An

On loue un scooter pour pouvoir aller à leur découverte. On n'est vraiment pas déçu car au milieu des rizières, on trouve donc ces fameux rochers dont plusieurs qui abritent des grottes que l'on peut visiter.

Une grotte, une rizière autour de Hpa An

L'art birman consiste à représenter Bouddha, la majorité du temps, dans la même position c'est à dire assis en tailleur et ils privilégient la quantité à la qualité. Il y a donc des parcs et des grottes avec des centaines de bouddhas. Impressionnant mais un peu redondant!

Le parc au 1000 Bouddhas

Pas de problème avec le scooter, il y a peu de monde sur les routes et les gens nous font coucou à chaque fois et sont prêt à nous indiquer la route dès que l'on s'arrête même s'ils ne parlent pas anglais! (Même une fois des moines!)

Clément et le scooter, une Madame très contente de prendre un selfie avec moi, un paysan content de nous dire bonjour

On passe deux jours entiers à explorer les environs, entre grottes, rochers karstiques et rizières. La ville en soi n'a rien d'intéressant, mais la campagne environnante est magnifique. En plus il y a très peu de touristes, c'est idéal pour les visites.

Des temples, des rizières et des Bouddhas

Et l'on rencontre dans ces endroits, très fréquentés par les birmans et très peu par les occidentaux, beaucoup de birmans très contents de nous voir parmi eux. On ne compte plus les demandes de selfies. On pense que pour eux, faire des photos avec un cellulaire est très récent et super excitant.

Mes nouvelles amies birmanes, des rochers karstiques

De Hpa An, on prend un bus de nuit pour un retour d'une journée à Yangon avant le trajet pour la plage de Ngwe Saung (se prononce Ouessan) sur la côte ouest du pays, dans le golf du Bengale. Au final, le bus de nuit nous dépose à 3h30 du matin à Yangon, la nuit a été courte mais notre hôtel nous donne une chambre. On peut finir notre nuit tranquille.

La journée à Yangon se passe tranquillement, on visite le quartier indien avec leur marché. Ils appliquent à 100% la théorie du : "quand il n'y a plus de place, y en a encore!" Le marché est situé sur une petite rue étroite bordée d'échoppes en tout genre, fruits, légumes mais aussi bouchers et poissonniers qui débitent les carcasses sur des tables en plein air, avec les mouches et les odeurs qui vont avec! Un régal pour le nez. Et les maraîchers ont trouvé une façon originale de gagner de l'espace, en disposant les fruits et légumes en plein milieu de la rue, avec les voitures qui passent au dessus des paniers... Sympa comme moyen pour gagner de l'espace, un peu moins pour ceux qui veulent manger ces légumes (l'extra dioxyde de carbone est inclu et gratuit!)

La ruelle du marché

Le lendemain matin, on est de retour sur un siège de bus, cette fois vraiment pas confo. C'est un bus réformé de Chine, je ne veux pas savoir le nombre de kilomètres qu'il a au compteur. Les sièges ne sont pas top, la clim plutôt aléatoire et en prime, ça doit être un chauffeur avec des origines indiennes, il passe les 6 heures du trajet une main vissée sur le klaxon.

Photo: Ngwe Saung plage

On est maintenant sur les bords de la mer d'Andaman. Le village de Ngwe Saung est vraiment petit. Il se résume à une rue principale le long de la plage et... c'est tout.

Il y a pas mal d'hôtels de luxe, mais nous sommes raisonnables, nous avons un petit bungalow en bambou, qui pour le coup est une très bonne surprise. Il est spacieux et on a une vue directe sur la plage et la mer. Bon, pas d'électricité pendant la journée et bien sûr pas de wifi. Mais on se rabat sur les bonnes vieilles activités: baignade, lecture et farniente. Pas mal pour passer le réveillon de Noël.

Yoga, lecture et hamac

De plus, la plage est quasi déserte, ce n'est pas la destination première des touristes au Myanmar et les birmans se baignent à l'aube ou au coucher du soleil. Le reste du temps, la plage est à nous. On n'est pas vraiment à plaindre! On passe ici quatre jours entre hamac, transat, trempette dans l'eau (presque turquoise) et le resto de l'hôtel.

La plage

Le jour de Noël, on visite un sanctuaire pour éléphants ou plutôt une école pour éléphants. Ce ne sont que des pachydermes de moins de 16 ans, trop jeunes pour aller travailler dans la forêt mais qui peuvent supporter un touriste sur le dos. Du coup, on fait notre petit tour d'éléphant!

Les éléphants

Après ces quatre jours reposants, loin de tout, on est de retour à Yangon pour prendre un bus qui nous amène vers le centre du pays. Pour le coup, c'est un nouveau visage du Myanmar qui nous attend. Le centre regroupe les destinations classiques des touristes avec le lac Inle, Bagan et Mandalay. Souvent les touristes pressés ne font que ces trois destinations sans même passer par Yangon.

Pour découvrir le lac Inle, on choisit de faire un trek de trois jours. On s'arrête dans un village à 60km de Nyaungshwe: le village de Kalaw. On y reste qu'une nuit. Pour le trek nous sommes obligés de passer par une compagnie birmane car un guide est obligatoire. Ça nous arrange aussi car nos gros sacs seront transportés directement à Nyaungshwe, ville d'arrivée du trek, pas besoin de les porter sur les 60km de piste.

Le lendemain matin, nous voilà sur les sentiers birmans. On est un groupe de neuf, et le courant passe assez bien.

Le rythme est assez intense, bien que le chemin soit relativement plat, les journées sont longues. On marche environ 8h par jours.

Le premier jour, on traverse plusieurs villages peuplés par différentes ethnies du pays. Le Myanmar compte une quinzaine d'ethnies dont sept qui vivent autour du lac. On en découvre quelques unes.

Tous les habitants ont un point commun, ils sont contents de voir des touristes et on dit bonjour à tout le monde. Il y a même une mamie qui nous invite chez elle pour boire le thé, et on finit par se retrouver dans une pièce remplie de ses enfants et ses petits enfants. Pas de grand discours, ils ne parlent pas anglais et même notre guide ne parle pas leur dialecte, mais c'est drôle.

Chez notre mamie Birmane

À la fin du premier jours, mes pieds sont en total rébellion, ils ne retourneront pas dans mes chaussures de marche, j'ai des ampoules et des bleus partout!

Mais bon pour me consoler, je peux compter sur une bonne douche à l'eau glacée. Enfin pas vraiment une douche, plutôt une bassine d'eau froide et un bol qui sert de pommeau de douche, le tout fermé à l'aide de quatre murs en bâche et pas de toit. Autant dire, qu'on vient d'atteindre un nouveau niveau dans le confort.

Douche 5 étoiles

Mais bon on est tellement poussiéreux, que l'on prend quand même notre douche glacée à grand renfort de petits cris très viriles. Car nous sommes maintenant en altitude, environ 1300 mètres, et il fait assez frais avec le soleil qui se couche!

En chemin

On passe une très bonne soirée, le repas est excellent et il y a de la nourriture à profusion. Et tout le monde est au lit à 20h30, exténué par la journée et à l'idée de rechausser les chaussures le lendemain.

Les récoltes de piments

Pas de surprise au petit matin, on remet le couvert, avec mes sandales (de hippie) cette fois.

Au petit matin

Les paysages sont très beaux. C'est valloné et on passe au travers des rizières mais aussi des champs de blé, maïs et piment qui donnent une couleur très rouge au paysage car ils sèchent sur de grandes parcelles.

Sur le chemin

Encore huit heures de marche jusqu'au village pour l'étape de nuit. Encore une fois, une bonne douche à la bassine et une bonne nuit de sommeil.

Le dernier jour est un peu plus facile, il nous reste qu'une demi journée et tout est en descente. Le lac est à environ 900 mètres d'altitude et on est monté jusqu'à 1600 mètres.

Le lac inle

Après les quatre heures de marche, comme promis, nous avons le lac Inle devant nous.

Il fait environ 20km de long, mais sa taille réelle est difficile à déterminer car il est entouré de marais que l'ethnie des Intha cultive. Cela donne au lac un air unique. Tout une partie du lac est occupée par des maisons sur pilotis et des champs flottants où l'on retrouve des tomates et autres verdures.

Sur le lac

Pour découvrir ce lac, on fait un tour de pirogue. Pour la première partie, on reste dans cette partie habitée du lac, où l'on peut peut voir les paysans à l'œuvre. À la place des tracteurs, ils sont sur leurs barques et s'occupent de désherber et récolter leurs légumes. On se ballade aussi dans un village sur pilotis avant de prendre le large pour découvrir les pêcheurs (toujours de l'ethnie des Intha) qui se sont fait connaître par leur technique de pêche très particulière. Ils se tiennent debout sur le barque, manœuvrant leur pagaie avec une jambe. Ainsi en équilibre ils tiennent un filet rigide en forme de cône qu'ils plongent dans l'eau. Une fois posé sur le sol, ils remuent le fond du lac avec une perche et espèrent qu'un poisson remontera jusqu'en haut du filet. Bref la technique semble fastidieuse et pas vraiment efficace.

Photo: Les pêcheurs du lac

Après ce petit tour sur le lac, il est déjà temps pour nous, de récupérer nos sacs à Nyaungshwe. L'organisatrice du trek à Kalaw, nous avait dit qu'on pourrait prendre une douche dans l'hôtel qui a nos sacs. On y va plein d'espoir, car c'est un trajet de nuit qui nous attend dans quelques heures et une douche ne serait pas du luxe.

Mais grosse désillusion, la gérante de l'hôtel nous explique que non, la douche est cassée. On s'aperçoit qu'elle n'est pas cassée mais carrément démontée. On essaye bien d'argumenter que l'on peut payer pour prendre une douche mais rien y fait.

Il faudra se résigner à prendre une douche aux lingettes pour bébé, c'est déjà mieux que rien.

Le trajet pour Bagan se fait donc de nuit. On pense arriver tôt, vers 5h du matin, mais on est très surpris d'arriver à destination vers 3h du matin... Le réveil pique. Les chauffeurs de taxi ne perdent pas le nord et nous proposent d'aller directement voir le lever de soleil, mais nous ne sommes pas vraiment d'humeur à attendre le lever de soleil, qui plus est, sans avoir repérer les lieux avant. Un lever de soleil, ça se mérite. Nous voilà donc à l'hôtel à 3h et quelques patates. On est encore une fois chanceux, il y a de la place dans un dortoir et nous finissons notre nuit dans un lit avant que notre chambre soit libre.

Le premier jour de visite est consacré à comprendre la ville et le plan (enfin ça c'est pour Clément!). On trouve le "port" de Bagan et l'on réserve une petite excursion sur le fleuve de l'Irrawaddy. Avant d'embarquer, on a le temps de faire un tour dans le village de Nyaung Oo.

Sur le toit d'un temple

Bagan est en fait un regroupement de trois villages: vieux Bagan, nouveau Bagan et Nyaung Oo. Il y a quelques années, en 1990, la junte birmane a forcé à l'exode les quelques 5000 habitants de Bagan. Ils ont dû s'installer quelques kilomètres plus loin (nouveau Bagan) pour laisser le vieux Bagan aux hôtels de luxe et aux touristes. La raison officielle était la préservation des temples mais bon il paraît assez évident que les intérêts étaient plus économiques que de conservation.

Et Nyaung Oo est un petit village où les hôtels pour petit budget se sont installés mais au final, les trois villages en forme qu'un.

Pour ce qui est du site de Bagan, c'est en fait une capitale royale. D'après les archéologues, le site est occupé depuis le troisième siècle av JC, mais il faut attendre le dixième et onzième siècle pour que Bagan connaisse son âge d'or.

On pense qu'il y a eu pas moins de 4000 temples, pagodes et stûpas (les plus rêveurs jusqu'à 13 000, mais c'est peu réaliste!), il en reste aujourd'hui 2000, il y a du pain sur la planche s'il l'on veut tous les voir!!

Sur le site de Bagan

Notre petit tour en barque sur l'Irrawaddy nous permet de voir trois temples éloignés du site principale. On peut même monter sur le toit d'un des temples (même si il y a des panneaux qui indiquent que c'est interdit), c'est un moine qui nous donne l'autorisation!

On visite aussi une île sur le milieu du fleuve où plusieurs familles vivent. Elles déménagent et reviennent au grès des saisons sèches et humides. Ils font pousser des légumes sur cette langue de sable et vivent aussi de la pêche.

Puis c'est l'heure du coucher de soleil sur le fleuve. Au revoir 2016!

Pour le réveillon du 31, pas de grosse fête à l'horizon, un burger végé accompagné de mojito à la fraise (faut en profiter, c'est la saison des fraises et elles sont excellentes!)

Le lendemain, on consacre la journée à l'exploration du site de Bagan. Avec 40km carré, il y a de quoi s'amuser, se perdre un peu et laisser les paquets de touristes sur les temples principaux.

Nous voilà donc partis pour l'exploration de Bagan avec notre scooter électrique, le seul type que les touristes peuvent louer.

Sur les petits chemins

Au milieu des palmiers et parcelles cultivées, on trouve des ruines plus ou moins bien conservées des temples. On a l'impression de marcher dans l'histoire et, il faut bien l'avouer, on se sent un peu comme des Indiana Jones. Surtout qu'on est tellement bien perdu que l'on ne rencontre pas beaucoup de touristes.

Malgré les mises en garde du guide du routard, on essaye de se frayer un chemin dans les hautes herbes et les épines d'acacia jusqu'à un temple. Gros raté pour l'opération Indiana Jones car Clément se faire mordre, par ce qu'on pense être un serpent! On est prudent et on se dit que s'il survit à la nuit, ce n'était pas un serpent veineneux. Rassurez vous, il a survécu et a toujours l'usage de ses deux pieds. Ce n'était pas un serpent veineneux!

On repère notre temple pour le lever de soleil du lendemain et un autre temple pour le coucher de soleil du soir.

Au détour d'une visite, une birmane nous surprend avec deux phrases de français sorties de derrière les fagots. Avec un "faut y aller molo molo" et elle achève de nous surprendre avec un " c'est moins cher chez Leclerc"! Qui a bien pu lui apprendre ça, en tout cas, ça a le mérite de nous faire rire!

On retourne à l'hôtel pour une petite pause et le temps de recharger le scooter, avant de ressortir pour le coucher de soleil. On y arrive assez tôt, deux heures avant le coucher du soleil, et on fait bien, il y a déjà du monde qui attend!

Le spectacle vaut le déplacement, on voit les toits des temples disséminés au milieu des arbres.

Le lendemain, on se lève avant le soleil et on enfourche notre scooter électrique à 4h45 pour être sûr d'avoir un bon spot sur le temple que l'on a repéré la veille. Le concierge de l'hôtel a dû nous trouver assez fou de partir si tôt, le soleil ne se lève pas avant 6h30.

Mais la mission est réussi, il n'y a que trois personnes sur les marches du temple. On s'installe confortable parce qu'on n'est pas au bout de l'attente. On est enroulé dans une couette polaire (il ne fait pas très chaud à 5h du matin!) et on a quelques provisions pour le petit déjeuner!

Le soleil est ponctuel et apparaît vers 6h30, mais il nous faut attendre encore une heure pour vraiment voir la magie de Bagan opérer.

Photo: lever de soleil

Avec le soleil qui monte, une brume se forme et s'accroche aux toits des pagodes et les mongolfières décollent. En plus, les touristes impatients ont commencé à déserter le lieu.

On aurait bien fait le vol en mongolfière d'une heure au dessus du site de Bagan, mais l'heure coûte 350$ US. On s'est dit que, tout compte fait, être sur terre ce n'était pas plus mal, en plus il fait aussi plus chaud que suspendu dans les airs!

On en prend plein les mirettes et on redescend "sur terre" vers 8h30. On ne rentre pas de suite à l'hôtel. On profite de la disparition momentanée des touristes, rentrés prendre leur petit déj, pour explorer le site.

Bagan

On sort complètement des sentiers battus. Et il faut avouer qu'on se perd un peu car les paysans ont, eux aussi, leurs chemins qui ne sont pas sur les cartes des touristes. Et pour le coup, on est vraiment seul.

Au programme de l'après midi, après une petite pause à l'hôtel, visite d'une fabrique de laque dans le vieux Bagan. On trouve l'atelier un peu par hasard, les sentiers nous ont encore joué des tours.

Lever de soleil sur Bagan

La visite, bien que faite à 100% pour les touristes est très instructive, on comprend maintenant les prix des objets qui sont dans le magasin, rataché à la fabrique.

On se met ensuite en quête d'un endroit pour le coucher du soleil. Encore une fois, par hasard, on tombe sur l'endroit le plus couru pour les couchers de soleil. Après avoir escaladé les marches du temple, qui sont vraiment raides, on domine tout le site de Bagan.

Bagan

On comprend mieux la popularité de ce lieu. On a une vue à couper le souffle sur les ruines. Même s'il n'est que 15h30, on prend nos quartiers pour le coucher de soleil. On fait bien car rapidement, la foule s'entasse sur les différentes terasses du temple.

Encore un coucher de soleil réussi, bien que la magie de Bagan opére plus avec le lever de soleil que le coucher, mais bon c'est quand même un très beau spectacle.

Le lendemain, il est déjà temps de partir pour l'étape suivante: Mandalay. Quelques heures de bus plus tard (et un birman vomito sur le siège d'en face!) on arrive à destination.

La ville en soi n'a pas grand chose d'intéressant. Contrairement à Yangon, il n'y a pas d'immeubles coloniaux. La ville est construite sur un modèle américain avec les rues et avenues qui ne sont que succession de numéros.

Mandalay est surtout connue pour être la ville des cités royales perdues mais aussi la ville des monastères avec 150 monastères et 70 000 moines. On les voit déambuler dans les rues pour faire la quête quotidienne auprès de la population, qui leur donne de la nourriture ou de l'argent. Les moines habillés en orange et les moinettes en rose.

Le premier jour d'exploration de la ville on découvre le marché de Jade, qui réunit environ 30 000 travailleurs. Petit hic, on a oublié de prendre en considération que c'est le jour de l'indépendance, donc férié. Donc au final, le marché ne grouille pas tant que ça, c'est plutôt très calme. Mais on voit quand même de gros gros cailloux de Jade et quelques rudes négociations.

Sur le marché de jade

On visite ensuite la pagode Mahamuni. C'est la plus prestigieuse de la ville, et pour les lève-tôt, on peut assister à la toilette du visage d'une statut de bouddha à 4h du matin.

On n'a pas encore cette ferveur bouddhique. On se contente d'observer le bouddha en milieu de journée et regarder les hommes birmans coller des feuilles d'or sur le corps de ce bouddha, déja bien boursoufflé par les couches successives de ces dernières que l'on colle sur lui depuis des années.

Autre spécificité de cette pagode, elle abrite des statuts Khmères, ramenées des temples d'Angkor au Cambodge. Les birmans leur prêtent des vertues guérisseuses et viennent toucher les parties du corps des statues pour guérir leur maux (à eux, pas aux statues, cela va de soi!)

Puis on se ballade dans la ville, mais ce n'est pas très agréable, les carrefours n'ont pas de feu de circulation et à chaque traversée de rue, c'est le stress pour éviter les deux roues, voitures et camions.

Photo: les moinettes qui sont en tournée pour récolter les dons

Le lendemain, c'est en scooter (un vrai cette fois!) que l'on part à la découverte des villages environnants de Mandalay. On commence par Sagaing, Inwa puis Amarapura.

Sagaing, capitale au quatorzième siècle, garde de cette époque, seulement ses temples, monastères et pagodes, qui étaient eux construits en pierre et non en bambou ou en bois. Le village est toujours là mais rien de vieux pour les maisons.

La ville est impressionnante, on la repére de loin avec tous les toits des stûpas et monastères sur les collines du village. On se rend à la pagode U Ponya, qui nous permet d'avoir une vue d'ensemble sur les environs de la ville. Puis ensuite, on visite le monastère en face de cette pagode, le monastère Paba. Aucun touriste à l'horizon mais pas beaucoup de moines non plus. À part quatre moines que l'on croise sur les marches de l'entrée, cellulaire à la main. Méditer semble un peu dépassé.

Un monastère de Sagaing

Après Sagaing, on part pour Inwa. Il nous faut prendre un petit traversier, en fait une barque. On voudrait traverser avec le scooter et pour les birmans pas de problème, notre scooter embarque sur la plateforme avant du bateau.

Inwa et les restes du palais royal au milieu des rizières

On visite ensuite ce village, qui nous rappelle un peu Bagan. Au milieu des rizières, on retrouve des ruines du palais royal, de temples ainsi que les anciens remparts.

On se perd (encore une fois) dans les petits chemins agricoles pour enfin retrouver notre route.

Pour notre derrière arrêt, on s'arrête pour découvrir le pont U Bein à Amarapura, pont en teck de 1200 mètres de long. Le palais royal d'Inwa y aurait laissé ses plumes et surtout son teck en faveur de la construction de ce pont.

Photo: pont U Bein

Le pont reliait la campagne et un monastère à la ville vers les années 1850. Malheureusement pour nous, la saison sèche est quand même bien avancée, du coup l'utilité de ce pont est un peu réduite. Le lac qu'il traverse est presque à sec. On finit par aller sur une langue de terre au milieu du lac, pour pouvoir admirer le pont d'en bas, et aussi profiter d'un dernier jus de fraises frais.

Pont U Bein

Puis retour à l'hôtel pour notre dernière soirée birmane.

Le lendemain, on prend l'avion direction Bangkok pour une petite escale de deux jours avant de se rendre au Cambodge pour la suite des aventures.

PS 1: c'est le premier pays que j'organisais toute seule, et surtout le premier pays qu'il fallait planifier au maximum car le développement de l'industrie du tourisme est tel, qu'il n'y a pas assez d'hôtels pour accueillir tous les touristes. Dormir dans un monastère, par terre ça me tentait moyen!

PS 2: on ne peut que vous recommander de découvrir ce pays avant qu'il ne tombe aux mains du tourisme de masse et que les birmans y laissent leurs âmes, et leurs sourires!

PS 3: il fallait se déchausser à chaque temple ou grotte visités, ce qui fait que l'on se retrouve à traverser une grotte pieds nus, à marcher dans de la boue, éviter les crottes de chauves souris, pour qu'au final un birman nous fasse signe que l'on pouvait remettre nos chaussures. Oui les chaussures c'est juste devant bouddha qu'il faut les enlever...

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