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Grand raid 2018 retour en images sur cette folle traversée de L'île

Textes : Lukas Garcia, Jonathan Timbou, Christopher Mermet

Images : Eric Le Joyeux, Stéphane Laï-Yu, Ludovic Laï-Yu, Christophe Erima, Emmanuel Morille & Valeska Grondin

Grand Raid 2018 : La bagarre… et la paix

En tête une bonne partie de la journée, François D’Haene a finalement été repris par Benoit Girondel. Pour clore un duel haletant, l’idée d’une arrivée commune s’est imposée presque naturellement.

Qu’il est loin le temps où des coureurs un brin fantaisistes pouvaient s’offrir un petit moment de gloire en courant quelques kilomètres aux avant-postes. On ne joue, plus, désormais, en tête du Grand Raid. Ce départ de Saint-Pierre fut une nouvelle fois très rapide, et ceux qui allaient animer la course quelques heures plus tard se sont découverts très tôt. Le Métropolitain Vincent Dujardin a assuré le train dans la montée vers Domaine Vidot avant de très vite céder la lumière aux grands favoris. François D’Haene, peu avant le 20e kilomètre, s’est retrouvé en tête, suivi de très près par l’Espagnol Tofo Castanyer qui a même symboliquement pointé en tête à Notre Dame de la Paix. Les deux coureurs du Team Salomon ont fait un petit bout de chemin ensemble. On les a à nouveau retrouvé en tête au Nez de Boeuf, au point culminant de cette première partie de course, après un peu plus de quatre heures d’effort. A leur poursuite, à une grosse minute : Jon Aizpuru, un autre Espagnol, Cédric Chavet, et Arnaud Chartrain. En embuscade, déjà, à moins de cinq minutes : Benoit Girondel, Maxime Cazajous et Antoine Guillon.

Nez de Bœuf - pk 39

1. François D’Haene 4h13’

2. Tofol Castanyer (Esp) 4h13’

3. Jon Aizpuru (Esp) 4h14’

4. Cédric Chavet 4h14’

5. Arnaud Chartrain 4h15’

Après l’échauffement, la longue descente plutôt roulante vers Mare à Boue dessine les premières sérieuses tendances. C’est là que Maxime Cazajous a rejoint D’Haene et Castanyer. L’Espagnol, déjà marqué par l’effort, a levé le pied. Cazajous et D’Haene se sont alors retrouvés tous les deux, creusant un premier écart conséquent. «C’est toujours bien de ne pas être seul. On discute. Ça passe le temps», confe alors le triple vainqueur. Son compagnon du jour, Cazajous est un habitué de ce genre de coups d’éclat. En 2017, il avait aussi compté parmi les grands animateurs de la course avant d’abandonner victime d’une grosse chute. Il avait promis, cette fois de ne pas partir aussi vite. Raté… Le duel qui se dessine est intéressant. Les deux hommes ne se quittent pas et basculent ensemble dans le cirque de Cilaos. Derrière eux, ça bouge. Benoit Girondel est désormais troisième et Tofol Castanyer confrme un inquiétant passage à vide dont il ne se remettra pas.

Cilaos - pk 66

1. François D’Haene 7h36’

2. Maxime Cazajous 7h38’

3. Benoit Girondel 7h51’

4. Tofol Castanyer 7h53’

5. Jon Aizpuru 7h56’

Il fut un temps, très ancien, où celui qui passait en tête à Cilaos, s’imposait plus tard à la Redoute. Ça, c’est fni. Mais l’entrée dans le cirque de Mafate, via le mythique et difcile Col du Taïbit est toujours un moment fort de la course. Plus question de se cacher ou de faire semblant. Les favoris un peu «justes» perdent ici leurs dernières illusions et les écarts deviennent plus importants. Devant, D’Haene et Cazajous mènent bon train. Les voilà inséparables. Ils s’attendent, même, au ravitaillement de Marla pour repartir ensemble vers le col des Bœufs. Une telle entente cordiale leur permet de prendre un peu le large. Derrière, Castanyer a jeté l’éponge. L’autre Espagnol, Aizpuru, sort lui aussi d’un top 5 où entrent Antoine Guillon et l’épatant Germain Grangier.

Sentier Scout - pk 90

1. Maxime Cazajous 11h10’

2. François D’Haene 11h11’

3. Benoit Girondel 11h22’

4. Antoine Guillon 11h41’

5. Germain Grangier 11h45’

Au moment de basculer une deuxième fois dans Mafate, Maxime Cazajous donne l’impression de payer son son coup de panache matinal. Pour la première fois, il cède du terrain entre Ilet à Bourse et Grand Place. D’Haene part seul. Grosse claque pour le suspense, croiton alors. Le grand favori de cette édition 2018 est en position de force quand il attaque le "monstre" du parcours : la montée du Maïdo, depuis le fond de la Roche-Ancrée. Cette ascension qui propose quasiment un double kilomètre vertical a souvent servi de juge de paix depuis qu’elle fgure au programme des hostilités. A Roche-Plate, à mi-montée, D’Haene afche une lucidité totale. Il repart en trottinant régulièrement. Cazajous, lui, a toutes les peines du monde à repartir. Il marche, et lentement. Le contraste est saisissant. En difculté au plus fort de la pente, Cazajous est repris et déposé par Benoit Girondel. Le vainqueur de l’édition 2017 semble alors devenir le plus sérieux adversaire de François D’Haene, marqué à son tour par cette redoutable montée du Maïdo. Entre le sommet et le poste de "tête dure" située deux à trois kilomètres plus bas, il cède du terrain à Girondel qui revient très fort. Moins de quatre minutes d’avance au pointage. Le suspense est relancé. Derrière, Maxime Cazajous serre les dents et poursuit l’aventure tant bien que mal. Antoine Guillon est en chasse, comme d’habitude, pourrait-on écrire. Sauf que… La classique remontée de l’Héraultais est contrariée par une chute : le vainqueur de l’édition 2015 souffre d’un bras et ne reprend plus de temps aux hommes de tête.

Maïdo tête dure - pk 115

1. François D’Haene 15h55’

2. Benoit Girondel 15h59’

3. Maxime Cazajous 16h19’

4. Antoine Guillon 16h54’

5. Francesco Cucco 17h26’

La course devient passionnante. Parce que dans la longue descente vers SansSouci, puis dans la remontée vers Dos d’Ane, Benoit Girondel revient sur François D’Haene. Les deux hommes arrivent ensemble au pointage du chemin Ratinaud et descendent ensemble jusqu’à la Possession.

La Possession - pk 146

1. Benoit Girondel 18h46’

2. François D’Haene 18h47’

3. Maxime Cazajoux 19h37’

4. Antoine Guillon 20h08’

5. Francesco Cucco 20h33’

Quel final ! Jamais ces dernières années le Grand Raid ne nous avait offert un tel scénario. D’Haene - Girondel… Ces deux là deviennent inséparables. On retient notre souffle… avant que ne s’impose l’idée qu’ils finissent ensemble. A l’attaque du Chemin des Anglais, ils scellent un pacte informel. La bagarre fut belle, place au partage. La météo est capricieuse, pas question, aussi, de prendre des risques insensés sur des sentiers devenus glissants. Derrière, le trou est fait et cela leur offre une marge de manœuvre tout à fait confortable. Au terme d’une descente extrêmement prudente, les deux hommes entrent ensemble à la Redoute. Ils connaissaient le chemin. Derrière les deux vainqueurs, Maxime Cazajous a finalement tenu bon et s’offre son premier podium sur le Grand Raid. Antoine Guillon, handicapé par sa blessure, n’a pas fini aussi fort que d’habitude mais il termine une nouvelle fois dans le top 5. Pour la douzième fois en treize participations.

La Redoute

1. François D’Haene et Benoit Girondel 23h18’

3. Maxime Cazajous 24h40'

4. Antoine Guillon 25h07'

Premiers mots de François D'Haene et Benoît Girondel, vainqueurs du Grand Raid 2018

26ème édition du Grand Raid : une très bonne cuvée

Deux champions hors-normes pour le prix d’un, des féminines au top, une organisation sans accroc majeur… Ce millésime 2018 restera un grand millésime.

La paix des braves

Oui, François D’Haene était l’immense favori de cette 26 édition. A tel point qu’on craignait que la course manque un peu de piment. Elle fut finalement superbe. Parce que le désormais quadruple vainqueur du Grand Raid n’était pas dans la forme de sa vie, il n’a jamais maitrisé son sujet comme il avait pu le faire lors de ses précédents succès ici. Pour le suspense, c’était parfait. D’Haene a d’abord du composer avec le panache de Maxime Cazajous, qui lui a tenu tête jusqu’à Roche-Plate, au delà du 100e kilomètre. Il a ensuite du gérer le retour de Benoit Girondel, plus fort dans la longue descente vers Sans-Souci. Le mano à mano fut haletant, jusqu’à la Possession. « Mais vous savez, à un moment, la bagarre, ça suffit », résume à ce sujet Benoit Girondel. L’idée d’une arrivée commune s’est imposée naturellement. Inséparables depuis le chemin des Anglais, les deux hommes ont été accueillis à la Redoute main dans la main.

Cette Diagonale 2018 a donc deux vainqueurs. Et même ceux qui affichent un scepticisme, compréhensible, face à ce genre de scénario ont forcément été séduits par les belles images offertes sur la ligne d’arrivée et cette certaine du sport, même de très haut niveau. Avec un quatrième succès, François D’Haene entre dans la légende du Grand Raid. Benoit Girondel, lui, avec une deuxième victoire consécutive s’installe confortablement. Et il semble écrit que la Réunion sera pour lui le fil conducteur d’une carrière que l’on prédit immense.

Haut les filles !

Jamais ces dernières années la course féminine n’avait été si indécise. Elle fut d’abord dominée par l’impressionnante Mimmi Kotka. La Suédoise est une référence du trail mondial féminin mais elle manque encore d’expérience sur d’aussi longues distances. En totale perdition au delà du 100e kilomètre, elle était là pour apprendre. Elle a appris, elle s’en souviendra… Après la défaillance de Kotka, c’est la jeune Audrey Tanguy, novice elle aussi sur la distance, qui a semblé en position de force. Mais la jeune protégée d’Antoine Guillon a été reprise et déposée dans le final par Jocelyne Pauly, lauréate en 28h54’. Juliette Blanchet, deuxième ex-aequo, complète le podium. Juste derrière, les locales Gilberte Libel et Camille Bruyas, qui disputait son premier Grand Raid, ont été magnifiques. On se souviendra, aussi, de l’énorme performance d’Hélène Valette du Trail de Bourbon, et dixième au scratch, et du bonheur partagé de Fleur Santos Da Silva et Hortense Bègue sur la Mascareignes.

La Réunion lé pu la

Voilà… Il y a désormais plus de dix ans qu’un Réunionnais n’a plus gagné le Grand Raid. On n’attendait pas de miracle, cette année, bien sûr. Mais cette édition 2018 marque un nouveau recul de la place des meilleurs coureurs locaux sur la Diagonale. Les voilà totalement écartés du top 10 alors que le plateau des coureurs de niveau international était plus faible cette année. C’est une déroute sans précédent. Benjamin Postaire, épatant 14e, et Mickael Chamand, 16e, sauvent l’honneur. Mais le bilan d’ensemble est désolant. Les chiffres sont cruels : 14 coureurs locaux seulement dans le top 50. On ne voit pas très bien ce qui pourrait inverser la tendance dans les années qui viennent. Encore impressionnant sur le Trail de Bourbon, qu’il remporte pour la deuxième année d’affilée, David Hauss semble armé pour rivaliser ici dans le futur avec les meilleurs mondiaux. Il ne cache pas qu’il rêve, « un jour » de courir le Grand Raid. Mais pas forcément dès 2019.

Des élites à reconquérir

Oui, ce Grand Raid 2018 restera globalement une réussite. Mais difficile d’oublier que l’événement a attiré très peu de coureurs étrangers de haut niveau. Résultat : la course s’est transformée en grand championnat de France d’ultra-trail. Un chiffre : un seul coureur étranger, l’Italien Cucco, dans le top 10. Ils étaient quatre en 2016 et 2017. La sortie de l’Ultra-Trail World Tour ne peut pas tout expliquer. Le calendrier est surchargé en cette fin de saison. Comparé à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, le Grand Raid n’est pas perçu comme une étape incontournable pour la grande majorité des meilleurs mondiaux. L’organisation, consciente du souci, devra trouver de nouvelles armes pour exister sur cette planète trail en profonde mutation, qui ne cesse de se professionnaliser. En travaillant précisément sur ce point, et avec quelques bonnes idées, ce n’est pas un défi insurmontable.

Le palmarès 2018

Mascareignes

1. Jordi Gamito (Cat) 7h35’ 2. Gilsey Félicité (Réu) 8h11’ 3. Romain Fontaine (Réu) 8h17’ 4. Guillaume Peretti (Fra) 8h26’ 5. Stéphane Odules (Réu) 8h33’

1. Hortense Bègue (Réu) et Fleur Santos Da Silva (Réu) 9h35’ 3. Emma Métro (Réu) 9h56’ 4. Emilie Maroteaux (Réu) 10h42’ 5. Adelaïde Poussin (Fra) 11h15’

Trail de Bourbon

1. David Hauss (Réu) 16h15’ 2. Judical Sautron (Réu) 17h26’ 3. Jean-Damien Rivière (Réu) 17h50’ 4. Teddy Parmentier (Réu) 18h21’ 5. Pascal Grondin (Réu) 19h05’

1. Helène Valette (Réu) 20h21’ 2. Danielle Seroc (Réu) 22h53’ 3. Mélanie Rousset (Fra) 23h19’ 4. Sophie Gerbelot (Réu) 24h33’ 5. Marylou Renault (Réu) 25h29’

Grand Raid

1. François D’Haene (Fra) et Benoit Girondel (Fra) 23h18’ 3. Maxime Cazajous (Fra) 24h40’ 4. Antoine Guillon (Fra) 25h07’ 5. Francesco Cucco (Ita) 25h35’

1. Jocelyne Pauly (Fra) 28h54’ 2. Juliette Blanchet (Fra) et Audrey Tanguy (Fra) 29h23’ 4. Gilberte Libel (Réu) 30h31’ 5. Camille Bruyas (Réu) 32h10’

Zembrocal Trail

1. Dalon lé O 27h52’ (Jean-Philippe Vitry, Yoann Bruno, Jovanny Gonneau) 2. XTREM SUD 30h45’ (Florent Hoarau, Jean Stéphane Fontaine, Gilbert Ah-Fat) 3. Kour-Zy-Vite 32h06’ (Mariette Aussedat, Antoine Bertolotti, Florent Ethève)

Retour, en images, sur le Grand Raid 2018

INTERVIEW - François D’Haene et Benoît Girondel, deux héros pour le prix d’un

Main dans la main, François D’Haene et Benoît Girondel ont conclu cette 26e édition du Grand Raid. Au terme d’une journée forte en émotions. Et d’un scénario riche en rebondissements.

L’information avait fuité une heure avant leur arrivée. De source proche dans les sentiers, François D’Haene et Benoît Girondel allaient terminer la course ensemble. Main dans la main. Après 23 heures 18 minutes et 41 secondes, le triple vainqueur de l’épreuve et le tenant du titre sont arrivés côte à côte au stade de la Redoute, sous les vivats du public, une nouvelle fois au rendez-vous.

Cependant, une fois la ligne franchie, Robert Chicaud, l’organisateur de la course tenait à préciser un point du règlement : « Même pour une arrivée conjointe, une règle a été édictée. La victoire, dans ce cas précis, revient au plus âgé des deux. A moins que celui-ci n’y renonce. Alors que décidez-vous ? » D’un hochement de tête conjoint, les deux hommes qui ont couru toute la fin de parcours ensemble, ont entériné ce succès partagé. Le quatrième dans l’histoire de cette mythique course, après 1991 (Gilles Trousselier et Patrick Maffre), 2000 (Thierry Técher et Gilles Diehl) et 2006 (Christophe Jacquerod et Vincent Delebarre).

Complices dans les sentiers, les deux champions l’ont été tout autant au moment des interviews d’après-course.

Qu’est-ce que cela vous fait d’être enfin à l’arrivée après 24 heures de course ?

François D’Haene : « Cela est toujours aussi chaleureux une fois arrivé sur le stade de la Redoute. J’ai même l’impression que le public est de plus en plus nombreux au fil du temps. »

Benoît Girondel : « Pour moi, je compare le Grand Raid à notre Tour de France. C’est vraiment quelque chose à part. C’est la seule course d’ultra, où on peut voir autant de personnes dans les sentiers à apporter leur soutien. L’Île vit pour le Grand Raid. C’est vraiment magique. »

Comment s’est déroulée cette journée pour vous ?

F.D : « Cela a été une belle journée, qui m’a permis de courir avec deux trailers dont je n’avais pas l’habitude de côtoyer. J’ai été content de passer un bout de chemin avec Maxime. J’espère d’ailleurs qu’il va terminer sur le podium et nous rejoindre au plus vite. Tout comme cette fin de course, sans précédent, avec Benoît. »

François, vous aviez cinq minutes d’avance à Sans-Soucis et beaucoup plus avant. A chemin Ratineau, Benoît est revenu sur vous. Que s’est-il passé pour vous dans ce laps de temps ?

F.D : « J’avais visiblement un peu d’avance dans Mafate, mais je n’ai jamais été trop au courant. J’ai juste essayé de gérer ma fin de course pour qu’elle soit différente de 2016, qui m’a laissée un goût amer. Cela m’a permis de réaliser une montée du Maïdo, plus prudente. Et pouvoir terminer comme il faut.

Comment vous est venue l’idée de terminer ensemble ?

B.G : « Cela s’est fait comme ça. J’ai adoré la bataille pendant la course. Mais cela a été fort agréable de terminer à 2. »

F.D : « C’est vrai qu’il m’en a fait part à un moment où je n’étais pas très très bien (au chemin Ratineau). Cela m’a gêné. Il était bien plus rapide que moi. Donc je l’ai laissé partir, puis c’est revenu un petit peu. Mais ça a été un grand plaisir, du coup, de pouvoir terminer ensemble à la même allure. C’est pour cela que j’ai accepté. »

Benoît, comment avez-vous fait pour revenir sur François ?

B.G : « C’est un peu un jeu, quand tu vois que tu as pris un peu de retard et que tu essaies de grappiller en accéléré. Après le trail reste un jeu. C’est comme ça que je le prends. »

Vous aviez dit dans le courant de la semaine, que vous ne faisiez pas partie des favoris de cette course. Pourtant vous le finissez comme tel…

B.G : « Je ne pouvais pas être favori sur un raid de 24 heures. Il peut s’y passer tellement de choses. Si tu fais une course pleine, tu peux te retrouver devant. Mais je ne peux croire qu’il y ait un favori sur ce type de course. »

A contrario, François, vous aviez déclaré ne pas trop connaître Benoît et Maxime. Est-ce que cela a changé aujourd’hui ?

F.D : « Je suis content d’avoir pu courir près de 80 km avec Maxime et 45 avec Benoît. Je pourrais le faire à l’entraînement, mais sur une course cela est encore différent, et on découvre vraiment le fond de ces personnes. Et je suis heureux d’avoir été avec eux aujourd’hui (hier). »

Qu’est-ce que cela vous fait de voir les vainqueurs de 2016 et 2017 être ceux de 2018 ?

F.D : « C’est la première fois, je crois, que j’arrive avec quelqu’un. Je suis bien content. Et je vois que cela rend les gens heureux. Alors si tout le monde y trouve son compte, c’est parfait. »

Avec cette nouvelle victoire, François, vous rejoignez Philippe Marie-Louise au palmarès du Grand Raid. Vous êtes désormais le recordman de succès. Qu’est-ce que cela vous inspire comme réflexion ?

F.D : « Que j’aurais droit à une Dodo de plus. Non je suis content, car c’est une course mythique pour moi. L’avoir gagné trois fois, c’était merveilleux. Avoir pu jouer devant aujourd’hui encore et finir sur le podium avec Benoît, c’est juste le top. La première fois que j’ai couru un ultra-trail, c’était ici en 2009. Je n’aurais jamais imaginé tout cela ! »

Qu’est-ce qui est plus que le Grand Raid ?

B.G : « Deux Grand Raids ? »

Votre victoire main dans la main est représentative d’un certain état d’esprit propre au trail. Mais vous représentez également deux teams différents. N’avez-vous pas eu de consignes données pour la victoire finale ?

F.D : « On verra cela, tout à l’heure… »

B.G : « C’est quand même nous les coureurs. Si on avait envie de le faire ainsi… »

F.D : « … après il y a pleins de choses qui se sont passés. »

B.G : « Moi je ne vois pas le problème. Certes, il y a deux teams différents, mais nous pratiquons le même sport, la même discipline, on s’entend bien et on avait le même niveau aujourd’hui. Qu’il soit d’une autre équipe que la mienne cela ne me pose pas de problèmes. »

Qu’entendez-vous par « il s’est passé pleins de choses » ?

F.D : « Au niveau du chemin des anglais, c’était dangereux avec la pluie qui s’est invitée. Pareil, sur la fin de la course, notamment dans la descente vers la Redoute. Il n’était pas intéressant de réaliser une prise de risques inconsidérée. De plus, on a proposé un scénario jamais vu sur le GRR. On a offert une belle bagarre, on s’est donné à fond. »

Vous reverra-t-on sur le Grand Raid l’année prochaine ?

F.D : « Laissez-moi un peu de temps… »

Benjamin Postaire, premier Réunionnais de ce Grand Raid

Benjamin Postaire a terminé la course en 28h38min, terminant 14eme au classement scratch de ce Grand Raid. Une édition où les locaux n'ont pas affiché une forte présence. Mickaël Chamand fini quant à lui à la deuxième place sur le podium des locaux (arrivée à 03h04 et 16ème au classement). Arrivé à 03h52, Nicolas Rivière termine ce podium des coureurs péi.

Le Sainte-marien est arrivé au stade de La Redoute cette nuit, à 2h38, soit après 28h38 de course, juste après le tricolore René Rovera et juste avant la première féminine Jocelyne Pauly.

4ème au Semi-Raid en juin dernier, 6ème au Cimasarun il y a quelques semaines, Benjamin Postaire s'est imposé parmi les coureurs locaux de la course. Et ce même si d'autres avaient sur le papier le profil pour arriver en bonne place sur ce Grand Raid. La surprise est donc venue de ce coureur qui ces trois dernières années n'a cessé de grapiller des places dans les classements de courses telles que le Trail de Minuit, la Cimasarun, ou la Transvolcano et le Semi-Raid.

63ème en début de course à Domaine Vidot, 37eme à Cilaos, 16ème au Maïdo, Benjamin Postaire est remonté tout au long des kilomètres pour finir ce soir 14ème au classement scratch. L'année dernière, sur la Diagonale, il avait achevé le parcours en se classant à la 32e place au scratch en 30h11min.

Cette année, non seulement il améliore son temps, mais il devient aussi le premier Réunionnais de cette course. Un gouffre s'ouvrait à lui en l'absence de pointures telles que le Palmi-plainois Freddy Thévenin, le meilleur réunionnais de la décennie écoulée.

Il y avait pourtant quelques coureurs locaux qui auraient pu songer à figurer au top 10. Mais finalement, aucun Réunionnais ne s’est montré aux avant-postes hier. Aucun d’entre eux, même, n’a pointé dans les quinze premiers excepté Benjamin Postaire sur la fin de course.

Entre la 15e et la 40eme place, on pouvait citer Grégory Facq (nouveau venu à la Réunion), Mickael Chamand, Jean-Claude Guiton et Emmanuel Hadoux.

Henri-Claude Nemorin, qui avait été sur une bonne partie le meilleur coureur local, a finalement abandonné dans la soirée de vendredi.

Les joëlettes arrivent au bout de leur Grand Raid

C'est une aventure sportive et humaine que ce Grand Raid des joëlettes. Il s'agit en effet de donner, à des personnes porteuses de handicap, la possibilité de participer à l'aventure de la Diagonale des fous.

Comme tous coureurs, ils ont pris le départ jeudi soir de Saint-Pierre et sont arrivés à la Redoute dimanche après-midi. Pour venir à bout des 169 kilomètres du parcours, 32 coureurs-porteur se sont relayés, accompagnés de médecins, de kinés..., soit une centaine de personnes.

Jean-Yves Baron, dernier fou à boucler ce Grand Raid

Blessé au dos après une chute dans Cilaos, Jean-Yves a serré les dents pour rejoindre le stade de la Redoute, hier. Malgré son calvaire, le Normand est impatient de revenir.

Le dimanche après-midi, l’arrivée des derniers raideurs de la Diagonale des Fous ressemble à s’y méprendre à une longue procession de pingouins sur la banquise. Le froid en moins, évidemment. En file indienne dans la descente du Colorado, ils tentent péniblement de rejoindre un stade de la Délivrance dont ils rêvent tous depuis plus de 60h désormais. Le dos vouté, les jambes raides comme des piqués, les derniers hectomètres sont une souffrance qui sera encore lancinante dans les jours suivants leur arrivée.

"Ici, ils applaudissent avec le coeur"

Pour Jean-Yves Baron, cette douleur ne s’estompera pas sans de précieuses séances de kiné. Le traileur de 55 ans se serait toutefois bien passé des projecteurs qui accompagnent chaque année la procession du dernier raideur de l’édition. Habitué à disputer des ultra-trails ainsi que des Ironman, le raideur originaire d’Avranches ne serait jamais arrivé en 66h04’00’’ s’il n’avait pas frôlé la catastrophe. "Je suis tombé dans un ravin en pleine nuit, retrace-t-il après s’être soumis à un bilan de santé avec la sécurité civile à son arrivée. J’étais dans une descente à Cilaos et j’ai dérapé dans un virage. Mon pied a glissé dans un trou et le reste du corps l’a suivi. Je sentais la végétation qui se dérobait complètement en dessous de moi". Suspendu dans le vide, Jean-Yves Baron a eu la chance de voir arriver une traileuse dans son sillage. Malgré la nuit noire, cette dernière l’a remarqué et a tenté de l’aider en le tirant par le bras. En vain. "Elle n’avait pas assez de force pour me retenir, poursuit-il. Heureusement, un autre traileur est arrivé derrière elle et est parvenu à me sortir du ravin". La fin de la descente vers le prochain poste de ravitaillement a été des plus délicate. Sérieusement touché au dos et échaudé par cette malheureuse mésaventure, le Normand n’arrivait plus à mettre un pied devant l’autre et était effrayé à l’idée de faire un nouvel écart. "Mais si ça m’était arrivé le jour, je pense que j’aurais déprimé, estime-t-il. J’ai eu de plus en plus mal au dos, mais le soutien des personnes et la beauté des paysages m’ont poussé à continuer. J’ai joué au football en division National devant 20 000 spectateurs, mais je n’avais jamais vu ça". La ferveur du public réunionnais, la chaleur et la bienveillance des bénévoles dispatchés sur chacun des postes du parcours l’a porté chaque jours plus en avant. Malgré trois nuits passées dans les cirques, Jean-Yves Baron a quitté la Réunion hier soir le coeur serré. Le traileur normand ne cache pas son coup de foudre pour la Réunion. "J’ai passé une super semaine, lance-t-il dans un souffle. Je vois souvent beaucoup de monde lors des arrivées mais ici il y a une ferveur, une lueur dans les yeux des gens qu’il n’y a pas ailleurs. A l’UTMB, les gens applaudissent pour l’exploit sportif ; ici, ils applaudissent avec leur coeur".

Les fous 2018 : Eux aussi l’ont conclu

Pierre Engelvin dossard 1082, arrivé en 39h16

« Avant de connaître les joies de l’arrivée, il y a tous ces moments dont tu ne te rappelles pas. A croire que la mémoire sélectionne les moments à retenir par rapport aux fois précédentes. Pour moi, c’est vraiment la dernière fois. Mais je pense que c’est toujours la même chose quand on finit la course. Toutefois, des courses j’en ai fait. Mais celle-ci reste la plus magique ! Le Grand Raid c’est la cerise du gâteau. Le GRR est le patrimoine culturel de la Réunion. Les locaux se le sont bien accaparés avec un folklore local exposé aux quatre coins de l’île et des sentiers. Par ailleurs, il y a un côté mystique à cette course. A cascade Bras-Rouge, il y avait un garçon, qui courrait avec une photo de son père décédé sur son dossard. Il n’y a qu’ici que l’on voit ça ! »

Maryse Lachaise, dossard 1717, arrivée en 56h50

« C’était ma première participation à un ultra de plus de 100 km, et j’ai découvert une course très exigeante, que j’ai tenue au mental. Il faut véritablement une bonne préparation. Mais ce qui est encourageant c’est le soutien des gens dans les sentiers et sur la route. On se sent comme des héros, tellement ils nous poussent. Quand on est une femme, on a même l’impression que cela est décuplé. Ce qui a été fort agréable aussi, et pas gagné, c’est que l’on a pu courir à 2 avec mon ami. Et on s’est pas mis dans le rouge. »

Patrice Delrocq, dossard 805, arrivé en 64h22

« J’ai failli arrêter à plusieurs reprises. C’est très dur. Mais on m’a bien poussé. C’est vraiment une chouette organisation, et les paysages mirifiques m’ont bien aidé à avancer. Même si j’ai beaucoup couru de nuit. La première nuit d’ailleurs, j’ai eu beaucoup de mal, et j’avais envie de dormir. Je ne l’ai pas fait. Une erreur que j’ai payée tout au long de la course. Le sommeil est véritablement important quand on passe trois nuits dehors. Je me suis fait peur par moments. »

Nadine Molinari, dossard 2869, arrivée en 59h25

« C’était mon huitième et dernier Grand Raid. Je n’en ferais pas d’autres. J’ai eu énormément de douleurs aux genoux. J’ai pensé à plusieurs reprises à l’abandon. A Sans-Souci, j’ai eu mon fils au téléphone et je lui en ai fait part. Il m’a remotivé me rappelant que c’était mon dernier. Je me suis accrochée pour terminer mais j’ai morflé ! »

David Plazanet, dossard 6105, arrivé en 41h28

« C’était l’enfer ! Cela a été très dur physiquement, vraiment. Le manque de sommeil m’a été fatal. Je m’endormais en marchant et je suis tombé à plusieurs reprises. Mais heureusement, j’en suis arrivé à bout. Il y a eu ce moment, superbe, où les gens m’ont aidé à atteindre la barrière horaire de Colorado, dans les temps. Il y a deux ans, j’avais tenté l’aventure. Mais j’avais abandonné au Maïdo. Là, j’ai failli y céder plusieurs fois… »

Mickaël Chapron, dossard 717, arrivé en 64h42

« Jusqu’au 60e kilomètres, ça allait. Mais cela est fort logique, puisque je ne m’étais pas entraîné. La problématique du sommeil a été ingérable. Je me suis retrouvé très longuement dans les derniers. Les serre-files m’ont donc mis la pression pour taper des sprints et entrer dans les barrières horaires. Malheureusement, je n’avais jamais le temps de me reposer et de me ressourcer puisqu’ils fermaient, une fois le pointage réalisé. Par ailleurs, je n’avais pas couru dans des territoires tels que la Réunion. Ici, le trail est technique. Mais en dehors de cela, vous pouvez être fier de votre île. Le gens ont le sourire tout le temps. Et au départ, on a l’impression d’être au Tour de France. »

Pierre Janex, dossard 143, arrivé en 56h32

« C’est mon second Grand Raid, après l’année passée. Mais la météo a été bien plus sévère. On n’approche pas de la même façon quand ça glisse. J’ai connu de sacrés moments de galères, mais la tête a tenu le choc. »

David Ferrari, dossard 270, arrivé en 37h08

« C’était énorme, avec beaucoup de plaisir. Les gens sont tous derrière les coureurs. Et puis ces paysages… ! Je suis tombé amoureux de l’île et encore plus de ceux qui la peuplent. Mon ami, qui m’a attiré sur la Diag’ m’avait prévenu. Il m’a mis dans des conditions idéales. »

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