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Dans le bassin de vie stéphanois, tous accros à la voiture Les habitants du Sud de la Loire, mais aussi du Pilat et de l'Yssingelais, effectuent 63% de leurs déplacements avec leur véhicule particulier. C’est ce que montre la dernière enquête de l'agence d'urbanisme Epures. Avec quelques surprises qui tordent le cou à certaines idées reçues.

Comment se déplacent les habitants ? Pour quelles raisons ? Selon quels modes ? C’est pour répondre à ces questions que, tous les dix ans, est réalisée une enquête ménage déplacements (EMD) sur le bassin de vie stéphanois, menée par l’agence d’urbanisme Epures.

La dernière a été faite en 2010, auprès des habitants d’un périmètre qui épouse le bassin de vie, c’est-à-dire tout le Sud de la Loire, mais aussi le Pilat et l’arrondissement d’Yssingeaux. 4700 ménages, dans 161 communes, ont été interrogées.

2 MILLIONS DE DEPLACEMENTS CHAQUE JOUR

Ces ménages ont été interrogés à leur domicile sur leurs pratiques de déplacements. Ce type d’enquête, appelée enquête ménages déplacements (EMD), est organisée en France depuis le milieu des années 1970 dans les agglomérations, selon une méthode unifiée au niveau national.

L’objectif est de connaître les pratiques de déplacement des populations à une échelle adaptée à la réalité de leur fonctionnement quotidien afin de coordonner au mieux les politiques publiques, adapter les politiques de transport et mesurer les effets de ces politiques de transport.

Ces enquêtes sont financées par l’Etat et les collectivités et réalisées par Epures, l’agence d’urbanisme de la région stéphanoise

SEULEMENT 1,7% DES TRAJETS VONT VERS LE RHONE

96% de la mobilité des habitants du Sud de la Loire restent dans le territoire. « Les gens se déplacent beaucoup au sein même de la région stéphanoise », note Guillaume Arsac, responsable du pôle déplacements d’Epures. Ce qui montre selon lui que « Saint-Etienne est une vraie région métropolitaine ».

Seuls 4% sortent donc du bassin de vie, dont 1,7% vont dans le Rhône, 1,3% dans le reste de la Loire, 0,5% dans le reste de la Haute-Loire.

Dans le cas des 36 000 déplacements quotidiens avec le Rhône, dont 75% sont réalisés en voiture et 21% en transport collectif, le motif est principalement le travail (53%), 25% secondaire (non lié au domicile), 10% pour des loisirs, 4% pour des achats.

UN TIERS DES DEPLACEMENTS CONCERNE LE TRAVAIL OU LES ETUDES

Le domicile est l’extrémité la plus courante des déplacements. 71% des déplacements sont en effet attachés au domicile. Cependant, les déplacements dits « contraints » (domicile-travail et domicile-école ou études) ne représentent que 27% des déplacements. « Trois déplacements sur quatre sont donc liés à des motifs moins contraints qu’un contrat de travail ou des horaires imposés, comme les courses, les loisirs, le sport », développe Guillaume Arsac.

DES TRAJETS PLUS LONGS EN DISTANCE MAIS PAS EN DUREE

« L’habitat s’est beaucoup dispersé. Les gens sont allés habiter loin, dans la Plaine, en Haute-Loire, dans le Pilat, plus loin de leur lieu de travail qu’il y a quelques années ». Un phénomène qui a été « plus marqué à Saint-Etienne qu’ailleurs en France », selon Frédéric Bossart.

Parallèlement, l’emploi reste polarisé sur Saint-Etienne et la première couronne : 60 à 70% des emplois du sud de la Loire y sont concentrés. Les distances parcourues au quotidien pour aller travailler ont par conséquent augmenté.

Alors que les Stéphanois mais aussi les Ripagériens font moins de 10 km par jour, les habitants de Monistrol-sur-Loire ou certains secteurs de la Plaine du Forez parcourent plus de 30 km, ceux de Firminy, Le Chambon-Feugerolles ou Saint-Chamond cumulent 15 à 19 km quotidiens et ceux du Pilat 19 à 25 km.

Pourtant, les temps de parcours, eux, n’ont pas beaucoup changé. « Ils restent à 30 minutes en moyenne, une durée stable depuis plusieurs décennies ». Tout simplement parce qu’on se déplace beaucoup plus vite qu’il y a quarante ans.

LA VOITURE, MODE DE DEPLACEMENT PREFERE

Ce n’est pas une surprise. L’usage de la voiture est largement dominant et représente 63% des déplacements. Si on ne considère que les déplacements mécanisés (hors marche à pied), la voiture est utilisée pour 9 déplacements sur 10. Et 71% des véhicules qui circulent chaque jour dans le bassin de vie n’ont qu’une seule personne à leur bord.

D’ailleurs, seulement 3% des habitants pratiquent le covoiturage au quotidien, mais 74% des habitants trouvent « souhaitable » le développement de parkings de covoiturage.

PLUS ON HABITE EN VILLE, MOINS ON A DE VOITURE

Sur tout le sud de la Loire, on compte 13 voitures pour 10 ménages. Ce taux de motorisation est bien plus bas dans le centre de Saint-Etienne, avec environ 0,65 voiture par foyer. Là, plus de 45% des ménages n’ont pas de voiture à disposition, principalement des retraités et des personnes de plus de 65 ans.

Dans le reste de la ville, mais aussi dans la vallée de l’Ondaine, le centre de Saint-Chamond et Rive-de-Gier, le taux de motorisation est proche d’une voiture par ménage. En revanche, il se rapproche de deux voitures par ménage dans certains secteurs des Coteaux du Gier, du Pilat et de la Plaine du Forez. Là, 39% des ménages ont au moins deux voitures.

Les habitants du centre-ville stéphanois qui ont une voiture l’utilisent peu. « 38% des véhicules des habitants du centre-ville ne bougent pas en semaine», indique Guillaume Arsac. Ce qui n’est pas le cas des habitants des quartiers périphériques : « 63% des véhicules qui se rendent dans l’hypercentre sont conduits par des Stéphanois ». Sur des courts trajets, qui auraient pu être faits en bus, donc.

La preuve ? « Sur le pont de Givors, un véhicule sur quatre seulement a un rapport avec Saint-Etienne et ses alentours. Le reste concerne des gens du Rhône ou de l’Isère. Les habitants de Haute-Loire et de Saint-Etienne Métropole ne sont pas si nombreux à utiliser l’A47».

LE PROBLEME DES AUTOROUTES, C’EST QUE TOUT LE MONDE S’Y RETROUVE

La forte proportion de trajets réalisés en voiture conduit à la saturation de l’A47 aux heures de pointe. « Le problème de cette autoroute, c’est qu’elle réunit les flux de longue distance et les flux de courte distance, comme les rocades de Bordeaux et Toulon ou le périphérique de Lyon par exemple. C’est le cumul de plusieurs trafics qui coince à certaines heures», affirme Guillaume Arsac.

La preuve ? « Sur le pont de Givors, un véhicule sur quatre seulement a un rapport avec Saint-Etienne et ses alentours. Le reste concerne des gens du Rhône ou de l’Isère. Les habitants de Haute-Loire et de Saint-Etienne Métropole ne sont pas si nombreux à utiliser l’A47».

Il en est de même pour l’A72, qui sert « à la fois d’axes Clermont-Marseille et Lyon-Saint-Etienne, mais aussi celui qui lie Saint-Etienne à la Plaine du Forez et celui qui relie les quartiers stéphanois entre eux », énumère Frédéric Bossart. Et Guillaume Arsac d’appuyer : « Finalement, assez peu de véhicules y font de longues distances. Le gros du trafic y est local. »

LE GIER AUTONOME, L’ONDAINE PLUS DEPENDANTE DE SAINT-ETIENNE

Avec 248 000 déplacements internes chaque jour, le Gier est le deuxième secteur à générer le plus de déplacements internes après Saint-Etienne. Mais, avec seulement 26 000 déplacements d’échanges avec Saint-Etienne (et moins de 10 000 avec le Rhône), ce secteur semble entretenir des relations avec la ville-centre moins soutenus que les autres secteurs de la métropole.

En effet, les trajets Ondaine/Saint-Etienne représentent tout de même 50 000 déplacements quotidiens, et ceux entre la couronne et Saint-Etienne sont 91000. « Le rapport de l’Ondaine à Saint-Etienne est bien plus massif que le Gier, qui vit aussi par et pour lui-même. Les gens vivent, travaillent et consomment dans le Gier », résume Guillaume Arsac

ON A DU MAL A QUITTER LA VOITURE

Dans le bassin de vie stéphanois, les déplacements multimodaux – ceux qui utilisent plusieurs modes de transport pour un seul trajet - sont peu nombreux. Ils ne représentent que 3% des déplacements mécanisés. Et plus d’un tiers d’entre eux sont des échanges entre la voiture et les transports collectifs.

Bref, « quand on a sa voiture, on a du mal à la quitter pour prendre le tram ou marcher », explique Guillaume Arsac. « Ce n’est pas le cas à Lyon », signale Frédéric Bossard, qui estime que cela est dû au fait « qu’à Saint-Etienne, ce n’est pas l’horreur pour circuler et se garer. Il est donc plus facile de rester au volant de sa voiture. »

Une idée qui démonte quelque peu le ressenti de certains automobilistes : « C’est une perception. Si on regarde les taux d’occupation des places de stationnement et la durée pour trouver une place, on voit que c’est bien plus compliqué à Grenoble par exemple ».

« ON EST UNE DES AGGLOMERATIONS OU ON MARCHE LE PLUS »

La marche à pied est utilisée pour plus d’un déplacement sur quatre. Et ce sont surtout les Stéphanois qui ne rechignent pas à marcher. 40% des déplacements de Stéphanois se font à pied. Et, sur 470 000 déplacements internes à la ville-centre chaque jour, un sur deux est effectué à pied. Un phénomène qui s’étend au-delà de Saint-Etienne, grâce au nombre de « bourgs bien structurés. Avec leurs commerces et services de proximité, tout peut se faire à pied », note Guillaume Arsac, citant notamment Saint-Priest-en-Jarez ou Saint-Genest-Lerpt.

Par ricochet, la pratique du vélo est très faible. « A l’échelle de Saint-Etienne Métropole, c’est moins de 1% des déplacements. » Un phénomène qui s’explique bien sûr par la topographie du territoire, avec ses dénivelés importants. « Ailleurs, les trames urbaines sont plus aérées et il est plus facile d’aménager des sites propres pour les vélos. Il faut comparer ce qui est comparable : Saint-Etienne n’est pas toute plate comme Bordeaux et on n’a pas de larges voies cyclables comme Strasbourg », rappelle Guillaume Arsac.

Néanmoins, l’usage des Véliverts n’est « pas négligeable » selon lui. « Les vélos en libre-service fonctionnent bien dans les centres-villes. Et les vélos publics stéphanois sont parmi ceux qui coûtent le moins cher en France, parce que leur gestion est internalisée ».

« NON, LA MOBILITE, CA NE RAPPORTE PAS »

« Souvent, les gens considèrent que la mobilité, ça rapporte. C’est faux », martèle Frédéric Bossart. « Les transports en commun, c’est un service public. Le prix du billet payé par l’usager ne couvre en effet qu’un tiers des dépenses. » Les deux autres tiers sont financés par le versement transport des entreprises ainsi que par les impôts locaux. « La vertu, c’est bien, mais ça coûte. Il faut l’avoir à l’esprit quand on réclame plus de bus, plus de trams, plus de trains ».

Par ailleurs, Guillaume Arsac tient à le souligner : « Quand on compare les réseaux des grandes métropoles françaises, le réseau Stas est l’un de ceux qui coûtent le moins cher. Il est très rationnalisé et exploité de façon économe. Il y a une vraie optimisation du service. »

LES TRANSPORTS COLLECTIFS UTILISES SURTOUT PAR LES STEPHANOIS

Les transports collectifs (trams, bus, trains ou cars) représentent près de 8% des déplacements. A lui seul, le tram est autant utilisé que le reste du réseau Stas et représente 56 000 déplacements par jour. Et « un habitant de Saint-Etienne utilise deux fois plus le transport collectif qu’un habitant du reste de Saint-Etienne Métropole et trois fois plus qu’un habitant hors de Saint-Etienne Métropole », révèle Guillaume Arsac.

L’usage des transports collectifs est donc « maximal pour les habitants de Saint-Etienne et particulièrement les secteurs desservis par le tram. Il est aussi important dans les secteurs de la couronne et de l’Ondaine. Mais il est beaucoup plus limité dans le Gier. »

Cependant, entre 2001 et 2010, la part modale des transports collectifs a baissé dans de nombreux secteurs, notamment dans ceux où elle était forte auparavant, comme le centre de Saint-Chamond et les alentours de Roche-la-Molière.

LE TRAIN POUR ALLER AU TRAVAIL

Le tram représente 35,3% des déplacements en transport collectif. Le train n’en représente que 6,3%. Alors que la clientèle du tram est composée de 31% de travailleurs et 18% d’étudiants, celle du train est composée de 67% de travailleurs.

Depuis les années 2000, la modernisation des lignes et du matériel ferroviaire a permis au train de gagner en attractivité par rapport à l’autoroute. Ainsi, en 2011, dans la vallée du Gier, entre Rive-de-Gier et Givors, on comptait moins de 5 voitures sur l’autoroute pour un passager TER, et moins de 10 voitures à partir de Saint-Etienne. Alors que, sur la portion Firminy-Bellevue, la proportion est de 32 voitures pour un passager SNCF.

Textes: Mélina RIGOT

Photos: Sonia BARCET, Rémy PERRIN, Yves SALVAT, archives Pierre AUGROS, Fabien HISBACQ

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