Loading

Justine Pelletier MA VIE EN ROUGE ET OR

11 septembre 2020

Justine Pelletier est étudiante au deuxième cycle en kinésiologie à l’Université Laval. Elle fait partie du club de rugby féminin Rouge et Or depuis l’automne 2016.

Aujourd’hui, cela fait un peu plus d’un mois que je suis arrivée à Bordeaux, dans le sud-ouest de la France. Je commence à peine à réaliser l’ampleur du projet dans lequel je me suis lancée : neuf mois de rugby chez nos voisins français. Je réfléchissais à partir explorer la culture du rugby ailleurs qu’au Québec depuis quelque temps déjà. Embarquée dans un engrenage entre l’école, l’entraînement, mon sport et le travail, je n’arrivais pas à trouver le quand ni le comment concrétiser cette aventure.

En action à Bordeaux!

La bombe sanitaire que nous a lancée la pandémie de COVID-19 a mis beaucoup de choses en perspective. Tous mes engagements et responsabilités ont été soit mis sur pause, soit ralentis ou carrément annulés. C’est dans ces moments où tu réalises que la vie va beaucoup trop vite et que faire un arrêt, un vrai, est important. Avec mon optimisme inébranlable, je me suis rapidement remise de mes déceptions estivales, alors que je me dirigeais vers ce qui devait être à mes yeux un des plus beaux étés de ma carrière de rugby. J’ai réalisé qu’il était possible de s’adapter ; suffit d’avoir un peu de volonté et faire preuve de débrouillardise. J’ai donc décidé de m’activer pour réaliser mon projet. Après tout, c’était un « timing » parfait : j’avais complété mon baccalauréat, les cours de deuxième cycle que je désirais faire se donnaient à distance et les saisons de rugby estivale et automnale étaient compromises. C’était une opportunité à ne pas manquer.

Le processus a débuté avec l’aide de mes entraîneurs qui m’ont mise en contact avec deux clubs : un Français et un Anglais. En discutant avec les différentes équipes, j’ai réalisé la chance que j’avais de pouvoir réaliser mon projet. Ce n’était plus une question de quand, mais bien d’où et comment. J’ai rédigé une fiche de joueuse et discuté des conditions sur et en dehors du terrain avec les dirigeants des clubs. J’étais littéralement en négociation pour obtenir les meilleures conditions de travail. Le rêve ! Bien sûr, je me suis entourée de personnes de confiance afin de faire le bon choix. Ce n’est pas si simple de partir à l’étranger...

Je tiens d’ailleurs à remercier toutes les personnes qui me supportent dans la pratique de mon sport. Je suis extrêmement reconnaissante de pouvoir compter sur des entraîneurs de qualité, sur un encadrement sportif et académique exceptionnel, sur la communauté du rugby de ma ville et de ma province et surtout sur mes amis et ma famille qui sont un moteur important dans mon épanouissement. Je suis d’avis que la qualité de notre entourage est une clé importante à la réalisation de soi.

Le rugby est un sport qui rassemble. La rudesse du jeu, qui pour certain peut sembler barbare ou exagérée, est une sorte de libération et d’expression. Ton corps est capable d’encaisser et de répliquer. C’est impressionnant tout ce qu’il peut faire et ce message est plutôt encourageant. Il sous-entend que tu es forte et capable de faire face à l’adversité, même dans l’inconfort. Sur le terrain, pas le choix de sortir le « Grrrr ! » en toi pour défendre les couleurs de ton équipe. C’est un sport qui demande résilience, caractère et dépassement de soi. Je trouve cela encore plus intéressant dans le contexte du rugby féminin. Les gens sont impressionnés et parfois même choqués de voir des filles faire un sport si violent. Pourtant, nous avons aussi besoin du sport pour nous défouler, nous amuser, nous entourer et nous valoriser.

Désolé, je m’emporte quand je parle du rugby ! Pour en revenir à mon projet, ce que je trouve attirant du rugby européen, ce sont les services et les ressources mis en place pour ce sport. Ici, ce ne sont pas trois matchs de football ou trois matchs de hockey que les gens écoutent le dimanche, mais bien du rugby. Il y a donc beaucoup de sous et les « rugbymans » en font une carrière professionnelle intéressante. Bon, les filles ne sont pas aussi riches que les hommes, mais il y a une belle volonté de faire rayonner le sport féminin en France. C’est d’ailleurs excitant d’embarquer dans cette vague qui promeut la performance sportive féminine. Qui sait, peut-être qu’un jour mon rêve de faire de mon sport une carrière de vie se réalisera ?

La photo officielle!

Les dirigeants de mon nouveau club, les Lionnes du Stade Bordelais, tout comme ses joueuses, sont très accueillants. Ils veulent instaurer une culture de performance et de travail afin de faire briller le club dans le haut du tableau du championnat français. Cette mentalité, qui s’accorde bien avec la mienne, saura nourrir mon envie de compétition. J’en profite pour remercier le Rouge et Or de préparer les étudiantes-athlètes dans les meilleures conditions, des conditions de pros. Certains peuvent trouver qu'il est hautain de parler de gloire et d’excellence, mais quand tu réfléchis au parcours et à l’encadrement, c’est ça, avoir une attitude performante. Ce n’est pas d’insinuer que nous sommes les meilleurs, mais plutôt que nous recherchons les conditions les plus optimales pour pratiquer notre sport. Vouloir être le meilleur n’est pas une prétention, mais bien une source de motivation. Quand j’arrive ici et qu’on souligne à plusieurs reprises notre éthique de travail et nos aptitudes physiques, je me dis que le Québec est réellement en avance côté préparation physique et mentalité de l’entraînement.

Encore une fois, c’est une question de culture. Ici, le rugby est beaucoup plus ancré et instinctif. Jusqu’à présent, il est difficile de comparer le calibre entre le Québec et la France. Il semble y avoir une grande différence de niveau entre les premières de tableau et les autres équipes du championnat. Certaines d’entre elles comptent plusieurs joueuses internationales. J’aurai donc la chance de me mesurer à un niveau de jeu intéressant pour mon développement rugbystique. Je ne peux pas leur enlever, elles ont de la fougue ces Françaises. Elles ont du caractère et aiment bien jouer du coude. Ce sera donc une concurrence physique intéressante.

Les Québécoises à Bordeaux: Fabiola Forteza, Andréanne Valois, Alexandra Tessier, Marie Thibault et moi!

Le 17 août dernier, ma coéquipière Marie Thibault et moi sommes allés chercher trois autres coéquipières à l’aéroport. Nous sommes maintenant cinq Québécoises à Bordeaux, dont quatre qui ont porté le maillot Rouge et Or : Andréanne Valois, Fabiola Forteza, Marie et moi-même. Une ancienne rivale qui a joué pour Concordia (et bonne amie), Alexandra Tessier, sera également de la partie pour le début de saison. Après avoir complété quatre années universitaires riches en expériences et intenses en émotions (une défaite crève-cœur contre Concordia en demi-finale à ma première année, un championnat sous la tempête de neige, une année passée sur le banc des blessées, un premier titre canadien pour le programme de rugby du Rouge et Or, et j’en passe !), vivre cette aventure aux côtés de mes amies rend l’expérience d’autant plus excitante. Je ne pouvais demander d’être entourée de meilleures personnes pour me lancer dans cette aventure !

C’est la première fois que je pars aussi longtemps de la maison et que je m’installe dans une ville complètement nouvelle. C’est déstabilisant, mais excitant ! Ça fait du bien de sortir de sa zone de confort. J’apprécie la découverte d’une nouvelle culture, de nouveaux décors et la différence entre nos deux sociétés. La langue n’est peut-être pas une barrière, mais peut être source fréquente d’incompréhension, que ce soit par nos expressions ou notre accent. Ici, une camisole, c’est un débardeur, une crème glacée, c’est une glace, un cellulaire, c’est un portable, un coton ouaté c’est un pull, etc. Ça mène parfois à des situations plutôt cocasses ! Du coup, ce sera une expérience de vie qui m’apportera beaucoup. Elle s’ajoutera à mon bagage des dernières années avec le Rouge et Or, riches en partage et apprentissages qui me suivront partout.