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Irlande du Nord : le saut vers l'inconnu Est-elle la grande oubliée du Brexit ? Immersion dans un pays en plein doute : à Belfast, auprès des communautés puis d'expatriés francophones, et le long des côtes du nord. Reportage Xavier Frère.

L’Union Jack, le drapeau britannique, flottera-t-il à partir de 23 h, vendredi 31 janvier, sur certains édifices publics ? Cette seule interrogation suscite déjà un regain de tension en Irlande du Nord : quelques maires pro-Brexit, comme celui de Lisburn (sud de Belfast), ont affiché cette intention. « Provocation inacceptable », selon les « remainers », ceux qui voulaient rester dans l’Union européenne (1).

Derrière cette bagarre symbolique autour de l’étendard, c’est toute une société nord-irlandaise, fracturée durant trente ans de « Troubles » (1969-1998) entre protestants et catholiques, qui appréhende les prochaines heures.

Belfast ouest, janvier 2020

Un saut dans l’inconnu qui pourrait ramener vers un passé connu : la violence entre communautés, la haine partagée, les opérations des groupes paramilitaires, et un lourd bilan, 3600 morts de part et d’autre.

1. Falls Road vs Shankill Road

A Belfast, outre l’accord du Vendredi Saint (2), la paix repose sur des « murs », ou « peacelines » (3). Fragilement. Comme entre les quartiers catholique de Falls Road et protestant de Shankill Road.

La porte entre les deux quartiers rivaux de Belfast ouest : Falls Road la catholique, et Shankill Road la protestante.

Paul, 61 ans, catholique, vit à l’ombre de ce rempart de briques et de barbelés. « Des gens grimpent régulièrement dessus, on se sent plus en sécurité avec », assène cet employé dans la construction, dont la maison a été bâtie il y a une décennie collée aux fondations du mur.

« Le Brexit ne changera pas grand-chose, la violence est encore présente, alors qu’on veut juste vivre une vie normale ». Père de quatre grands enfants, le sexagénaire redoute « un coût de la vie qui grimpe », et, où, « seuls les agriculteurs irlandais seront gagnants ».

Le mur de la paix coté falls road

Belfast, où a été construit le Titanic en 1909, se cherche un nouveau cap. Son centre historique est en voie de gentrification, elle attire les investisseurs (NDLR : Microsoft a annoncé cette semaine qu’il implantait d’une unité cyber), maintient une vie culturelle foisonnante. Autour, les quartiers populaires de maisons en brique rouge à perte de vue souffrent. Déclassement, paupérisation avancée, chômage. Une pauvreté qui nourrit aussi les vieux démons.

Edward : "Le Brexit sera un désastre, on croit qu’on va avoir une place dans ce Royaume-Uni-là ? On rêve"

L’Irlande du Nord a-t-elle été la « grande oubliée » du Brexit ? C’est ce que pense Edward, 47 ans, sans emploi, accoudé au comptoir du Boyle’s, QG républicain de Falls Road situé à quelques mètres seulement de la célèbre fresque de Bobby Sands (4). « Le Brexit sera un désastre, on croit qu’on va avoir une place dans ce Royaume-Uni-là ? On rêve. Nous, on se sent évidemment plus proche de Dublin que de Londres ».

Son fantasme ? La « réunification », bien sûr, qu’il espère voir avant ses 60 ans. D’après lui, ce processus-là se ferait sans heurts, sans comparaison avec le passé. « On ne retournera pas à la violence des années 90, les nouvelles générations préfèrent parler emploi et prospérité que de rivalité communautaire ».

Sur Falls Road

Les murs de Belfast retracent tous cette histoire douloureuse. Les attentats, les exécutions, les milices armées. Des fresques artistiques de combats, comme une nouvelle guerre de communication, qui font le bonheur des touristes, et de certains taxis locaux.

Une économie des « Troubles », sur laquelle joue aussi le Sinn Fein, avec sa boutique à Falls Road et son impressionnant merchandising. « Ah, c’est vendredi, toute cette histoire-là ? », évacue la serveuse à notre question sur le Brexit, tout en tirant sur sa cigarette électronique.

Le mur de la paix côté shankill road

A moins d’un kilomètre de là, de l’autre côté du « mur », et de ses lourdes portes métalliques qui ferment tous les soirs, le « deal » initié par David Cameron et transformé par Boris Johnson compte des partisans.

Au bout de Shankill Road, dans sa boutique de piercing et tatouage qui fait face à un monument en hommage aux combattants anglais de la bataille de la Somme, Matthew, 32 ans et père de deux enfants, assume totalement ce choix. « J’ai voté pour, car on a donné trop d’argent à l’Europe, tout ce tintouin pourrait occasionner de nouvelles tensions entre les communautés, surtout qu’on va traverser une crise, mais ce sera pour mieux rebondir au sein du Royaume-Uni ».

Matthew : "On va traverser une crise, c'est sur, mais sur le long terme, on va s'en sortir au sein du royaume-uni"

Ce petit patron de salon, à l’accent au couteau, ne se définit pas « orangiste, comme son père », ni loyaliste ou unioniste, mais « multiculturel ». Pour preuve, il dit tatouer ou percer sans distinction « d’origine religieuse ». Les paramilitaires passent parfois entre ses mains, il l’admet. « Ils font le boulot que la police ne fait pas, et ils sont beaucoup moins violents qu’avant » (5). Depuis le dépôt (officiel) des armes en 1998, certains groupes protestants se seraient aussi reconvertis dans des trafics en tout genre.

Sur Shankill Road

Certains de ces (anciens) combattants ont basculé dans le champ politique. Les idéaux à la place des armes, même si les liens ne sont jamais totalement rompus en Irlande du Nord entre le pouvoir politique et le bras armé. A Shankill Road, le PUP (Progressive Unionist Party), resté proche de l’Ulster volonteer force (UVF), a pignon sur rue, entre un centre associatif et un boucher.

« J’ai fait un peu partie de ces groupes étant jeune », reconnaît Maurice, 66 ans, qui tient la permanence ce jour-là, « mais les paramilitaires n’ont agi qu’en réaction aux attaques de l’IRA (armée républicaine irlandaise), cette organisation terroriste peut-être la plus sophistiquée au monde ».

Maurice : "Si on vous mettait partout chez vous en france, des drapeaux allemands, vous seriez furieux, non ? nous, protestants, sommes devenus des citoyens de troisième classe"

Ce retraité, vêtu d’un survêtement de rugby, reste animé par la rage. A la fois contre Sinn Fein et Boris Johnson, tous deux catalogués de « traîtres ». Contre ces footballeurs nord-irlandais qui acceptent de jouer pour l’Irlande voisine. Contre le processus de paix, où « les unionistes ont été les grands perdants ». Alors, il n’exclue pas que le Brexit déclenche de nouvelles flambées de violences.

« A Falls Road, ça construit partout, nous ici, nous sommes devenus des citoyens de troisième classe. A Shankill, il ne reste que des coiffeurs et des bouis-bouis. On cherche à nous écraser à tous les niveaux. Tout est disrespectueux envers nous et notre héritage. Si en France, on vous mettait des drapeaux allemands partout, vous seriez furieux, non ! »

Falls Road est longue de 1,6 km, Shankill Road de 2,4 km. Au nombre de fresques et de monuments à la gloire des disparus, la « protestante » doit l’emporter. A l’extrémité de Shankill, il faut sonner pour entrer au Northern Ireland Supporters Club, pas tant un fan-club d’une équipe de ballon rond qu’une association communautaire unioniste.

Au Northern Ireland Supporters Club, Shankill Road

Sharon (« comme Sharon Stone »), la serveuse, nous invite à goûter la Harp, la bière locale. Hugh insiste, lui, pour nous offrir un « Irish mist », un whisky de Dublin. Tandis que Philip, au zinc, a compris que l’on venait pour le Brexit. Cet homme rondouillard sourit : « Je ne veux pas m’étendre, mais le Brexit va remettre de la tension, car tout le monde connaît une personne qui a été victime de l’IRA et nous ne sommes pas prêts à pardonner ».

Un fameux proverbe irlandais dit : « La terre irlandaise absorbe la pluie comme les Irlandais absorbent whiskey et bière ». Cette terre déchirée pourra-t-elle un jour définitivement absorber le goût de la violence ?

L'un des 99 murs de la paix ("peacelines") de Belfast.

(1) 56 % des habitants d’Irlande du Nord ont voté contre, mais les 1,8 million de Nord-Irlandais ne représentent que 3 % de la population britannique. (2) Signés le 10 avril 1998, ils mettent fin à trente ans de guerre civile. (3) Un programme, qui ne sera pas tenu, prévoyait de raser 99 peacelines d’ici 2023. (4) Célèbre membre de l’IRA des années 80 et gréviste de la faim des années 1980, contre Margaret Thatcher. Il est mort des suites de son jeûne. (5) La police nord-irlandaise a constaté l’an dernier une hausse des victimes liées aux assauts paramilitaires : de 51 en 2018 à 67 en 2019.

2. Les Frenchies de Belfast

Il est Belge, mais c'est lui qui a monté le groupe "Belfast Frenchie Club". Joel Simon est arrivé en 1995 dans la capitale nord-irlandaise, et ne l'a plus quittée. Il s'est spécialisé dans le film d'animation, a monté plusieurs sociétés, s'implique dans la formation à l'image chez les scolaires. Lui qui se définit avec "une mentalité plus anglo-saxonne que francophone", estime en tant qu'immigré en Irlande du Nord, "si on travaille dur, on réussit, et on n'est pas jugé comme en France".

Mariée à une fille du pays, père de trois enfants, il s'est récemment investi en politique, au sein d'Alliance, parti libéral et pro-Européen. "Le pouvoir ici a été confisqué depuis trois ans par le DUP et le Sinn Fein. Ce sont deux forces négatives pour l'Irlande du Nord, elles jouent sur la peur et les clichés".

JoËL : "On nous arrache de l'union européenne. si jamais les budgets se retrecissent a cause du brexit, il faudra penser à bouger. on peut imaginer une réunification un jour, mais a très long terme"

Kelly Helmer, elle, malgré son nom à consonnance anglo-saxonne, est née à Strasbourg. Des parents fous d'Amérique l'ont embarquée au milieu des années 2000 dans leur aventure américaine en Floride, à Orlando, où elle a vécu 8 ans. La jeune femme de 26 ans qui s'est d'abord investie dans la restauration a atterri à Belfast par amour.

Depuis deux ans, au sein de l'université d'Ulster, elle est en charge de la gestion de la mobilité des étudiants nord-irlandais dans Erasmus. "Avec le Brexit, l'existence même de ce programme d'échanges est compromis. On continue jusqu'à fin 2021, pour l'instant, mais après, mystère". 150 étudiants de tout le pays en bénéficient. "Ils sont généralement issus de familles modestes, qui ont parfois souffert de la période des Troubles, c'est une chance inestimable pour eux".

Kelly : "c'est un pays à part, le vilain petit canard du royaume-uni. au niveau sociétal, ça avance doucement a cause de trente ans de guerre civile. Mais les nouvelles générations sont moins radicalisées que les précédentes"

Fabien Jeannier, lui, est chercheur en civilisation britannique, et s'intéresse depuis longtemps aux cas spécifiques de l'Ecosse et de l'Irlande du Nord. Après "un substrat de violences qui a beaucoup diminué ces vingt dernières années", cet enseignant natif de Franche-Comté redoute qu'"à moyen terme, des tensions puissent reprendre entre les communautés".

Progressivement, le pays change de démographie. La population catholique croît plus rapidement que la protestante. Cette dernière, attachée au Royaume-Uni, souffre de "déclassement social plus important", ce qui laisse la porte ouverte à "des discours radicaux" et à un vote populiste.

Belfast, janvier 2020

Dans une analyse pointue sur "Le Brexit et la frontière irlandaise", sorti en début d'année 2019 (consultable ici), Fabien Jeannier rappelle que "le cas de la frontière irlandaise a été pratiquement impensé de toute la campagne du Brexit". Il rappelle également que "parmi les questions délicates, la frontière irlandaise est sans aucun doute, celle qui a rendu les négociations entre le gouvernement britannique et l'Union européenne particulièrement complexes et tendues". D'après lui, l'UE, en finançant à hauteur de plus d'1,5 milliard d'euros plusieurs programmes depuis 1995, "a joué un rôle politique, économique et psychologique déterminant... pour permettre aux unionistes et aux nationalistes de collaborer".

Belfast janvier 2020

Même si certaines entreprises s'implantent ces dernières année à Belfast et ses environs, à cause du Brexit, l'horizon s'assombrit, juge Fabien Jeannier. " Il faut s'attendre à ce que son économie souffre, d'autant plus qu'elle est fragile et en difficulté par rapport au reste du Royaume-Uni." En résumé, c'est, selon lui, "une nation vulnérable du Royaume-Uni", sans compter que "ses divisions et faiblesses politiques constituent un handicap sérieux pour faire entendre sa voix".

3. Sur la côte nord, de Larne à Battinloy : "Wait and see..."

A Larne, cite portuaire et industrielle

Larne, au nord de Belfast, ville portuaire et industrielle de 20.000 habitants. Son port, très actif, qui appartient à un groupe espagnol, est l'un des principaux points d'attache de l'Irlande du Nord avec l'Ecosse, en fret et en transport de passagers. Dans quelle mesure sera-t-il impacté par le Brexit ? Des contrôles seront-ils aménagés d'ici l'an prochain ?

Coincée entre les minces remparts de Oldfleet Castle, et le East Antrim Boat Club, la petite société artisanale "Polysorb", est spécialisée dans des kits de nettoyage et de désinfection. Le Brexit ? Andrew, rude gaillard aux cheveux gris, sourit : "Personne ne possède des indications sur ce que va se passer, même pas nos banques. Ce sont tous les papiers administratifs qui vont nous compliquer la tâche, et l'augmentation des coûts forcément. Rien n'a été anticipé..." Cette sortie de l'UE pourrait, d'après ce chef d'entreprise, profiter aux agriculteurs, mais elle pourrait pénaliser les services." L'Irlande du Nord avait une belle opportunité, mais elle a raté le bateau dès les premiers temps !" A qui la faute ?

A Larne, comté d'Antrim.

Dans le bureau d'à-côté, Wendy, son épouse, née à Falls Road, à Belfast (voir plus haut), a sa petite idée : "Nous n'avons pas eu de gouvernement depuis trois ans, et ils prennent tout en marche comme ça ! Comment est-ce possible d'être au point pour le Brexit ?" Leur entreprise Polysorb ne réalise pas beaucoup de chiffres d'affaires en dehors du Royaume-Uni, et c'est là aussi que le bât blesse : "On gardera malheureusement nos spécificités, on sera toujours différent d'une entreprise anglaise".

Elle enchaîne à un rythme soutenu les mises en sachet des kit de nettoyage pour les écoliers irlandais : " Ils sont actuellement très touchés par une vague de norovirus (gastro-entérite), rien à voir avec le coronovirus chinois hein !!!", plaisante-t-elle.

Le téléphone ne cesse de sonner dans ces locaux un peu défraichis, balayés par le vent et les embruns. Andrew a un rendez-vous, Wendy doit accélérer. Elle lâche juste : "Il y a quelques années, aurait-on pu imaginer un moment comme le Brexit ? Non, jamais de la vie."

Andrew : "L'irlande du nord avait une belle opportunité, mais elle a raté le bateau dès les premières heures. Comment se faire entendre avec un gouvernement qui n'a pas existé depuis trois ans"

En reprenant la route du nord, l'industrie s'efface progressivement pour laisser place à des étendues sauvages. Presque hostiles. Du pain béni pour la série "Games of Thrones" qui a utilisé dans le comté d'Antrim de nombreux décors naturels dans cette région comme les Dark Hedges. A quelques kilomètres de la fameuse Chaussée des Géants, le petit port de Ballintoy attire aussi les amateurs. "Port des îles de fer" dans la série, il est déserté ce jour-là. Pas de Theon en vue, ni de Yara, mais quelques rares touristes.

Au petit port de Ballintoy, décor de la série "Games of Thrones"

Plus haut, dans le village de Ballintoy, on vient du bout du monde au pub Fullerton Arms, repaire incontournable des fans de "GOT" avec son siège et sa porte taillés dans le bois. "Games of Thrones, c'est 30 millions de livres à l'économie irlandaise chaque année", nous décrit Sharleen, guide touristique qui accompagne ce jour-là un groupe venu d'Asie, "au début de la diffusion, il y avait 10 personnes par jour, maintenant c'est plus de 50. Ce succès se construit progressivement. En été, il y a deux grands bus par jour !"

Au Fullerton Arms, à Ballintoy

Originaire de Belfast, Sharleen, 32 ans est guide depuis sept ans. Elle préfère parler tourisme que Brexit. "On ne regarde même plus les nouvelles concernant le Brexit, vous imaginez, ça fait plus de trois ans qu'on nous bassine avec ça, ça me fatigue..." La jeune femme possède les deux passeports, britannique et irlandais. Elle s'inquiète néanmoins d'un impact sur son job : "Beaucoup de touristes atterrissent à Dublin, alors si on arrive l'an prochain à une frontière dure, ça risque d'enquiquiner beaucoup de monde, avec les visas". Bonnet vissé sur le nez pour affronter la tempête qui guette, Sharleen esquisse un sourire, avant de rejoindre sa troupe : "Il y a eu beaucoup de messages alarmistes, mais on va s'en sortir".

Eugene, lui, est un natif de Ballintoy, l'un de ses 165 habitants. Il refait actuellement les peintures de la seule location, petite maison de pêcheurs rénovée, qui se trouve au Harbour même. "On voit beaucoup de Chinois et d'étrangers, ici, mais il faut que ça reste authentique, malgré ce succès mondial". Sur le Brexit, Eugene hausse les épaules, et ne lance qu'une phrase : "J'aime beaucoup les Allemands, les Français, ça me gêne de les quitter, j'apprécie un peu moins les Anglais..."

eugene : "J'aime beaucoup les Allemands et les Français, ça me gêne de les quitter. j'apprécie un peu moins les Anglais..."

Presque en face de la Chaussée des Géants, un autre gigantisme est apparu : des milliers de mobils-homes, à perte de vue à l'entrée de Portrush, mignonne cité balnéaire. Les spots du coin, dont le "golf royal", sont apparemment incontournables pour les golfeurs. "Les joueurs viennent du monde entier ici, on accueille beaucoup de Canadiens et d'Américains", décrit Sam Kennedy, general manager de cet endroit assez surprenant, qui nous accorde quelques minutes. "Avec le Brexit, on ne peut tirer aucun plan sur la comète, on va juste essayer de s'adapter. Les politiques décident, et nous, on adapte notre business. Revenez l'an prochain, on en saura un peu plus !"

reportage xavier frère, envoyé spécial en irlande du nord

Credits:

Toutes photos Xavier Frère\Ebra presse