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Volleyball féminin: championnes canadiennes 2006 Ma vie en Rouge et Or

4 mars 2021

Il y a 15 ans, jour pour jour, l’équipe féminine de volleyball Rouge et Or de l’Université Laval remportait le tout premier championnat canadien de son histoire. Un exploit qui n’a jamais été réédité depuis. Trois des principaux acteurs de cette conquête nationale, l’entraîneur-chef Benoît Robitaille, l’attaquante Marylène Laplante et la libéro Élise Duchesne, racontent cette année mémorable.

L'attaquante Marylène Laplante, l'entraîneur-chef Benoît Robitaille et la libéro Élise Duchesne

Un nouvel entraîneur-chef pour la saison 2005-2006

Benoît Robitaille : Ça avait été une grosse affaire pour moi d’entrer en poste à l’Université Laval. Je ne remercierai jamais assez Gilles Lépine pour ça! Le fait qu’il y avait au sein du Rouge et Or un noyau de filles des Élans de Garneau, avec qui j’avais gagné pas mal là-bas, c’était très positif. Je me sentais comme si j’avais une équipe d’étoiles avec l'ajout de Caroline Fiset, Marika Giguère et Marie-Christine Mondor.

Élise Duchesne : Benoît m’a coachée pendant deux ans au juvénile AAA, trois ans au Cégep Garneau et aussi dans mes années au niveau junior. Je le connaissais par cœur et il me connaissait par cœur.

Marylène Laplante : L’école, j’ai toujours aimé ça et après une année de volleyball professionnel en Europe, de revenir pour faire une maîtrise et ajouter une corde à mon arc, ça me parlait. Mais c’est certain que quand Benoît a été confirmé comme entraîneur avec le Rouge et Or, ma décision était prise. On avait eu beaucoup de succès au collégial avec Benoît. C’est vraiment un entraîneur en qui j’avais beaucoup confiance, et lui avait beaucoup confiance en moi, on avait vraiment une belle chimie.

Élise : Benoît, c’est le type d’entraîneur qui est capable de faire sortir le meilleur de chaque joueuse, et sa technique pour aller en chercher une était complètement différente pour aller chercher l’autre. Il le faisait au vu et au su de tous, sans générer de jalousie. Il avait cette capacité d’être tellement transparent, et on savait qu’au final l’équipe allait être meilleure.

Benoît Robitaille durant un match en début de saison contre l'UQTR

Benoît : Le fait d’avoir pu recruter Marylène Laplante, Marika Giguère et Marie-Christine Mondor est assurément le point tournant de la saison. Leur venue, avant même que la saison ne commence, nous permettait de rêver au titre canadien. J'avais commencé par Marylène et ensuite je m'étais servi de sa confirmation pour recruter Marika et Marie-Christine.

Élise : Marylène et moi, on se connaît depuis qu'on a 12 ans, on est amies depuis le secondaire 2. Elle est allée jouer en Europe un an, et c’est moi qui l’avais recontactée. On savait qu’on changeait d’entraîneur et je lui avais dit : « Marylène, il faut que tu reviennes jouer ; fais un certificat à l’Université Laval, je ne sais pas, mais viens, je pense que Benoît va coacher ».

Benoît : Lors de notre première réunion d’équipe de la saison, tout le monde était très positif. Les filles n’en revenaient pas que Marylène soit de retour et que Marika se soit inscrite étant donné qu’elle revenait des États-Unis.

Élise : Je ne suis pas certaine que Marika serait venue si Marylène n’avait pas été là. Marylène, c’est la meilleure joueuse avec qui j’ai joué dans ma vie. On a recruté les meilleures avec les meilleures.

L'édition 2005-2006 du Rouge et Or

Une chimie qui s’installe rapidement

Marylène : Cette année-là, l’esprit d’équipe était extraordinaire. Il y a les matchs, les tournois, mais tout l’aspect des voyages, ça avait tellement été du plaisir cette saison-là. Je me rappelle qu’à l’hôtel on se faisait des coups entre chambres, on faisait des vidéos, des gags, et on se demandait toujours quelle chambre allait avoir la meilleure vidéo. C’était vraiment du plaisir. Et côté talent, c’était incroyable.

Élise : Au niveau collégial, les meilleures de la province c’était Marylène, c’était Marika, c’était Caroline Fiset, et elles jouaient dans trois équipes différentes. Et voilà, deux ou trois ans plus tard, on se retrouve dans la même équipe. Ça n’avait pas rapport!

Benoît : Élise Duchesne, ce n’était pas ma capitaine, mais dans ma tête j’ai toujours pensé qu’elle l’était un peu. Pour la communication, pour prendre l’équipe en main et la faire avancer à un certain rythme. Faut dire que j’avais un groupe d’étudiantes-athlètes qui comprenait très bien ce qui se passait. Marie-Christine Mondor n’avait pas pu jouer avant janvier, mais a eu un rôle important dès son arrivée. Parfois, c’est compliqué à amener dans une équipe, mais pas dans celle-ci.

Marylène : Élise était sans l'ombre d'un doute la leader incontestée de l'équipe. C'était notre meneuse, notre rassembleuse. Notre système de jeu était basé sur ses forces en défense. Et en réception, elle couvrait la moitié du terrain ! Vraiment, c'était toute une leader et toute une joueuse!

Élise : On avait tellement de profondeur que quand un pilier se blessait, ce n’était qu’un pilier parmi nos quatre piliers. C’était vraiment unique.

Marylène Laplante (12), Caroline Fiset (11), Marika Giguère (10) et Marie-Christine Mondor (1), les quatre piliers de l'offensive du Rouge et Or en 2005-2006.

Benoît : Tout le monde acceptait bien son rôle. Par exemple, Marika Giguère avait toujours été une attaquante et elle avait accepté de changer de position cette année-là, tout comme Caroline Fiset. Elles savaient qu’il fallait qu’elles acceptent ce nouveau rôle et ça avait bien été.

Marylène : Je me souviens des rencontres d’équipe. On avait chacune un rôle à jouer, même les filles qui jouaient un petit peu moins avaient quand même des rôles clés. Pour certaines, c’était plus le leadership sur le terrain. On avait un beau mélange de vétéranes et de recrues super talentueuses. C’était un mix parfait.

Élise : On avait développé un système, c’était fou! Marika jouait une rotation au centre et deux rotations en 2. Ce n’était pas conventionnel ! Mais ça, c’était Benoît. Il avait mis en place certaines choses que toutes les équipes font maintenant aujourd’hui quand je regarde des matchs à l’international. Je ne dis pas qu’ils l’ont calqué, mais ce que je veux dire, c’est que Benoît, c’était un visionnaire. Il était vraiment imaginatif et tout le monde lui faisait confiance, mettait son égo de côté, et le suivait.

Un objectif clair

Élise : On avait fait, en décembre ou janvier, un Lac-à-l’épaule, une journée complète toute l’équipe ensemble dans un chalet. Benoît avait posé la question « Où est-ce qu’on se voit ? » et je pense que c’est là, la première fois que c’était sorti. « On se voit championnes canadiennes ». Ça n’avait jamais été dit encore et là, on l’avait dit. On dirait qu’à ce moment-là, il n’y avait plus de cachettes. C’était dit, c’était connu, maintenant il fallait le faire.

Benoît : On y allait pour la médaille d’or. On avait une équipe d’encadrement de très haute qualité : des entraîneurs physiques, un psychologue sportif, et les deux entraîneures adjointes que j’étais allé chercher, Julie Morin et Marjolaine Robitaille, avaient fait un travail remarquable. Elles avaient de l’expérience de jeu. Julie avait gagné le championnat canadien comme passeuse avec Sherbrooke l’année précédente et Marjolaine avait joué avec le Rouge et Or jusqu’en 2004.

Marylène : On était en mission. On y allait par étape, mais on savait qu’à la fin, c’était vraiment le titre canadien qu’on voulait. C’était la vision de Benoît, mais les assistantes Marjolaine et Julie avaient aussi fait un super travail cette année-là pour nous motiver. C’était un travail d’équipe, les entraîneures adjointes et Benoît, on formait vraiment un tout.

Benoît : Je le savais depuis le début qu’on serait difficile à arrêter. Ce qui devient parfois complexe, ce sont les blessures durant la saison. On a fait attention à ça pendant toute l’année. Quand j’ai vu que les blessures étaient bien gérées, je me sentais en voiture.

Marylène : C’était très spécial, cette année-là. On n’a perdu aucun match durant toute la saison. Ça devenait quasiment un défi pour les entraîneurs de nous garder toujours au même niveau afin de bien performer contre des équipes qu’on connaissait très bien.

Élise : On était inatteignables et on le savait. Il est arrivé des situations où on était dans le trouble, on ne peut pas toujours être parfait, mais on revenait au centre, on se regardait et on se disait toujours : « l’adversaire ne sera jamais capable de nous suivre sur cinq sets ».

Benoît : On n’a jamais vraiment eu de doute. C’est toujours un peu stressant lorsque tu arrives au championnat provincial contre Montréal, contre qui on a eu de bons matchs. Mais ça avait été une saison parfaite et on avait progressé tout le long de celle-ci.

Un message fort en finale provinciale

Marylène : Montréal était bien classé au top 10 canadien. Je me souviens que Benoît disait : « on doit lancer un message aux équipes de l’Ouest canadien ». En gagnant la finale provinciale 2-0, deux parties de trois sets à zéro, on démontrait qu’on s’en venait et qu’on était prêtes.

Benoît : Je pense que les Carabins nous trouvaient intimidantes. On avait une équipe assez boostée!

"C’est un vote de journalistes qui déterminait le top 10 canadien. On avait été premières toute l’année et juste avant le championnat national, on nous avait mis deuxième. On était tellement insultées !" - Élise Duchesne

Marylène : UBC aussi avait une grosse saison et ils n’arrivaient pas à déterminer qui allait être premier ou deuxième entre eux et nous. Il paraît que ça a été tiré à pile ou face et on est tombés deuxièmes.

Élise : On était vraiment insultées parce que ça changeait le tableau. Pas grave pour le premier match, mais après, la deuxième place joue contre la troisième et ça nous amenait potentiellement à rejouer contre Montréal. Les matchs émotifs, c’est toujours plus dangereux à jouer qu’un match contre une équipe que tu connais moins.

Un mélange de confiance et d’excitation avant le tournoi

Benoît : Je n’étais pas en terrain inconnu à Calgary. J’y avais déjà gagné des championnats avec mes équipes juniors. Ce qui me stressait le plus, c’était les rencontres d’avant tournoi à cause que c’était en anglais!

Marylène : Je me rappelle qu’on était focus. J’avais juste hâte que le gala d’avant-tournoi soit fini et qu’on passe aux choses sérieuses, qu’on joue au volley. J’avais été nommée athlète de l’année au pays, mais le volleyball, c’est un sport d’équipe. Je suis fière des trophées individuels, mais moi ce que je voulais le plus, c’était le titre canadien.

"Ça, c’est Marylène. Elle parle toujours des bons coups des autres, mais jamais de ses bons coups. Mais on ne se le cachera pas, c’est la meilleure!" - Élise Duchesne

Benoît : Quand on est arrivé à Calgary et qu’on est allé faire notre épicerie, on a trouvé un chapelet par terre. Les filles sont parties avec ça et elles disaient que c’était un signe qu’on allait gagner le championnat!

Marylène : La préparation pour notre premier match contre Windsor allait bien. On avait du plaisir à l’entraînement. On était concentrés, mais relaxes et en confiance.

Élise : On avait une équipe expérimentée. Dans notre carrière, Amélie Rivest et moi, on avait gagné trois championnats. Avec Marylène, trois championnats collégiaux, trois titres canadiens juniors en quatre ans. J’avais gagné les Jeux du Canada avec Caroline Fiset. On avait l’expérience des grands moments, donc on n’avait pas de stress.

Benoît : Les filles étaient très confiantes, mais le premier match, c’est toujours une étape à franchir. Le premier set avait démontré qu’elles étaient un peu nerveuses (retard de 13-7), mais pour le reste, tout avait bien été dans ce match.

"C’est Caroline Fiset qui s’était levée à ce moment-là. C’était vraiment ça, la beauté de notre équipe : tout le monde avait ses moments forts, chacun son tour." - Marylène Laplante

Élise : Il y avait tellement de talent dans cette équipe! Cette fois-là, c’était Caroline. Une autre fois, c’était moi, une autre fois, c’était Marylène. Quand l’une de nous disait : « Hey, c’est assez ! It’s enough ! » C’était notre signal et on embarquait tous.

Marylène : On avait cassé la glace et on avait réussi à jouer de mieux en mieux plus la fin de semaine avançait. Ça démontrait qu’on avait vraiment toute une équipe.

Un autre rendez-vous avec les Carabins en demi-finale

Élise : Il y a une coéquipière qui m’avait dit : « Je ne peux pas croire qu’on joue contre Montréal. Tout d’un coup que le seul match qu’on perd contre eux, c’est là? » Je l’avais regardé et lui avais répondu « c’est impossible. » Il n’y avait aucun doute dans ma tête. Puis, pendant notre échauffement d’avant-match, la chanson One more time de Daft Punk avait joué. Et là, on s’était regardé et j’avais dit « Bien, One More Time, on va leur sacrer une volée ! »

Marylène : Moi, je suis plus de nature stressée, mais je me rappelle que plusieurs filles étaient vraiment confiantes. La majorité de l’équipe était très sereine avec ça, c’était vraiment moi la pire de l’équipe! J’avais juste hâte que ça commence.

Élise : Ma plus grande déception, c’est qu’il n’y ait pas de vidéo de cette partie-là. C’est le match de ma vie! J’avais le numéro de l’attaquante des Carabins Laetitia Tchoualack. On l’appelait « Tchou Tchou », elle frappait comme un train! Mais je la voyais venir, j’anticipais toujours où elle frappait, et relevait ses attaques en balles faciles pour notre passeuse et Marylène finissait le point. Les filles me disaient : « Élise, c’est sûr que tu niaises, qu’est-ce qui se passe? »

Benoît : En 1999, avec les Élans de Garneau, on avait gagné notre premier titre canadien, un championnat junior à Vancouver. J'avais décidé d'y amener Élise même si elle était plus jeune. Elle avait été très impressionnante! Cette fois-ci, sept ans plus tard en demi-finale universitaire canadienne, avec toute son expérience, Élise avait su utiliser tout son talent et toutes ses capacités pour encore une fois être très impressionnante et inspirante. Vraiment, bravo!

Élise : Au premier temps mort, Benoît nous avait dit : « Là, les filles, vous voyez comment Élise joue? Let’s go! C’est notre momentum. »

Marylène : Je me souviendrai toujours de la performance d’Élise dans cette partie. Les défensives qu’elle avait faites tout au long du match, ça nous avait tellement crinquées! Elle était partie à la guerre et elle nous avait tirées vers le haut. Sortir Montréal en trois sets en demi-finale canadienne, vraiment, c’était tout un match!

Benoît : Mentalement, on avait une équipe beaucoup plus forte que les Carabins, mais ça m’avait surpris de voir la facilité avec laquelle on les avait battues.

Une dernière étape avant la consécration

Élise : J’avais très bien dormi. J’avais juste hâte au match. J’aimais vraiment ça jouer des finales!

Benoît : Je n’ai jamais eu de problème à dormir. J’ai toujours été un coach qui était capable de garder son calme.

Marylène : J’avais bien dormi, oui. Par contre, l’attente du match… On jouait en fin d'après-midi. La journée avait été longue! C’était tellement important pour moi, c’était tellement un but que je voulais atteindre, que j’étais vraiment stressée. J’avais même eu de la difficulté à manger. J’étais dans ma bulle. Les autres filles pourraient te le dire.

Élise : Je partageais ma chambre d’hôtel avec Marylène et Marika. On jouait en fin de journée, à 16h. Marylène n’avait pas été capable de déjeuner et elle n’avait pas dîné non plus. Dans toute la journée, elle n’avait mangé qu’un top de muffin! Elle était couchée dans son lit sous les couvertures. Nous, on essayait de briser son stress et on lui disait « Voyons, Laplante, relaxe! », mais elle n’était pas d’humeur à rire, c’était mieux qu’on ne lui parle pas!

Benoît : Dans l’échauffement avant le match, Marylène était très nerveuse. Elle est devenue pâle et même les descripteurs à la télé en avaient parlé. Les autres filles s’en étaient rendu compte et ça les avait sûrement inquiétées un peu!

Élise : À un moment donné, la caméra vient sur elle et on la voit se pencher en douleur, comme si elle avait des crampes au cœur. Les commentateurs en parlaient, ils se demandaient ce qui se passait avec notre superstar!

Benoît : Heureusement, quand le match avait commencé, les choses s'étaient replacées.

Marylène : Si je pouvais changer quelque chose à toute cette expérience, ce ne serait pas d’en profiter plus, parce que j’en ai profité, mais d’être plus détendue !

Benoît : On était vraiment motivés. Personnellement, affronter l’entraîneur Doug Reimer, qui a dirigé l’équipe nationale pendant longtemps, c’était un défi que j’avais hâte de relever pour prouver qu’on était plus forts que les autres.

Les entraîneurs-chefs qui s'affrontaient en finale: Benoît Robitaille et Doug Reimer

Élise : La seule équipe qui pouvait vraiment nous faire peur, c’était UBC. Mais on était vraiment en confiance.

Marylène : Moi, j’aimais mieux jouer contre les Thunderbirds que contre les Carabins, mais on savait que ça serait vraiment un gros match. Leur six partant, c’était vraiment impressionnant, elles avaient de grandes joueuses et toute une équipe. Mais on savait aussi qu’on était capable de rivaliser.

Benoît : Il fallait qu’on soit bons au service, car elles étaient plus physiques que nous. Le service et le contrôle de balle allaient nous aider pour la possession. Au niveau offensif, j’avais demandé à notre passeuse Amélie Rivest d’utiliser toutes ses attaquantes.

Élise : On dit que la défensive gagne les championnats. On avait un avantage certain par rapport à ça. Offensivement, elles étaient une coche au-dessus de nous, mais globalement, on était vraiment plus fortes qu’eux.

Marylène : On avait perdu la première manche 25-23, mais on était encore très calme. On s’était échangé l’avance dans une manche où on s’étudiait. On s’était dit : « C’est ok, c’est fait, on est dans le match, on l’oublie. » Il n’y avait vraiment pas de panique.

Élise : C’était une finale canadienne. On savait qu’on ne referait pas un 3-0 comme contre Montréal, on savait que ça n’allait pas être un walk in the park.

Benoît : En plus, on l’avait mené tout le long. On avait même eu une avance de trois ou quatre points. Quelques petites erreurs avaient fait la différence. On avait assez d’expérience pour passer par-dessus.

Un point inoubliable

Élise : On est au troisième set, c’est 1-1 dans les manches et on mène 24-19. C’est dans la poche. Et là, on a une mauvaise séquence, un passage à vide, ça vient 24-23. Benoît avait appellé un temps d’arrêt. Je me rappelle d’être assise et de me dire « Oh my God ça ne va pas bien là! »

"Benoît, lui, il ne dit pas un mot. Il nous laisse nous reposer, et finit par nous dire : « Les filles, des situations de même, on en a toujours vécu et on aime ça. Et en plus on gagne tout le temps dans des situations de même ». Il nous avait juste dit cela, aucun point tactique. On capotait un peu, mais Benoît, lui, ne capotait tellement pas qu’on s’est dit : « finalement faut peut-être pas capoter ! » - Élise Duchesne

Marylène : Le jeu du match est là. C’était vraiment une récupération de fou d’Élise, elle avait ramené un ballon in extremis.

Élise : Quand tu es jeune, c’est le genre de défensive spectaculaire que tu t’imagines faire dans un gros moment, mais qui n’arrive jamais. Là, c’était en train d’arriver et je vais m’en souvenir toute ma vie! Je me vois en train de courir et tout ce que je me dis, c’est « j’me rendrai pas, j’me rendrai pas ! » Mais par principe, tu ne peux pas ne pas essayer. Alors je me vois en train de plonger et je ne pensais même pas être capable de toucher au ballon. À la dernière seconde, j’y touche et comme je suis dos au jeu, j’ai un mouvement de poignet pour ramener le ballon derrière moi.

Marylène : On avait renvoyé ça en balle facile. Là, tu te dis, c’est bien beau, on l’a sauvé, mais il va revenir! Caroline avait fait un semi-bloc, ça nous avait donné une balle facile et Marie-Christine Mondor avait fait un méchant plomb!

Élise : Marie-Christine Mondor, c’est notre recrue qui n’avait peur de rien. Elle a fait un kill sur la ligne et sérieusement, c’est LE kill du championnat. Ça n’a pas de bon sens comment elle a frappé fort! Et notre réaction à la suite de ça… Il y a une photo de cette action-là, moi je tape à terre, Marylène a le poing dans les airs, c’est tellement beau !

La célébration qui a suivi le spectaculaire point final de la troisième manche.

Marylène : Ce point-là finissait la manche. Ça nous avait donné confiance et le momentum. Je nous revois, la rage dans les yeux quand on avait gagné ce set-là !

Élise : Parfois, il y a un point qui s’inscrit au tableau, mais en réalité, tu as gagné 10 points d’assurance et l’adversaire vient d’en perdre 10. Il s’était passé quelque chose à ce moment. Je me rappelle avoir croisé le regard de Marika et avoir dit « Ok, c’est terminé, là, finissons-en ». On avait encore 25 points à gagner, mais on venait de s’élever au-dessus de l’adversaire. J’ai rarement vécu cela de façon aussi intense!

Une dernière manche à gagner

Benoît : Tant que le match n’est pas fini, on ne parle pas trop de la fin. On parle de tactiques et de quelques éléments surprises qu’on peut apporter pour déséquilibrer les joueuses de l’autre équipe.

Élise : On a parlé de plusieurs joueuses à date, mais pas encore de Julie Rodrigue. Elle avait joué toute une finale.

Marylène : Julie avait vraiment eu des séquences percutantes en offensive. À plusieurs reprises, ses attaquantes puissantes nous avaient donné beaucoup de momentum. Ça me rappelle aussi la Beauce Connection! Avec Julie et Marika, il y avait une rotation où nous étions les trois au filet en même temps et chaque fois qu'on s'y retrouvait, on se crinquait en se disant: « Let's go la Beauce ! » Nous étions toutes les trois natives de la Beauce et on se motivait avec nos racines beauceronnes!

Benoît : Je me rappellerai toujours du match de Julie Rodrigue en finale. Elle avait très bien joué et sa performance m’avait surpris!

Élise : Julie était une recrue cette année-là. Lorsque tu la plaçais dans un environnement où tu lui enlevais tous les soucis, que tu la laissais s’exprimer, my God, c’était une ma-chi-ne. Je regardais la vidéo du match, elle avait frappé des balles dans le trois mètres malgré deux bloqueuses de 6 pieds 4 devant elle alors qu’il restait tout juste l’espace d’un ballon! C’est comme si elle jouait contre une équipe d’école secondaire. Personne n’était capable de l’arrêter, elle était en feu !

Marylène : Je me rappelle que Marie-Christine Mondor avait fait une longue série de points au service. Elle était très puissante ! Elle servait des boulets de canon et je me souviens que lorsque j’étais au filet, je me disais qu’il ne faudrait pas qu’elle le rate, parce que sinon je n’aurais plus de tête !

Élise : C’est comme si elle était toute seule dans le gymnase. Marie-Christine disait « Je vais essayer de voir combien je suis capable d’en faire, le plus fort possible. » Tu la regardais aller et tu le voyais dans son visage qu’elle avait du plaisir à risquer autant.

Benoît : Marie-Christine avait servi des bombes tout au long du match, mais toute l'équipe avait vraiment eu une excellente partie au service.

Marylène : Je me rappelle très bien de la dernière balle lors du point de match. Je me disais : « je la veux! » J’aimerais tellement ça avoir la balle. C’était une passe un peu collée au filet.

Élise : On va se le dire, ce n’était vraiment pas une belle passe que Marylène avait eue! Mais ce n’est pas grave, je le savais que ça allait se terminer là.

Marylène : Je n’étais pas en mesure de l’attaquer, mais je trouve que ce que j’ai fait me représente bien. La balle était tellement collée sur le filet que je l’ai simplement poussée dans le bloc pour la faire sortir. J’ai utilisé leur immense bloc pour simplement jouer de finesse et terminer la partie.

Élise : Que ça soit Marylène qui fasse ce dernier point-là, c’était la cerise sur le sundae. Ça lui appartenait!

Une hystérie collective

Marylène : Je me souviens de la folie, je m’étais mise à sauter, et je criais : « On l’a fait, on l’a fait ! »

Benoît : On sautait tous en l’air. C’était le premier titre que le Rouge et Or gagnait et c’était vraiment très jouissif, ce moment-là! C’est un exploit dont les filles vont se souvenir toute leur vie!

Marylène : Je me rappelle encore quand on est allé chercher la bannière et le trophée, Élise et moi. Après ça, j’avais la bannière dans les mains et je sautais partout comme une gamine de 10 ans ! On était tellement fières !

Élise : On était vraiment contentes! On saisissait la chance qu’on avait eue. J’utilise le terme chance, parce que non, on ne l’a pas volé, on avait du talent et on a travaillé fort, mais il y a un facteur chance important dans les championnats comme ça. D’autres équipes avant nous s’étaient rendues proches. Des filles de l’époque de Nancy Paradis et Claude Lessard avaient perdu deux fois en finale. Dans l’une de ces années, Claude Lessard avait subi une entorse au genou en demi-finale. Si Marylène Laplante avait été absente de notre finale, le résultat n’aurait pas été le même, c’est sûr. Donc, on avait beaucoup d’humilité par rapport à tout ce que le programme avait fait avant nous, pour qu’on se rende là. Ce n’était pas juste l’histoire d’une année de travail, c’était l’Université Laval qui avait cru en l’excellence, qui avait cru en ses programmes, qui avait cru en nous. Une culture était déjà installée. On était fières, mais on avait aussi beaucoup de fierté pour tout ce monde-là avant nous.

Les joies d'une conquête historique!

Marylène : Après la finale, il y avait des tests antidopage, et c’est Marie-Christine Mondor et moi qui avions été pigées. Ça avait été un peu long avant que je réussisse à faire mon petit pipi ! Tellement que je me disais que j’allais arriver dans le vestiaire et que les filles seraient toutes en train de célébrer et que j’allais avoir manqué tout ça. Mais on était tellement une belle équipe que les filles se sont dites : on va attendre. Je trouvais que c’était tellement un beau geste, il manquait quelqu’un, et quand je suis arrivée elles avaient ouvert le champagne! On se rappelle toute notre vie de ces moments-là.