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Manu Payet face aux lecteurs du JIR Septembre 2018

Une conversation avec Manu Payet, c’est un pur bonheur. Des lecteurs du Jir ont vécu un instant qu’ils ne sont pas prêts d’oublier. Et nous non plus. Entretien : Gisèle Carlier, Romane Fok-Yin, Sadiyah Atten, Georgina Loget, Julie Célestin, Coraline Polgan, Frédéric Bègue avec Patrick Planchenault, Lukas Garcia, Aurore Turpin, David Chassagne. Photos : Ludovic Laï-Yu.

Face à la mer et à une vraie star

Tout commence avec une déclaration pleine d’admiration. Elle s’appelle Romane, 17 ans, l’une des premières à se porter candidate pour notre «kozé avec Manu Payet» : «Je voulais juste vous remercier pour ce que vous faites, pour tous les rires et le bonheur que vous nous procurez. Nous serons toujours là pour vous soutenir. Et c’est avec grand plaisir que je vous reverrai ce week-end au Teat plein air, après avoir adoré votre spectacle drôle et émouvant en avril».

Nous sommes jeudi matin, Manu Payet commence par un vrai «merci» sincère et ému. Sur le site magnifique de l’hôtel Lux*,face à la mer et à une vraie star, sept lecteurs du Jir, tirés au sort parmi toutes les candidatures, vont vivre plus d’une heure de franche rigolade et de vrai partage avec un artiste qui aime manifestement partager. L’enfant de la radio devenu humoriste, comédien et réalisateur répond à toutes les questions, sans tabou, avec recul et lucidité. Attachant et disponible, le comédien accepte tous les selfies, les photos, les autographes. Manu nous a offerts l’un de ces moments qu’on n’oublie pas et que nous vous racontons ici.

Nos lecteurs invités

Gisèle : C’était une rencontre extraordinaire. J’ai toujours été une grande fan de Manu Payet, alors me retrouver face à lui, c’était plutôt impressionnant. Mais il nous a mis parfaitement à l’aise, il a été disponible, très à l’écoute. J’ai découvert un homme bien, très naturel, qui ne se prend pas du tout pour une star.
Fréderic : Manu Payet, je le connais depuis le temps de NRJ Réunion. J’ai toujours suivi son parcours avec attention. J’aime beaucoup ce qu’il fait. Je sais tout ce qu’il a dû traverser pour en arriver là, il a beaucoup de mérite. Le retrouver ici, c’était très sympa. Il ne change pas. C’est la même personne que j’ai connue il y a très longtemps, et ça, c’est très important à mes yeux.
Coraline : Cette rencontre me laissera un super souvenir ! C’était comme je l’avais imaginé. Manu Payet, c’est vraiment quelqu’un qui ne se prend pas la tête. C’est ce que j’aime bien chez lui. Il nous a parlé en toute simplicité, avec beaucoup d’honnêteté. Et puis, surtout, il nous a fait beaucoup rire ! Oui, c’était génial.
Sadiyah : C’était un super échange, plein de spontanéité. On sentait qu’il nous donnait tout pendant cet entretien, comme il le fait sur scène. Il aime son petit pays mais par-dessus tout il aime les gens.
Georgina : C’était super ! Plus que des phrases, je retiendrai surtout de cette rencontre le visage Manu Payet, ses expressions, sa manière de se raconter. J’ai ressenti chez lui beaucoup de simplicité et de sincérité. C’était très touchant. C’est quelqu’un de très simple, qui ne se prend vraiment pas la tête. Nous avons été, pendant quelques instants, des privilégiés.
Julie : Il est vraiment super sympa. Il a bien pris le temps de répondre à toutes nos questions. Je l’aimais déjà beaucoup avant, mais là, je vais être encore plus fan ! Cette rencontre me donne envie de le revoir en spectacle et de regarder à nouveau tous ses films.
Romane : Je suis fan de Manu Payet, et depuis très longtemps ! Mais c’est la première fois que je l’approchais de si près. C’était un très bel échange. Il a été simple, sincère et très drôle, évidemment ! J’en garderai un super souvenir. Je vais aller voir son spectacle ce week-end et cela aura une saveur très particulière.

L’interview tac-au-tac de Georgina

Est-ce que ou la fin appelé Chaleur tropicale ?

Non.

C’est quoi out cari préféré ?

Zandouille

L’endroit où vous vous sentez le mieux à la Réunion ?

Saint-Gilles.

Pain bouchon ou américain ?

Américain gratiné sarcives.

Sucre blanc ou sucre de canne ?

Canne.

Nutella ou dakatine ?

Mon cœur balance... Dakatine.

Riz ou frites ?

Ah, riz !

Mangues vertes ek piment ou éclair au chocolat ?

Mangue verte, j’en ai mangé avant- hier.

Larves de guêpe ou œufs de lump ?

Guêpe.

Boudou ou sorbet Adelis ?

Boudou.

Macatia ou pain au chocolat ?

Macatia.

Sorbet banane ou tamarin ?

Banane.

Rhum ou whisky ?

Hum.... Rhum.

Out rhum arrangé préféré ?

Bibasse ahahahah !

Bouchons ou samoussas ?

Bouchons... non, non samoussas sarcives.

Cabri ou canard ?

Kanor, la troisième réponse !

Letchi ou longani ?

Letchi.

Pantoufles ou savates ?

Savates.

Rougail tomates ou sauce citron ?

Tomates avec beaucoup de piment.

Out chanteurs ou chanteuses préféré(e)s à La Réunion ?

Toutes les cassettes et les CD de mon adolescence, Baster, Ziskakan...

Ou gainy chante a nou un ti bout chanson créole ?

«Et là i fé noir i fé fré déor, mon kèr té i bat for kafrine, mon tèt té i travay...»

Manu Payet en mode Pro : “J’ai tout fait pour faire partie des meilleurs”

Romane : quel est le rôle que vous avez préféré jouer à ce jour ? C’est hyper dur cette question ! On m’avait pas dit qu’il faudrait réfléchir ce matin ! (Rires). Je dirais le papa dans «Tout pour être heureux» (comédie de Cyril Gelblat, NDLR). J’ai été très touché par cette histoire et en plus je n’étais pas encore papa quand j’ai joué ce mec-là. Je comprends mieux maintenant pourquoi un père peut se mettre dans cet état quand il a découvert qu’il avait des enfants et qu’il les aimait.

Gisèle : Comment de «petit gars la kour» réputé déconneur, êtes-vous devenu un humoriste de talent sans passer par la blague à deux balles ou trash ? Merci Gisèle ! Parfois je me demande moi aussi ! J’ai jamais fait les choses avec un but. Or il faut en avoir un et ça, je l’ai compris après. J’ai eu de la chance, j’étais à la radio ici (NRJ Réunion) et c’est la radio qui m’a appris à poser ma voix. Quelqu’un de Paris était en vacances, m’a entendu et m’a proposé de faire des essais là-bas. J’ai cru qu’il déconnait, mais il déconnait pas ! Tout juste débarqué à Paris, j’ai passé ma première nuit chez lui, sur son canapé... J’y ai dormi quatre mois sur ce canapé ! Frédéric Pau, il s’appelle, maintenant il est sur Virgin. Ils m’ont testé la nuit et j’ai été pris. D’abord le créneau 12h-16h et après il a fallu que j’habite en France. J’avais pas réalisé, ça ! J’étais seul, je ne connaissais personne, j’avais 25 ans et j’étais comme un zœuf ! Après, j’ai pu rentrer au cours Florent. Et puis il faut être là-bas, lever la tête, essayer de se débarrasser du complexe du gars qui vient de loin. J’ai persévéré, je ne me suis pas laissé faire. Je ne voulais pas rentrer en ayant échoué. Alors j’ai tout fait pour faire partie des meilleurs !

Georgina : Quelle est votre plus grande satisfaction professionnelle ? Le troisième jour à Paris, quand le directeur d’antenne a écouté mes essais. On était vendredi, la grille de rentrée était déjà bouclée. La gars me dit : «T’es un enfant de la radio, je te donne un créneau dès lundi». Je lui dis «Lundi là... là ?» J’ai versé la petite larme. Pour nous, NRJ Paris, c’était des modèles et j’étais accepté par eux, je devenais l’un d’eux !

Gisèle : vous avez animé le 6-9, or on dit de vous que vous êtes plutôt un couche-tard qu’un lève-tôt. Comment avez-vous fait ? Ben, j’ai fait Gisèle, mais avec quelques petites pannes d’oreiller quand même ! (Rires)

Vous n’avez jamais failli être viré ? Ah si, plein de fois ! Alors j’ai causé, j’ai enrobé le zaffaire. Ou alors peut-être il faut juste être Réunionnais. Pour eux, on est exotiques ! «Mais où est-ce que tu vas chercher tout ça ? Vraiment j’ai failli te virer hein, allez à demain !» En fait, t’as ensoleillé sa journée, au gars !

Gisèle : Votre ascension a été fulgurante, vous devez avoir «the knack» comme on dit en anglais. Alors c’est quoi votre truc ? Votre secret pour réussir ? Les gens ont souvent tendance à confondre culot et talent. C’est vrai que j’avais du culot et que le culot aide le talent. Mais c’est pas à moi dire cela. Ensuite il faut beaucoup travailler. Aujourd’hui, j’ai la chance de faire des boulots qui m’éclatent . Quel kif ! Je ne savais pas que, 18 ans après, je serais là à vous expliquer tout ça, à vous lecteurs du Jir. Peut- être que je suis positif. Ma mère disait l’autre jour dans un documentaire : «Il est toujours content, il est toujours heureux». Je pense que je me suis fabriqué contre la sévérité du milieu dans lequel j’ai grandi. Parce que mes parents et mes grands-parents étaient très sévères !

Sadiyah : Préférez-vous faire l’acteur, le réalisateur ou l’humoriste, seul en scène ? Réalisateur, t’as pas besoin de te faire maquiller et tu peux venir en savates, ça c’est vraiment bien. Comédien, j’ai embrassé des lles que j’aurais jamais embrassées dans la vraie vie. Elles m’embrassaient parce qu’elles avaient un contrat (rires). Si je n’étais qu’acteur, ce serait dur. Tu passes ta vie à attendre. Tu attends d’être casté, tu attends d’avoir le rôle et si tu l’as, tu attends le tournage six mois plus tard. Ce n’est pas une vie simple. Tu peux aussi être appelé très vite, comme ça m’est arrivé avec Depardieu (lire par ailleurs).

Frédéric : Avez-vous dans l’idée de trans- mettre votre expérience à des jeunes de La Réunion ? On va essayer à la n de l’année, de parler à des jeunes qui ont des rêves de comédiens, réalisateurs. Il faudrait trouver une grande case créole et faire deux-trois jours de séminaire ou master class, je ne sais pas trop comment l’appeler. Je l’ai fait deux-trois fois à Paris et je trouve ça super. On va essayer de le faire pendant les fêtes. Moi j’aurais bien aimé, à l’époque, qu’un gars vienne ici et nous explique. Aujourd’hui, il y a internet, c’est pas pareil. Les petits jeunes se repèrent, ils connaissent Opéra, les stations de métro. Moi j’arrivais parfois en retard à la radio parce que je me trompais de sens de métro !

Depardieu un gros dimanche...

Mon premier rôle, j’étais dans ma voiture. Mon agent m’appelle :

- Il y a un rôle avec Depardieu et Fanny Ardant dans deux jours à Tel Aviv (Graham Guit, réalisateur de Hello Goodbye). Je t’envoie ton texte, il faut répondre vite.

- Je viens de lire, c’est OK, mais j’ai spectacle.

- Je sais, tu joues samedi, un taxi-moto t’attend à la sortie du théâtre, tu prends le dernier avion à Roissy (ne le rate pas), t’arrives en Israël dimanche à 5h, tu tournes à 7h et tu repars lundi pour faire ton spectacle mardi.

J’arrive donc sur un plateau immense, des gens partout, des caméras qui roulaient, c’était Disney pour moi ! Une voiture arrive, d’où sort Depardieu. Depardieu, quoi ! Un gars s’avance et lui dit :

- Gérard, je te présente le jeune Manu Paillé (là tu vois, c’est vraiment pas le moment pour dire : «Euh, ça se prononce paillette») qui va jouer le rôle de Shapiro ???

- Depardieu : Quoi ?

- Le gars répète : C’est le jeune Manu Paillé...

- Ouais Ok d’accord, bienvenue, qu’est ce que tu veux que je te dise ?

Et là, la scripte qui me dit : «J’espère que ça va bien se passer parce qu’on a déjà tourné cette scène mais Gérard n’a pas aimé l’acteur et l’a viré pendant la prise. C’est pour ça qu’on tourne un dimanche.

T’imagines mon état ! Je joue la scène, le réal crie «Coupez». Depardieu me regarde et me dit : «Ben voilà, c’est pas compliqué !» Il a mis sa main comme ça sur ma joue et m’a dit : «C’est bien». Tu l’oublies pas, ça !

Manu Payet en mode Perso : “Le pitre de la claaaasse !?”

Julie : Pensez-vous avoir changé ? Hier soir, on avait un peu festoyé et je disais (il prend le ton du gars pris de boisson en tapant sur la table) : «Je n’ai pas changé !». Sauf qu’en même temps, je me retournais pour voir si les autres tables n’entendaient pas la conversation. C’est ça qui a changé, je fais un peu plus attention, il y a le regard des autres.

Gisèle : Votre sœur, également comédienne, dit que vous que vous êtes un grand colérique «à en devenir chiant»... Elle est où elle là ! (Gros rires). Ma sœur (Anne-Valérie) est talentueuse et elle est très belle aussi. J’ai monté les marches de Cannes avec elle. J’aurais pu prendre une nana normale mais non, j’ai préféré ma sœur. Après j’ai lu : «Mais qui est cette femme sublime aux côtés de Manu Payet ?» Mais c’est ma sœur, bande de zeufs !

Elle a du talent, vous aussi, c’est génétique chez les Payet ? Juste avant nous, je vous assure que c’était moins drôle, ça manquait souvent de fantaisie. Comme si s’amuser, rire d’un truc, c’état presque pas bien.

Romane : Qu’auriez vous fait si vous n’étiez pas celui que vous êtes aujourd’hui ? Prof d’Anglais peut-être.

Gisèle : On aurait été collègues. Ah, Gisèle, on se serait vus dans la salle des profs pour boire un petit rhum en cachette (éclat de rires). J’aurais bien bossé dans un hôtel aussi. En terminale, je voulais faire une école hôtelière à Lausanne. Mon père avait écrit pour recevoir la brochure, plastifiée, magnifique. Il l’ouvre et dit «C’est superbe», il se dit que je suis sauvé. A la fin, il y avait une feuille volante avec les tarifs. C’était tellement cher ! Il m’a dit cette phrase que je trouve formidable (mon père avait vécu une enfance très pauvre) : - Quand tu auras fait cette école, tu vas ser- vir les gens, ou on va te servir ? - Ben, je vais servir les gens. - Donc moi je vais payer ça pour que toi tu serves les gens ? T’iras faire autre chose !

"J’ai fait quelques bêtises mais bon, il y a prescription».

Coraline : À l’école, vous étiez un élève studieux ou ravageur ? Ravageur ! Ma maîtresse de CM1, Mme Chassagne, à l’école Joinville, avait un jour convoqué ma mère pour lui dire : "Emmanuel est le pître de la classe !" Je peux vous dire que le retour à la case à Bellepierre a été tendu. "Gérard, ou koné kwé la maîtresse la dit ? La dit Manu lé le pitre de la classe !" Mon père avec ce ton qu’on connaît tous quand on va prendre un baisement : "Le pitre de la claaaaaasse !? Attend un instant, fouèt pêche !"

Gisèle : C’est ce qui vous a valu d’être envoyé en pension en Afrique du Sud jusqu’au bac anglais ? Oui. J’étais un bon déconneur. J’ai fait quelques bêtises mais bon, il y a prescription. On avait pris le chéquier du papa d’un camarade pour acheter des fringues chez Metropolis. J’avais acheté une paire de Dockside marron semelles blanches, tous les gars avaient ça à l’école. 715 francs ! En rentrant à la maison, ma mère me dit : - C’est pas ça, les souliers que tu voulais ? - Ben si, j’ai gagné - Avec qui ? - Ma classe, ils se sont cotisés ! - Ben dis donc, ils t’aiment vraiment ! ... Pendant longtemps, elle n’a rien su de la vérité !

Romane : Votre personnalité préférée dans le monde ? J’aime beaucoup Justin Timberlake. Et puis à la Réunion, c’est ma famille. Les parents, Tonton François et les autres qui jurent sans le savoir toujours dans mes sketches... Mon Tonton François, il cause qu’avec des mots militaires : «Bon, marmailles, zot i prend zot paquetage et zot i vient au QG dans un quart d’heure ! Rompez !»

Julie : Allez-vous apprendre le créole à votre fille ? J’étais plutôt dans l’idée de lui parler unique- ment en anglais, le truc impossible (rires). Elle a dans sa chambre des livres sonores en créole, un djembé de la Réunion, etc. Mais elle est encore petite... Et puis je ne me fais pas de soucis, pour le créole, il y a sa mamie qui va se charger de l’initier en accéléré !

Gisèle : Quel genre de père serez-vous pour votre fille ? Papa cool ou aussi sévère que vos parents ? Manu Payet : Oh, moins sévère ! Mais surtout, je suis hyper inquiet. Tout le temps. C’est exactement ma mère ...

Manu Payet en mode Péï : “Je mets des bouts de Réunion un peu partout”

Coraline : Elles s’exportent bien, les blagues créoles ? Notre façon de voir les choses s’exporte bien. Je trouve qu’on a une autodérision particulière. Il n’y a rien de plus simple, sympa et vivant qu’un créole qui rit de lui-même. Ici, quand on rit, on rit vraiment. Parfois en France, on rit, on fait attention genre «héhéhé» (bouche pincée). Certaines blagues ne s’exportent pas du tout mais quand tu les dis ici, on est moins nombreux à com- prendre mais qu’est-ce qu’on rit ! Là j’ai écrit «Créole i prend le chien pour crie avec». C’est vrai, nous on a toujours eu des chiens mais ils se sont toujours fait engueuler ! Mon père ra- menait un petit chien, on disait «On va l’appeler Max». Alors mon père «Bienvenue Max». Et le lendemain : «Max, fous-moi le camp là-bas !»

Quels sont vos humoristes réunionnais préférés ? A l’époque, Jardinot avait sorti une cassette vidéo qui s’appelait Whex et ça c’était fou. Il y avait un tra c de Whex à l’école : «Ouais, tu me la passes, je te la rends mercredi après c’est au tour de Jean-Pierre...» Je la connais quasiment par cœur encore aujourd’hui. Ma mère disait : mais arrêtez de regarder ce bonhomme-là, il va vous rendre débile ! Il y avait aussi Sully Rivière, j’ai appris qul rejouait. Marie-Alice évidem- ment.

Sadiyah : Vous avez présenté les César, comment les avez- vous vécus ? J’ai eu très très peur. Et puis j’ai pensé à vous, à La Réunion : j’espère qu’il y a au moins deux- trois gars qui regardent, c’était hyper tard. En plus, j’avais mis des petits hommages aux Réunionnais un peu partout. Il y a eu le rougail saucisses (parodie du Bureau des Légendes), et puis à la n, je dédie cette émission à tous les enfants de la francophonie qui rêvent d’aller ailleurs et en particulier aux jeunes Réunionnais. Je me suis dit : là, les gars dorment (rires) !

Georgina : Alors on va vous poser la question : on vous bassine depuis des années avec cette histoire de prononciation de Payet. Il paraît que vous devriez insister pour qu’on prononce bien le «T». Ça vous inspire quoi ? La différence, c’est qu’aujourd’hui, j’ai une place qui peut me permettre de parler. Mais quand tu arrives au début, que personne ne te connaît, tu vas pas commencer en disant «Poussez-vous, ça se prononce paillette». Et puis avec mon tempérament de créole, tu oses pas dire. Déjà, ou lé là, c’est déjà bien ! Je n’aime pas qu’on me ramène uniquement à mes origines, je ne suis pas une minorité visible ! Je ne suis pas non plus un drapeau. On ne demande jamais à un acteur ou réalisateur normand : «Alors, comment ça se passe la Normandie en ce moment ?» «Ben il pleut !»

Un jour quand j’ai dit que ça se prononçait «Paillette» quelqu’un m’a demandé : «Est- ce que tu fais dire paillette parce que ça fait pseudo de show-business ? Franchement fais pas ça, c’est nul». Là j’ai dit : OK ça va être compliqué. Et puis un Payet, quand il va en France il s’appelle Paillé. Depuis que je suis petit, c’est comme ça alors je vais pas, depuis l’aéroport, reprendre la planète entière en disant qu’il faut prononcer le «t». Et au fond, quelle importance ! Tous les Payet qui habitent en France, ils m’envoient des mails et me disent «Manu, pour nous aussi c’est pareil, on nous appelle Paillé». Ils font avec.

Georgina : Sur les réseaux sociaux, vous prenez encore cher, là-dessus ! Je ne les lis pas ! De toute façon, ça ne m’affecte plus. A l’inverse, des gens m’ont dit : «Mi pensais pas ou té encore aussi créole que ça». On me reproche genre : «Ou défende pas nou», mais on n’est pas attaqués ! Payet, c’est le nom des autres mais c’est avant tout le mien. Et puis ceux qui s’intéressent à ce que je fais le savent : je mets des bouts de Réunion un peu partout. Dans mon premier spectacle, La Réunion est présente du début à la n. Dans le film que j’ai réalisé, tous les noms sont des noms créoles : Grondin, Rivière... Marie-Alice Sinaman est venue et pour déconner je lui ai dit : «Tu vas jouer une directrice d’hôtel à Maurice justement parce que t’es pas Mauricienne». Alors j’ai reçu des messages : «Alors Maurice plutôt que La Réunion ?» Heureusement que tout le monde ne m’en tient pas rigueur sinon il y aurait moins de monde au théâtre vendredi et samedi. Et je sais que les gens qui sont là, à commencer par vous, peuvent se poser la question mais quand je réponds, ils comprennent.

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