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Pourquoi ne sommes-nous pas tous d’accord ? Informer | Septembre 2021 | CÉSECÉM

Notre évaluation du monde, nos connaissances, nos prises de décisions dépendent des informations que nous recevons, de la manière dont nous les traitons, de notre personnalité et de nos expériences.

Ces informations étant trop nombreuses pour être entièrement traitées (il suffit de cligner des yeux ou de tourner la tête pour rater une information qui pourrait pourtant être importante), notre cerveau a développé des réflexes mentaux pour prendre des décisions et nous permettre d’économiser du temps et de l’énergie. On les appellent les biais cognitifs, ils influencent notre analyse du monde, des autres, et de nous-mêmes.

A quoi servent ces biais cognitifs ? :

Les biais cognitifs permettent, entre autre, de gérer la surcharge d’information, le manque de sens et le besoin d’agir vite.

Par exemple, la plupart d’entre nous avons déjà subi une corrélation illusoire. Ce biais cognitif consiste à percevoir une corrélation entre deux événements, alors qu’elle n’existe pas ou est très faible.

Crédit : tylervigen.com / Creative Commons

Sur le graphique ci-dessus, on observe une corrélation entre le taux de divorce dans le Maine (état des Etats-Unis) et la consommation de margarine par Américain. S’il est ici évident que ces événements ne sont pas liés, les corrélations illusoires sont souvent bien subtiles.

Mieux identifier certains biais cognitifs :

1) Pour gérer la surcharge d’informations...

Des milliers de chaînes TV. Des millions de pages web. Des milliards d’heures de contenu disponible en ligne. Il y a trop d’informations, nous n’avons pas d’autre choix que d’en filtrer la majorité.

...nous accordons plus d’intérêt aux informations qui nous évoquent des souvenirs ou qui sont répétées

  • Le biais de disponibilité consiste à privilégier et surestimer les informations immédiatement disponibles en mémoire. Les personnes s'abstiennent de rechercher de nouvelles informations qui pourraient éclairer la question sous un autre jour, de manière plus générale, plus rationnelle, plus objective.
  • L’effet de simple exposition : plus nous sommes exposés à un stimulus (personne, produit de consommation, lieu, discours) et plus il est probable que nous l'aimions. L'application la plus fréquente de cet effet cognitif est la publicité. Ce biais est également renforcé par le fonctionnement des algorithmes des réseaux sociaux qui nous exposent aux mêmes types de contenus en fonction de nos intérêts.
  • L’illusion de fréquence : après avoir remarqué une chose pour la première fois, on a tendance à la remarquer plus souvent, ce qui conduit quelqu'un à croire qu'elle apparaît fréquemment.

...nous retenons mieux ce qui se distingue, qui est inhabituel ou surprenant

  • L’effet de Supériorité de l’Image : Les images ont un impact émotionnel bien plus important et restent bien plus longtemps à l’esprit que les textes.
  • L’effet d'isolation : un objet ou une information qui se détache des autres (exemple un pouce levé de la main) est plus susceptible d'être retenu.
  • L’effet de distinction : est le désir de se différencier, de se distinguer des autres. Il peut également être interprété comme une volonté plus ou moins consciente d’appartenir à un groupe de référence.

...nous avons souvent du mal avec le changement

  • L’ancrage désigne la difficulté à se départir d'une première impression. C'est un biais de jugement qui pousse à se fier à l'information reçue en premier dans une prise de décision.
  • La résistance au changement, consiste à désirer, et tenter d'obtenir par diverses formes de comportements d'opposition, le maintien de la situation qui existait auparavant.

...nous sommes attirés par ce qui confirme nos propres convictions

  • Le biais de confirmation, consiste à privilégier les informations confirmant ses idées et/ou à accorder moins de poids aux informations jouant en défaveur de ses conceptions, ce qui se traduit par une réticence à changer d'avis.
  • Le biais d'attention désigne la manière dont certaines informations sont filtrées par le cerveau en fonction des préoccupations ou centres d'intérêt d'un individu (attention sélective).
  • L’effet de l'influence continue : quand on intègre des informations qui plus tard s'avèrent fausses, elles continuent d'influencer notre raisonnement, même après avoir été démenties.

...nous remarquons les failles chez les autres plus facilement que chez nous-même

  • Le cynisme : est une volonté de rébellion et de subversion contre l'ordre établi, la morale et la tradition.
  • Le biais de la tache aveugle, est la tendance à distinguer les biais cognitifs et le biais de motivation davantage chez les autres qu'en soi-même.

2) Pour gérer le manque de sens...

Une fois que nous avons filtré l’information et réduit le flot à un volume acceptable, il faut en définir le sens. Nous relions les points, comblons les vides avec ce que nous pensons déjà savoir. Pour le meilleur ou pour le pire.

...nous voyons des histoires et des motifs, y compris à partir de données éparses

  • L'illusion des séries est la tendance à percevoir à tort des coïncidences dans des données au hasard. Cela est dû à la sous-estimation systématique par l'esprit humain de la variabilité des données.
  • Les preuves anecdotiques sont des preuves recueillies de façon occasionnelle ou informelle, s'appuyant fortement ou entièrement sur des témoignages personnels, et pouvant nourrir un raisonnement incorrect qui a pourtant une apparence de validité logique.
  • La corrélation illusoire consiste à percevoir, entre deux évènements, une relation qui n'existe pas ou qui est bien plus faible en réalité.

...nous simplifions les probabilités et les nombres pour qu’ils soient plus faciles à appréhender

  • Le biais de normalité conduit à nier ou minimiser des avertissements relatifs à un danger. Ce comportement revient à sous-estimer la probabilité d'une catastrophe, ses effets sur sa propre existence et son potentiel destructeur.
  • Le biais des survivants consiste à surévaluer les chances de succès d'une initiative en concentrant l'attention sur les sujets ayant réussi mais qui sont des exceptions statistiques (des « survivants ») plutôt que des cas représentatifs.

...nous projetons nos états d’esprit et postulats actuels sur le passé et le futur

  • Le biais rétrospectif désigne la tendance à surestimer, après coup, le fait que les événements auraient pu être anticipés moyennant davantage de prévoyance ou de clairvoyance.

3) Pour gérer le besoin d’agir vite...

Contraints par le temps et l’information, on ne peut pas se permettre de rester paralysé. Sans sa capacité à agir rapidement face à l’inconnu, l’être humain aurait disparu il y a bien longtemps. On doit avoir confiance dans notre capacité à réagir à chaque nouvelle information, et dans notre capacité d’adaptation.

...nous devons avoir confiance dans notre capacité à avoir un impact et sentir que ce que nous faisons est important

  • L'illusion de contrôle est une situation dans laquelle une personne est persuadée de disposer d'un pouvoir de contrôle ou, tout au moins d'influence, sur son environnement, en particulier sur des phénomènes aléatoires. Elle pense ainsi être en mesure de favoriser des évènements positifs ou d'éviter des évènements négatifs.
  • La compensation du risque est le fait d’ajuster son comportement au niveau perçu de risque, devenant plus prudent quand le risque ressenti est grand et moins prudent en éprouvant un sentiment de sécurité.

...nous privilégions ce en quoi nous avons déjà investi du temps et de l’énergie

  • Le biais du risque zéro consiste à préférer une option qui élimine totalement un petit risque plutôt que d’autres solutions qui en fait, prises dans leur globalité, éliminent davantage de risques et de façon plus avantageuse, sans pour autant atteindre le risque zéro.
  • L’escalade irrationnelle est la tendance à maintenir fermement une ligne de conduite initiale au-delà de ce que pourraient dicter les intérêts personnels, une analyse rationnelle de la situation ou encore tout simplement la probabilité de réussite.

...nous sommes motivés a préserver notre autonomie et notre statut au sein d'un groupe, et à éviter les décisions irréversibles

  • la réactance est un mécanisme de défense psychologique mis en œuvre par un individu qui tente de maintenir sa liberté d'action lorsqu'il la croit ôtée ou menacée. Effectuée de manière plus ou moins consciente, la réactance peut survenir quand l'individu a l'impression que quelqu'un ou quelque chose limite les choix qui se présentent à lui normalement.
  • La comparaison sociale désigne la manière dont une personne cherche à acquérir des informations à propos de ses propres croyances, ses aptitudes et ses émotions par reflet ou comparaison avec un groupe social de référence.

...nous préférons les options en apparence simples, plutôt que les options complexes

  • Le biais de croyance consiste en la formation d’hypothèses et la prise de décisions en fonction de ce que l’on désire et que l’on se plaît à imaginer au lieu de prendre en compte l’évidence, la rationalité et la réalité.
  • Le rasoir d'Ockham est un principe de raisonnement philosophique qui pourrait s'exprimer par les phrases « l'explication la plus simple est généralement la bonne » ou « Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? ».
  • L'effet d'ambiguïté est la tendance à éviter ou à ne pas prendre en compte les options pour lesquelles nous manquons d'informations. C'est un biais cognitif qui, lors d'une prise de décision, conduit à choisir l'option pour laquelle la probabilité d'une issue favorable est connue, au détriment de celles dont la probabilité d'une issue plus favorable est inconnue.

En conclusion :

La crise sanitaire a engendré une masse considérable d’informations, parfois contradictoires, ainsi que de nombreuses peurs et incertitudes. Dans ce contexte, nous cherchons à prendre les bonnes décisions pour nous et nos proches.

Pour cela, il est important de réfléchir aux mécanismes cérébraux qui sont à l’œuvre quand nous pensons, quand nous croyons, quand nous jugeons, quand nous recevons des informations.

Autant d’éléments nécessaires au développement d'un esprit à la fois critique et nuancé, d'une citoyenneté lucide et d'une société plus apaisée.

Sources

Schéma : Modèle Algorithmique: John Manoogian III (jm3) Modèle Organisationnel: Buster Benson

Vidéo : Les biais cognitifs - Interview d'Albert Moukheiber, docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicien.

Credits:

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