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Les Géants de la Genèse notre responsabilité pour la création d'après Gen 6, 1-7

Lecture biblique : Genèse 6, 1-7 (PdV)

« Les êtres humains deviennent très nombreux sur la terre et les habitants du ciel voient que ces filles sont belles et ils choisissent leurs femmes parmi elles. Alors le SEIGNEUR se dit : «Le souffle de vie que j'ai donné aux êtres humains ne restera pas toujours en eux. En effet, ils vont mourir un jour. À partir de maintenant, ils ne vivront pas plus de 120 ans. »

En ce temps-là, il y a des géants sur la terre. Il y en a encore quand les habitants du ciel viennent trouver les filles des humains et ils ont avec elles des enfants. Ce sont les héros d'autrefois, des hommes célèbres.

Le SEIGNEUR voit que sur la terre, les êtres humains sont de plus en plus méchants. Et toute la journée, dans leur cœur, ils ne pensent qu'à faire le mal. Le SEIGNEUR regrette d'avoir fait les humains sur la terre, et son cœur est rempli de tristesse. Le SEIGNEUR se dit : « Je vais faire disparaître de la terre les humains que j'ai créés, les grands animaux, les petites bêtes, et même les oiseaux. Vraiment, je regrette de les avoir faits. »

Culte au vert avec les Scouts protestants à Breitenbach/Bas-Rhin

Après une catastrophe, les survivants se demandent toujours ce qu’on aurait pu ou dû faire pour l’empêcher d’arriver. On cherche un responsable : si tel ou tel malheur est arrivé, ça doit avoir une cause. Ça doit être la conséquence d’une erreur. Ça doit être la faute de quelqu’un !

Remarquez que d’un côté, cette réaction est très utile : cela permet éventuellement d’apprendre de ses erreurs, si l’on est capable de les identifier. Or souvent, l’humain que nous sommes fait tout pour cacher sa propre responsabilité, pour la rejeter sur quelqu’un d’autre. Souvent, cette recherche de la cause d’un malheur se retourne alors contre la vérité, et l’on évacue lamentablement la recherche en désignant un bouc émissaire. Que ce soit pour les petits malheurs ou les vraies catastrophes, c’est tellement plus facile de se dire que c’est la faute de l’autre : « A l’école, si je n’ai pas mon cahier, c’est que Maman ne me l’a pas remis dans mon sac... » ; « au travail, si je n’ai pas réussi à faire fonctionner l’installation, c’est que mon chef ne m’a pas donné les outils dont j’avais besoin... » ; « en politique, si la société génère tant d’injustice, c’est la faute aux étrangers qui pullulent sauvagement », etc.

Or nous le savons très bien : quand on désigne un bouc émissaire, c’est juste parce que nous manquons soit d’intelligence pour comprendre ce qui s’est passé, soit d’honnêteté pour nommer notre propre responsabilité, et la plupart du temps des deux. Et c’est ainsi qu’on raconte les histoires les plus loufoques et farfelues, par faiblesse et pour éviter de regarder la vérité en face.

Dans l’extrait du livre de la Genèse que nous avons sous les yeux, ce n’est pas tout à fait la même chose - mais il y est aussi question de responsabilité après une catastrophe.

Ce chapitre fait partie d’une des histoires les plus loufoques et farfelues de la Bible : une grande pluie se transforme en déluge et engloutit toute l’humanité, sauf un homme appelé Noé avec sa famille et les animaux qu’il a embarqué sur un bateau appelé « l’arche ». Selon la conclusion de cette histoire, nous sommes tous des enfants de Noé, et qui est même le fondateur d’une sorte de religion dont le signe éternel n'est autre que l’arc-en-ciel...

Soyons clair : cette histoire n’est pas un rapport scientifique sur une catastrophe historique, elle est une image de la tragédie qui nous menace en permanence ; c’est l’idée que l’humanité n’a pas toujours existé et qu’elle pourrait donc tout à fait disparaître de la terre. Dans ce qu’on appelle la « mythologie », c’est-à-dire les histoires qu’on raconte depuis la nuit des temps dans les livres, les poèmes et les films, l’histoire du déluge a été le modèle pour beaucoup d’autres descriptions les plus loufoques et farfelues de la fin de l’humanité.

Comme dans les films, une même question résonne aussi dans le texte de la Genèse : pourquoi la catastrophe est-elle arrivée ? Et est-ce qu’on n’aurait pas pu l’éviter ? Quelle est sa cause ? Qui est le coupable ?

Ainsi, dans le livre de la Genèse, il est question de géants qui étaient témoins de la méchanceté de l’homme, méchanceté qui a causé le déluge… On se demanderait alors si ces « superhéros » n’auraient pas pu empêcher le déluge, en s’attaquant à la barbarie de leur temps ! Et voilà qu’on a identifié des boucs émissaires, comme nous aimons tellement le faire... Mais avant de regarder de près ces géants mystérieux, je voudrais vous rendre attentifs à quelques autres éléments de l’histoire.

L’histoire commence par la curieuse nouvelle que les humains mettent au monde des filles ! Encore une fois (après l’histoire d’Ève), la Bible insiste sur l’importance des filles dans le cours de l’histoire (on se demande bien ce que faisaient les garçons entre temps). Ces filles étaient tellement belles que les habitants du ciel, les « fils de Dieu », les voient et les choisissent comme femmes. L’humanité dont il sera question dans la suite est donc le résultat d’une fusion entre un génie céleste et la beauté féminine...

Cela n’empêche, dit le texte, que la vie humaine est marquée par sa finitude : Le souffle de vie ne restera pas toujours en eux, dit Dieu ; ils ne vivront pas plus de 120 ans... comme s’il fallait souligner que tout génie céleste et toute beauté féminine et humaine sont périssables.

Le texte ne dit pas clairement si c’était la reconnaissance de la finitude qui a rendu les humains mauvais : il constate simplement que les êtres humains sont de plus en plus méchants. Dans leur cœur, ils ne pensent qu'à faire le mal. Ça donne l’impression d’une vision très pessimiste de l’histoire, comme si la catastrophe qui vient était inévitable... et cette réflexion est devenue un classique de la pensée humaine : est-ce que l’humain est fondamentalement bon, mais exposé à des attaques du mal ; ou bien est-ce que l’humain est fondamentalement mauvais, mais capable de bricoler quelques fragiles traits de bonté ?

La question reste à jamais ouverte, même si la Bible prend une sérieuse option pour la première affirmation : l’humain devant Dieu est créé pour la bonté et la beauté, et c’est cet état originel qui permet à Dieu de croire en l’humain au point de s’y reconnaître en Jesus-Christ.

Mais on n’y est pas encore ! Dans notre chapitre de la Genèse, Dieu regrette d'avoir fait les humains ; il décide de faire disparaître de la terre les humains.

Le responsable du déluge est donc Dieu lui-même. Il prend ses responsabilités : son vis-à-vis humain n’étant pas à la hauteur de sa vocation, il peut disparaître.

Aussi impensable que cela puisse paraître - et aussi loufoque et farfelue la décision se présente à nous, qui sommes attachés à l’idée qu’il n’y a rien de plus sacré pour Dieu que la vie humaine - Dieu nous donne ici une vraie leçon d’humanité : lui n’a pas besoin d’un bouc émissaire ; il ne cache pas sa propre responsabilité, pour la rejeter sur quelqu’un d’autre.

C’est pourquoi je crois que les géants de la Genèse n’ont pas pu intervenir, en quelque sorte. Le texte nous dit simplement qu’en ce temps-là, il y avait des géants sur la terre ; des "héros d'autrefois", des hommes célèbres - le mot "nefilim" en hébreu, qui n'apparaît que 2 fois dans la Bible, ne permet pas de savoir avec exactitude qui sont ces géants.

Donc, les géants étaient certes témoins de la méchanceté de l’homme, qui a décidé Dieu de causer le déluge… mais ils n’auraient pas pu l’empêcher - parce que Dieu ne se défoule sur personne.

C’est en cela que cette histoire est paradoxalement une leçon concernant notre responsabilité pour la terre, pour notre vie : ce que l’humanité a créé, relève de notre responsabilité partagée. Même si nous ne sommes ni les premiers ni les pires des destructeurs de la création de Dieu, notre responsabilité est engagée et nous engage. Il ne sert à rien d’attendre ou de faire appel à des superhéros : aucun surhomme, aucune surfemme, aucun sous-dieu ne se mettra à notre place, pour réduire la consommation d’eau en prenant des douches de 5 min au lieu de 15 ; pour réduire la consommation de gaz en limitant le chauffage ; pour ramasser nos déchets quand nous quitterons ce camp. C’est le sens de notre projet scout annuel « Familles a énergie positive » : nous ne pouvons pas attendre d’un autre - et encore moins de Dieu - ce que nous-mêmes ne sommes pas prêts à faire.

Si donc aucun superhéros ne vient agir à notre place, chacune et chacun de nous pourra toutefois se transformer en géant, en accordant juste sa petite contribution - afin que le déluge ne vienne...

Created By
Temple Neuf Strasbourg, Pasteur Rudi Popp
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Credits:

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