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Stress chez les entraîneurs Profession en alerte

Pression, crises cardiaques, fatigue mentale, divorces, troubles du sommeil… Le métier d’entraîneur n’est pas de tout repos. Enquête au cœur des coachs de la Loire.

Laurent Pluvy, coach de la Chorale de Roanne

Il n’était pourtant qu’entraîneur de niveau amateur mais cet après-midi-là, il a failli y laisser sa vie. Il s’en souvient comme si c’était hier. Un dimanche somme toute banal de novembre 2003 où son équipe, Saint-Genest-Malifaux, évoluant en 3e division départementale, affrontait la réserve de Côte-Chaude, dans un match sans enjeu de milieu de tableau. « Les joueurs s’échauffaient comme chaque week-end, tout le monde était détendu. D’un coup, je me suis senti mal sur le bord du terrain, pris d’un malaise, comme si j’étouffais. J’ai été emmené d’urgence à l’hôpital, raconte Jean-Claude Vial, alors âgé de 53 ans. Je venais de faire une crise cardiaque… Le médecin m’a dit que c’était dû au stress accumulé. Je coachais depuis trente ans en amateur, mais depuis ce jour, je n’ai plus jamais entraîné. »

Jean-Claude Vial, victime d'une crise cardiaque à 53 ans, alors qu'il entraînait Saint-Genest-Malifaux, en 3e division. Photo René MOUNIER.

Des rebonds nocturnes après un match

En 2006 et 2007, une étude étonnante du cardiologue au CHU de Martinique, Fabrice Demonière, mettait en lumière les pics de fréquences cardiaques que pouvaient atteindre les entraîneurs de Ligue 1, de Ligue 2 et de handball. Elle démontrait que le cœur pouvait monter à 140 battements par minute pour un coach lors d’un match, soit deux fois plus que lors d’une journée classique. Les pics pouvaient être encore plus élevés lors de derbys, par exemple, tandis que les gains de fréquences au cours d’un match étaient également significatifs après un but, lors d’un penalty et même lors du passage devant la presse. Plus surprenant, cette fréquence cardiaque mettait beaucoup de temps à redescendre après le coup de sifflet final. Des rebonds nocturnes avec des pics à 110 (contre 77 au repos) ont même été détectés chez les entraîneurs.

« Ils font face à des risques psychosociaux. Beaucoup divorcent par exemple… » Vincent Cavelier, ancien médecin de l’équipe de France de basket

Alors, ce stress engendré peut-il réellement avoir des répercussions sur leur santé ? Si pour le cardiologue Fabrice Demonière, trois risques peuvent en découler (la crise cardiaque, l’hypertension artérielle et l’arythmie), l’un des médecins du sport les plus connus de l’Hexagone, Vincent Cavelier, préfère rester plus prudent. Docteur de l’équipe de France de basket de 1996 à 2009, de la Chorale de Roanne depuis 2000 et de l’ASM Clermont (Top 14), le Forézien d’origine a étudié ce phénomène cardiaque des entraîneurs. «Lorsque j’étais médecin à la Fédération de basket, nous avions fait des tests en posant des holters rythmiques à des entraîneurs de basket et en effet, il y avait bien des troubles du rythme. Ils montent en tension mais il n’y a pas de grosses anomalies. Ces pics n’ont pas montré de troubles cardio-vasculaires. »

Vincent Cavelier, à droite, médecin de l'équipe de France de basket de 1996 à 2009. Photo DR

Selon le médecin Cavelier, qui a côtoyé au plus près la profession durant vingt-cinq ans, ce sont plutôt les risques psychosociaux qui peuvent être les plus problématiques. « Ils ont énormément de problèmes de couple et de vie de famille. On remarque que les coachs qui réussissent à avoir une stabilité professionnelle sont ceux qui ont une grosse stabilité familiale. Ils ne sont jamais chez eux, ne voient pas souvent leurs proches. C’est un métier de folie ! Beaucoup divorcent. Ça oui, c’est un vrai fléau. »

« Des vies complètement déréglées »

D’autres troubles peuvent être communs aux entraîneurs selon lui : « Il y a de gros problèmes de sommeil. C’est assez remarquable. Ils ont des vies complètement déréglées. Des troubles alimentaires également. J’ai connu des coachs qui prenaient du poids car le stress les faisait manger. Mais d’une manière générale, la plupart ont une hygiène de vie exemplaire. Il y a trente ans, ça fumait, ça picolait beaucoup. On en voit moins qui fument aujourd’hui ou qui ont une addiction à l’alcool. C’est vrai qu’il y a eu des accidents vasculaires, des infarctus, mais pas plus que la moyenne. »

Corinne Benintendi, 56 ans, en plein match de son équipe, le BCMF (Ligue Féminine 2). Photo Yves SALVAT

Un métier où il est impossible de couper

Du stress, Laurent Pluvy, l’entraîneur de la Chorale de Roanne (Pro B), affirme ne pas en avoir. Enfin presque plus. Un mal qu’il a su surmonter avec l’expérience emmagasinée. « J’ai été stressé à mes débuts. Mais avec le temps, on est plutôt dans de l’adrénaline positive. Une fois qu’on prend confiance, qu’on voit les résultats arriver, on ne prend plus que le bon stress, celui qui nous tire vers le haut. »

« Tous les salariés dépendent de vous »

Ancien joueur professionnel (à l’ASVEL notamment, en Pro A) et international français, le coach roannais estime que son passé au très haut niveau l’aide à mieux gérer son métier d’entraîneur : « On a l’habitude de faire avec ces moments de tension. Le basket professionnel, j’y suis depuis que j’ai 18 ans. C’est mon métier, c’est que du plaisir. Depuis 3-4 ans, depuis la première fois où je me suis fait virer en tant qu’entraîneur (à Saint-Vallier, Pro B, NDLR), je prends moins les choses à cœur. Mon rapport au métier a changé. Après ça, vous comprenez que vous ne maîtrisez pas grand-chose. La seule pression que je peux avoir, elle est pour tous les salariés du club. Ils dépendent tous de vous. En gros, il ne faut pas descendre, sinon la catastrophe, c’est pour eux. »

Laurent Pluvy, 45 ans, entraîneur de la Chorale de Roanne (Pro B). Photo Yves FLAMMIN
« Coachs, on est particulièrement soumis à cette adrénaline, à cette tension. Donc forcément sujets à des variations du cœur »

Passionné, Laurent Pluvy avoue qu’il exerce un métier où il est très difficile de couper. « On a constamment le basket en tête, on est toujours focus dessus. J’y pense même la nuit. Tout le temps. On est toujours préoccupé. Quand on est coach, on dort basket, on mange basket. Et puis, j’ai aussi mes trois enfants qui sont basketteurs, donc les week-ends on est encore dans les salles. Mais on aime ça. »

Les problèmes de santé pouvant toucher les entraîneurs, le coach de Roanne affirme en avoir conscience : « Ça peut m’arriver à tout moment, je ne le souhaite pas. Après, c’est vrai que même que lorsque j’étais joueur, j’ai toujours eu un pouls élevé. C’est dangereux évidemment. C’est vrai que nous, on est particulièrement soumis à cette adrénaline, cette tension, cette excitation. Donc forcément vous êtes sujets à des émotions, des variations du cœur. »

« J'ai un coaching très participatif. Je bouge, je saute... J'aimerais être assise »

Corinne Benintendi, coach de Montbrison (Ligue féminine 2), préfère, elle, parler de fatigue mentale plutôt que de stress. « Dans la saison, à un moment donné dans la semaine, elle peut arriver, oui. C’est un job qui prend sept jours sur sept. Ça dure neuf mois où, là, on est dedans à 100 %, tous les week-ends. On a repris début janvier, on a eu zéro week-end de libre. Et quand ça coupe, on est encore dans le job, on pense déjà à l’année d’après. Moi, en plus, j’ai un coaching très participatif. Je bouge, je saute, je parle beaucoup pendant un match ou à l'entraînement. J’aimerais être assise sans bouger, mais je n’y arrive pas. Et ça fait 25 ans que j'entraîne... »

Une forme qu'elle réussit à maintenir grâce à à son mode de vie : « Je cours tous les jours, tous les matins ou le midi. J'ai 56 ans et je n'ai jamais arrêté de courir. J'en ai besoin, ça m’enlève du stress. J'évacue mes toxines. Je ne m’arrêterai jamais. J'ai une vie saine, l'alimentation, tout va avec. Je peux encore courir avec les joueuses. Je pourrais être leur grand-mère presque. »

Corinne Benintendi, entraîneur du BCMF

Pour elle, le contexte dans lequel évolue l’entraîneur peut toutefois être gage de stress : « J’ai coaché quatre ans au Hainaut, dans le Nord, au plus haut niveau. Mais moi qui n’étais pas de là-bas, j’ai eu beaucoup de mal. Tu peux être isolée très vite et là, oui, ça peut provoquer du stress. Si vous m’aviez interrogé à ce moment-là, je n’aurais peut-être pas eu la même version. Ici, les conditions sont sereines, et ça change tout.

Le problème quand tu es entraineur de haut niveau, c’est de devoir toujours bouger, changer de club, recommencer une nouvelle vie. Moi j’ai pas trop été dans ce cas là, je n'ai pas fait beaucoup de clubs. C'est ma septième année à Montbrison. La qualité de vie est maintenant un critère important pour moi. J’ai d’autres propositions, mais je ne veux plus bouger. »

« Beaucoup de coachs peuvent être noyés »

Entraîneur de Saint-Chamond (Pro B), depuis 2010, Alain Thinet (65 ans) s’est toujours appuyé sur sa famille pour relativiser et évacuer la pression.

Alain, le stress fait-il partie intégrante de votre quotidien ?

« Oui. On sait que l’on est sous pression tout le temps, que l’on est toujours observé, analysé. Mais personnellement, j’arrive bien à le relativiser, à faire la part des choses. C’est aussi mon contexte familial qui a toujours su me remettre les pieds sur terre, me faire comprendre qu’il y a des choses plus importantes dans la vie. Que l’on n’est pas obligé de se rendre malade pour un match perdu. C‘est peut-être une chose que j’ai toujours su faire, c’est de relativiser le résultat, qu’il soit positif ou négatif d’ailleurs. Qu’on ne l’on se prenne pas pour ce qu’on n’est pas, le monde continue de tourner sans nous. Ce n’est qu’un sport.»

C’est un job très prenant ?

« Il faut être capable de s’en détacher. Vous savez, la famille est toujours passée avant tout pour moi. Et je pense que si j’ai fait cette carrière, c’est surtout grâce à ça. Si le basket avait dû s’arrêter avant, ça ne m’aurait pas empêché de continuer ma vie et d’être bien dans mes baskets. J’ai toujours dit que j’avais deux bras, deux jambes et que je pouvais faire autre chose. C’est une passion, un métier extra, mais voilà. Quand on est capable de se le dire et de l’accepter, on fait déjà un grand pas sur la gestion du stress. »

« On fait une balade en famille, je pense à mon équipe »

Arrivez-vous à couper ?

« Quand on est joueur, on met le short et on s‘entraîne. Coach, on finit l’entraînement et on pense au prochain. Les matches, c’est pareil. Mais personnellement, j'ai toujours réussi à prendre du temps pour m’occuper de ma famille, de mes enfants, de mes petits enfants maintenant. Mais souvent, ça revient sur le basket. On fait un trail, une balade en famille, je pense à mon équipe, mais j’essaie de ne pas le faire voir. Mon esprit est toujours en veilleuse par rapport au basket. »

Vous arrive-t-il de vous réveiller en pleine nuit avant un match ?

« Étant plus jeune, je dormais très mal la veille d’un match. Mais maintenant, je dors comme un bébé. Par contre, c’est le soir du match où je dors très mal. Je me couche à 2h et je suis levé à 4h30. L’adrénaline est encore là. Impossible de me rendormir. Et ce, même quand on a gagné. »

« Avant un match, je suis très con (sic). Ma femme me le dit »

Comment êtes-vous avant un match ?

« Je suis très con (sic). Ma femme me le dit. J’ai horreur de l’attente du match. À l’hôtel, à l’extérieur c’est différent, le matin je vais courir. Mais chez moi, mes filles me disaient que j’étais fermé. J’ai beaucoup de mal avant, je ne suis pas bien. De midi à 20h, ce n’est pas la période que je préfère. Et même avec le temps. Il y a une forme de stress. Quand on est joueur, on sait qu’on va produire, entraîneur on ne peut plus vraiment changer les choses. Est-ce qu’on a préparé l’équipe comme il faut ? Quelle incidence aura une possible défaite ? Toutes ces questions ne sont pas faciles à gérer. »

Comment va votre santé ?

« J’ai de la chance de n’avoir aucun problème. Je fais du sport régulièrement. Je suis persuadé que se maintenir en bonne forme est important pour coacher. J’ai besoin de courir, de faire de la musculation, de me sentir bien dans mon corps. C’est peut-être aussi pour ça que j’entraîne encore à mon âge. Le sport, c’est un équilibre, un déstressant. J’en ai besoin pour tenir. »

« Coach, on est toujours en train de faire la cuisine »

Qu’est-ce qui est le plus stressant au quotidien ?

« Le match par lui-même. Ce n’est pas de gérer un groupe car j’arrive à constituer un collectif réceptif. Je fais en fonction, pour ne pas avoir le stress à chaque entraînement sur quels visages vont avoir certains joueurs. Je m’attache vraiment à la composition du groupe, à ce qu'il y ait un bon état d’esprit. Après, il y a des conflits mais ça ne me stresse pas plus que ça. Mais le match par lui-même est stressant car il faut un résultat. On est soumis à la réussite du club pour lui permettre de grandir. C’est stressant par rapport à la responsabilité. On nous confie une équipe et il faut l’amener là où les dirigeants veulent. C’est ça le plus difficile. »

Qu'est ce qui est le plus difficile, d'être joueur ou entraîneur ?

« Entraîneur ! Sans hésiter. Quand l’équipe gagne, c’est les joueurs, quand elle perd, c’est le coach. C’est bien connu. Entraîneur est un métier ingrat mais passionnant. Le joueur, il sait qu’il va avoir à manger. Le coach, il faut qu’il prépare à manger et en plus, il faut qu’il prépare le repas suivant. On est toujours en train de faire la cuisine. Alors que le joueur, une fois qu’il a fini de manger, il a le temps de récupérer, passer à autre chose. Il y a beaucoup de coachs qui peuvent être noyés, qui veulent à tout prix réussir. Et là, le risque, c'est que la vie conjugale en prenne un coup. »

Jean-Noël Cabezas, entraîneur de l'ASF Andrézieux en National 2. Photo Yves SALVAT

Une pression qui se ressent aussi dans le monde amateur

Si le stress fait partie intégrante du métier d’entraîneur dans le sport professionnel, il est aussi présent chez les coachs de niveau amateur. Rencontres avec plusieurs d'entre eux.

« J'ai beaucoup de mal à manger le midi, juste avant un match »

Clément Vidal (à droite), 30 ans, coach du Rugby Club Andrézieux-Bouthéon, en Fédérale 3

« Le stress fait-il partie intégrante de votre quotidien de coach amateur ?

Bien sûr qu’on ressent du stress, parce qu’il y a quand même des enjeux, même en Fédérale 3. Ils peuvent être sportifs mais aussi économiques. Tout au long de la saison, chaque week-end. C’est une remise en question perpétuelle. Le stress arrive à partir du mardi, lors du premier entraînement de la semaine. Et le dimanche, il est à son point maximal. Il monte crescendo dans la semaine. J'ai beaucoup de mal à manger le dimanche midi, je ressens un peu d’anxiété. J’ai le regard fermé, je parle moins, ça se voit.

Avez-vous des troubles du sommeil ?

La veille, pour m’endormir, oui. Cela dépend des matches en fait. Ça peut parfois être compliqué quand on joue des rencontres à fort enjeu, de grosses oppositions. Là oui, c'est un peu compliqué de trouver le sommeil. De décembre à février, par exemple, on a enchainé sept défaites d’affilée. La période hivernale a été lourde à gérer, très énergivore.

« Si on est trop éloigné des objectifs, on peut se faire licencier »

Avez-vous la pression d'être viré ?

Complètement. C'est un des facteurs importants. C'est quelque chose que l'on doit prendre en compte dans notre métier car on est soumis à des objectifs et si on ne rentre pas dans les clous, la pression de la part des dirigeants se fait de plus en plus forte. Si on est trop éloigné des objectifs, on peut se faire licencier, c’est une donnée importante dans ce métier-là.

Vous avez été joueur jusqu'en Fédérale 3. La pression est différente en tant qu'entraîneur ?

Ce n'est pas comparable. Coach, on est en première ligne. Dès que quelque chose ne va pas, on tape en premier sur le coach avant les joueurs. C'est pareil pour les dirigeants qui appellent en premier l’entraîneur avant de s’en prendre aux joueurs. C’est la hiérarchie qui est comme ça. En tant que joueur, la pression, on l'a que le jour du match. Entraîneur, quand on a un objectif de maintien par exemple, elle est forte tout au long de la saison.

« Faire du sport et évacuer : un besoin psychologique et physiologique »

C'est votre activité principale ?

Oui. Je suis salarié du club. C’est mon métier à temps plein. Mais attention, je ne gère pas simplement la catégorie seniors et les deux entraînements par semaine, plus le match le dimanche. Je m'occupe de l’ensemble du club. Tout cela prend beaucoup de temps et beaucoup d’énergie. Il y a énormément de travail de l’ombre, que les joueurs et le autres personnes ne voient pas. Il n'y a pas que le terrain, mais beaucoup d’à-côtés.

Arrivez-vous à couper ?

J’ai une vie et un cercle social en dehors du rugby. J'en ai besoin pour évacuer. Il y a certains week-ends sans match. J'en profite pour me déconnecter complètement du rugby. J'ai d'autres loisirs comme la course à pied, le crossfit, 3-4 fois par semaine pour me maintenir en forme et évacuer tout ça. C'est un besoin psychologique et physiologique. J'aime aussi boire un verre avec les copains, le soir, le week-end, les restos.

Vous avez 30 ans et vous coachez des joueurs, pour certains, plus âgés que vous. Cela n'ajoute pas un certain stress ?

J'arrive bien à gérer ça. Car nous avons un objectif commun, celui d'être performant sur le terrain. Il y a une relation de confiance. Tant que ce qu’on leur demande répond à leurs attentes, il n'y a pas de souci de ce côté. Si j’étais autoritaire, ça aurait pu être compliqué, oui. Je suis très proche de mes joueurs. Ça aide. »

« Je n'ai pas pris une seule semaine de vacances depuis trois ans »

Jean-Noël Cabezas, 52 ans, entraîneur de l’ASF Andrézieux, (National 2)

« Qualifieriez-vous votre métier de stressant ?

Oui, c'est un métier stressant, mais il faut savoir le gérer. Le plus dur est de prévoir ce qui va se passer. Il se passe toujours quelque chose d'inattendu. En match, il y a des petites erreurs d’arbitrage, des injustices parfois. C’est dur à vivre quand tu te prépares toute la semaine pour ce jour-là.

Vous n'entraînez pourtant qu'à un niveau semi-professionnel...

Ce n'est pas de la Ligue 1, c'est vrai, mais il y a une pression qui est là au quotidien. Quand on est joueur, on ne s’occupe que de soit, il faut être un peu égoïste. Quand on passe de l’autre coté, il faut penser à tout le monde. Ce n'est jamais facile de faire des choix avec les joueurs le week-end alors qu’ils font une bonne semaine, qu'ils ont un bon état d'esprit.

« De la fatigue mentale »

Arrivez-vous à couper ?

Il y a beaucoup, beaucoup de travail. Mais c’est une passion. Après, je suis peut-être personnellement dans l’extrême. J’essaie d’avoir le plus d’infos possibles avant un match, faire de la vidéo… Ça demande beaucoup de temps et d’investissement. Ça fait 3 ans que je n'ai pas eu une semaine de vacances. A la fin de saison, une autre commence. Dans les petits clubs comme ça, il faut faire le recrutement, avoir un réseau, s’investir, c’est compliqué. Il y a parfois de la fatigue mentale. Moi ce qui me vide la tête, c'est d'aller près des étangs, marcher, courir avec mon chien. Pour me ressourcer. On pense à rien. Et ça donne l’énergie dont on a besoin.

Votre famille n'en pâtit pas ?

Ma femme a l'habitude. Déjà joueur, ça demandait beaucoup de sacrifices (il a été footballeur professionnel, NDLR). Même si j'avais un peu plus de temps. Quand je coachais au Clermont Foot, pendant neuf ans, j'étais au stade toute la journée pour le groupe pro, puis, le soir, j'étais entraîneur principal de la CFA 2. J'ai pris l'habitude. Mais je ne me plains pas, c’est ma passion. »

Mickaël Pontal, 38 ans, sur le banc de touche de l'US Feurs, en Régional 1. Photo Fabrice ROURE

«J'étais beaucoup plus stressé en tant que joueur»

Mickaël Pontal, coach de l’US Feurs en Régional 1 et ancien joueur professionnel (notamment à l’ASSE)

« Je ne ressens pas vraiment la pression à mon niveau. La division y fait beaucoup aussi, il n'y a pas la même pression en amateur qu’en pro. J'étais beaucoup plus stressé en tant que joueur. Là, je ne parlerais pas de stress mais plutôt d'excitation, ou d'énervement parfois.

Nous avons trois entrainements par semaine et j’ai un boulot à coté. Ça prend du temps, il y a les séances à préparer, il faut arriver avant, partir après les joueurs, préparer les déplacements, se renseigner sur les adversaires, plus être présent le jour du match. Ce n'est pas une mission à plein temps mais quand on aime ça, on y passe beaucoup de notre temps.

« Aujourd’hui, je peux arriver au match pas coiffé, pas rasé, on ne va rien me dire... »

On y pense régulièrement. Le soir, le matin, on pense à une idée, à une tactique, une composition, à nos joueurs. Le soir du match, j’aime bien sortir, manger avec la famille dehors. Pour évacuer la petite pression, l'excitation qu’il y a eu. J'ai besoin de couper une après-midi ou une journée entière par semaine et penser à autre chose.

J'ai joué en professionnel, le stress est différent. L’exigence aussi. Demain, on me dit d’entrainer l'ASSE en L1, je n'aurais peut-être pas le même stress qu’avec Feurs en R1 ! C’est médiatisé, c’est une image. Aujourd’hui, je peux arriver au match pas coiffé, pas rasé, on ne va rien me dire...

Durant un match, je n'ai pas de stress. Quand la rencontre débute, on ne peut plus rien faire. D’ailleurs, on le voit avec les grands entraineurs. Arsène Wenger, Carlo Ancelotti… Le jour du match, ils sont spectateurs. Ils donnent quelques consignes car le travail est déjà fait. Un entraineur qui aboie trop pendant le match a peut-être mal fait son travail dans la semaine. Je suis plutôt calme sur un banc. Pas agité. Tranquille. »

Sports individuels

« On a la chance de rencontrer des préparateurs mentaux »

Vanessa Pecel (à droite), entraîneur de lancer, en athlétisme, au CA du Roannais. Elle coache au quotidien la prometteuse Amanda Ngandu-Ntumba (à gauche), championne de France juniors au disque.

« Avec Amanda, qui a une bel avenir devant elle, ça demande beaucoup de temps et d'investissements. Je dois passer 12/13h avec elle par semaine. Je fais ça bénévolement, j'ai un métier à côté. Dans les sports individuels, il y a une relation forte. On se connaît beaucoup et on partage de nombreuses choses. J’essaie d’avoir le comportement le plus normal possible en compétition, comme à l’entraînement, pour ne pas montrer mon stress et nuire à mon athlète. Pour que ça lui donne un repère et de la stabilité. Mais c'est un sport stressant. Et puis, le fait de ne pas pouvoir faire personnellement, mais seulement accompagner. C'est dur quand on a nous-même été athlète.

«Ce qui me stresse le plus, ce sont les éléments extérieurs»

Paradoxalement, ce qui me stresse le plus sont les à-côtés. Par exemple, Amanda a tendance à être très étourdie, à oublier ses chaussures, des choses comme ça. Et ça oui, ça, ça me stresse. Ce sont plus les éléments extérieurs. Gérer son école, son emploi du temps... Faire avec les aléas car on ne peut pas miser tout un projet de vie là-dessus.

Aussi, ce qui est particulièrement difficile dans l’athlé, c’est qu’on s'entraîne toute une année pour seulement deux mois de bonheur, la saison d’été, là où tout se joue. Là où la pression est à son maximum.

Sur des stages, on a la chance de pouvoir rencontrer des préparateurs mentaux. J’échange beaucoup avec eux. Sur comment gérer cette pression, ne pas la faire voir à l’athlète. Ça m’apprend à relativiser les choses, minimiser la compétition. Ce sont des dispositifs normalement dirigés vers l’athlète mais je pense que la psychologie est importante dans ce sport. J'y crois beaucoup. Et ça m’aide.»

Un suivi médical ?

Les entraîneurs ont-ils un suivi médical comme les joueurs peuvent l’avoir régulièrement, tout au long d’une saison ?

Selon Vincent Cavelier, ancien médecin du sport qui a notamment travaillé dans le basket, le rugby ou l’athlétisme, il n’en est rien. Les entraîneurs ne sont pas particulièrement suivis.

Le coach de Saint-Chamond basket, Alain Thinet, indique, lui, « faire une visite médicale chaque année, au début de saison et de temps en temps un électrocardiogramme. Mais rien n’est imposé ».

Aucun coach nous a indiqué avoir un suivi médical particulier du fait de sa fonction.

Laurent Pluvy (Chorale de Roanne). Photo Yves FLAMMIN

Dossier réalisé par Macky DIONG. Crédits photo : Yves SALVAT, Philippe VACHER, Yves FLAMMIN, René MOUNIER, Claude ESSERTEL

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