PROJET AFRIQUE «Une entreprise qui investit en Afrique ne peut pas se tromper»

CÔTE D’IVOIRE

INFOS ESSENTIELLES

  • 24 millions d’habitants. Croissance annuelle de près de 9% depuis 4 ans. 10,3% en 2015.
  • Pays en plein boom ; première puissance de l’Afrique de l’Ouest. 78% de la population a moins de 35 ans.
  • L’économie change de moteur. Si les matières premières continuent de jouer un rôle clé dans la croissance du pays (premier producteur mondial de cacao), c’est l’essor de la classe moyenne et la révolution numérique qui boostent la Côte d’Ivoire. Consommation des ménages : + 8 % en 2015.
  • Une délégation d'entreprises françaises menée par le Medef s’est rendue à Abidjan en avril dernier. 150 chefs d'entreprise - dont 75 % de PME. Les patrons français ont visité le futur Datacenter d’Orange ainsi que l’usine du chocolatier Cémoi, inaugurée l’an dernier.
  • Des bailleurs de fonds internationaux et quelques pays partenaires de la Côte d’Ivoire ont convenu de financer à hauteur de plus de 15 milliards de dollars le plan national de développement de la Côte d’Ivoire pour la période 2016-2020. Le pays espère devenir une nation émergente en 2020.
  • Au-delà de la Côte d’Ivoire, c’est toute l’Afrique qui a le vent en poupe. La moitié des 10 pays aux plus fortes croissances dans le monde sont africains. Pour les groupes internationaux, le contient africain n'est plus un sujet périphérique mais stratégique.

NOS CLIENTS PRESENTS EN CÔTE D’IVOIRE

 AXA

AXA Côte d’Ivoire est l’un des leaders du marché ivoirien des assurances. Présente depuis plus d’une soixantaine d’années, AXA Côte d’Ivoire compte aujourd’hui plus de 20.000 clients. CA : 16 Millions. Taux de croissance annuel : 10%. 86 collaborateurs.

 TOTAL

1er distributeur du pays. 160 stations service. 139 employées. 1er acteur pétrolier du pays dans le domaine de l’exploration-production. CA : 227 millions d'euros.

 BNP PARIBAS

BICICI est la filiale du groupe BNP Paribas en Côte d’Ivoire. Elle compte plus de 500 employés répartis sur l’ensemble de son réseau. La BICICI est présente dans les principales villes du pays, à travers un réseau de 40 agences repartis sur l’ensemble du territoire Ivoirien.

 BOUYGUES&COLAS

Le géant du BTP et des télécoms a construit le nouveau pont d'Abidjan. Autre grand projet en cours : un train urbain qui reliera d'ici 2019 Abidjan à son aéroport. Les premiers travaux démarreront en 2017. Le gouvernement a lancé un grand programme de modernisation des infrastructures ; Bouygues compte bien en profiter.

Expansion rapide du secteur du BTP : + 25 % en 2015.

 L’OREAL

Alléché par l’essor de la classe moyenne, l’Oréal s’est allié en 2015 avec le distributeur CFAO pour commercialiser ses marques mondiales grand public. «La Côte d'Ivoire est l'un des marchés en forte croissance et il est important pour L'Oréal d'accroître sa présence sur ces marchés porteurs», estime Geoff Skingsley, le directeur général de la firme pour la zone Afrique Moyen-Orient, qualifiant «d'opération stratégique» cette nouvelle piste suivie par le groupe.

 PERNOD RICARD

Pernod Ricard veut rattraper son retard en Afrique sur le leader mondial Diageo, historiquement bien implanté sur le continent grâce à la bière. L’objectif du Groupe est de tripler son chiffre d'affaires d'ici à 2018, à 600 millions d'euros. PR n’est pas encore présent en Côte d’Ivoire mais est déjà au : Ghana, Nigeria, Namibie, Angola, Kenya, Mozambique et bien sûr en Afrique du Sud.

GRANDS GROUPES FRANÇAIS PRESENTS

EN COTE D’IVOIRE & AFRIQUE

600 entreprises françaises sont présentes en Côte d’Ivoire représentant un tiers du produit intérieur brut. 160 d’entre elles représentent des grands groupes notamment dans les secteurs de la banque, du BTP ou du transport. Elles emploient près de 35 000 personnes.

 CARREFOUR.

L’enseigne, alliée au distributeur CFAO, a ouvert en décembre dernier un immense centre commercial à Abidjan, nouveau temple shopping de la classe moyenne. Il s’agit du premier magasin Carrefour d’Afrique subsaharienne. 20 000 mètres carrés. 100 magasins vont être crées d’ici à 2023 dans huit pays africains : Cameroun, Congo, Ghana, Nigéria, Congo, Sénégal.

 ORANGE.

L’opérateur emploie environ 2 000 personnes en Côte d’Ivoire pour un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de 500 millions d’euros. Orange est en train de construire un nouveau siège social à Abidjan. Le Français se positionne sur un marché en pleine expansion : le nombre de Smartphones en Afrique devrait doubler d’ici 2017 pour dépasser 350 millions d’appareils connectés.

 BOLLORE AFRICA LOGISTICS.

Le Groupe propose des solutions logistiques multimodales et des services d’entreposage. Plus de 1 400 000 m2 d’entrepôts et d’espaces de stockage. Opérateur du terminal à conteneurs du port d’Abidjan et de la compagnie ferroviaire ivoiro-burkinabé Sitarail, Bolloré Africa Logistics en Côte d’Ivoire est le spécialiste de la logistique et des grands projets industriels.

Chiffre d’affaires : 126,5 millions d'euros en Côte d'ivoire.

 SOCIETE GENERALE.

SGBCI, Société Générale de Banques en Côte d’Ivoire (SGBCI), est présente depuis plus de 50 ans en Côte d’Ivoire. « Nous voyons dans l’Afrique un marché clé pour Société Générale », explique Bernardo Sanchez Incera, le directeur général délégué du Groupe. Il y a l’émergence d’une classe moyenne qui se stabilise et qui génère une capacité d’épargne locale », souligne le dirigeant. A noter : le faible taux de bancarisation de la population inférieur à 20 % dans beaucoup de pays d’Afrique.

 ACCOR.

Leader de l’hôtellerie en Côte d’Ivoire avec 5 établissements à Abidjan (un Sofitel, un Pullman, un Novotel et deux Ibis), Accor va lancer un ambitieux plan d’investissement visant leur rénovation et l’extension de leurs capacités d’accueil. La concurrence est rude : dans la seule capitale économique, plus de dix hôtels sont en construction, sous l’impulsion de groupes ivoiriens et panafricains notamment. Le signe d’une renaissance du secteur.

 VINCI.

Le poids lourd français des travaux publics multiplie les chantiers en Afrique avec sa filiale Sogea-Satom. Malgré une concurrence de plus en plus féroce, notamment chinoise, le groupe Vinci reste fort: réseaux routiers, travaux hydrauliques et portuaires, énergie... son champ d'action est large. Chiffre d’affaires de Sogea-Satom Afrique: 1,1 milliard d’euros. Effectifs : 15 000.

 VEOLIA ENVIRONNEMENT.

Absence quasi générale de gestion des déchets, nécessité d'un meilleur traitement des eaux usées, besoins et potentiel immenses en énergies renouvelables: pour les industriels de l’environnement, l'Afrique subsaharienne est le nouveau marché à conquérir. Veolia réalise 1,1 milliard d'euros de chiffre d'affaires en Afrique, principalement générés par l'eau et la distribution d'énergie

 ENGIE.

Début 2016. Pour sa première implantation en Afrique de l'Ouest, Engie (ex-GDF Suez) choisit la Côte d'Ivoire. Le Groupe lance une business unit consacrée à l’Afrique, où il veut devenir un acteur majeur dans cinq à dix pays. Engie compte sur le fait que la croissance économique du pays ne pourra être possible qu’avec un effort considérable pour augmenter les moyens de production d’énergie sur un continent où 75% de la population a actuellement, un accès insuffisant à l’énergie.

 LAFARGE

Premier industriel du ciment en Afrique avec 18 cimenteries et 6 stations de broyage. Le groupe a prévu d’investir plus d’un milliard d’euros en Afrique dans les trois prochaines années. Le marché croit au rythme de 8 à 10 % au sud du Sahara depuis une dizaine d’années et devrait progresser de plus de 7% dans les dix prochaines.

 VIVENDI

-Universal Music, a ouvert sa filiale pour l’Afrique de l’Ouest à Abidjan, « Island Africa » en août 2015, avec pour ambition de découvrir les talents locaux et développer le marché numérique.

-Vivendi Village lance la construction de 10 Olympias en Afrique.

-Daily Motion, propriété du groupe vivendi, se déploie en Afrique avec l'ouverture d'un premier bureau à Abidjan, début juin. Ce bureau permettrait à la plateforme "d’atteindre 300 millions d’utilisateurs mensuels dans le monde".

-Présence accrue de Canal+ en Afrique. La chaîne aura bientôt plus d’abonnés en Côte d’Ivoire qu’en France. Elle est passée de 750 000 à 1.5 millions, et vise 5 millions d’abonnés en Afrique.

-Vivendi a pris une participation de 15% dans la Fnac, qui vient d’ouvrir un immense magasin de 1000 m2 à Abidjan.

 DANONE

Danone poursuit son expansion en Afrique de l’Ouest avec l'achat, en février, de Fan Milk, le spécialiste ouest-africain des glaces et jus. Une acquisition qui lui permet de prendre pied dans 6 pays d’Afrique de l’ouest (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Ghana, Nigeria, Togo). Ses investissements s’étaient jusqu’alors portés sur l’Afrique de l’Est et Maghreb (centrale laitière au Maroc)

 AIR LIQUIDE

Les produits et services d’Air Liquide sont disponibles dans plus de 22 pays de la zone Afrique de l’Ouest et Centrale. La Direction Régionale est basée à Accra au Ghana et dispose d’une filiale en Côte d’Ivoire. Chiffre d’affaire : 16,4 milliards d’euros dont 3% pour la zone Afrique/Moyen-Orient.

 EADS

Airbus envisage de doubler ses ventes annuelles sur le continent dans les dix à vingt prochaines années, en passant de 25 avions en moyenne à 50 avions. Airbus veut se positionner sur le marché de l’aérien très porteur en Afrique. Selon le constructeur, l’Afrique aura un besoin d’environ 1 120 avions neufs d’ici vingt ans. Aujourd’hui, Airbus revendique la position de leader du marché africain.

 SAINT GOBAIN

Saint-Gobain renforce sa présence en Afrique sub-saharienne. Il a ouvert un bureau au Ghana en 2014, porte d’entrée vers les marchés de la Côte d’Ivoire et du Nigéria. Ce bureau multi-activités accueille les équipes des Produits pour la Construction et celles de Saint-Gobain Glass (Matériaux Innovants), et complète celles du Kenya, de l’Angola, en plus de l’équipe centrale basée à Johannesburg (Afrique du Sud).

Chiffre d’affaire monde : 39,6 milliards d'euros

 CFAO

En Côte d'Ivoire, le groupe français présent de longue date dans la distribution d'automobiles et de médicaments, se développe aussi dans l'industrie des produits de grande consommation. Il a racheté en début d'année une usine de cosmétiques à Abidjan, Sicobel, et signé un partenariat avec L'Oréal. Et il est en train de construire une brasserie en partenariat avec Heineken, Brassivoire (150 millions d'euros d'investissement, 700 emplois directs.)

Chiffre d’affaires : 3,7 milliards d’euros

 BEL

Le groupe Bel vient d’inaugurer fin mars une nouvelle usine de production de Vache qui Rit à Abidjan. Objectif : alimenter le marché ivoirien. La Vache qui rit est la marque de fromage préférée dans de nombreux pays d’Afrique (2 milliards de portions vendues en 2015) dont la Côte d’Ivoire. Bel est implanté depuis 50 ans sur le continent africain, avec 3 sites de production en Egypte, Maroc et Algérie. Chiffre d’Affaires en Afrique en 2015 : 338M€, en croissance organique de 8%. Effectifs : 3500 personnes

 CEMOI

Le n°1 du chocolat en France a ouvert à Abidjan en 2015 sa première usine de chocolat ivoirienne destinée à approvisionner le marché local en spécialités chocolatées. « A court terme, nous allons fabriquer du chocolat et satisfaire la Côte d’Ivoire, ainsi que l’Afrique de l’Ouest et ses 350 millions de consommateurs », indique Patrick Poirrier, dont le groupe est installé en Côte d’Ivoire depuis 1996.

Chiffre d’affaires annuel : 775 millions d’euros.

 GROUPE CASTEL

Le groupe Castel est principalement actif en Afrique sur le secteur des bières et boissons gazeuses à travers sa filiale opérationnelle BGI. Le groupe exploite un important portefeuille de marques de renommée locale et internationale. L’ensemble des boissons africaines de Castel a généré 6 milliards de dollars de revenus et pas moins de 815 millions de dollars de profits pour l’exercice 2014-2015. Des recettes tirées par l’Angola (qui représente un quart de ses activités), mais aussi par la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, le Cameroun et la Tunisie.

TOP DES MULTINATIONALES ET DES ENTREPRISES IVOIRIENNES EN CÔTE D'IVOIRE

 Société Ivoirienne de Raffinage

Première entreprise de Côte d'Ivoire, la SIR réalise un chiffre d'affaires de plus 1,5 milliard d'euros. Elle est détenue principalement par l’Etat de Côte d’Ivoire à travers la société Petroci (48%), Total (20%), Elf Aquitaine (5%) l’Etat du Burkina Faso (5%) etc. La SIR raffine 3,8 millions de tonnes de pétrole brut chaque année. Elle a connu ces derniers mois de graves problèmes de financement en raison de la baisse de la "marge de raffinage", et a bénéficié d’un prêt de 53 millions d’euros du secteur privé pour parer à une pénurie de carburant.

 Compagnie Ivoirienne d’Electricité

La Compagnie Ivoirienne d'Electricité est un opérateur privé de droit ivoirien qui a en charge la fourniture de l'électricité en Côte d'Ivoire depuis 1990. CIE est un des leaders de son secteur sur le continent africain et fournit de l'énergie dans presque toute l'Afrique de l'ouest. Chiffres d’affaire en 2014: 640 millions d’euros.

 Société Multinationale de Bitume (SMB)

Au niveau des BTP, la SMB garde le contrôle du secteur avec plus de 261 millions d’euros de chiffre d’affaires. Spécialisée dans la Production, le Stockage et la Commercialisation de bitumes routiers, elle a permis l'exécution d'importants programmes routiers en Côte d'Ivoire et participe à la construction de routes inter-Etats en Afrique.

 MTN Côte d’Ivoire

MTN Côte d’Ivoire est le numéro 2 de la téléphonie mobile en Côte d’ivoire (le numéro 1 est Orange), avec 9 millions d’abonnés (32,19 % du marché). L’entreprise vient tout juste de finaliser une levée de fonds de 213,4 millions d'euros pour accélérer ses investissements dans le pays.

 SIFCA

SIFCA est un Groupe ivoirien spécialisé dans le domaine agro-industriel. L’entreprise intervient sur toute la chaîne de production, de la plantation à la commercialisation de l’huile de palme, du caoutchouc naturel et du sucre de canne. Chiffre d’affaires : 776 millions d'euros. Plus de 30 000 collaborateurs.

 SONACO

L’entreprise appartient au groupe français Rossmann, spécialiste du carton. Créée en 1986, Sonaco domine le secteur bois, papier et carton ondulé en Côte d’Ivoire. Le groupe est implanté sur 3 sites en Afrique : Côte d’Ivoire, Ghana, et Burkina-Faso.

 Cargill West Africa

Géant américain de l’agro-industrie. Présent en Côte d’Ivoire depuis 20 ans. Ses activités sont principalement la production de cacao et de produits à base de cacao, l’achat et le négoce de coton. Effectifs : 500 personnes à Abidjan, Daloa, Gagnoa et San Pedro. Chiffre d’affaires : 538 millions d’euros.

 Olam International

Le géant singapourien de l'agro-industrie Olam a inauguré il y a un an une usine de transformation du cacao, à San Pedro (Cote d’Ivoire). En outre, le Groupe a racheté l’activité cacao de l’américain ADM (Archer Daniels Midland) en décembre 2014, pour plus de 1 milliard de dollars. Avec cette opération, Olam multiplie par sept ses capacités de transformation du cacao qui atteindront 700.000 tonnes, soit 16 % du volume mondial. De quoi le hisser aux premiers rangs du secteur et venir bousculer les géants Barry Callebaut et Cargill.

 Barry Callebaut

Le Groupe dont le siège est à Zurich, en Suisse, est le premier producteur mondial de cacao. 4,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires l'an passé. 25 % de ses approvisionnements se font en Côte d’Ivoire. Face à des planteurs qui appliquent souvent encore les méthodes ancestrales de récolte, Barry Callebaut mise sur la formation par le biais d'un centre d'excellence en Côte d'Ivoire. Le groupe a investi 8 millions d'euros dans des programmes d'assistance à quelque 4000 producteurs.

Pour info : Barry Callebaut, Cargill, Olam et Blommer Chocolate Company, contrôlent à elles seules plus des deux tiers du marché mondial du broyage de cacao.

Antoine Glaser

Journaliste et écrivain spécialiste de l'Afrique

Interview exclusive pour ELEPHANT

Quels sont les ressorts de la croissance en Côte d’Ivoire?

La croissance en Afrique c’est la démographie. Je reviens tout juste de Côte d’Ivoire. Quand vous allez à la Fnac d’Abidjan, il faut voir tous ces jeunes qui achètent des portables, c’est hallucinant. La classe moyenne est là…

Plus globalement en Afrique, le continent va passer de 1 milliard à 2 milliards en 2050. Il y aura peut-être toujours 1.5 milliards de gens pauvres, mais il y aura une classe moyenne de 300 à 400 millions d’habitants. Le Patron d’Orange a dit qu’Orange avait plus d’abonnés en Egypte qu’en France, près de 33 millions !

Quelle est la réalité de la présence française en Côte d’Ivoire, quels sont les grands groupes présents ?

L’âge d’or pour les entreprises françaises a été la période postcoloniale, de 1960 à 1990, où elles réalisaient plus de 50% de parts de marché. Elles ont bénéficié de positions extrêmement avantageuses car il n’y avait aucun appel d’offre, tout était « politique », la France raflait systématiquement tous les marchés. Je dirais que les hommes d’affaires français se sont un peu endormis pendant cette période, sans se rendre compte que l’Afrique se mondialisait. Globalement, les entreprises françaises sont passées en 10 ans de 28% à 11% de parts de marchés. Lorsque Pierre Gattaz est allé à Abidjan avec une délégation de PME en avril dernier, il a tenu un discours beaucoup plus humble, ça m’a surpris, il a dit : « il ne faut pas être arrogant ».

Aujourd’hui, il y a 3 groupes français qui émergent, que j’appelle « BBC » : Bouygues, Bolloré et Castel. Bouygues est en Côte d’Ivoire depuis très longtemps, Martin Bouygues est un ami personnel de M. Ouattara. Ces groupes ont toujours travaillé avec des réseaux politiques africains. Donc Bouygues s’en sort très bien, dans le gaz et le pétrole. Vincent Bolloré a toujours bien verrouillé ses positions sur place. Il était dans le « Hard power » (en quasi-monopole sur les ports), il entre maintenant dans le « Soft Power » : Canal + Afrique aura bientôt plus d’abonnés en Côte d’Ivoire qu’en France. Ils sont passés de 750 000 à 1.5 millions, et visent 5 millions d’abonnés en Afrique. Bolloré ouvre aussi des salles de cinéma et des « Blue Zones », des zones urbaines autonomes en énergie. Pierre Castel (11ème fortune française) est très implanté avec ses brasseries sur l’ensemble de l’Afrique. Le 4ème acteur qui réussit très bien, c’est Orange. Orange a des positions extrêmement importantes en Côte d’ivoire.

La France affronte donc une concurrence accrue de la part des multinationales étrangères ?

Quand on dit que le monde entier est là-bas, c’est vrai ! A Abidjan, ça parle toutes les langues. Il y a de grands groupes chinois par exemple sur le barrage hydro-électrique de Soubré. Alstom voulait absolument avoir ce contrat, finalement ce sont les chinois qui l’ont raflé. En ce moment il y a une grosse bagarre avec les Turcs sur le projet de tramway à Abidjan. Les banques françaises sont aussi très concurrencées par les banques marocaines comme Attijariwaffa Bank. Dans tout le secteur du BTP, les groupes Français comme Eiffage et Razel subissent la concurrence des turcs et des marocains.

Et pourtant, ces dernières années, beaucoup ont ouvert un siège à Abidjan, pourquoi ?

Pour un groupe français, si on n’est pas à Abidjan, on n’est nulle part. Là où la France a de l’influence en Afrique, c’est à Abidjan. Il ne faut jamais oublier que la côte d’ivoire est le 1er producteur mondial de cacao, et que le chocolat est une matière première d’avenir. Le cacao, c’est la matière première « politique » sur laquelle s’est construite la côte d’ivoire. Le pays est aussi le premier exportateur de noix de cajou, cela représente des milliards. Et puis il suffit de prendre une carte, c’est la géographie qui prime : pourquoi quelqu’un comme Bolloré réussit-il si bien ? Pour rejoindre le Burkina, le Mali, le Niger, toutes les matières premières sortent par Abidjan. Il a donc créé des chemins de fer. Ce qui est particulier en Afrique, c’est que chacune des anciennes puissances coloniales est restée dans son pré-carré. La France reste donc implantée en Côte d’Ivoire en particulier dans le secteur des services. La Chine est la seule autre puissance à rayonner sur l’ensemble du continent dans tous les secteurs.

Est-ce un pari gagnant pour une entreprise française de s’installer en Côte d’Ivoire ?

Bien sûr ! Il suffit de se rendre à Abidjan pour comprendre ce qu’il se passe. Le dynamisme est palpable. Allez-y maintenant ! Dans 15 ans, le ticket d’entrée sera bien plus cher. Il faut oser l’Afrique, savoir prendre le risque tout en étudiant bien son dossier. Je conseille fortement de nouer des partenariats locaux ou d’ouvrir son capital à des Africains, car ce sont eux qui livreront les clés de lecture de leur marché.

Created By
arianna molinari
Appreciate

Made with Adobe Slate

Make your words and images move.

Get Slate

Report Abuse

If you feel that this video content violates the Adobe Terms of Use, you may report this content by filling out this quick form.

To report a Copyright Violation, please follow Section 17 in the Terms of Use.