Mémoires de Ruoms Regards sur une communauté villageoise

Les photos publiées dans cet ouvrage ont été sorties de boîtes en cartons, peu de familles les ont classées en albums. Elles sont de trois types : des photographies prises par des professionnels, des photographies d’amateurs et des cartes postales.

Ce sont les familles aisées qui font réaliser à partir de 1860 des portraits par un photographe professionnel ou qui vont en studio à Alès ou à Nîmes ; seule la famille du château de Chaussy possède des portraits aussi anciens.

Vers 1880-1890, des photographes itinérants munis d’appareils à chambre pliante ont exécuté des portraits dans les campagnes. Nous avons recueilli certains clichés de grande qualité datant de la fin du XIXe siècle, mais nous n’avons aucun renseignement sur les photographes qui réalisent également les photos d’école, de communion, de mariage dès cette époque.

La plupart des cartes postales éditées sur Ruoms représentent le site des Défilés ; la plus ancienne remonte à 1895. À partir de 1900 la carte postale photographiée s’est popularisée, elle montre des scènes de rue animées avec des personnages posant plus ou moins, mais qui ont à cœur d’être présents : celle de la maison du Baron où toute la population du quartier du Vieux Ruoms s’est rassemblée en regardant le photographe est caractéristique.

Commerçants et artisans posent devant leur échoppe. Sur une série de cartes postales, on remarque que les enfants ont suivi le photographe tout au long de la rue Nationale pour figurer sur les clichés.

Nous n’avons pas déterminé de limites chronologiques strictes, nous arrêtant globalement aux années 1970, au moment où la production de photos et de cartes postales se massifie et change de nature : qui aurait encore idée de faire poser un commerçant devant sa boutique ?

Le but de Mémoires de Ruoms est de donner à voir une société photographiée dans une durée de plus d’un siècle : le choix à faire parmi le corpus de 500 photos exposées est évidemment très subjectif : ces photos ne nous étaient pas destinées, elles n’avaient pas pour objet de témoigner, elles étaient le regard que cette société portait sur elle-même à une époque donnée.

Je souhaite qu’au-delà de ces questions, les lecteurs retrouvent le plaisir de la découverte qu’ont eu les habitants en visitant l’exposition.

Souvenir d’une exposition

Cet ouvrage est né de l’exposition « Mémoires de Ruoms » qui s’est déroulée durant l’été 2006 à la Chapelle Notre-Dame-des-Pommiers dans le cadre des expositions réalisées chaque année par l’Amicale culturelle du Pays ruomsois.

L’exposition se voulait être un reflet de l’histoire du village à la façon d’un album de photos dans lequel les familles retrouveraient les images de leur passé : images du passé au sens d’un patrimoine social et humain et non pas une simple exposition de cartes postales anciennes agrandies.

Notre époque a pris conscience de l’importance pour chacun de nous de la mémoire de son lieu de vie et à Ruoms, qui a connu bien des bouleversements depuis la fin du XIXe siècle, cette mémoire concerne un passé particulièrement riche.

La préparation, longue et complexe, a consisté à collecter auprès des habitants des photos représentant des personnages et des faits remarquables. Les photos ont été sélectionnées, identifiées, répertoriées, numérisées.

Le travail de reconstitution a occasionné bien des surprises. Il a permis de retrouver les noms de nombreux personnages à l’intérieur de photos de groupes et de dévoiler par exemple l’identité d’une certaine Léa, reconnue comme étant une jeune juive polonaise réfugiée à Ruoms en 1941. Il était très émouvant de faire ressurgir cette figure, disparue quelques mois après dans les camps nazis.

Au cours de l’exposition, certains ont ressenti la nécessité de revisiter leur passé : une petite équipe de Ruomsois, conduite par l’un de ceux qui se trouvait sur la photo de la 7110e section de FFI, a monté une expédition sur les traces des maquisards stationnés à Laviolle en 1944.

Soixante-deux ans après, ils ont retrouvé les lieux et même la machine à coudre et le tissu kaki dans la maison où ce tailleur improvisé avait confectionné les uniformes pour les jeunes recrues.

Autre surprise : un touriste de passage s’est souvenu qu’il était passé à Ruoms lors de la Libération, à l’été 1944, et a envoyé une photo le représentant avec son équipage sur un char de la 1e DB, le Bouvines.

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