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A Serbian Film 2010 - Serbie. Réalisation : Srdjan Spasojevic. Scénario : Aleksandar Radivojevic et Srdjan Spasojevic. Avec : Srdjan Todorovic, Sergej Trivunovic, Jelena Gavrilovic, Slobodan Bestic.

Pour la plupart des gens, lorsque l'on parle de films d'horreur extrêmes, les références sont des oeuvres telles qu'Hostel ou la série des Saw.

Mais ils sont loin d'être les plus violents et/ou choquants que l'on trouve sur le marché, et n'arrivent même pas à la cheville de certains longs-métrages underground connus des amateurs. N'étant pas exploités en salles et ne circulant que sous forme de DVD souvent inédits dans certains pays, il faut les connaître et vraiment s'y intéresser pour pouvoir y jeter un œil, et sont donc réservés à une clientèle restreinte, friande de ce genre de productions. Ceci dit, toute règle a une exception. En l'occurrence A Serbian film, premier film d'horreur extrême "grand public".

Le retour d'une pornstar

Milos est une ancien acteur porno qui a pris une retraite anticipée après avoir été considéré comme l'un des meilleurs hardeurs de son temps. Mais alors qu'il vit une routine tranquille avec sa femme et son fils, l'argent vient à manquer.

Ainsi, lorsqu'une ancienne partenaire lui parle d'un dernier film à tourner qui lui permettra de vivre tranquillement jusqu'à la fin de ses jours, il accepte. Il rencontre alors Vukmir, réalisateur dudit film, qui se définit comme un artiste de la pornographie. Et lorsqu'il signe son contrat, Milos ne se doute pas encore qu'il lui sera impossible désormais de se tirer des griffes de Vukmir.

Attention : le fait qu'il s'agisse d'un film "grand public", comme je le dis dans l'introduction de cette critique, ne veut pas dire qu'il est à mettre entre toutes les mains. A Serbian Film est un long-métrage particulièrement choquant, que ce soit de par ses images ou les concepts qu'il expose, et il ne faut pas le prendre à la légère. Ce qui fait de lui un film grand public, c'est simplement l'écho qui lui a été fait autant par les médias que par les spectateurs. Ayant soulevé des controverses dès sa première projection, il a rapidement obtenu une réputation qui a dépassé le cercle des initiés pour s'adresser à une audience plus large, qui ne se doutait absolument pas de ce qui l'attendait.

Au niveau technique, il y a peu de choses à reprocher à Srdjan Spasojevic. Pour une première réalisation, le cinéaste s'en tire même avec les honneurs. Tourné en numérique avec une caméra RED, A Serbian Film jouit d'une très belle qualité d'image. Les plans sont léchés, la photographie soignée. Certaines scènes sont particulièrement bien composées.

Un fond abject mais une forme agréable

La bande son, efficace, accompagne l'action sans jamais trop s'imposer. Notons aussi que les effets spéciaux sont très bons. Quant aux acteurs, s'ils ne sont pas parfaits, ils restent convaincants. Ces qualités techniques expliquent en partie pourquoi le film a réussi à atteindre un public plus large que les longs-métrages du même acabit : il présente des concepts tout aussi choquants, mais dans un bien plus bel écrin que les August Underground et consorts, qui parient sur une vision plus réaliste et moins agréable à l'oeil.

Deuxième point qui joue en faveur d'A Serbian Film : son scénario. Le long-métrage présente une intrigue intéressante, dont le déroulement se rapproche des thrillers, et qui parvient à capter l'attention du spectateur rapidement.

Si le début du film offre un déroulement plutôt lent, les choses vont s'accélérer au fur et à mesure, dans un crescendo qui alliera scène chocs et tension dramatique d'une façon assez réussie, jusqu'à une finale qui a le mérite de s'assumer pleinement et d'être en phase avec la ligne directrice du film.

Et si, durant tout le long-métrage, un certain manque d'empathie pour les personnages est à déplorer, le sort qui leur est réservé ne laisse clairement pas indifférent.

Un choc visuel, mais pas psychologique

Ce qui nous amène aux fameuses scènes chocs, qui ont fait la renommée du film. A Serbian Film mérite-t-il d'être classé parmi les films extrêmes ? Amplement, oui. Mais doit-on pour autant dire que c'est le film le plus choquant qui ait été mis sur pellicule ? Les néophytes pourraient être convaincus, les amateurs beaucoup moins.

S'il est vrai qu'A Serbian Film a de quoi choquer avec des scènes immorales et dures à regarder (le newborn porn en tête de file, suivi par la décapitation, l'étouffement par fellation ou encore les scènes incestueuses), le réalisateur n'a pas assez insisté sur l'implication psychologique de ses spectateurs pour en faire un film qui vous retourne vraiment le cerveau.

À part pour les spectateurs qui sont du genre à se jeter à corps perdu dans le visionnage d'un long-métrage, A Serbian Film a un impact plus graphique que vraiment émotionnel. Les cinéphiles plus aguerris, capables de se rappeler qu'après tout, ce n'est rien qu'un film, en sortiront certes chamboulés mais n'auront pas reçu la grande claque cinématographique que l'on est en droit d'attendre d'un film ayant une réputation aussi sulfureuse.

Un cinéaste cinglé qui ne convainc pas

L'un des autres gros points noirs du long-métrage vient du personnage de Vukmir. Le cinéaste dépeint dans le film, se targuant d'être un "artiste " ayant inventé un nouveau genre de cinéma, a bien du mal à convaincre. Ses grand airs illuminés et ses longs discours moralisateurs ont tôt fait de le classer dans la catégorie des tarés, rendant son personnage plus agaçant que vraiment effrayant.

Le côté grotesque de Vukmir amoindrit quelque peu l'impact du message du cinéaste, qui passe pourtant en grande partie à travers ce personnage, et qui, du coup, a du mal à vraiment se faire comprendre.

Enfin, autre élément qui laisse assez perplexe dans A Serbian film, c'est son but. Si le cinéaste décrit son œuvre comme une allégorie de l'état actuel de la Serbie et de ses habitants, il est bien difficile pour le spectateur de trouver une fin à tout ça.

Des thèmes trop survolés

Quelques pistes sont lancées, notamment à travers Vukmir, et aussi dans une moindre mesure avec le personnage du flic ripou, mais on a beaucoup de mal à savoir où tout cela nous mène. L'éclatement des familles et la victimisation des citoyens serbes font partie des thèmes les mieux exposés, mais même eux donnent l'impression d'être assez survolés.

En sortant du visionnage, on a plus tendance à se dire que l'on vient d'assister à de la violence gratuite. On sent bien qu'il y a quelque chose derrière, mais, si le message est clair dans la tête des artisans du film, il l'est beaucoup moins pour nous.

L'anecdote

A Serbian Film ayant été tourné en numérique, l'équipe a dû passer par un labo pour transférer le film sur pellicule. Elle a dû en solliciter trois avant d'en trouver un qui acceptait de prendre la commande en charge, au vu du contenu du film. Ainsi, les pellicules n'ont pu être livrées que 10 jours avant la première du film.

A Serbian Film reste un bon film. Si vous n'avez pas peur d'être secoué en assistant à des scènes choquantes et immorales, il pourrait vous convenir. Et malgré le fait que les habitués risquent de le trouver légèrement moins perturbant que ce que sa réputation promet, il ne faut absolument pas le prendre à la légère. Ce n'est pas le genre de film que l'on apprécie, il fait partie de cette frange du cinéma qui ne cherche pas à donner du plaisir à son public. Et les spectateurs non avertis risquent d'y laisser quelques plumes.

3,5/5

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