SOS Amitié : des écoutants de l'ombre œuvrent à Caen

Écoutants, « nous ne sommes pas des superhéros ! »

Mathilde (prénom d’emprunt) est écoutante bénévole à SOS Amitié Caen depuis plusieurs années. Seuls ses proches sont au courant, elle garde son activité secrète.

Chaque semaine, Mathilde vient écouter dans le poste de Caen. C’est alors le même rituel. « On s’installe dans un état d’isolement. C’est un temps mis entre parenthèses. On est seul avec une personne qui nous appelle. » Elle oublie alors sa vie personnelle pour être totalement disponible pour l’appelant. « On leur permet de souffler et de reprendre les rênes de leur vie. Ça nous arrive de ne pas avoir de parole au bout du fil. On ne raccroche pas. La personne a juste besoin d’entendre une voix. Mais rien que trois minutes, ça peut-être long. » Après quatre heures d’écoute, il faut raccrocher.

« C’est une écoute active. On en ressort fatigué et il faut préserver nos familles. Nous ne sommes pas des superhéros, mais des gens normaux. Il faut un équilibre personnel. »

Le contenu des appels reste confidentiel. Mathilde peut juste partager ses sensations lors de la séance « partage » avec un psychologue et l’ensemble du groupe d’écoutants, toutes les trois semaines. « On met sur la table nos difficultés. C’est important et obligatoire. Ce sont des moments forts, explique-t-elle. Ça permet de découvrir que ce qu’il se passe la nuit est complètement différent des appels de jour. La nuit, ils sont plus longs car avec les angoisses nocturnes, des choses ressortent. Et, la durée des appels n’est pas la même. »

Avant chaque prise de poste, les écoutants bénévoles sont solidaires. « On arrive dix minutes avant pour détendre notre camarade en cas d’appel difficile. Nous sommes des êtres humains et non des robots qui répondent au téléphone. Nous avons aussi nos soucis. » Alors, il peut arriver qu’un écoutant s’arrête pendant quelques semaines, quelques mois pour se ressourcer. Mais il revient rapidement pour aider.

Et, à la question : pensez-vous avoir déjà sauvé une personne ? « On ne saura jamais. Nous n’avons pas de suivi. Mais par rapport à l’intonation de la voix, je le ressens… »

En moyenne, le poste de Caen reçoit 800 appels par mois. Environ, 8500 appels ont été enregistrés en 2016 contre 5 234 en 2009. L’organisme a notamment analysé une recrudescence des appels au moment des attentats.

Gérard Massot, président de SOS Amitié à Caen, présente le local qu’occupe l’association dans un lieu secret.

SOS Amitié, une association nationale en évolution

Comment est née l’association SOS Amitié ?

Les fondements de l’association sont basés sur la prévention du suicide. Le concept est né dans les années 50 avec le prêtre anglican de Londres Chad Varah. « On lui annonce que le fils d’un de ses amis s’est suicidé à 20 ans. Il se dit qu’il aurait pu changer les choses s’il avait pu lui parler », explique une écoutante de Caen. « Il lance alors une annonce dans le journal pour que les gens suicidaires l’appellent avant de passer à l’acte. Il a été débordé par le nombre d’appels et a demandé l’aide d’un ami. » La structure « Les Samaritains » est créée et se développe. L’association française actuelle naît en 1960 et prend le nom de SOS Amitié en 1965.

Combien de postes existe-il en France ?

L’association SOS Amitié est basée dans vingt-quatre villes, dont trois se situent en Normandie. Il s’agit de Caen, Le Havre et Rouen. Chaque adresse reste confidentielle pour protéger l’anonymat des bénévoles qui doivent respecter la charte de l’association « Un mal, des mots. »

Pourquoi peut-on appeler à Caen et habiter à Marseille ?

Avec l’arrivée des nouvelles technologies, l’association nationale évolue. Depuis le mois de juillet 2016, l’organisation nationale de l’association a changé. Un routage des appels a été mis en place afin de trouver un poste disponible si le premier ne répond pas. « Ça permet d’éviter de rejeter des appels », explique Gérard Mussot, le président de l’antenne de Caen. « Nous pouvions avoir dix à douze coups de téléphone, pendant un appel, qui étaient alors rejetés. » Aujourd’hui, ils sont transférés sur un poste disponible dans l’hexagone. « Des gens qui veulent une personne de Marseille pour entendre l’accent du Sud, peuvent toujours appeler directement le numéro. » Il reste un inconvénient pour le président : « Les écoutants ont perdu contact avec les « habitués » locaux. Les appelants ont d’autres oreilles mais ça permet d’avoir une autre écoute pour les nouvelles personnes qui se retrouvent à Caen. »

Peut-on contacter un écoutant par écrit ?

Depuis cinq à six ans, une écoute est disponible par messagerie. À Caen, les quatre premiers bénévoles sont actuellement en formation. « Ils seront opérationnels bientôt », assure le président. « C’est un dialogue en respectant toujours les mêmes principes d’écoute. » La tranche d’âge des personnes dans le besoin pour ce chat est en moyenne de 12 à 45 ans. « Il y a davantage de jeunes qui sont suicidaires. La demande est énorme. Mais, on n’écoute pas de la même manière un enfant qu’un adulte. Les jeunes sont plus dans la demande, alors on réfléchit pour avoir une autre écoute via le chat. » À savoir que les conversations sont supprimées après chaque échange.

Pour déposer un message : tous les jours, de 19 h à 23 h, sur www.sos.amitie.org (réponse sous 48 heures).

SOS Amitié lance un appel pour trouver des bénévoles à Caen.

L’association lance un appel pour trouver des bénévoles

« C’est une préoccupation constante, souligne Gérard Massot, le président de l’antenne caennaise de SOS Amitié. Avec le nombre d’écoutants, nous ne pouvons pas assurer une écoute vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il faudrait que nous soyons quarante. »

Pour devenir écoutant, il faut être disponible quatre heures d’affilée par semaine. « On est souples. L’important est que le bénévole puisse tenir ses engagements. »

Une formation initiale de trente heures est imposée à chaque nouveau. Il s’agit de quinze heures de théorie avec un psychologue et quinze heures de pratique avec deux écoutants de l’association pour faire des simulations d’écoute. « Il est important de connaître les techniques d’écoute et ça permet de savoir si le candidat est apte car il faut être solide. »

Signer une charte

Avant tout, il faut signer la charte nationale de SOS Amitié qui stipule ses valeurs qui sont « l’écoute anonyme, confidentielle, neutre, bienveillante et empathique, non jugeante, active, non directive aussi, centrée sur la personne qui appelle », selon les principes du psychologue Carl Rogers.

« Il faut faire prendre conscience que le rôle de l’écoute est une démarche positive dans l’accompagnement d’un être humain qui se cherche. » La formation a lieu une fois par an. La prochaine débute en novembre-décembre.

Mais les bénévoles ne sont pas tous des écoutants. L’association caennaise compte vingt-six membres dont « des gens qui ont envie d’aider sans écouter ».

Le président cherche en urgence un trésorier mais également des personnes chargées de la communication, de l’événementiel, de l’informatique ou des réseaux sociaux.

Pour devenir bénévole, il faut appeler au 07 68 50 81 63 ou envoyer un courriel à sosamitiecaen@sfr.fr

  • SOS Détresse Amitié : ce terme provient de la pièce culte Le Père Noël est une ordure, qui met en lumière le travail des écoutants de manière loufoque lors de la période de Noël. La véritable association est devenue célèbre aux yeux du grand public et le nombre d’appels a augmenté significativement à cette époque.

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