Dans les coulisses de la Section de recherches à Caen

Par Laurent NEVEU, journaliste Ouest-France.

Unité de 32 gendarmes dédiée aux enquêtes les plus complexes, la « SR » fête ses 40 ans. Découverte d’un service de pointe, où l’intuition va de pair avec l’usage d’outils ultra modernes.

Un coup de badge par un officier, et la serrure électronique se déverrouille dans un bruit sec. On pousse une lourde porte, au premier étage du siège de la gendarmerie, à Caen. Puis on pénètre dans un couloir en L qui dessert plusieurs bureaux. Ambiance fonctionnelle, dans ce bâtiment de 2011. Nous voici au cœur de la Section de recherches de Caen.

Le colonel Rénald Boismoreau, patron du service, désigne un tableau blanc aux cases soigneusement tracées. Chacune représente une affaire en cours. Comme la disparition récente d’une jeune femme à Langrune-sur-Mer (Calvados). Ou celle de l’éleveur de chevaux André Blandin à Nonant-le-Pin (Orne) en novembre 2012.

Le colonel Rénald Boismoreau, patron de la Section de recherches de Caen. Crédit photo : Laurent Neveu/Ouest-France

« Une Section de recherches est un groupe régional d’enquêteurs de la gendarmerie, saisi des affaires les plus graves, les plus complexes ou les plus sensibles », explique le colonel Rénald Boismoreau.

« Ce sont plutôt des affaires criminelles ou de délinquance grave, qui vont nécessiter du temps, des moyens et de l’expertise. »

Dans les trois départements bas-normands, la « SR », comme on la surnomme, appuie des brigades sur des dossiers. Ou prend la direction de l’enquête sur les plus importants. Avec cette force de frappe différente des petites unités : une équipe est constituée et peut ne travailler que sur une seule affaire pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Retrouvez ici notre carte interactive des huit affaires emblématiques de la Section de recherches de Caen.

Ce service régional, créé en 1977 à Caen (il en existe un dans chaque région ancien découpage) a forcément évolué, tout comme les formes de délinquance.

« À notre création, l’aveu était la reine des preuves. Aujourd’hui, on est beaucoup plus sensibles à des éléments scientifiques : empreinte, exploitation d’un GPS ou d’un téléphone, par exemple », retrace le patron de 43 ans.

Quelques portes plus loin, le colonel fait visiter un local qui illustre cette montée en puissance de la technologie. Appareils photo ou caméras, enregistreurs vidéos dissimulés dans des supports anodins, balises pour « tracer » des voitures, objectif capable d’observer des individus à un kilomètre. Et d’autres joujoux sur lesquels la gendarmerie reste discrète. Dans les couloirs de la section, on ne croise que des enquêteurs en civil, plus à même de se fondre dans la masse.

Photo de gauche : les enquêteurs utilisent des Glock 26, pistolets plus discrets que les Sig-Sauer habituellement portés à la ceinture. Photo de droite : cet appareil, montré par le colonel Rénald Boismoreau, permet d'écouter des conversations à distance. C'est un des outils technologiques auxquels recourt la SR. Crédit photos : Laurent Neveu/Ouest-France

La SR, qui intègre depuis une dizaine d’années des « tontons » (informateurs) comme le fait la police depuis plus longtemps, recourt aussi aux fichiers nationaux, tels le Fnaeg (Fichier national automatisé des empreintes génétiques), ou à la coopération internationale (Europol) : « Dealers ou escrocs se jouent des frontières. »

En 2016, la Section de recherches de Caen a saisi près de 5 millions d'euros d'avoirs criminels (argent liquide, véhicules et biens immobiliers).
Les Sections de recherches collaborent régulièrement avec l'IRCGN, l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale, à Pontoise, dans l'Oise, en Ile-de-France.
L'armurerie de l'IRCGN, où est stocké l'ensemble des armes de poing existantes pour permettre de déterminer avec précision le modèle utilisé lors d'un tir.

La Section de recherches de Caen est composée de 32 gendarmes.

Le renseignement, il se moissonne aussi dans les vastes champs numériques que sont Facebook, Instagram, Twitter… Un défrichage qui échoit à la plateforme cyber. Dans leur bureau peuplé d’un fatras d’ordinateurs, les enquêteurs N-tech (Nouvelles technologies) plongent dans le darknet (Internet clandestin). Créent de faux profils pour piéger des pédophiles. Ou branchent des smartphones sur des mallettes qui en extirpent de précieuses infos.

La plateforme cyber, au sein de la SR, traque les délinquants sur le Web ou fait parler des téléphones mobiles grâce à un appareillage spécifique. Crédit photos : Laurent Neveu/Ouest-France

« Il faut continuer à être à l’avant-garde, croit Rénald Boismoreau. Il n’y a plus un seul dossier où il n’y ait pas de nouvelles technologiques. On est entourés d’objets connectés. Qui laissent des traces… » L’avenir de cette institution passera par l’utilisation du big data ou, comme le montre une collaboration avec les élèves ingénieurs caennais, le super grossissement d’images numériques.

Le colonel ne porte pourtant pas aux nues la toute-puissance des processeurs : « Rien ne remplacera jamais le flair et la capacité d’analyse du gendarme. » Quarante ans d’affaires épineuses, souvent résolues, le prouvent.

Diffusée sur TF1 depuis 2006, la série "Section de recherches" a permis de faire connaître ces unités de gendarmerie, peu connues jusqu'à présent.

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