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Les amants diaboliques En février 2009, le CORPS de Frédéric Flourou, 31 ans, est retrouvé dans un puits à Sérignan. Un couple, Eric Meynier et Frédéric Serra sera condamné en 2013.

En février 2009, les gendarmes de la Brigade de Valras vont retrouver au fond d’un puits du vignoble de Sérignan, le corps déchiqueté d’un jeune homosexuel. Il sera identifié grâce à la découverte de ses papiers quelques jours plus tôt dans une vigne comme étant Frédéric Flourou, il avait 31 ans.

Les assassins sont, eux aussi, très vite identifiés. Il s’agit d’Éric Meynier, un berger du Vaucluse de 30 ans et son amant Ludovic Serra, 42 ans, chef de rayon dans une grande surface de Béziers.

Tous les deux se connaissent depuis des années et sont amants depuis leur adolescence. Mais il s’agit là d’une relation des plus toxiques. Elle a débuté de la plus terrible des façons, puisque Serra aurait violé son compagnon sous la menace d’un couteau au fond d’un bois. Le plus jeune avait 15 ans, le second 27. Le plus inexplicable est que Meynier reviendra voir son bourreau pour entamer une liaison durable.

Le cadavre a été retrouvé, un mois après les faits, dans une ferme isolée de Sérignan.

Pendant leur enquête, les gendarmes vont découvrir que les deux hommes n’en sont pas à leur première agression. Mais durant le procès tenu en février 2013 à Montpellier, c’est dans un marigot glauque et cynique que vont patauger les familles et les jurés. On se rendra alors compte qu’ils ne sont rien l’un sans l’autre. Mais aussi que la relation d’un soir de novembre avec la victime s’est transformée petit à petit en un meurtre bien préparé quelques mois plus tard.

Cette description d’une dérive d’ultraviolence laissera de marbre les deux accusés. À aucun moment ils ne laisseront transparaître la moindre émotion ou empathie à l’égard de leur victime.

D'autres agressions signalées

Les deux amants auraient fait d’autres victimes. C’est en tout cas ce qu’a expliqué un témoin lors du procès ; Il a expliqué au tribunal : « J’ai vu plusieurs fois Meynier agresser des homosexuels sur l’aire de Bonpas (Non loin d’Avignon). Tout le monde avait peur de lui. Il se vantait d’avoir tué un barman de Cavaillon et, avec Serra, ils ont été vus en train de faire une piqûre à un homme qui a été retrouvé mort plus tard. » Ils n’ont pas été jugés pour cette affaire, mais celle-ci reste toujours non élucidée. Une affaire qui fait écho à des propos tenus lors de l’agression de Wilfrid Cerveau quand les deux amants lui avaient déclaré : « On va te tuer, tu n’es pas le premier et tu ne seras pas le dernier. » Ce jour-là, ils voulaient lui voler sa voiture.

Un procès qui malgré tout n’aura pas fait toute la lumière sur le mobile précis qui les a fait décider de tuer le jeune Frédéric Flourou, dans des conditions horribles. Cette folie meurtrière restera inexpliquée car les deux accusés ne se livreront jamais.

Impassibles face aux accusateurs, ils ne manifesteront même pas la moindre réaction à l’énoncé du verdict. Une décision de justice qui n’est ni plus ni moins qu’une peine d’élimination. Ils ne feront par ailleurs pas appel de la décision de la cour d’assises et purgent actuellement leur peine en prison. Pourtant, ce drame épouvantable aurait pu être évité si, quelques années plus tôt, un gendarme avait fait correctement son travail d’enquêteur du côté de Roquemaure, au lieu d’enterrer le dossier d’une des victimes du couple diabolique qui avait eu la vie sauve (Lire ci-contre).

Des personnalités complexes

Me Jean-Marc Darrigade a décrit Meynier comme : « Un jeune homme qui a été marqué par une hydrocéphalie lors de son enfance. Il en a gardé des séquelles irréversibles. Tout ceci a fait de lui un personnage complexe, mais lisse. Perturbé par une homosexualité qui n’est pas assumée. Sans caractère, il ne pourra fonctionner qu’en couple, avec Serra. C’est ce qui a été mis en avant lors du procès. On parlera alors de dysfonctionnement criminel. Il y a là, une certaine immaturité puisque par ailleurs personne ne connaît les raisons des crimes perpétrés. Ils n’expliquent rien de ces mobiles qui semblent futiles. En total décalage avec les faits. »

Il relèvera lui aussi l’erreur tragique du militaire Navarro qui avait identifié les suspects dans l’agression de Wilfrid Cerveau. « Si le gendarme était allé au bout de ses investigations, le cycle infernal aurait été stoppé. »

Pour le docteur Serge Bornstein qui a expertisé les deux condamnés : « C’est le couple dont la dynamique est criminelle. Ils renforcent tous les deux les tendances de l’autre. C’est dans tout cela qu’ils aboutissent à une satisfaction réciproque. Il n’y a pas chez eux de personnage dominant. Ils produisent tous les deux leurs idées maléfiques. Ils pourraient être à l’origine d’autres crimes. »

Lors du procès, il avait été expliqué qu’une fois l’engrenage meurtrier de ce couple lancé rien ne saurait empêcher qu’ils ne s’arrêtent, surtout si une occasion pouvait se présenter à eux. Si de tels couples sont, malgré tout, très rares, ils ne sont pas des exceptions non plus.

L'affaire

L’affaire débute le jour de la Saint-Valentin 2009, par la découverte d’un cadavre sur les bords de l’Orb par les gendarmes de la brigade de Valras. La victime gît au fond d’un puits qui sert d’irrigation aux vignes sur la commune de Sérignan. C’est le début d’une enquête qui va amener les gendarmes jusqu’à Saint-Martin-de-Crau dans le Vaucluse où l’on retrouvera la voiture de la victime dont la disparition a été signalée par sa mère au commissariat de Béziers au mois de janvier. Puis la téléphonie va permettre d’identifier les deux principaux mis en cause, Il s’agit d’Éric Meynier et Ludovic Serra.

Le premier car il a utilisé la voiture du disparu, le second car il a appelé Frédéric Flourou peu de temps avant sa mort. Tous les deux seront interpellés au mois de juin de cette même année. Devant les enquêteurs, ils ne nieront jamais les faits mais ils s’accuseront mutuellement de tous les agissements qui ont conduit au décès de Frédéric Flourou. Tous les deux ne se sont jamais fait connaître de la justice auparavant. En revanche, ils sont bien connus dans le milieu homosexuel du Vaucluse pour leur attitude parfois violente. Ils ont acquis dans ce microcosme une réputation terrifiante tant dans le Vaucluse qu’à Béziers où ils ont habité à une période. Tous les deux étaient amants depuis l’adolescence. Ludovic Serra ayant quinze ans de plus. Éric Meynier avait rencontré Frédéric Flourou à Béziers.

Tous les deux ont été condamnés en octobre 2013 à de très lourdes peines de réclusion criminelle. Éric Meynier devra effectuer une peine de trente ans de prison. Son complice, Ludovic Serra, 25 ans. On apprendra lors de ce procès devant la cour d’assises de Montpellier qu’Éric Meynier est le plus violent des deux et que son amant Ludovic Serra prend beaucoup de plaisir à regarder souffrir les victimes. Un véritable voyage aux tréfonds de l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus tortueux. Restera finalement en suspens de nombreuses interrogations. Les amants diaboliques comme ils avaient alors été surnommés ont-ils parsemé leur parcours de vie de nombreux cadavres ? Rien n’aura permis de l’affirmer. Une autre de leurs victimes aura pu échapper à la mort et tous les deux se vantaient d’avoir tué plusieurs fois. Dix ans après l’assassinat de Frédéric Flourou, la question reste en suspens. Ils ne pourront pas effectuer de demande de remise en liberté conditionnelle avant les deux tiers de leurs peines.

Un gendarme gardois épinglé

Entre 2003 et 2009 les années ont passé sans jamais inquiéter Serra et Meynier. Il sera établi que toute la responsabilité incombe au sergent-chef Navarro, “surchargé” de travail à l’époque de la première agression connue. Il n’avait rien trouvé de plus logique que de classer sans suite l’affaire de Wilfrid Cerveaux. La première victime du couple venue témoigner lors de l’audience de Montpellier. Wilfrid Cerveaux était tombé dans un piège, avait été lapidé et laissé pour mort. Il n’avait eu la vie sauve qu’en se jetant dans un lac en plein mois de novembre où le couple infernal l’a cru noyé. Le militaire qui a depuis été démis de ses fonctions s’était dit submergé par le travail quand il avait été sommé de s’expliquer. Les enquêteurs découvriront que l’enquêteur avait caché de très nombreux dossiers sans jamais les traiter.

Textes : Jean-Pierre Amarger. Photos : Archives Midi Libre. Mise en forme : Guilhem Richaud

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