Nouvel éclairage sur la voie du changement Eve Johnson, Pamir Energy

Aujourd’hui, j’ai eu besoin d’une intervention chirurgicale, mais je dois attendre à demain. Alors j’attends patiemment, allongé sur mon lit dans une clinique enrobée d’un épais brouillard crépusculaire. La lumière du jour disparaît doucement, mais la douleur ne diminue pas avec elle, malheureusement. L’obscurité grandissante semble en fait accentuer son intensité.

La clinique n’a pas les médicaments dont j’ai besoin, puisqu’ils doivent être conservés au frais, et l’infirmière nous a expliqué que la chaleur estivale les a rendus inefficaces. Je demanderai à mon fils de se rendre au village pour aviser ses trois sœurs et mon épouse de ma situation. Il devra parcourir les 12 kilomètres à pied. C’est l’automne, et les nuits commencent à être fraîches. Nous savons ce qui nous attend avec l’hiver qui approche.

Le froid est un souvenir bien vivant qui motive ma femme et mes enfants à faire 25 km par jour à pied sur le sentier périlleux pour récolter les fruits des buissons de teresken. C’est notre seul combustible pour chauffer notre maison. J’ai remarqué qu’au cours des dix dernières années, nous avons dû nous rendre de plus en plus loin pour trouver ces buissons. Mon père m’a dit lorsque j’étais jeune qu’ils prennent cent ans pour atteindre leur taille adulte. Je ne le croyais pas, parce que les plus gros m’arrivaient à peine aux genoux et ne dépassaient pas 50 centimètres d’épaisseur. Comment une plante aussi petite, qui brûle si rapidement, peut-elle prendre un siècle à grandir?

Mes voisins ont d’autres options, eux. Ils font sécher la bouse de leur vache depuis trois mois déjà, et ils ont maintenant une pile aussi haute que moi qui alimentera leur poêle tout l’hiver. Je sais que mes enfants manquent l’école pour une autre saison, tout comme la plupart des enfants du village, mais nous devons travailler ensemble pendant les mois chauds afin de nous préparer pour l’hiver. Si nous travaillons très fort, il se peut que nous puissions amasser assez de combustible pour garder l’école ouverte pendant quelques mois cet hiver.

Le système de chauffage de l'école

La nuit tombe. Ma femme doit être en train de préparer le souper, et la fumée doit envahir la pièce tandis que le teresken brûle dans le poêle et que la soupe mijote sur le feu. Elle a développé une méchante toux ces deux dernières années, comme sa mère avant elle. Une infirmière de visite nous a dit que c’est à cause de la fumée, mais que pouvons-nous y faire? Nous devons manger.

Cette histoire ressemble à celle de nombreux habitant des régions rurales d’Asie centrale. La vie est dure.

La plupart d’entre nous au Canada avons grandi avec l’électricité, et nous la tenons pour acquise. Mais pour de nombreuses personnes partout dans le monde, l’accès à l’électricité transforme complètement leur vie.

A group photo taken during one of many long drives, meeting people in various communities.

J’ai fait des voyages en voiture extrêmement douloureux et angoissants le long de cols de montagne élevés vers des villages qui ont redéfini ma conception de « rustique » et « éloigné », et j’ai vu de mes yeux l’impact de l’accès à l’électricité. Au cours des sept derniers mois, j’ai eu la chance de travailler en tant que stagiaire de recherche avec Pamir Energy. Cette entreprise est le fruit du premier partenariat public-privé d’Asie centrale, un effort collaboratif du gouvernement du Tadjikistan et du secteur privé visant à produire de l’hydroélectricité pour les résidents de l’est du Tadjikistan et du nord de l’Afghanistan. La taille considérable du territoire pose de nombreux défis. Il représente 47 % du pays, compte 3 % de sa population et est presque entièrement couvert de montagnes. Mais en dépit de ces obstacles, Pamir Energy a réussi à transformer le réseau électrique décrépit de la région. Alors que ce réseau n’approvisionnait que 14 % de l’est du Tadjikistan en 2002, il offre aujourd’hui de l’électricité à 96 % des résidents 24 heures par jour, à longueur d’année, et ce, de façon fiable et durable. L’excédent est vendu à l’Afghanistan voisin, qui est ainsi en mesure d’approvisionner pour la première fois plus de 35 000 habitants de la région transfrontalière du Badakhshan du Nord.

Que feriez-vous si vous aviez soudainement quatre heures par jour de temps libre? L’électricité a donné aux femmes du nord de l’Afghanistan un précieux cadeau : du temps. Du temps pour étudier, pour faire de l’argent, pour jouer avec leurs enfants ou pour ne rien faire. À quoi ressemblerait l’histoire ci-dessus si cet homme avait accès à l’électricité? Il n’aurait pas besoin d’attendre qu’il fasse jour pour recevoir ses soins. Les centres de santé auraient accès à des technologies médicales avancées et seraient en mesure d’entreposer des médicaments au frais. Les enfants auraient plus de temps pour étudier, à la fois à l’école et à la maison en soirée. Les poêles et les radiateurs électriques réduiraient la pollution par la fumée et l’incidence de troubles respiratoires associés à la combustion du bois dans les maisons. La dégradation écologique et la déforestation diminueraient. La présence d’équipements électriques ouvrirait de nouvelles occasions économiques, ce qui accroîtrait la production. Bref, l’électricité est profondément transformatrice.

Que feriez-vous si vous aviez soudainement quatre heures par jour de temps libre?
La collectivité reculée de Gudara, dans la vallée de Bartang

Avant le stage, je vivais au Yukon, et je croyais que j’avais une bonne compréhension des régions sauvages et des milieux extrêmes. Je croyais même comprendre les difficultés de la vie sans électricité ou eau courante dans un environnement froid, puisque j’avais choisi cette vie dans le nord du Canada. Mais la vérité est que j’avais toujours accès à un certain confort, qu’il s’agisse de bois pour un poêle, de matériaux isolants de qualité ou de la possibilité de me réfugier dans un café chaud et lumineux près de chez moi. Mais pour les habitants de l’est du Tadjikistan et du nord de l’Afghanistan, l’électricité leur apporte non seulement éclairage et chaleur – ce dont ils avaient grandement besoin –, mais également de nouvelles options.

Eve Johnson faisait partie de la cohorte 2016-2017 des jeunes stagiaires en développement international. Elle a fait son stage avec Pamir Energy, une société énergétique mise sur pied en 2002 qui a depuis remis en état 11 petites centrales hydroélectriques et mis à niveau 4 300 km d’anciennes installations de transmission et distribution d’électricité dans l’est du Tadjikistan.

Pamir Energy a reçu un Prix Ashden 2017 en élargissant l'accès aux services énergétiques.

Depuis 1989, la Fondation Aga Khan Canada contribue à la formation de jeunes leaders canadiens dans le domaine du développement international par le biais de son programme de stages en développement international.

Credits:

Provided by Eve Johnson

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