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Gazette du carabinier SIF 2019 - édition 2

Pour cette deuxième édition 100% numérique, nous donnerons la parole au cdt de "La Lourde" et sa remplaçante. Vous découvrirez la fonction de chef mat, une immersion dans l'inspection de "la Une de fer" et un zoom sur les bataillons partenaires de LUX. Bonne lecture!

EDITO

Cap F. Monnier, cdt cp appui car 1

Exister

L'adolescent que je fus a dû entendre parler pour la première fois du bataillon de carabiniers 1 dans un lointain éclat de voix, venant de l'autre côté d'une tonnelle de giron. Un aura de mystère entourait déjà ce nom - "bat car 1" – lorsque quelque sous-officiers du Gros-de-Vaud l'évoquaient avec respect. Qui sait si, cet été, nos évocations n'ont pas à leur tour saisi un jeune garçon de 17 ans, alors qu'avec le plt Bourqui et le lt Sonnay, accoudés à Savigny, nous remontions le temps tout en nous réjouissant. A l'Université, je découvrais avec surprise que le bataillon qui avait vu mon grand-père gravir les sentiers valaisans avec sa mule de tringlot existait toujours. Il y a la légende. Elle date d'hier, par définition. Mais il y a surtout les hommes et, avec eux, les conditions du succès. Eux sont bien d'aujourd'hui.

Il y a surtout les hommes et, avec eux, les conditions du succès. Eux sont bien d'aujourd'hui.

Lundi soir de la semaine CR 2, les centurions ont été convoqués au rapport de décision de l'état-major. Mes camarades Dell'Anna, Dousse, Diallo et moi-même écoutions l'EM de bat dérouler l'orientation. Puis le cap Rubattel, officier engagement, a présenté deux variantes pour l'intention du commandant. L'intention c'est "l'idée de manœuvre", la volonté tactique du commandant.

Voie hiérarchique oblige, les intentions des chefs sont comme des poupées russes. Il y a une continuité de l'intention du divisionnaire Langel, cdt div ter 1, à celle exprimée, derrière un buisson ou une porte de GMTF, par le chef de groupe. En réalité, même exprimée au plus haut niveau, une intention tactique n'aura jamais qu'un destinataire: le soldat. Il matérialise dans le terrain le travail des états-majors. Les Américains utilisent la géniale formule "boots on the ground" pour rappeler que tout conflit, tout engagement militaire, se termine dans le terrain, les pieds dans la boue ou sur le bitume.

Dès le déclenchement de l'exercice LUX, ce sont donc bien les carabiniers qui donneront corps, le plus concrètement qui soit et dans la dure réalité, aux nuits blanches de l'état-major, aux préoccupations des commandants et aux ordres de leurs chefs de section.

Le processus d'appréciation de la situation exige du chef qu'il se demande quelle est la place de sa formation dans le cadre général. La place du soldat est centrale. Elle seule permet, in fine, la réalisation de la mission. Encadré par des chefs compétents, le carabinier donne le meilleur de lui-même. Nous revenons alors à ce qui fonde notre engagement. Le Pays qui nous a vu naître ou accueilli. Il a tissé, au cours des générations, entre les Suisses et tout particulièrement entre les Vaudois, les fils ténus d'une profonde amitié. Osons parler d'une interdépendance. La relation entre les cadres du bat car 1 et leurs hommes est d'une nature similaire. Comme notre communauté dont il est un décalque, le bataillon a des exigences fortes et une grande responsabilité pour le futur.

La première de ces responsabilités est d'exister. LUX va nous en donner l'occasion.

Vive le bat car 1!

INTERVIEW

Plt Linda Bapst, cdt rempl cp car appui

La remplaçante du commandant de la lourde est, dans la vie civile docteur en neurosciences. Le plt Bapst est également au bénéfice d’un Master de l’EPFL en chimie moléculaire et biologique. Elle travaille dans le domaine de la recherche académique sur les mutations génétiques des dégénérescences rétiniennes. Femme active durant son temps libre, elle pratique le triathlon, la course à pieds et donne également des cours de crosstraining et de gymnastique parent-enfant.

En plus d’être mère de deux enfants de 4 et 2 ans ½, elle a récemment monté son entreprise de création textile, c’est d’ailleurs elle qui a fourni le dernier drapeau de l’EMinente. Dans cette interview, elle se livre sur son quotidien de femme au sein du bat car 1.

Pourquoi avoir fait l’armée ?

Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours voulu devenir astronaute. En 2008, a eu lieu la dernière campagne de sélection à l’EPFL, mais j’étais sous-qualifiée à l’époque.

Cet intérêt m’a permis de m’entretenir avec Claude Nicollier (ndlr. Le premier et seul astronaute suisse), il m’a encouragé à effectuer mon service militaire. D’après lui, cela était bénéfique pour la résistance au stress et le travail en équipe. J’y ai trouvé la camaraderie, le volontariat et un véritable engagement.

L'astronaute Claude Nicollier m’a encouragé à effectuer mon service militaire, j’y ai trouvé la camaraderie, le volontariat et un véritable engagement.

Parlez-nous de votre parcours militaire ?

J’ai suivi les sélections pour devenir parachutiste à Isone mais n’ai malheureusement pas été retenue. J’ai donc débuté mon ER en tant qu’explorateur d’infanterie à Liestal (BL). J’ai ensuite continué l’école de sous-officier à Colombier (NE) avant de revenir à Liestal pour l’école d’officier. Cela fait maintenant deux cours que je suis cdt remplaçante de la Lourde.

Quelle est la place d’une femme dans une compagnie surnommée « La Lourde » ?

Effectivement, la réputation de « La Lourde » me parait tout à fait correcte (rires), malgré cela, j’y ai reçu un accueil respectueux. Il s’agit d’une compagnie hybride aux profils hétéroclites, d’un côté les lances-mines, de l’autre les éclaireurs avec chacun leurs particularités.

Est-ce qu’être une femme à l’armée vous donnes des difficultés supplémentaires ?

Je ne nommerais pas cela des « difficultés » mais des situations auxquelles on doit s’adapter. Effectivement, on subit quelques incompatibilités par rapport aux différences de tailles, comme par exemple pour le gilet par éclats, qui peut compliquer certains engagements.

L’un des aspects de mon ER qui m’a demandé le plus d’abnégation c’est la distance avec mes camarades le soir, lors du retour au cantonnement.

Qu’est-ce qui pourrait être mis en places afin d’améliorer le quotidien d’une militaire ?

J’ai été très surprise par une statistique de 2017 qui situait la composition féminine au sein de l’armée Suisse à seulement 0.9%. J’ai alors eu l’impression que le message n’était pas perçu correctement auprès des jeunes femmes de 18 ans.

Par exemple, lors de mon recrutement, je n’ai rencontré qu’une seule candidate sur la dizaine présente qui était très bien renseignée sur ce qu’elle allait faire. Cette candidate en question était Fanny Chollet, devenue récemment première femme pilote de F/A 18 en Suisse.

En ce qui concerne les adaptations qui pourraient être faites, ce serait une bonne chose d’envisager un rapprochement entre les camarades et les éléments féminins de la troupe. Cela permettrait d’améliorer notre intégration.

De mon côté, je serais favorable à créer un groupe avec les femmes du Bat Car 1. On pourrait y proposer des réunions ou même d’aller faire les tirs obligatoires ensemble afin de se soutenir. On pourrait également se transmettre nos tuyaux. Par exemple si elles sont mamans, comme moi, et doivent trouver les solutions aux gardes alternatives.

Zoom sur le CHEF MAT

Le sgt Kach nous livre son point de vue et son expertise sur le rôle du chef mat. Une fonction indispensable au sein de notre armée et qui est souvent sous-estimée. Envie d’en découvrir plus ? Regardez notre vidéo portrait sur le chef mat de la cp car 1.

Inspection de la "une de fer"

Mardi 1er octobre 2019, il est 0800 tapantes, sur un terrain de football de Rubigen (BE).

L’atmosphère y est dure car après un réveil aux alentours des 0430, la compagnie patiente, alignée dans un froid matinal à 7°C depuis déjà plusieurs minutes, dans un « silence sépulcral », il n’y a aucun mouvement.

Quelques instants après, le divisionnaire ainsi que deux cadres de la div ter 1 font leur entrée, l’inspection peut commencer !

Le drapeau suisse est mis en valeur face à toutes ces tenues de camouflages vertes, et fait flotter une certaine fierté à représenter sa compagnie, sa patrie.

L’alignement, la posture, la position des pieds, la hauteur du fusil, etc. sont contrôlés, rien ne vient perturber le regard affuté du divisionnaire et de ses hommes.

Puis vient le célèbre contrôle de l’ordre en poche, PPI, plaques militaires, etc. rien n’est laissé au hasard, la compagnie s’est préparée minutieusement pour ce moment dont la satisfaction viendra récompenser l’effort fourni.

Finalement, le commandant de division regroupe la troupe et leur transmet que leur commandant de compagnie, le capitaine Nicolas Dousse, pourrait bien continuer sa carrière comme officier d’Etat-Major Général à condition que ses subordonnés gardent le cap qu’ils ont tenu jusqu’à présent. Il est maintenant 0900, le soleil a fait son apparition et donne la force nécessaire à la compagnie pour le reste de l’inspection qui se terminera sans accros.

LUX: Un travail d'équipe

Dans le cadre de l’exercice "LUX 19", le bat car 1 va travailler main dans la main avec deux autres bataillons (le bataillon d’Etat-Major de la div ter 1 et le bataillon d’ondes dirigées 16). Découvrez ici une présentation de ces deux bataillons, tous deux membres de la division territoriale 1.

Bat ONDI 16

Le bataillon d’ondes dirigées 16 fait partie des forces engagées dans “LUX”. Dernier bastion de la Romandie au sein des bataillons d’ondes dirigées de la brigade d’aide au commandement 41, le bat ondi 16 est là pour établir un réseau de télécommunications sur la zone d’engagement et relier les différents postes de commandement entre eux.

Sa mission générale

Le bat ondi 16 est en charge des télécommunications. On peut comparer son travail à celui d’un opérateur téléphonique, mais en utilisant des moyens militaires. Des radios sur le terrain aux fax, en passant par les téléphones et ordinateurs des postes de commandement, le bat ondi 16 intègre ces infrastructures dans le réseau permanent de télécommunications militaire (RITM). Les différents appareils connectés peuvent ensuite communiquer directement en vocal, échanger des données ou même faire une vidéoconférence, le tout avec ou sans chiffrement. Ce réseau peut aussi se coupler au réseau fixe de l’armée, ce qui permet aux radios tactiques de pouvoir s’utiliser comme un téléphone et joindre n'importe quel numéro fixe ou portable.

Missions pour “LUX”

Pour le bat ondi 16, “LUX” n’est pas un exercice. C’est un engagement! Ses missions sont simples: installer, exploiter, entretenir et protéger un réseau d’ondes dirigées, reliant les postes de commandements des différentes formations (div ter 1, autorités civiles, bat car 1 et bat EM div ter 1), tout en offrant une couverture radio d'intervention (RAP) sur la zone d’engagement pour les troupes au sol. Si le bataillon venait à manquer à ses prestations de base, c’est alors tout l’exercice “LUX” qui tomberait à l’eau. Car sans communications, impossible de diriger des troupes ou même un exercice.

Les moyens du Bat

Le coeur des moyens d’un bataillon d’ondes dirigées, c’est le RITM (réseau intégré de télécommunications militaire). Pour connecter les différents emplacements, le bat ondi 16 utilise des antennes à ondes dirigées R-905. Elles permettent d’effectuer des transmissions avec un débit de 8MB/s, sur une distance allant jusqu’à 55 kilomètres!

Afin de garantir sa stabilité, le réseau d’ondes dirigées est monté avec des redondances. Imaginez une toile d’araignée. Chaque point est relié à plusieurs autres points, ce qui permet à la structure totale de tenir, même si un emplacement devait tomber ou si une antenne devait défaillir.

Grâce aux commutateurs, qui sont utilisés tant dans le maillage que dans les postes de commandement, le réseau peut se relier à différents systèmes, comme les réseaux de conduite, militaires et civils. Entre les antennes et les commutateurs, les hommes sur le terrain construisent des lignes de fibres optiques, de quelques mètres à plusieurs kilomètres, selon les emplacement, permettant le passage des données. Enfin nous disposons aussi de chars KOMPAK, qui peuvent se poser en tant que “noeuds” pour assurer la redondance des connexions, tout en apportant une certaine mobilité et en garantissant la couverture RAP, qui permet le lien avec les radios tactiques sur le terrain.

bat EM div ter 1

Le bataillon d’Etat-Major de la division territoriale 1 conduit l’établissement et l’exploitation des réseaux de communication. Il s’est engagé dans des exercices tels que “TARANTULA” pour installer des liaisons de grande envergure ainsi que participé à des évènements comme AIR14 et la Patrouille des Glaciers. Sous le commandement du Lieutenant-Colonel EMG Marc Schibli, le bataillon d’Etat-Major se réjouit à la perspective de collaborer avec le bataillon des carabiniers 1 et le bataillon ondes dirigées 16 pendant l’exercice “LUX”.

Sa mission générale

Lors des engagements, les missions principales du bataillon sont d’installer, exploiter, assurer et entretenir les différentes installations de conduite. Le bataillon relie la communication entre les différents partenaires et fournit les informations importantes au commandant de la division pour prendre des décisions et gérer les forces du terrain.

Mission pour “LUX”:

Les objectifs de l’exercice “LUX” sont d’installer, d’exploiter et d’assurer le QG pour relier la communication avec le bat car 1 et le bat ondi 16. Pour le bat EM div ter 1, c’est la première fois que la nouvelle structure ainsi que les applications d’origine sont utilisées pour connecter les subordonnés dans les réseaux de conduite.

Pour lancer le CR dans les conditions les plus favorables, une mobilisation de type A a été effectuée à l’échelle du bataillon. Le but de cette mobilisation est de disposer et d’entrainer le plus rapidement le plus d’effectifs possible – ce type d’entrée en service sert comme introduction pour l’exercice “LUX” et sera intégré pour les prochains engagements.

Les moyens du bat

Haut et Fier!

Le bataillon est composé de 4 compagnies. La compagnie Etat-Major a les tâches d’installer, d’exploiter, de maintenir et de protéger le PC du bataillon. La compagnie transmission, se tient prête en tout temps pour installer et maintenir les liaisons de transmission. La compagnie exploration a reçu la mission de monter des postes d’observation et d’identifier les menaces potentielles. Finalement, pour protéger le bataillon, la compagnie sûreté est présente pour repousser les ennemis.

L’aigle royale est le symbole qui représente le bataillon. Tel l’aigle royale qui vole en cercle dans les airs, la compagnie d’Etat-Major possède la vue d’ensemble des activités. Sa rapidité personnifie la compagnie transmission qui doit relier la communication rapidement sur de longues distances. Son regard aiguisé représente la compagnie exploration, qui doit identifier les ennemis même dans des conditions difficiles. Son bec et ses serres évoquent la compagnie sûreté qui défendent les autres compagnies face aux adversaires.

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