Graines de champions En mai prochain, les jeunes de l'equipe U17 du centre de formation de Lille, sauront si ils decrochent Une Place DANS la catégorie supérieur. Tous nourissent l'espoir de devenir footbaleur professionnel, et pouvoir un jour, peut-être, fouler la pelouse du Stade Pierre Mauroy.

18h au Domaine du Luchin. Jour d’entrainement. Entre chien et loup, le « Dogue », l’œil vif, colosse de bronze de 500 kilos semble tenir la garde. Symbole des valeurs du club, il trône fièrement au milieu du centre d’entrainement du Lille OSC, ancienne ferme du XIXème siècle, niché au cœur de 43 hectares de verdure. Quelques mètres plus loin, dans la grisaille frigide de l’hiver on aperçoit 4 terrains de football ultra sophistiqué contrastant avec les bâtiments centraux aux airs de fermes typiques flamandes.

Depuis 2007, le domaine de Luchin accueille chaque saison une soixantaine de jeunes âgés de 15 à 20 ans qui composent les équipes des U 17 Nationaux, U 19 Nationaux et CFA.
" ils doivent donné le maximum pour être ici, et pour espérer y rester, ils en sont parfaitement conscient "

Soudain le bruissement des crampons interrompt l’austérité d'une fraiche soirée lilloise. Dans un mutisme impressionnant, les jeunes pousses, du centre de formation du Lille OSC âgés de 15 à 17ans, arrivent sur le gazon. Habillé de la tête au pied des couleurs des Dogues, ces apprentis footballeurs semble porté sur leurs jeunes épaules tout le poids de l’institution, et de l’héritage de leurs illustres ainées Yohan Cabaye, Matthieu Debuchy ou encore Eden Hazard, eux même passé par l’académie lilloise, et aujourd’hui footballeurs mondialement reconnus. L’entrainement rythmé par les coups de sifflets, semble tout aussi intensif que les joueurs évoluant dans les plus grands championnat européens, Raphaël, préparateur physique, souligne « nous n’avons pas le droit de les trahir, mais de leurs cotés ils doivent donné le maximum pour être ici, et pour espérer y rester, et ils en sont parfaitement conscient ». Courses et contacts a répétition usent petits à petits les organismes, qui profitent d’un moment de répit pour s’hydrater. Puis, semblant infatigable, tous à l’unisson repartent de plus belle.

De gauche à droite, Eden Hazard, Matthieu Debuchy, et Yohan Cabaye, valeur d'exemple pour les jeunes. Tout trois on fait leurs classes au centre de formation lillois.

Dogues mais pas chiens fous, les jeunes footballeurs du centre de formation gardent la tête sur les épaules, « le travail, le travail, c’est tout, haha » s’exclame Maxime, essoufflé, émoussé, mais serin, témoignant d’une maturité impressionnante pour son jeune âge. Le jeune homme originaire de Lezennes, commune limitrophe de Villeneuve d’Ascq, dans la banlieue lilloise, est arrivé au club du Lille Olympique à l’âge de 15 ans, après avoir été repéré… en bas de chez lui. Depuis tout petit, Maxime, joue au foot tous les jours, n’importe où. Un jour, comme beaucoup d’autres jours, il jouait avec ses deux frères et des amis sur un parking à quelques dizaines de mètres de sa propriété « on jouait contre des plus grands, mais je leurs avait quand même mis la misère (rire), et puis à la fin quelqu’un vient me voir, et me conseil de participer à une journée de détection au LOSC. Quelques semaines plus tard je me retrouve à jouer pour mon club de cœur, tout est allé très vite »

Une concurrence rude

Des étoiles plein les yeux, ce petit gabarit d’1m72 pour 61 kilos, reste cependant lucide « Bientôt je serais fixé... bien sur que je rêve de passer en U19, mais je sais que la concurrence est rude, à mon poste on est déjà 3 dans mon équipe, et même si c’est des amis on ne se fera pas de cadeau, c’est comme ça ». L’arrière gauche souligne avec froideur, ce phénomène qui existe au sein des centres de formation. « On évolue dans un des plus grand club français, cette rivalité est naturelle et stimulante, elle nous pousse à être meilleur, on doit se montrer sous notre meilleur jour pour tirer notre épingle du jeu, c’est une compétition au quotidien ». Contrairement à la plupart des joueurs de son équipe, Maxime, à la chance de rentrer au domicile familiale qui se trouve seulement à quelques kilomètres du centre d’entrainement. Pour lui, le soutien de ses parents est primordial dans sa quête de réussite.

De gauche à droite : Maxime, Ryad, et William. Des parcours différents pour un même objectif.

A l’instar du jeune Leuzennois, nombreux sont les pensionnaires qui résident au domaine du Luchin. Comme pour Ryad, 17 ans, ce jeune homme originaire de la région parisienne, est arrivé en terre lilloise à ses 15 ans.

Des infrastructures complètes au service des jeunes pousses

« Dès mon arrivé j’ai été frappé par les lieux, c’est là que j’ai pris conscience que j’étais arrivé au sein d’un grand club, et qu’avec du travail je pourrais arriver à mon rêve ». Accolées, d’imposantes baies vitrées exposent la photographie d’un soir. Les unes de journaux encadrées. Une image de victoire. On aperçoit les coupes de France et les titres de championnat fièrement exposé. Le doux parfum d’une histoire glorieuse est facile à humer. Un étage plus haut, le pôle technique avec les bureaux des formateurs du Lille Olympique Sporting Club, qui juxtapose les chambres des jeunes pousses du centre de formation, avec vue sur les terrains, toujours, pour constamment penser football. Le jeune milieu offensif dépeint un espace de vie plutôt agréable « les chambres sont confortables, assez grande, mêmes les couettes sont imprimés au couleurs du club, le seul problème c’est qu’il n’y a pas de télé (rire). » En effet ces fioritures n’ont pas leurs places dans ce quotidien très structuré. « En plus du football les résultats scolaires sont très important, ça détermine aussi notre passage en catégorie supérieur, pour continuer à évoluer dans ce centre de formation. » Ce point constitue l’autre axe majeur du programme, C’est une voie de secours indispensable. Celle des désillusions pour les recalés. « En 1 semaine on a peu près 19h de cours, les éducateurs et professeures nous rappelle en permanence qu’il n’y a pas seulement le foot dans la vie » nous indique Ryad. Tout au long de son parcours scolaire, identique à celui pratiqué dans un lycée traditionnel, l’une des finalités du club est de faire de leurs jeunes, de bons footballeurs mais aussi des hommes instruits responsables et autonomes.

Des journées rythmées par les entrainements quotidien
"On n'a pas beaucoup de temps libre pour faire autre chose"

Comme beaucoup de joueurs du centre de formation, il est parfois dur d’allier football et scolarité, William, 18 ans, est arrivé au LOSC très tôt à l’âge de 12 ans, et comme Ryad il est résident au domaine de Luchin. « C’est vrai que nous avons un calendrier assez chargé durant l’année, mais c’est plutôt bien organisé. Je peux à la fois suivre mon cursus scolaire et être très investi dans ma passion et ma progression dans le football. De plus, c’est très agréable pour la concentration et l’apprentissage de suivre les cours dans des classes à effectif réduit. Le suivi est beaucoup plus individualisé que dans un cursus classique » nous confie le défenseur lillois… tout en nuançant ces propos, il rappelle que faire partie de ce centre de formation demande un vrai investissement. « On ai conscient de notre chance, on sait que beaucoup de footballeurs aimerait être à notre place, mais cela demande aussi beaucoup de sacrifices. On ait toujours dans le football, on n’a pas beaucoup de temps libre pour faire autre chose, comme sortir avec des amis après les cours ou le week-end en raison des nombreuses heures d’entraînements et des déplacements pour les matchs. Mais c’est le prix à payer pour espérer recevoir une bonne nouvelle en mai prochain»

Entre cours, entrainement, récupération, musculation, réathlétisation, toute les journées des nordistes sont réglés comme du papier à musique, et à 22h30 c’est l’extinction des feux… ou la sanction.

Le revenant

Le jeune homme qui ne cesse de s’époumoner sur bord du terrain, c’est Raphaël, bonnet vissé sur la tête, élégamment vêtu d’ une parka bleue siglé de l’effigie du club, il est a peine plus âgé que les joueurs dont il la charge. «Plus rapide sur vos répétitions les gars, du rythme, personne ne sort de l’entraînement sans courbatures !», le cadet de l’équipe technique qui accompagne les jeunes pousses au quotidien est intransigeant, rien n’est laissé au hasard. Il répète inlassablement les mêmes gestes, les mêmes mouvements comme pour les inscrire dans la tête de ses jeunes pépites.

Aujourd’hui préparateur physique pour le centre de formation du LOSC, Raphaël Ribouchon a un parcours atypique. Avant de prendre soin du physique des jeunes du centre, il a lui même été candidat a l’accession au professionnalisme. Faute d’un niveau suffisant, il a finalement poursuivi ses études, avant de retrouver le club, quelques années plus tard. Aujourd’hui de l’autre coté de la barrière, au sein du staff technique, il prend soin de rappeler aux jeunes qui vivent une situation d’échec similaire a la sienne qu’il n’y a pas que le foot dans la vie.

Raphaël Ribouchon, préparateur physique des U17

Ancien pensionnaire du domaine de Luchin, ou il a passé trois ans, Raphaël connaît les lieux par cœur, il déambule dans les allées du centre technique comme s’il était chez lui. Chaque terrain, chaque recoin des 43 hectares que compte le domaine lui sont familiers. C’est ici, à travers les murs en brique rouge du centre de formation qu’il a passé une bonne partie de son adolescence. «C’est avant tout une histoire humaine, ici avec les autres jeunes du centre on a fait les 400 coups, il faut savoir que l’on vie ensemble 24 heures sur 24, loin des parents, ça forge vraiment le caractère, on en sort des souvenirs pleins la tête »

"Il faut faire comprendre à nos jeunes qu’il n’y a pas que le football dans la vie"

L’histoire de Raphaël est peu commune, repéré à 13 ans alors qu’il joue un match avec son modeste club de la campagne oisienne, le Grandvilliers A.C. Il rejoint le centre de formation du LOSC dans la foulée. Après des débuts encourageants, tout se corse lors de la troisième année . «Ça c’est plutôt bien passé pendant 2 ans mais a l’issue de ma dernière saison je n’avais toujours pas comblé le retard physique qui me séparait de mes coéquipiers». Alors ailier offensif , le jeune homme est surnommé «Messi» par ses coéquipiers, plus pour sa petite taille que pour son niveau balle au pied. «J’ai toujours été très lucide concernant mon niveau a l’époque, j’ai compris qu’au delà de mon physique frêle, les dirigeants ne croyaient pas en moi concernant un avenir professionnel.»

Après une période de flou et plusieurs essais dans différents clubs pro qui ne donneront rien de concluant. Raphaël suit les recommandations de ses parents et se jette a corps perdu dans les études. A la sortie du lycée, avec un bac ES en poche, obtenu avec mention, le jeune picard prend la direction de l’université d’Amiens pour y passer une licence STAPS. Il ne s’en cache pas, s’il a choisis cette voie c’est en grande partie pour rester dans le monde du foot. «Malgré mon éjection du LOSC j’avais vraiment envie d’évoluer dans ce milieu, j’ai pensé que poursuivre des études dans le domaine du sport était la meilleure solution.» Très vite naît en lui une vocation, il veut encadrer les jeunes joueurs, les former, mettre son expérience personnelle au service des autres. Il occupe dans un premier temps un rôle d’éducateur pour les équipes U11 et U13 de son club d’origine, le Grandvilliers A.C. Un premier poste qui le conforte dans son choix de carrière. En parallèle, ses études lui font découvrir d’autres aspects plus théorique du sport. «Mon cursus m’a permit d’acquérir des connaissances scientifiques. J’ai appris l’anatomie, la physiologie et la biologie. C’est comme ça que j’en suis venu a m’intéresser au travail de préparateur physique».

Un ami l’avertit alors que le club d’Amiens cherche un préparateur physique pour encadrer l’évolution de son équipe U15, il saute sur l’occasion et se voit attribuer le poste. Fort de cette première expérience il décide de continuer dans cette voie. C’est alors qu’un an plus tard, en parallèle de son entrée en master «Préparation physique , préparation mentale et Nutrition» a l’université Lille 2, qu’il fait le choix de compléter sa formation par une réel expérience du terrain.«J’ai envoyé mon CV a plusieurs club de la région. Le LOSC s’est montré intéressé. Voilà comment je me suis de nouveau retrouvé au club, 3 ans après avoir été viré».

"85% des joueurs du centre ne finiront pas professionnel, c’est l’école qui leur permettra de vivre"

Aujourd’hui bénévole, il espère bien, à terme, pouvoir rentrer dans la structure du club et en être un salarié a part entière. Quand on l’interroge sur son parcours , aucun sentiment de revanche ne l’anime.«Il y a bien longtemps que mon deuil de cette première expérience au LOSC est fait. D’autant plus que ces 3 ans loin du club m’ont permit de prendre du recul, je n’étais simplement pas au niveau. L’amertume que j’avais au départ s’est transformé avec les années, je n’avais plus aucun sentiment de revanche. Alors quand ils m’ont appelé pour devenir préparateur physique j’étais juste fier qu’ils me donnent leur confiance. Je me suis donc très vite mis au boulot en me renseignant sur tout les joueurs dont j’aurai la charge.»

Au quotidien il accompagne les entraîneurs des équipes U15 et U17 dans l’évolution des jeunes Dogues. Pour ce faire il prépare des séquences collective et individuelle qu’il confectionne selon les attributs et les besoins de chacun. «Mon rôle consiste a développer les capacités aérobique des joueurs, on travail tout, la coordination, la souplesse, mais également la force et l’endurance». Le but étant de créer des athlètes a même de résister aux charges intensives répétées que demande le sport de très haut niveau.

Au delà de la formation sportive délivrée par le club, Raphaëlle insiste sur l’importance de la scolarité pour les aspirants footballeurs. Des établissements scolaires, collèges et lycées sont couplés au centre de formation. Les emplois du temps sont adaptés pour que les jeunes pépites puissent finir les cours plus tôt et assister aux entraînements. En décembre dernier le club a même signé un partenariat avec l’université Lille 2 pour la mise en place d’une passerelle permettant aux jeunes Dogues bacheliers d’accéder a des diplômes universitaires. Toujours dans le soucis de permettre d’offrir une porte de sortie a ceux qui n’auront pas la chance de signer un contrat professionnel a l’issue de leur formation. «Au LOSC la formation scolaire est l’un des piliers du club. Même si le but de tout club pro est de former de futures footballeurs professionnels, nous nous devons de forger de jeunes adultes responsable et autonome. Les dirigeants insistent beaucoup sur cet aspect la auprès des parents et des jeunes».

Le Dogue, symbole des valeurs du club, veille sur les jeunes pousses lillois.

Et Raphaëlle sait de quoi il parle , devenir footballeur professionnel reste quelque chose de très difficile, avec un taux de réussite très faible même en centre de formation. On estime que sur 20 joueurs entré en formation, seulement 2 deviendront footballeurs professionnels. Et parmi ceux qui iront jusqu’au bout la plupart devront se reconvertir après avoir raccroché les crampons. La carrière d’un footballeur durant en moyenne quinze ans, une grande majorité d’entre eux ne gagnent pas suffisamment pour se mettre financièrement a l’abri le restant de leur vie. «Il faut faire comprendre a nos jeunes qu’il n’y a pas que le football dans la vie , 85% des joueurs du centre ne finiront pas professionnel, c’est l’école qui leur permettra de vivre»

Au dessus de la moyenne nationale

En cas de décrochage brutale du monde footballistique, l’exigence scolaire permet aux laissés pour compte de se retrouver avec un diplôme. Malgré les idées reçus, le taux de réussite au bac des jeunes des centres de formation a tendance a être plus élevé que la moyenne nationale. En 2012 les clubs professionnels de ligue 1 avaient joué le jeu en publiant les résultats de leurs bacheliers, le taux de réussite global avoisinait ainsi les 88% , pour une moyenne national situé a 85%.

Marc-André Moquet / Evans Dupuy

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