Jébalè n'est pas un village comme les autres c'est une ÎLE ou repose la puissance du jengu

Jébalè la belle.

Lorsque l'on évoque l'île de Jébalè, beaucoup de mes compatriotes ne savent pas où elle se trouve et pour ceux qui le savent, il y a une moitié qui fantasme sur la présumée force mystique qui y règne. Ce qui est certain est qui il s'y trouve la force cosmique du JENGU et celle-ci est responsable de la réputation que l'autre moitié de gens donne à l’île qui somme toute est protectrice de cette belle île aux mangroves luxuriantes. La vérité est qu'une grande partie de mes compatriotes mêmes ceux qui font partie du grand peuple Sawa ont peur de l'eau du Wouri. Dans l'imaginaire collectif des uns et des autres, les MYENGU qui y vivent sont ses belles sirènes qui ont des pouvoirs de métamorphose en de très belles créatures dont la beauté époustouflante ferait chavirer d'amour le cœur des pécheurs les plus coriaces. Ces sirènes ou fées (je ne connais pas la différence) ont aussi le pouvoir de maudire celui qui refusera son amour...entre mythes et réalités, je vous invite à lire le texte ci-dessous.

Charles Jengou-Lottin

Représentation d'une fée, déesse de l'eau au pouvoir de métamorphose ©reserved

JÉBALÈ, LE SANCTUAIRE DU NGONDO

PRESENTATION SOMMAIRE

Jébalè, un nom. Le nom d’un village Sawa.

Un village romantiquement encadré par la mangrove à 1,5 km du pont sur le Wouri, en amont du fleuve. Il s’agit en fait d’une île où il fait bon vivre comme dans la plupart des îles. Elle est partie intégrante de la Communauté Urbaine de Douala. Je dirais même qu’elle est géographiquement parlant, située au centre de notre capitale économique, si l’on prend ses limites territoriales partant de la Dibamba qui marque la limite des départements du Wouri et de la Sanaga Maritime à l’est, au bras mort du Wouri appelé Bépélé qui marque à l’ouest la délimitation entre le Wouri et le Moungo d’une part dans l’axe est-ouest, puis des berges de l’estuaire du wouri jusqu’à la limite d’avec le département du Nkam d’autre part, dans l’axe sud-nord.

Pour être plus précis ou alors, parler le langage des scientifiques, disons que Jébalè se trouve à 4°7’5’’ de latitude Nord (DMS) et 9°42’4’’ de longitude Est. Le relief y est tout à fait plat et le sol sablonneux.L’île partage ses frontières (maritimes) avec les villages de: Bonassama et Bonabéri au sud-ouest, Bonamatoumbè à l’ouest, Bonambwassè au nord-ouest, Bonangando au nord, puis Bonangang, Bonamusadi, Bonamwang et Deïdo, villages avec lesquels elle partage les eaux du wouri à l’est, tout au long du fleuve. L’extrême sud de l’île se présentant directement face à l’estuaire. La superficie territoriale totale est d’environ 1.500 ha.

Jebalé se présente sous une forme allongée sur 5 km à peu près avec une largeur d’environ 3 km. Entre 350 et 400 âmes y vivent en permanence, sans compter les 1 500 autres natifs environs installés dans les autres régions du pays et même au-delà de nos frontières nationales. La localité fait partie de l’arrondissement de Douala IVè au plan administratif et du canton Bèlè-bèlè au plan traditionnel avec deux chefferies (Jébalè I et Jébalè II) et 9 quartiers (formés de grands groupes de familles) qui sont :

- Bonambóngó- Bonabékoulé- Bonambakè- Bonabilè et- Bon’essongo à Jébalè II

Puis :

- Bonassamè- Bonamandènguè- Missombi et- Bon’éssenguè à Jébalè I

Cette division en Jébalè I et Jébalè II est en réalité le fait historique de dissensions entre frères, ayant entrainé un arbitrage plutôt séparateur de l'administrateur colonial. Mais les Jébalè ont tous pour ancêtre commun Malè à Mbongo, Mbongo comme Ewal'a (Douala) Mbed’a Mbongo. D’autres enfants de l’ancêtre Malè ont même dû se détacher du clan pour aller fonder des communautés ailleurs. Tel est le cas de EPEE à MALE qui a fondé le village BON’EPEA chez les Ewodi, MBONDO à MALE chez les Bodiman, KOKI à MALE du village KOKI à Abo-Sud….

Pour revenir à notre île, savez-vous qu’elle est à cette heure la seule partie de la ville de Douala qui ne bénéficie ni d’installation d’eau courante ni de l'électricité ? L’endroit est encore à explorer aux 4/5è de son étendue. C’est dire que Jébalè offre un cadre largement spacieux et tranquillement reposant avec un climat de bord de mer bienfaisant et une végétation abondamment luxuriante et diversifiée. L’amateur de l’écotourisme y verrait l’endroit idéalement rêvé, de même que le promoteur économique futé serait richement inspiré. Les activités qui y ont cours actuellement sont: la pêche artisanale et un peu de chasse, pratiquées par les hommes pendant que les femmes cultivent l'igname, la patate douce, le manioc qui sont généralement revendus le samedi au marché de BONASSAMA soit en l'état, soit transformé en miondo, mitoumba ...Quelques artisans aussi se livrent à la fabrication de quelques oeuvres d'art comme le ‘‘tangué’’ (éperon de proue des pirogues de course).

Il faut d’ailleurs souligner que par le passé, Jebalé fut un centre économique assez actif du temps où les échanges se faisaient par voie fluviale à partir du port de Douala pour l’intérieur du pays. Certains opérateurs économiques préféraient faire leurs achats de matériaux à Jébalè et repartir plutôt que d’arriver jusqu’au port. C’est avec la construction du pont sur le wouri et l’ouverture de l’axe routier national de l’ouest que Jebalé a commencé à connaître le déclin au plan économique. La navigation fluviale étant de plus en plus abandonnée au point où aujourd’hui, certaines voies d’eau qui menaient alors jusqu’à Yabassi et aux villages du département du Moungo sont obstruées. Cette situation a d’ailleurs pris de l’ampleur de nos jours avec l’envahissante jacinthe d’eau qui représente un véritable fléau sur nos cours d’eau.

Si l’île se présente aujourd’hui comme un endroit enclavé et déshérité, il faut dire qu’il s’agit plutôt d’un renversement de situation. L’ancêtre MALE qui a suivi le mouvement migratoire de tout le groupe douala s’est d’abord établi au niveau actuel de l’église du Centenaire avant de découvrir le site de Jebalé qui était plutôt idéal à l’époque pour un pêcheur, du fait de son rivage très peu accidenté, ce qui rendait l’accostage facile.

C’est là d’ailleurs qu’intervient la légende qui nous apprend que c’est au moment de découvrir ce site que l’ancêtre MALE vit l’apparition d’une fée (Jengu) qui devint plus tard son épouse et avec laquelle il eut plusieurs enfants. C’est aussi dire que les Jébalè sont des descendants d’une Jengu, donc des myengu (pluriel de jengu).

A PROPOS DES MYENGU ET DU NGONDO

Le Jengu est une divinité aquatique des croyances traditionnelles Sawa. Et si l’on situe le Sawa-land dans l’espace compris entre Campo et Mamfé, on peut comprendre pourquoi le phénomène des Myengu est davantage l’affaire des Batanga, des Bakwedi (liengu) et des Duala. Mais on trouve également cette croyance chez les Bakoko (Bissima), les Bassa et autres Malimba… Toujours est-il que plus on est près de l’eau, plus on est sensé flirter avec les Myengu. Et même au sein des groupes où l’on parle le plus des myengu, il y a des clans ou des familles qui sont plus myengu que les autres. Ainsi chez les Duala, les Bonamouti, les Bojongo et les Jebalè sont ceux à qui cette considération est unanimement reconnue.

Depuis la nuit des temps, le NGONDO a toujours siégé en comité devant débattre de problèmes d’intérêt politique, économique ou social communs ou en tant que tribunal devant juger, prononcer et faire exécuter des sentences. C’est en 1949, au cours d’une session du comité du NGONDO que fut décidée la création d’une fête traditionnelle annuelle devant revêtir un caractère à la fois rituel, populaire et politique afin de maintenir permanente l’unité sawa ; car les sessions du NGONDO étaient jusque là ponctuelles.

Le caractère rituel de la fête se manifeste par des pratiques mystico-religieuses consacrées aux ancêtres et aux Myengu. Et c’est tout naturellement que cet aspect est confié aux Jébalè comme étant des trois clans douala (la fête se passe à Douala), celui qui bénéficie du site le plus indiqué parce que situé en retrait par rapport au lieu des cérémonies. Ceci a pour avantage de garantir à ces pratiques le caractère secret qui doit être le leur.

Néanmoins, nous ne pouvons pas ne pas souligner cette épreuve qui a eu préalablement à opposer les Jébalè et les Bonamuti au lieu dit ‘’ETI’A BOSAMBA’’ et qui a eu pour but pour chacun des concurrents des deux clans myengu de prouver son degré d’affinité avec ces divinités en ramenant des profondeurs des eaux un insigne probant. Seul le candidat de Jébalè a eu à braver l’épreuve, le candidat des Bonamuti ayant fait savoir que sa notoriété de fils des myengu lui était suffisante et qu’il n’avait plus besoin de passer par une quelconque épreuve.

Point n’est besoin d’étaler ici les détails de ces pratiques, mais retenons simplement que :

- On parle du NGONDO de minuit qui se déroule à Jébalè au cours duquel on prépare secrètement en un lieu sûr (le sanctuaire) les présents qu’on offre ensuite aux Myengu du fleuve pendant que tout le village est en animation.

- On parle du Wongo’a jengu (le vase rituel ou vase des Myengu) fourni par les Jebalé ;

- on parle aussi de Bolo ba Jengu (pirogue de Jengu) qui, le matin du jour des cérémonies du NGONDO part de Jébalè avec à bord des natifs de Jébalè habillés en ‘manjua’ (petites jupes de raphia courtes) et porteurs de colliers de « Senj’a Myengu » (fougères des génies du fleuve) et le vase rituel qui sera immergé par le plongeur qui est l’un des piroguiers. Ce rituel constitue le clou, l’essence même de la fête du NGONDO.

La cérémonie de l’immersion du Wongo’a Jengu encore appelé Wongo’a Jebalé (vase rituel) était pratiquée depuis les temps les plus anciens (avant même la transformation du NGONDO en carnaval) par les deux peuples des plus familiers des Myengu, les Jébalè et les Bonamouti. Toujours est-il que tout se préparait à Jébalè.

Dans l’ancien temps, les vœux formulés avant l’immersion visaient davantage la fécondité des femmes et l’abondance des pêches pendant toute l’année.

Il va sans dire que de nos jours, ces vœux se sont adaptés à l’évolution du temps. Et si seuls les Jébalè ont gardé le privilège de la pratique du rituel, tout se passe encore rigoureusement de la même manière, à quelques petits détails près.

Une dizaine de jeunes Jébalè se transformeront en « hommes myengu » avec leurs Manjua et leurs « Tounda » (mousse végétale des génies du fleuve) ; ils dormiront tranquillement et devront se garder de toucher femme s’ils ne veulent point voir disparaître le pouvoir qui leur a été transmis. Au lever du jour, dans le plus grand silence, ils montent à bord du « Bolo ba jengu » et s’élancent à la surface de l’eau avec à bord le vase rituel chargé de présents, pour le lieu des cérémonies du NGONDO en longeant la mangrove.

Le moment où le plongeur rentre dans les profondeurs des eaux du fleuve avec le vase et est en contact avec les Myengu et les Ancêtres à qui il apporte les présents offerts par le peuple des humains encore en vie, c’est-à-dire, leurs petits-enfants que nous sommes, ce moment est un moment d’émotion intense au cours duquel tout le peuple présent rentre dans une communion d’esprit méditative en attendant que le plongeur refasse surface avec le message qui lui aura été transmis et qui augure de ce que sera la nouvelle année, en réaction aux vœux formulés et compte tenu de l’appréciation de ces divinités par rapport au comportement général du peuple tout au long de l’année qui s’achève.

Voilà donc notre chère île de Jébalè où en 2005, les membres du Secrétariat Général du NGONDO se sont rendus, histoire de se ressourcer, d’acquérir les forces du NGONDO profond afin d’avoir plus de visibilité et de lisibilité dans la manière de mener les affaires.

Jébalè a aussi été le lieu de refuge de certains de nos rois et princes voulant échapper à l’exécution de la sentence mortelle du NGONDO; tel est le cas de Eyango Eyum, fils de Eyum Ebellè en 1876.

Voilà ce petit bout de terre, chargé d’histoires anciennes au plan traditionnel et qui heureusement n’a pas subi jusque là les affres culturellement dévalorisantes de la modernité. Les Allemands n’avaient-ils pas déjà l’intention du temps de la colonisation d’en faire une zone résidentielle huppée et un grand centre académique qui aurait abrité toutes les grandes écoles et autres grands temples du savoir à l’occidental ?

Mais Jébalè est resté le sanctuaire du NGONDO !

Voulez-vous découvrir cette île mythique des sawa? Venez donc assister à l'une des attractions qui fait sa particularité, à savoir la course de pirogues des jeunes et des dames qui a lieu tous les ans et depuis l'an 2000 à la date du 11 février à l'occasion de la fête de la jeunesse! L'occasion vous sera donnée aussi de découvrir l'un des plus vieux temple protestant de l'Eglise Evangélique du Cameroun dont la construction date de la fin du 19è Siècle, qui menace déjà ruine et pour lequel nous sollicitons la générosité des bonnes volontés en vue de sa réhabilitation, et pourquoi pas son classement comme monument historique.

Aujourd’hui, nous célébrons la sortie en grande première du tout premier tissu pagne des Jébalè, une occasion de plus pour ceux qui hésitaient encore, de découvrir notre beau village.

Présentation conçue et mise à jour en avril 2013 par:

YOBE Pamphile, Natif de Jébalè,

Secrétaire Général-Adjoint du Ngondo

Yobe Pamphile prononçant le discours ci-joint lors du lancement du tissu pagne entouré de quelques notables du village ©Jengou-Lottin 2013
Created By
Charles Jengou-Lottin
Appreciate

Credits:

Charles Jengou-Lottin

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