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La famille selon Jésus "Couples-familles-parentalités" - Prédication sur Marc 3, 31-35

Evangile selon Marc, chap. 3, 31-35

Arrivent la mère et les frères de Jésus. Restant dehors, ils le firent appeler.

La foule était assise autour de lui. On lui dit: « Voici que ta mère et tes frères sont dehors; ils te cherchent. »

Jésus leur répond: « Qui sont ma mère et mes frères? »

Et, parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma soeur, ma mère. »

Curieuse leçon du « bonheur de famille » que Jésus nous octroie par cette petite note de l’Evangile ! Si nous espérons trouver une simple réponse à nos questions de morale dans la Bible, nous en sommes encore pour nos frais. La première observation qui s’impose devant ce texte, c’est que le statut des questions de couple, de famille, de parentalité, n’y est pas le même que dans notre discussion française en 2018.

L’Evangile ne porte pas un grand intérêt à la famille de Jésus et, ici, elle lui sert essentiellement de repoussoir pour mettre en valeur la famille spirituelle nouvelle de ceux qui accueillent la bonne nouvelle du Règne de Dieu.

Et puisque cela reste un sujet dans la dogmatique catholique, disons-le clairement : il ne fait guère de doute que les auteurs des évangiles entendaient le mot « frères » au sens courant du terme, et que Marc ne considérait donc pas Jésus comme un fils unique, né d'une femme qui serait restée vierge. Les partisans de cette dernière affirmation ont, depuis St Jérôme, tenté de contourner la difficulté en évoquant le sens parfois peu précis du mot « frère » d’origine hébraïque qui, au sens large, peut désigner non seulement les fils d’une même mère et d’un même père, mais aussi le cousin, le neveu, l'allié. Or le NT connaît bien un autre mot mot pour désigner un cousin ; si cette relation avait de l’importance pour l’auteur, il aurait pu le dire sans ambiguïté. Donc : oui, selon l’Evangile, Jésus avait des frères (et des soeurs) d’une même mère, Marie, que l’on peut toutefois appelé « bienheureuse » !

Or ce n’est bien sûr pas cela qui importe dans le texte. Au contraire, le récit donne constamment l'impression que l'approche de Jésus par sa parenté de sang n’est pas heureuse du tout, mais assez déloyale. S'ils le cherchent, c'est pour le ramener à la réalité, selon leur propre conception de cette réalité bien éloignée de ce que Jésus appelle la volonté de Dieu. Même si la famille ne revient pas ailleurs dans l'évangile pour jouer, comme les scribes et les pharisiens, le rôle d'opposants systématiques, ici elle s'inscrit dans le camp des incrédules et de tous ceux qui n'accueillent pas le message de Jésus.

D'où vient cette attitude hostile? Est-elle motivée par le déshonneur porté à la famille? L’attitude hostile de la famille de Jésus peut être rapprochée de celle des gens de Nazareth : Jésus est pour eux une pierre d'achoppement à partir de la connaissance qu'ils ont de sa famille.

Par ailleurs, lorsque des disciples répondent à l'appel de Jésus, ils abandonnent leur famille avec la promesse d'en recevoir une nouvelle. Jésus annonce même des divisions familiales et des persécutions provenant des proches à cause de son nom. Que ce soit pour ses disciples ou pour Jésus lui-même, l'engagement au service du Règne de Dieu entraîne un détachement qui ne laisse pas les familles sans réaction.

La famille spirituelle rassemblée par Jésus est caractérisée par sa disposition à accomplir la volonté de Dieu. Si Jésus quitte sa famille, la maison de son père, et s'il demande à ses disciples d'en faire autant, ce n'est pas pour vivre sans attache, hors de toute communauté de vie. Que du contraire! Simplement, ils ne sont plus insérés dans un cercle, une famille close, où les proches se surveillent les uns les autres, afin que les règles séculaires du « clan», de la religion, continuent à être respectées. Jésus et ses amis constituent un groupe, une communauté de table, fondée sur la liberté de l'esprit, sur un savoir-vivre librement consenti, sur une décision personnelle d'adhérer à cette communauté.

1 / La première conclusion de notre lecture biblique est donc que dans la famille de Jésus, il n'est de membres que libres ! La famille spirituelle, lieu où chacun peut s'épanouir dans le respect des autres, s'oppose à la famille naturelle ou à la famille religieuse, quand les liens d'obéissance y demeurent tenaces. Jésus veut créer une atmosphère où chacun retrouve la joie et la confiance en l'autre, et en Dieu.

2 / La deuxième conclusion, elle aussi plutôt inévitable, est la suivante : la conception traditionnelle « chrétienne » de la famille ne peut se réclamer de la prédication de Jésus. Il n’est pas possible de suivre Jésus pour en faire un champion de la famille bourgeoise du type « papa-maman-fiston-fillette », non seulement parce qu’on devient membre de l’Eglise sans référence aux « mérites de famille » - l'Eglise ne connaît pas d’autre « biographie » que celle qui s'écrit dans la lecture commune de la Bible -, mais surtout parce que Jésus nous ouvre l’esprit à une autre logique de la vie que celle de la biologie. La logique de famille de Jésus est fondée sur la parole : avec lui, et au-delà de leurs différences, toutes les couples et les familles sont appelées à la parole.

C’est la parole qui est au fondement des relations entre les hommes et les femmes, les parents et les enfants. Plutôt que de regretter un âge mythique de la famille et de se plaindre de diverses dérives, nous pouvons prononcer une parole de bénédiction sur les hommes, les femmes et les enfants qui vivent ensemble. Nous croyons que Dieu aime et respecte chacun de façon inconditionnelle et gratuite, et qu’il nous appelle à la liberté. C’est pourquoi, dans la suite de Jésus, nous nous devons de refuser de juger ou de culpabiliser ceux qui ne trouvent pas d’autre solution que de défaire une famille quand la circulation de la parole et de la vie ne semble plus possible : parce que nous croyons aussi que l’avenir reste toujours ouvert.

A mon sens, chers amis, je crois également que dans la suite de Jésus, nous nous devons d’accueillir sans jugement ou culpabilisation celles et ceux qui ont trouvé leur « bonheur de famille » dans une relation homosexuelle, une relation qui se fonde avant tout dans la circulation de la parole : ce serait, pour notre Eglise, un témoignage de la foi en l’avenir de toute personne, avenir qui, devant Dieu, reste toujours ouvert. Amen !

Created By
Temple Neuf, Pasteur Rudi Popp
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Credits:

Created with images by Pétrouche - "famille dans maison" • DWilliams - "red heart love symbol romance day valentine"

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