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Gilets jaunes en Saône-et-Loire Retour sur un mois de mobilisation

Par Eric Dujardin, Tanguy Lyonnet et Christophe Saulnier

Après un mois de mobilisations, blocages, manifestations, le mouvement des Gilets jaunes continue aux quatre coins de la France ce mois de décembre. Tout a commencé début octobre quand deux routiers lancent un appel au "blocage national contre la hausse du carburant". L'idée est reprise par des internautes qui appellent au blocage des routes et ronds-points, dans toute la France.

Le 18 octobre, Jacline Mouraud, une inconnue, interpelle Emmanuel Macron pour dénoncer "la traque aux conducteurs". Sa vidéo, publiée sur Facebook, dépasse rapidement les six millions de vues. En Saône-et-Loire le mouvement s'organise pour être prêt lors de la première journée de mobilisation.

ACTE 1 : 17 novembre

Les Français et les Saône-et-Loiriens descendent sur les routes et sur les rond-points. Objectif : ralentir l'activité économique et sensibiliser l'opinion publique en allant directement au contact des automobilistes, donc des citoyens.

Les Gilets jaunes chalonnais n'ont pas attendu le samedi 17 novembre pour lancer leur mouvement. Dès le jeudi, une opération escargot sur la RCEA est menée entre Saint-Rémy et Givry.

Photo Pierrick Degrace

Au petit matin, ce fameux samedi 17 novembre, les Gilets jaunes entament leurs actions dans tout le département. Comme sur le pont de Bourgogne à Chalon-sur-Saône, où la circulation est ralentie de 7h54 à 9h.

Durant tout le week-end, et les jours qui suivent, les Gilets jaunes multiplient les blocages et opérations de ralentissements aux alentours de l'A6, la RCEA, les ronds-points, les zones commerciales. Des incidents ont lieu entre des automobilistes, impatients, bloqués, et des Gilets jaunes.

Raphaël Duret, un conseiller municipal de Bourg, et son compagnon subissent des insultes à caractères homophobes au blocage d'un rond-point. Leur voiture est dégradée. Deux policiers interviennent pour permettre aux deux hommes de quitter les lieux.

Photo Gilles DUFOUR

Autre ambiance au blocage du Carrefour sud, à Chalon-sur-Saône où une sympathisante du mouvement a offert aux Gilets jaunes de la nourriture et... des roses jaunes.

Pour clore ce premier acte, nous vous avions demandé si le mouvement des Gilets jaunes allait durer. Près de 60% d'entre vous ont vu juste.

Au final, la première journée de mobilisation a réuni, dans toute la France, près de 287 000 manifestants, répartis sur 2034 sites pour un bilan humain déjà lourd : une femme est morte en Savoie et 409 personnes ont été blessées.

ACTE 2 : 24 novembre

Après l'émergence surprise du mouvement Gilets jaunes, ces derniers continuent leurs actions. Certains passent la semaine à vivre sur les points de blocage pour montrer qu'ils ne "lâcheront rien".

Mais la situation est plus tendue que la semaine précédente. Cette fois-ci les forces de l'ordre ne se contentent pas de surveiller les points de blocage. Elles relèvent les identités des manifestants lors des piquets non déclarés, empêchent les blocages, éloignent les Gilets jaunes des ronds-points et gares de péage.

Au rond-point Jeanne-Rose à Montchanin, les 400 manifestants sont sous la surveillance des forces de l'ordre, mais ils descendent en mouvement sur les voies de circulation pour ralentir la circulation. Le rond-point sera libéré à 15h40 par les forces de l'ordre. Une personne a été interpellée pour rébellion. Photo Eric Bouthray

Les tensions avec les automobilistes sont plus dures. Dans cette vidéo, un homme qui a agressé un Gilet jaune est interpellé par la Police à Chalon-sur-Saône. Au péage de Chalon nord, un gendarme adjoint est blessé.

Pour beaucoup de Gilets jaunes, l'abaissement par le gouvernement de la vitesse maximale autorisée, à 80km/h, représente toujours une rancoeur. Du coup, de nombreux radars subissent les foudres des Gilets jaunes. Certains les neutralisent en restant devant ou en les bâchant. D'autres personnes choisissent des moyens d'actions plus musclés et incendient ou dégradent les radars dans tout le département.

Pendant ce temps à Paris, la manifestation prévue sur le Champs de Mars dégénère aux Champs Elysées. Pendant plusieurs heures les Gilets jaunes affrontent les policiers et gendarmes.

Photo AFP

Les affrontements dans la capitale font 24 blessés, dont cinq parmi les forces de l'ordre, et 101 personnes ont été interpellées.

La tactique des Gilets jaunes se précise : organiser d'importantes manifestations à Paris le week-end, pendant que d'autres continuent à tenir les blocages, ralentissements et campements de fortune sur l'ensemble du territoire. Les chiffres communiqués par la police font état d'une baisse de participation : 166 000 manifestants et plus de 1600 sites occupés le 24 novembre, contre 287 000 manifestants et 2034 sites occupés une semaine auparavant.

Le samedi 24 novembre, pour la première fois les Gilets jaunes réussissent à envahir une partie de l'A6. L'autoroute est fermée jusqu'au dimanche, entre Mâcon et Villefranche-sur-Saône. Les trois week-end suivants, ils réussiront de nouveau à faire fermer l'autoroute du soleil.
ACTE 3 : 1er décembre 2018

Le Magny devient le point référence des rassemblements des Gilets jaunes, parvenant à mobiliser plus de 1500 manifestants.

Pour ce troisième acte, les Gilets jaunes se renforcent et maintiennent plus ardemment leur campement.

Le rassemblement du Magny, en bordure de RCEA au niveau de la commune de Montceau-les-Mines, devient le point-référence des Gilets jaunes de Saône-et-Loire : la mobilisation devient importante, en fin de matinée ils sont près de 2000. Un Charollais de 30 ans, Eddy parcourt même 30 km à pied pour rejoindre la foule au Magny.

La mobilisation fonctionne bien également à Mâcon (photo), et à Montchanin au rond-point Jeanne-Rose, où les Gilets jaunes reçoivent le soutien des agriculteurs.

Ce 3ème acte marque un tournant dans le mouvement Gilets jaunes. D'une part l'opinion publique prend conscience que le mouvement est là pour durer, et dans le même temps la France découvre que le mouvement se scinde en deux visions : les "modérés" qui capitalisent sur la sympathie de leur mouvement auprès des citoyens, et les "radicaux", adeptes d'actions violentes capables de mettre sous pression le gouvernement.

En Saône-et-Loire, les rassemblements deviennent des lieux de débats plus animés en interne entre les deux courants. Mais les adeptes d'actions violentes sont très minoritaires, ils trouvent peu de place pour leur mode d'expression et sont rapidement mis à l'index en interne.

La mobilisation est importante : 600 manifestants autour de Chalon (Droux, Saint-Marcel, Lux) sont mobiles et bloquent alternativement les péages, les ronds-points, 1500 au Magny qui bloquent/ralentissent le trafic sur la RCEA, dont 200 qui vont dans Montceau-ville pour des présences dans les grandes surfaces devenues le symbole de la grande finance , 300 pour une marche pacifique dans Mâcon, 200 au rond-point Jeanne-Rose sur la RCEA, 140 à Autun, 120 à Sennecey-le-Grand qui bougeront au péage de l'A6 à Tournus, une centaine à Digoin - Paray-le-Monial, 40 à Gueugnon, 30 à Louhans ... soit près de 3000 sur l'ensemble du département. (aucun chiffre n'est officiel, mais il s'agit une estimation avec réserves de nos journalistes sur place)

Très peu de débordements sont à noter, même si le face-à-face avec les gendarmes mobiles devient inéluctable pour libérer les péages, la route express, les accès (ici en photo au rond-point Jeanne-Rose), tout se passe dans la médiation et le respect.

Par contre, à Paris, il en est tout autrement. Les casseurs, de tous groupes sociaux et venus de France entière (au nez et à la barbe des services de renseignements), sèment le chaos dans la capitale, et troublent l'image du mouvement même des Gilets jaunes. Certains quartiers de Paris sont mis à sac, les affrontements avec les CRS sont haineux, les images des télévisions d'informations continues, qui tournent en boucle, émeuvent le monde entier qui réduit alors le mouvement Gilets jaunes aux scènes de saccage. 133 blessés, 23 parmi les forces de l'ordre, 2 millions d'euros de dégâts dans la ville sont à déplorer.

A Dijon, des scènes de saccage et d'affrontements éclatent également dans une moindre mesure, comme à Bordeaux, Marseille, Toulouse.

Une réunion de crise est organisée dès lundi 3 décembre par l'exécutif gouvernemental qui conduira aux annonces, dans la semaine, de la suppression de la hausse des taxes sur les carburants initialement prévues au 1er janvier 2019, et à la suppression du durcissement du contrôle technique. C'est insuffisant pour les Gilets jaunes, car "la lutte" a désormais dépassé la simple taxe sur le carburant : la problématique globale du pouvoir d'achat est désormais l'enjeu d'un acte IV annoncé.

Gépy : un gilet jaune de Saône-et-Loire rencontre Emmanuel Macron et Edouard Philippe

16 jours après avoir planté sa tente sur le rond-point des impôts à Chalon, Patrick de Perglas, alias Gépy, réussi à être reçu par le président de la République. Il aura fallu pour cela onze jours de grève de la faim et une marche de 340 km de Chalon-sur-Saône à Paris. Le 29 novembre, après avoir perdu 11 kg, cet homme de 55 ans avait déjà été reçu pendant 40 minutes par le Premier ministre Édouard Philippe.

« J’avais préparé une lettre de trois pages, que j’ai pu lui lire les yeux dans les yeux. Je lui ai dit que le peuple français avait besoin de se sentir entendu et aimé. Les Français ont besoin du président pour vivre et non pour survivre. Nos retraités ont servi la France toute leur vie, il ne doit pas les abandonner à leur propre sort. Nos jeunes doivent croire en l’avenir, il doit les aider à réaliser leurs rêves. Les plus démunis sont en apnée, il doit les sortir de la misère, qu’ils puissent enfin respirer… », explique-t-il

Gépy a multiplié les passages dans les médias
Et il a reçu un accueil triomphal à son retour à Chalon
ACTE 4 : 8 décembre

C'est la crise au gouvernement. Les annonces de la semaine n'ont pas convaincu, les Gilets jaunes sont toujours déterminés, l'image internationale de la France en a pris un coup avec le saccage parisien. Alors les forces de l'ordre font l'objet d'une mobilisation exceptionnelle, 8000 hommes rien que sur Paris, et le gouvernement ouvre enfin les négociations avec les corps intermédiaires le 7 décembre, puis les représentants des Gilets jaunes le 7 au soir. Les impressions à la sortie des réunions sont assez positives : le gouvernement va proposer de nouvelles avancées.

Du coup, en Saône-et-Loire, la question de poursuivre le mouvement, et comment, après le 8 décembre commence à traverser quelques esprits. La mobilisation est un peu moindre.

Les points chauds du département se situent essentiellement à Mâcon, Montchanin et Le Magny

Compte twitter de la Préfecture de Saône-et-Loire

Une allocution présidentielle pour tenter de répondre à la colère des gilets jaunes

Le lundi 10 décembre, le président de la République, Emmanuel Macron, tente de reprendre la main lors d'une allocution télévisée de 13 minutes au cours de laquelle il annonce plusieurs mesures pour répondre à la crise des gilets jaunes.

Emmanuel Macron déclare ainsi " l'état d'urgence économique et sociale" assorti de plusieurs annonces concrètes dans son "adresse à la Nation". Le président de la République annonce ainsi une "hausse du SMIC de 100 euros dès janvier, la suppression de la CSG pour les retraités, la taxation des grandes entreprises et la défiscalisation des heures supplémentaires. En revanche, il reste ferme sur la suppression de l'ISF pourtant très critiquée par les gilets jaunes

Acte 5 : 15 décembre

Le mouvement doit-il se poursuivre ou s'arrêter ? La question se pose de plus en plus en cette mi-décembre après les annonces d'Emmanuel Macron. Pour certains gilets jaunes, l'heure est désormais à la négociation. Pour d'autres en revanche, il n'est pas question d'arrêter ce combat alors qu'ils considèrent les annonces présidentielles largement insuffisantes.

La question de la poursuite du mouvement est même dramatiquement relancée suite à l'attentat commis sur le marché de Noël de Strasbourg le 11 décembre. De nombreux élus appellent désormais les gilets jaunes à une trêve. Seule la France Insoumise continue d'afficher son soutien à une poursuite du mouvement.

Au Magny, devenu l'un des points forts de la mobilisation des gilets jaunes en Saône-et-Loire, la question est rapidement tranché : pas question de stopper le mouvement.

Le jeudi 13 décembre, une distribution de tracts appelant à une nouvelle journée d'action le samedi 15 - accompagnée d'une distribution de papillottes - est organisée au Magny et à Montceau. Elle reçoit un accueil plutôt bon des automobilistes et des habitants.

L'Acte 5 a donc bien lieu le samedi 15 décembre et c'est au Magny que se concentre le plus de gilets jaunes. Ils sont ainsi plusieurs centaines à bloquer ou à filtrer la circulation sur la RCEA du mileu de matinée jusqu'aux environs de 17 heures.

Les gilets jaunes des autres secteurs du département ne restent pas inactifs et des actions sont menées au rond-point Jeanne Rose, à Autun, Chalon, Mâcon... Dans ces deux dernières villes, des centres commerciaux sont également ciblés et certains doivent fermer leurs grilles en cette journée de samedi traditionnellement très chargée avant les fêtes de fin d 'année.

Pourtant, même si les gilets jaunes restent très nombreux en Saône-et-Loire, la mobilisation est en nette baisse par rapport aux précédents week-end. Au niveau national aussi, la mobilisation faiblit.

17 décembre : Les forces de l'ordre démantèlent les camps de Dracy, Montchanin, Mâcon et Le Magny

A 21 heures ce lundi 17 décembre, les forces de l'ordre interviennent simultanément sur les camps des gilets jaunes de Mâcon, Dracy-Saint-Loup, Montchanin, et au Magny pour déloger les manifestants qui occupent les lieux depuis le 17 novembre.

En liaison étroite avec les procureurs de la République près les tribunaux de Grande Instance de Chalon et Mâcon, le préfet de Saône-et-Loire a demandé que ces baraquements installés illégalement et sauvagement sur le domaine public routier soient évacués compte tenu de leur irrégularité et surtout du danger qu'ils constituaient pour la sécurité de nos concitoyens"

Jérôme Gutton, préfet de Saône-et-Loire

Le démantèlement du camp du Magny

Le démantèlement du camp de Mâcon

Les gilets jaunes ne s'en laissent pas compter

Deux jours après ces opérations de démantèlement, les gilets de jaunes sont de retour et se réinstallent sur leurs différents points de rassemblements bien décidés à maintenir la pression et à passer Noël sur les ronds-points.

Ils restent ainsi présents au Magny, à Lux, à Dracy-Saint-Loup, au rond-point Jeanne-Rose à Montchanin... et ne semblent pas prêts à cesser leur mouvement que même les fêtes de fin d'année ne devraient pas stopper.

Credits:

Photos archives JSL et AFP

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