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On s'en sort mieux sans sort Prédication de Noël 2018

L'Evangile de Noël selon Jean

1, 1-3 Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement tourné vers Dieu. Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui.

5, 19-24 Jésus reprit la parole et leur dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, mais seulement ce qu’il voit faire au Père : car ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement. C’est que le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait ; il lui montrera des œuvres plus grandes encore, de sorte que vous serez dans l’étonnement. Comme le Père, en effet, relève les morts et les fait vivre, le Fils lui aussi fait vivre qui il veut. Le Père ne juge personne, il a remis tout jugement au Fils, afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Celui qui n’honore pas le Fils, n’honore pas non plus le Père qui l’a envoyé. En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle ; il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie.

17,24-26 (Jésus prie) Père, je veux que là où je suis, ceux que tu m’as donnés soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée, car tu m’as aimé dès avant la fondation du monde. Père juste, tandis que le monde ne t’a pas connu, je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître encore, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux. »

Face aux traumatismes, certains s’en tirent mieux que d’autres. Ils vivent, rient, aiment, travaillent, créent, alors que les épreuves qu’ils ont traversées auraient logiquement dû les terrasser.

Quand d’autres subissent la vie, se plaignent d’être ébranlés suite à un choc, profondément atteint jusque dans la confiance en soi, dans la foi profonde — eux arrivent mystérieusement à passer à l’ordre du jour ; ils semblent encaisser sans s’effondrer, tenir tous les chocs.

Est-ce une histoire de gènes ? Possèdent-ils quelques chromosomes de plus que d’autres ? Ou bien sont-ils équipés, par des influences supraterrestres et paranormales, d’un destin heureux, pendant que d’autres sont bassement condamnés à se battre avec leur triste sort ?

Pour les psychologues, cette énigme s’appelle la « résilience ». Au départ, c’est l’aptitude d’un corps à résister aux pressions et à reprendre sa structure initiale. En psychologie, la résilience est la capacité à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité.

En écoutant l’Évangile selon Jean, en suivant Jésus dans son existence apparemment calamiteuse, parsemée de coups, de chocs et de conflits, un sentiment d’une résilience toute particulière se dégage. Ce Jésus, dans l’Évangile selon Jean, n’a rien de tragique. Il ne subit pas sa vie, il la célèbre.

Cela a une raison : en effet, pour le quatrième évangile, Jésus est fondamentalement l’envoyé du Père. L’envoi du Fils est l’expression de l’amour de Dieu, ultime parole de Dieu qui remplace l’idée même d’un destin, qui rend la croyance en un sort obsolète.

Quand j’ai entendu dire, après le 11-décembre, qu’il « fallait que ça arrive », j’ai eu le sentiment que cette vieille idée, profondément superstitieuse, d’un destin — bon ou mauvais — qui guiderait la vie de chacun, pour son bien ou son malheur, était encore à l’œuvre.

Or la fête de la naissance du Christ, l’homme auquel Dieu s’identifie au point d’incorporer sa divinité dans l’humanité, réduit à rien toute superstition du sort, ou d’un destin. Il crée une figure de la résilience qui est désormais, et en particulier en ce jour de Noël, offert à toute personne.

La description de Jean de la naissance du Christ, qui ne prend pas la forme d’un récit de nativité, transpose cette résilience en trois étapes :

Le Christ préexistant reçoit mission de venir parmi les hommes pour leur apporter lumière et vérité : c’est la première étape qui culmine dans l’événement de l’incarnation. Le Fils de Dieu devient chair.

En second lieu, Jésus accomplit sa mission parmi les hommes. Il le fait en prononçant ses discours de révélation et en effectuant des signes.

En troisième lieu, enfin, il retourne auprès du Père qui l’a envoyé. Ce retour s’effectue par la croix et la résurrection.

Chapitre après chapitre, le Christ déclare que son message consiste à dire ce qu’il a vu auprès du Père, à répéter ce que le Père lui a dit.

Pourtant — soit dit en passant — jamais il ne dit concrètement ce qu’il a vu auprès du Père ou ce que le Père lui a dit. Le quatrième évangile ne contient la révélation d’aucun mystère inédit. Quel sens y a-t-il alors pour le Christ à prétendre qu’il est l’envoyé du Père, le témoin de la résilience divine ?

En prétendant dire ce qu’il a vu auprès du Père ou ce que le Père lui a dit, le Christ nous invite tout d’abord à réfléchir sur l’origine de sa parole. Il ne s’agit pas d’une parole qui viendrait de notre pensée. Il ne s’agit pas d’une parole qui serait le résultat de la sagesse ou de l’expérience humaine. Il ne s’agit pas d’une parole qui serait la fine fleur de l’intelligence humaine ou de la piété.

La parole du Christ se veut une parole venue d’ailleurs. Elle se veut une parole autre. Et précisément parce qu’elle se veut autre, cette parole apporte quelque chose de nouveau et d’imprévu dans le monde. Elle ouvre la réalité humaine à quelque chose d’insoupçonné, de radicalement nouveau. Elle inscrit de nouvelles possibilités dans la saisie de notre vie.

Elle contredit ainsi foncièrement l’idée du destin : rien ne doit jamais arriver — le seul évènement d’une vie qui est prévu dans une vie, c’est l’imprévu que l’on reçoit en confiance.

Par cette résilience, l’Autre, le Tout-Autre, c’est-à-dire Dieu, décloisonne notre vie, l’arrache à la fatalité. Une alternative au 'sort' existe. Un espace de liberté est offert : on s'en sort mieux sans sort, nous dit Dieu.

Le fait que le Christ affirme inlassablement qu’il est venu d’auprès du Père et qu’il va retourner auprès de lui délimite un espace dans le temps - l’espace où Dieu se fait présence parmi les hommes. Ici apparaît la compréhension chrétienne de la révélation. Dieu n’est pas d’abord perceptible dans la nature ou dans le déroulement de l’histoire universelle. Il n’est pas davantage une présence diffuse qui se dissimulerait dans les arrière-coins de notre monde, par exemple dans des lieux saints ou dans des objets sacrés.

Dieu survient dans le monde comme un événement. Comme un événement historique. Comme un événement qui a un nom : Jésus de Nazareth. Pour qui veut trouver Dieu, la voie est toute tracée : il faut qu’il se mette à l’écoute de l’histoire de celui qui est venu d’auprès du Père et qui retourne auprès de lui.

Le lecteur de l’Evangile se voit confronté à ce message surprenant et scandaleux : la présence de Dieu n’a pas d’autre visage que celle d’un homme singulier, né sous César Auguste et mort sous Tibère.

C’est pourquoi les paroles en 'Je suis' contiennent un potentiel explosif. Elles se veulent polémiques. Lorsque le Christ déclare : 'Je suis le pain de vie descendu du ciel', il prétend être ce pain suprême à l’exclusion de tout autre.

La vérité a été faite chair. Elle n’est plus à chercher, plus à inventer. De cette façon se trouvent radicalement mises en cause toutes les quêtes humaines — qu’elles soient le fruit de la plus exigeante sagesse ou de la plus profonde spiritualité. Le monde et ses valeurs entrent en crise. Le majestueux 'Je suis le chemin, la vérité et la vie' signifie la fin de toute autre prétention à enseigner et à sauver les hommes. -

Une parole autre, une parole historique, une parole exclusive, c’est bien. Mais en vue de quoi ? Lorsque l’on rassemble les grandes déclarations en 'Je suis', on est frappé par un air de familiarité. Il est question de pain, de lumière, de porte, de bon berger de résurrection et de vie, de chemin, de vérité et de vie, de vraie vigne. Bref, il est question de ce qui est le plus nécessaire à la vie de l’homme, de ce à quoi l’homme aspire jour après jour pour atteindre la plénitude. Ce qui est en jeu, c’est l’existence humaine — mais une existence humaine atteignant enfin sa vérité, touchant enfin à la paix et à la joie.

C’est peut-être cette paix et cette joie qui se dégagent même des récits de la crucifixion. Le Christ incarne le concept de résilience, « l’art de naviguer entre les torrents ».

Les psychologues pensent d'ailleurs que cette faculté n’est pas innée, mais qu'elle trouve ses racines dans l’enfance, dans la relation que les parents entretiennent avec leur enfant. Une relation sécurisante aide les enfants à trouver la force de s’en sortir. La résilience entraîne la défense-protection, l’équilibre face aux tensions, la positivité de soi, et la créativité.

Le Christ vit d’une telle relation sécurisante avec Dieu, et il nous fait vivre dans cette même résilience. C’est pourquoi dans la foi, ce ne sont finalement pas les convictions religieuses qui importent, mais la foi que Dieu met en chacun de nous : c'est sa foi en l'humain qui nous donne la paix, la résilience pour naviguer entre les torrents de notre vie.

Created By
Pasteur Rudi Popp, Temple Neuf Strasbourg
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Credits:

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