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Affaire Anne-Sophie Girollet : l’ADN au cœur du procès Le procès en appel débute le 19 novembre

Texte et réalisation Christophe Saulnier

Le 28 septembre 2016, 11 ans après les faits et après 12 jours de procès, Jacky Martin, un quinquagénaire de Fleurville était condamné à 30 ans de prison avec une peine de sûreté de 20 ans en première instance par la Cour d’Assises de Saône-et-Loire. Quelques jours plus tard, ce dernier faisait appel et un nouveau procès va s’ouvrir le 19 novembre devant la Cour d’Appel de Lyon. Il devrait de nouveau y être beaucoup question de l’ADN.

Tant l’accusation que la défense de Jacky Martin en avaient convenu lors du procès en première instance : l’ADN est au cœur du dossier dans cette affaire qui a marquée l’histoire judiciaire de ce début de siècle en Saône-et-Loire.

Le rappel des faits

Ce devait être une soirée festive ce 19 mars 2005. Anne-Sophie Girollet, brillante étudiante en 3e année de médecine, âgée de 20 ans, participait ce soir-là à un gala de danse sur la scène du théâtre de Mâcon.

A la fin du spectacle, la jeune femme rejoint sa voiture, une Peugeot 405 immatriculée dans le Rhône, garée sur le parking, pour regagner le domicile de son petit ami à Charnay-lès-Mâcon. Plus personne ne la reverra vivante.

Julien, le petit ami d’Anne-Sophie, se souvient de cette atroce soirée et de l’attente de la jeune fille à son domicile de Charnay. Une attente qui se transforme au fil des minutes en inquiétude puis en angoisse alors qu’aucun SMS ne prévient d’un retard et que le portable ne répond pas aux appels. Il se souvient avoir appelé Thibault, le frère d’Anne-Sophie, et que tous deux et un autre copain ont refait dans la nuit les chemins possibles de la jeune femme, craignant qu’elle ait eu un accident. Leur virée aboutit au commissariat vers 2 h 40. Dépôt de plainte. « La police n’a pas pris ça au sérieux, elle était majeure… C’était dur à entendre », racontera-t-il bien des années plus tard au cours du premier procès.

Le théâtre de Mâcon où Anne-Sophie Girollet a participé à un gala de danse juste avant sa disparition.

Durant 15 jours, le mystère est absolu. Qu’est devenue cette jeune fille sans histoire, promise à un brillant avenir ? Pourquoi s’est-elle ainsi volatilisée sans laisser la moindre trace ?

Le terrible épilogue survient le 2 avril 2005 quand un couple de cyclistes aperçoit un corps qui flotte dans la Saône et donne l’alerte. Anne-Sophie est rapidement identifiée d’autant que l’on avait retrouvé sa voiture, immergée à proximité.

L’autopsie indique qu’elle a été tuée avant d’être jetée à l’eau après avoir été violemment frappée au visage et au thorax.

L’opinion publique est bouleversée. Une marche silencieuse en sa mémoire est organisée du pont de Saint-Laurent aux lieux présumés du crime le 19 mars 2006, un an jour pour jour après la disparition d'Anne-Sophie.

Des fleurs ont été déposées par la famille sur les lieux de la découverte du corps lors de la marche silencieuse organisée à Mâcon en mars 2006.

Une très longue enquête

Les enquêteurs ne ménagent pas leur peine pour tenter d’élucider cette terrible affaire qui marque la Saône-et-Loire et le Mâconnais en particulier. Plus de 600 voitures sont contrôlées par rapport à des informations (une Mercedes était recherchée), plus de cent personnes sont entendues dont tous les proches de la jeune fille, et des centaines d’actes judiciaires effectuées.

Des interpellations ont même lieu dans un quartier de Mâcon en janvier 2006. Malheureusement, les multiples pistes étudiées au fil des ans se referment les unes après les autres et l’énigme reste entière.

Anne-Sophie Girollet apparaît ainsi au fil des ans parmi la triste liste de ces meurtres non résolus de jeunes filles en Saône-et-Loire.

Pour autant, l’espoir de voir un jour le mystère être enfin résolu demeure grâce… à l’ADN – déjà. En effet, les enquêteurs ont retrouvé dans la voiture d’Anne-Sophie des traces d’un ADN inconnu qui ne « matche » pas avec ceux inscrits au sein du fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG).

Image d'illustration AFP
Le fichier Fichier National des Empreintes Génétiques (FNAEG)

En 1998, le Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques (FNAEG) est créé. Bien que l’ADN était utilisé depuis 1986 dans les affaires criminelles, les enquêteurs ne disposaient pas à l’époque de fichier regroupant l’ensemble des données collectées. L’affaire Guy Georges, le "tueur de l’Est parisien" auteur de 7 meurtres et de plusieurs autres agressions dans les années 1990, avait d’ailleurs participé à la promotion de ce fichier national. C’est en effet en recoupant les éléments ADN recueillis au niveau national (une première en France) que Guy Georges avait finalement pu être identifié puis arrêté. Un film sorti en 2014 raconte cette enquête. Il est titré "l’Affaire SK1" comme le nom de code donné par les enquêteurs à la première empreinte génétique d’un serial killer en France.

Image d'illustration archives AFP

Alors que l’enquête semble enlisée et qu’un peu plus de 7 ans se sont écoulés depuis les faits, un énorme rebondissement se produit le 19 juin 2012. Un homme âgé de 50 ans est interpellé à Replonges, la commune où résident les parents d’Anne-Sophie.

Le suspect arrive au palais de justice de Mâcon quelques heures après son interpellation (photo d'archives Le JSL - Gilles Dufour)

De nouvelles investigations sur l'ADN retrouvé dans la voiture et effectuées par le laboratoire génétique de Bordeaux ont cette fois permis au FNAEG de mettre un nom sur ces prélèvements. Une infime partie d’un patrimoine génétique humain avait été saisi dans la voiture retrouvée au fond de la Saône.

Un demi-ADN resté énigmatique durant sept ans

Un laboratoire de Lausanne en Suisse avait été sollicité pour le décrypter mais le travail des scientifiques n’avait alors pas abouti. Quelques années plus tard, à Bordeaux, le docteur Doutremepuich (photo ci-contre) parvient à extraire un ADN plus précis, dit nucléaire. Un nom sort des logiciels, permettant d’identifier un suspect. Jacky Martin est interpellé peu après, le 19 juin 2012.

Me Béatrice Saggio, avocate des parents d'Anne-Sophie (photo d'archives Le JSL - Thierry Dromard)

Interrogée par Le JSL dès l’annonce de cette interpellation, l’avocate mâconnaise Me Béatrice Saggio, représentant les intérêts des parents d’Anne-Sophie, estimait alors qu’il est « troublant d’avoir un ADN d’une personne et elle devra apporter des réponses. La prudence reste de mise. Nous sommes loin d’avoir la démonstration de la culpabilité de la personne mise en cause ».

Les enquêteurs vont alors s’efforcer de comprendre comment les empreintes génétiques de cet homme ont bien pu se retrouver dans le véhicule de la victime.

Jacky Martin, un quinquagénaire déjà bien connu de la justice

Jacky Martin , qui était âgé de 43 ans au moment du meurtre d’Anne-Sophie Girollet, est natif d'Auxerre mais demeure à Fleurville au moment de son interpellation.

Chômeur au long cours, présenté comme ouvrier dans le secteur de la mécanique, Jacky Martin vivait de petits boulots et des vols pour lesquels il a été condamné au moins une vingtaine de fois au Tribunal correctionnel de Mâcon.

L’homme est également présenté comme un "coureur de jupons" qui multiplie les conquêtes. Mais s’il est connu comme un « fort en gueule », il est aussi décrit comme « jovial, poli, toujours propre sur lui », sans doute « un peu immature » comme l’explique la mère de son fils dont il s’est peu occupé.

Jacky Martin est également décrit par plusieurs de ses compagnes comme « menteur ». « Il n’assumait pas ses vols. Devant le tribunal, systématiquement, c’était toujours quelqu’un d’autre. C’était jamais lui ! », explique à la barre du premier procès sa première compagne.

Mais cet homme peut-il se comporter de façon violente ? « Non » répondent plusieurs de ses proches comme sa dernière compagne qui voit en lui un homme « protecteur ». « Oui », répond en revanche une ex-compagne qui raconte une scène de jalousie en boite de nuit. Même sentiment pour un ex-ami de Jacky Martin, avec qui il a commis différents faits de délinquance. Selon cet ancien ami, Jacky Martin est l’auteur de l’agression dont il a été victime à Tournus en 1989. Ce soir-là, il avait été jeté par-dessus un pont et volé de 4 à 5 000 francs. Rien ne prouve néanmoins la responsabilité de Jacky Martin dans cette agression, ainsi que le fera remarquer la défense au cours du procès en première instance.

Une femme accuse également Jacky Martin de l’avoir agressée en 1993. Pour Jacky Martin en revanche, il ne s’agit en rien d’une agression mais d’une « blague » qui aurait mal été interprétée. L’affaire avait finalement été classée sans suite par la justice.

Détenu, Jacky Martin continue invariablement de clamer son innocence. Pour autant, les magistrats et les enquêteurs disposent toujours d’éléments scientifiques faisant peser de lourdes charges sur lui. Une première reconstitution est organisée en décembre 2013.

Elle est suivie d’une seconde reconstitution quelques mois plus tard au printemps 2014. Des reconstitutions qui avaient pour objectif de visualiser et de fixer par l’image différents témoignages et scènes, mais aussi de chronométrer certains trajets du suspect. Malheureusement, ces reconstitutions ne permettent pas d’avancée sensible de l’enquête.

C'est au Palais de Justice de Chalon, devant la Cour d'Assises de Saône-et-Loire que c'est déroulé le premier procès (Photo Le JSL - Gilles Dufour)

Jacky Martin est finalement renvoyé devant la Cour d’Assises de Saône-et-Loire le 13 septembre 2015. Dès le début du procès, il maintient sa ligne de défense : Jacky Martin nie tout en bloc.

Un témoin affirme pourtant le reconnaître comme l’un des hommes qui semblaient suivre Anne-Sophie à la sortie du spectacle. Problème, le portrait robot dessiné à l’époque n’est pas vraiment ressemblant…

Me Varlet, Me Scrève et Me Nicolle (de gauche à droite) assurent la défense de Jacky Martin lors du premier procès (photo archives Le JSL - Thierry Dromard)

Reste donc l’ADN. Jacky Martin et ses défenseurs se battent pied à pied pour tenter de discréditer cet élément accusateur. La thèse d’un ADN de transfert déposé lors d’une « visite » de la voiture d’Anne-Sophie est contredite par les experts qui excluent cette possibilité.

Karine Malara, avocate générale lors du procès de Jacky Martin devant la Cour d'Assises de Saône-et-Loire (photo d'archives Le JSL - Thierry Dromard)

La version de Jacky Martin affirmant être monté dans la voiture avec le frère d’Anne-Sophie quelques jours avant le drame est démentie catégoriquement par ce dernier. L’hypothèse d’un transfert de l’ADN à l’occasion de l’une des reconstitutions, évoquée par la défense, est là encore démentie par les images de cette fameuse reconstitution. Plus grave encore pour l’accusé, il a été « en contact avec la victime au moment où elle saignait », comme l’a souligné Karine Malara, avocate générale, en rappelant lors de son réquisitoire que l’une des traces d’ADN avait été relevée dans une tache de sang sur le t-shirt de la victime.

Sans aveu, sans témoin, sans mobile, le procès n’a donc tenu qu’à un fil d’ADN qui a fait pencher l’intime conviction des jurés du premier procès dans le sens de la culpabilité.

Jacky Martin avait alors été reconnu coupable et condamné à 30 années de réclusion.

Created By
Christophe Saulnier
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Credits:

Photos archives JSL AFP et famille Girollet, dessins Christophe Busti

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