Loading

Plus de deux siècles d’opéra à Saint-Étienne Avant de rayonner dans le jardin des Plantes, l’Opéra de Saint-Étienne a connu plusieurs lieux d'accueil dans la ville. Retour sur 200 ans d’histoire d’art lyrique dans la préfecture de la Loire. Par Fred SAURON

1765 : un théâtre sur la place Chavanelle

  • Le premier théâtre de la ville serait apparu en 1765 sur la place Chavanelle. D’une capacité de 200 places, il aurait fonctionné pendant deux ans.
  • En 1787, M. Blanc, un coiffeur la rue José-Frappa (rue Neuve à l’époque) aurait transformé sa boutique en théâtre dans lequel 150 personnes avaient l’habitude de s’entasser. Quelques mois plus tard, les autorités avaient mis un terme à cette expérience pour des raisons de sécurité.
  • En 1797, M. Kloquemann avait aménagé un théâtre dans l’église Saint-Louis (église des Minimes à l’époque) que la Révolution avait confisqué. Couvert de dettes, l’homme avait dû céder son théâtre et l’église retrouva son bien en 1807.
Les représentations d'"Adriana Lecouvreur" et de "Nabucco" (2018)/Photos fournies par l'Opéra de Saint-Étienne

Le premier opéra de France à Montbrison

La Pastorelle, de Loÿs Papon, est l’un des premiers essais, sinon le premier d’opéra en France. Il fut donné en 1588 à la salle de La Diana à Montbrison, ville natale de l’auteur.

1810 : L’art lyrique entre dans la vie des Stéphanois

Situé à l’angle des rues de la Comédie et de la place du Peuple, le premier théâtre sédentaire stéphanois fut construit en 1810. Baptisé « Théâtre du Pré de la foire », il fit naître la passion des Stéphanois pour l’art lyrique. De nombreux artistes lyonnais et parisiens s’y produisirent jusqu’en 1853, date de sa fermeture pour cause d’insalubrité. Pour se rendre compte de l’importance prise par ce théâtre au fil du temps, notons que la saison 1849 comportait 38 opéras, 59 drames et 71 vaudevilles.

Les « mœurs légères » du Casino lyrique

Situé rue Michel-Rondet (rue des Jardins à l’époque), le Casino lyrique a accueilli les ouvriers stéphanois autour de concerts populaires en entrée libre entre 1856 et 1858. Il fut fermé par le préfet en raisons des « mœurs légères » abritées dans l’établissement.

1853 : Le théâtre municipal ouvre ses portes

Œuvre de l’architecte Exbrayat et inspiré des plans du théâtre des Célestins à Lyon, le théâtre municipal a été construit sur la place des Ursules en un temps record (entre juillet et décembre 1853). Bénéficiant d’une acoustique remarquable, il contiendra jusqu’à 1365 places. Il est agrandi en 1862, l’électricité arrive en 1885 et, en 1889, plus d’un millier de personnes adressent au maire une pétition réclamant l’interprétation de grands opéras ! Rebaptisé théâtre Massenet en 1913, en hommage à l’illustre compositeur stéphanois décédé un an plus tôt, il fonctionnera jusqu’en 1928, année au cours de laquelle il fut détruit par un incendie. Dans son édition du 17 février 1928, le journal La Tribune évoquait ce sinistre en ces termes : « C’est fini… le vieux théâtre n’est plus… Il n’est plus, hélas, qu’un amas de ruines, de ruines encore fumantes. Que d’illusions s’en vont ainsi ! »

« Défense est faite de troubler systématiquement la représentation par des cris ou des clameurs »

Le théâtre Massenet disposait de sa propre police et d’un arrêté pour éviter toutes gênes à son public. Sur un arrêté daté du 12 octobre 1908 et signé du maire Jean Neyret, il était mentionné, par exemple : « Défense est faite de troubler systématiquement la représentation par des cris ou des clameurs » ou « il est interdit aux dames occupant les quatre premiers rangs de fauteuils de conserver leurs chapeaux ».

Le théâtre Massenet réglait la vie du quartier

Pendant sept décennies, le théâtre Massenet a animé le quartier des Ursules. De nombreux bistrots et café s’installèrent autour de l’établissement. Une sonnerie aurait même été branchée dans le café « L’Opéra » (toujours située place des Ursules) pour indiquer au public venu se rafraichir la fin de l’entracte.

L'Eden Théâtre

1928 : L’Eden peine à convaincre les amateurs d’art lyrique

Après l’incendie de la place des Ursules, la saison lyrique municipale fut alors reprise à l’Eden Théâtre (rue Blanqui), un café-concert ouvert en 1882. Le 18 février 1928, les lieux accueillent une représentation de Carmen (ce même opéra sera le dernier joué en ces lieux). L’Eden Théâtre, qui propose également des projections cinématographiques, du music-hall et du vaudeville, reprendront la saison de l’opéra jusqu’en 1968, mais l’art lyrique a du mal à y trouver une place. Entre 1931 et 1938, un projet de «Palais du peuple», destiné à remplacer le théâtre Massenet, est évoqué en conseil municipal, mais il fut définitivement enterré par la préfecture de la Loire.

La la Maison de la Culture et des Loisirs

1969 : La naissance de la Maison de la Culture et des Loisirs

En février 1969, la maison de la Culture et des Loisirs est inaugurée par André Malraux, à l’origine du projet dix ans plus tôt, au jardin des Plantes à l’emplacement actuel de l’Opéra. Deux salles sont alors créées : le Grand théâtre Massenet (1200 places) et le théâtre Copeau (300 places), qui subira pas moins de trois incendies au cours des années suivantes ! Porgy and Bess, de George Gershwing, y est joué le soir même de l’inauguration de la maison de la Culture et des Loisirs. Les lieux, pluridisciplinaires à l’époque, seront dirigés par Georges Michard jusqu’en 1982. Max Serveau lui succédera.

Les nouveaux lieux sont inaugurés en 1969.

Les ateliers de décors et de costumes fonctionnent à plein régime

Dans les années 1980, de nombreuses productions sont construites dans les ateliers de décors et de costumes. Ce savoir-faire, unique en Province, est l’une des forces actuelles de l’Opéra de Saint-Étienne.

1994 : « Appelez-la l’Esplanade »

Tel était le titre de l’article de « La Tribune » consacré au changement de nom de la Maison de la Culture et des Loisirs. Ainsi, « L’Esplanade » permet une meilleure définition des spécificités du lieu qui se recentre autour des missions traditionnelles d’une maison d’opéra.

Le chef Laurent Campellone pose avec le portrait de Jules Massenet. Photo Celik ERKUL

Une biennale dédiée à Jules Massenet

Devant le succès de représentation du Stéphanois Jules Massenet, Jean-Louis Pichon et Patrick Fournillier créent la Biennale Massenet en 1990. Opéras, oratorios, musique de chambre, œuvres symphoniques et mélodies du compositeur stéphanois sont alors joués pendant plusieurs jours. La Biennale passera progressivement de une à deux semaines. En 1924, déjà, la ville avait dédié un festival musical à la mémoire de l’enfant du pays avec des représentations d’Herodiade, Le jongleur de Notre Dame, Manon, Thaïs et Werther.

1998 : Un incendie criminel détruit le Grand théâtre Massenet

En septembre 1998, L’Esplanade prend feu et le Grand théâtre Massenet est totalement détruit par l’incendie d’origine criminelle. Pendant plus de deux ans, la saison est maintenue dans un théâtre éphémère sur la plaine Achille. L’Esplanade rouvrira ses portes au public en 2001.

Lors de la représentation du chef-d'œuvre de Verdi en centre-ville. Photo Dominique BERTHÉAS
Nabucco diffusé en direct de la place Jean-Jaurès

En juin 2016, Nabucco, joué à l’Opéra de Saint-Étienne, est diffusé en direct sur un écran géant de 28m2 sur la place Jean-Jaurès. Les 500 places assises ont été prise d’assaut par un public conquis. Au total, 700 personnes ont assisté à l’adaptation de l’œuvre de Verdi en plein centre-ville.

Le Grand théâtre Massenet.

2015 : L’art lyrique s’impose

Après avoir troqué le nom d’« Esplanade » pour celui d’ «Opéra-théâtre » en 2006, les lieux sont plus simplement devenus « L’Opéra de Saint-Étienne » en 2015. Ce changement de nom est un tournant pour cette maison dont le but est de redonner sa place à l’opéra en proposant la création d’une œuvre contemporaine tous les deux ans. L’opéra trouve ainsi toute sa place parmi les grandes maisons d’opéra françaises avec des productions 100% stéphanoises (Nabucco, Lohengrin, Faust…), des coproductions avec des opéras reconnus comme l’Opéra de Monte Carlo et même une commande mondiale (l’opéra Fando et Lis, de Fernando Arrabal, créé en mai 2018 par Benoît Menut). De nombreuses productions sont également proposées à destination du jeune public. Les lieux accueillent aussi des spectacles de danse.

Le théâtre Copeau (300 places) accueille de nombreuses productions. Les récitals et la musique de chambre y trouvent toute leur place.

2019-2020 : Cent vingt levers de rideau prévus

La saison 2018-2019 a rassemblé 73 000 spectateurs avec des moments forts tels la recréation de Dante (vidéo). L'exercice 2019-2020 vient de démarrer pour l'Opéra de Saint-Étienne. Avec trente-six titres proposés (plus quinze destinés aux scolaires), l'établissement promet pas moins de cent vingt levers de rideau, avec un accent mis sur la musique française. Pour la partie lyrique, Éric Blanc de la Naulte, directeur général et artistique de l’Opéra de Saint-Étienne, se réjouit de proposer deux nouvelles productions : Don Giovanni, de Mozart (8, 10 et 12 novembre), et une œuvre plus rare, Don Quichotte , de Jules Massenet, l’enfant du pays (31 janvier, 2 et 4 février) avec Jacques Lacombe à la baguette. En co-production avec l’Opéra de Monte Carlo, l’institution stéphanoise proposera ensuite une reprise de La Traviata, de Giuseppe Verdi, en fin de saison (17, 19 et 21 juin).

Pour célébrer le 150e anniversaire de la mort d’Hector Berlioz, l’Opéra a choisi une adaptation de La Damnation de Faust, en version concert, portée par le quatuor Christophe Berry-Marion Lebègue-Pierre-Yves Pruvot-Philippe Ermelier. Trois soirées à deux opéras en mars (le mélodrame "Cavalleria Rusticana" et le Dramma "I Pagliacci") et une en juin ("Un Requiem Allemand", de Brahms), complètent la programmation lyrique au Grand théâtre Massenet.
Marc Chassaubéné, adjoint au maire chargé de la culture, Gaël Perdriau, maire et président de Saint-Étienne métropole, et Éric Blanc de la Naulte, directeur général et artistique de l’Opéra de Saint-Étienne, ont présenté la nouvelle saison dans les locaux de l’hôtel Novotel Châteaucreux. Photo Le Progrès /Yves SALVAT

Instrumentistes, cheffes d’orchestres et compositrices : les femmes à l’honneur

Pour 2019-2020, l’Opéra souhaite « faire la part belle aux femmes » en proposant une œuvre d’Armande de Polignac en ouverture de saison (Crépuscule d’été le 27 septembre) et en mettant en avant Marie Jaëll et Louise Farrenc, deux compositrices « injustement méconnues. Nous recevrons aussi la Ligérienne Emmanuelle Bertrand au violoncelle, la violoniste Sarah Nemtanu et la pianiste Lilya Zilberstein », selon Éric Blanc de la Naulte, directeur général et artistique de l’Opéra de Saint-Étienne. Quant à la cheffe d’orchestre Alexandra Cravero, elle dirigera la soirée « Wagner et ses héritiers français », le 10 février.

Webmag: Fred SAURON ; Photos : Archives Le Progrès et Opéra de Saint-Étienne ; Source : Opéra de Saint-Étienne