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"Liker" le Christ ? Jean 1.29-34

LECTURE BIBLIQUE : Jean 1.29-34 (TOB)

Le lendemain, Jean voit Jésus qui vient vers lui et il dit :

« Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.

C’est de lui que j’ai dit : “Après moi vient un homme qui m’a devancé, parce que, avant moi, il était.”

Moi-même, je ne le connaissais pas, mais c’est en vue de sa manifestation à Israël que je suis venu baptiser dans l’eau. »

Et Jean porta son témoignage en disant :

« J’ai vu l’Esprit, tel une colombe, descendre du ciel et demeurer sur lui. Et je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, c’est lui qui m’a dit : “Celui sur lequel tu verras l’Esprit descendre et demeurer sur lui, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint.” Et moi j’ai vu et j’atteste qu’il est, lui, le Fils de Dieu. »

PRÉDICATION DU PASTEUR RUDI POPP À LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG

Dimanche 19 janvier 2020 - dans le cadre de la Semaine de Prière pour l'Unité des Chrétiens

Chères sœurs, chers frères en Christ,

Avez-vous déjà interrogé Facebook sur le fils de Dieu ? Je me suis permis de consulter sa page (elle existe, bien sûr !), vaguement animée par quelques épars versets bibliques, et j’ai dû constater qu’il n’avait que 38 « likes ». Selon les critères de Facebook, le « fils de Dieu » n’est donc ni très intéressant ni vraiment digne de confiance…

(Pour celles et ceux qui ont du mal avec le charabia « internetique » : un « like » est une sorte de bon point que vous pouvez distribuer sur Facebook aux messages que vous considérez comme pertinents, rigolos ou que vous souhaitez promouvoir. Un « like » a donné en français contemporain le verbe « liker » quelqu’un, qui, j’espère, n’entrera pas si tôt dans le dictionnaire de l’académie…)

Or, la question que nous pose l’Évangile ce matin n’est pas de savoir si nous pouvons offrir des « likes » au Christ sur Facebook, ou quelque autre réseau social, pour faire un peu de buzz. Jean, le témoin fidèle, est au contraire la personnification de l’interprète incorruptible qui arrive à faire liker, à faire aimer, à rendre crédible, donc à faire comprendre le Christ à d’autres que lui.

Nous qui sommes si souvent préoccupés et occupés à nous questionner sur ce que nous comprenons – ou pas ! – de l’Évangile, de la Bible ou de la théologie chrétienne, sommes à l’inverse interrogés devant ce texte sur ce que nous donnons à comprendre du Christ par notre témoignage - témoignage en paroles et en actes, témoignage de vie et de fruits.

Ce matin, je vous propose donc de lire la confession de foi de Jean le Baptiseur comme un stimulant, afin que nous apprenions à témoigner fidèlement du Dieu de Jésus-Christ.

De vibrantes incitations au témoignage chrétien nous sont en effet adressées par les croyants et les incroyants, les pieux et les curieux, pour annoncer ou expliquer à notre temps qui meurt d’envie de foi le Christ vivant. Devant cette tâche ardue, nous avons à juste titre toutes sortes de scrupules et d’hésitations. Comment ne pas se tromper, ou tromper l’autre, en témoignant de Dieu ? Qui peut en vérité porter le témoignage du Christ ? Et quelle est la source d’une authenticité originelle du témoignage chrétien contemporain ?

Car nous savons qu’on peut tromper par et se tromper de témoignage, et qu’il ne suffit pas de croire en soi - pour être cru, il faut non seulement vaincre ses vices cachés, mais convaincre un vis-à-vis ouvertement sceptique.

Longtemps, c’était le fait d’être reconnu par l’Église, d’exercer un ministère confié par une Église, qui donnait au témoignage d’une chrétienne ou d’un chrétien la pesanteur et l’attraction suffisantes pour être entendues dans l’espace public.

Aujourd’hui, la reconnaissance (comprenez aussi : la rémunération !) d’une personne au sein d’une Église tend plutôt à nourrir un soupçon de partialité, quand une femme ou un homme « d’Église » prend la parole en public : « celle-là, celui-là roule évidemment pour son camp » ; il ou elle « parle sous contrôle de son supérieur » ; pasteur ou prêtre, « il ne cherche qu’à raffermir la branche sur laquelle il est assis… » - c’est un des paradoxes de notre temps qu’un ministre d’Église paraît, pour le grand public, être le moins bien placé, voire le moins fiable, pour porter un témoignage chrétien convaincant, comme si le premier critère du témoignage était l’absence de tout intérêt personnel !

Et si les débats d’autrefois entre théologiens sur le sexe des anges ont laissé la place, ces dernières années, aux débats sur le sexe des prêtres, de toute évidence, cela n’a en rien rendu le témoignage chrétien plus pertinent.

Or ce témoignage, comme tout acte de foi, engage et appelle en effet la personne entière, sa vie ordinaire et sa réponse particulière ; il n’y a pas de réponse standardisée à la foi de Dieu. Chaque baptisé(e) a reçu tout ce qu’il faut pour devenir témoin en personne - c’est pourquoi d’ailleurs que le témoignage du Christ ne saurait être réservé aux « clergés » dans les Églises. Confesser la foi du Christ est la plus haute responsabilité et du peuple de Dieu dans son ensemble et de chaque personne baptisée, à l’instar de Jean le Baptiseur !

Venons-en donc à sa confession de foi, si elle doit nous aider à formuler la nôtre.

Remarquez d’abord qu’elle se situe exactement au moment où Jésus intervient pour la première fois dans le récit de l’Évangile selon Jean : « Jean voit Jésus — qui vient vers lui — et il parle ». Là où le fameux prologue faisait état du verbe, de la parole, du logos, qui était au commencement avec Dieu, la confession de foi de Jean le Baptiseur naît d’une entrevue avec Jésus, l’humain qui vient vers l’autre humain. Le témoignage de Jean le Baptiseur est le fruit non pas d’une réflexion compliquée ou d’une secrète méditation, mais d’un face-à-face.

De ce face-à-face, je voudrais retenir trois distinctions que fait le texte et qui portent le témoignage de Jean : la distinction entre ce qui est juste et injuste, entre l’avant-dernier et le dernier, entre ce qui est durable et ce qui ne l’est pas.

D’abord, Jean le Baptiste reconnaît en Jésus le juste de Dieu qui anéantit ce qui est injuste : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. » Cette première distinction est fondamentale pour faire comprendre qui est le Christ : l’agneau rétablit la juste relation entre Dieu et l’humain, que la Bible appelle la « justice » ; il restaure la différence décisive, entre humains, de ce qui est juste devant Dieu, et de ce qui est injuste.

À cela s’ajoute la distinction de l’avant-dernier du dernier. « C’est de lui que j’ai dit : “Après moi vient un homme qui m’a devancé, parce que, avant moi, il était.” » Quelle paradoxale succession ! Si nous pouvons penser, notamment par des indications comprises dans les autres Évangiles, que Jésus était d’abord un disciple de Jean le Baptiseur, celui-ci est à présent devenu disciple du Christ en le baptisant, en voyant l’Esprit de Dieu se poser sur lui. Jean dira à présent de Jésus : « Il faut que lui grandisse et que moi je décroisse. » Jean se reconnaît avant-dernier seulement, laissant la place à celui qui est le dernier homme de Dieu, qui l’est par excellence, et ainsi le premier.

La troisième distinction qui porte la confession de foi de Jean est celle entre le durable et l’éphémère. « J’ai vu l’Esprit, tel une colombe, descendre du ciel et demeurer sur lui. »

Des apparitions éphémères de l’Esprit de Dieu, il y en a toujours eu et il y en aura toujours ; elles disparaissent comme elles apparaissent. Toute apparition ne mérite pas d’être retenue. Or celle de l’Esprit qui est descendu sur Jésus a créé une demeure de Dieu sur cette terre, l’unique demeure durable et qui mérite qu’on en parle encore.

C’est en faisant ces trois distinctions fondamentales que Jean peut affirmer : « J’ai vu et j’atteste qu’il est, lui, le Fils de Dieu. »

Je crois que ce sont ces trois distinctions qui peuvent nous aider à dépasser nos scrupules et hésitations, pour devenir aujourd’hui, à l’instar de Jean le Baptiseur, des interprètes du Christ qui arrivent à faire aimer, à rendre crédible, à faire comprendre le Christ à d’autres. La vie chrétienne se résume peut-être à l’attachement à ces simples distinctions, et qui répondent directement à nos interrogations légitimes devant la tâche qui nous est assignée : Comment ne pas se tromper, ou tromper l’autre, en témoignant de Dieu ? Qui peut en vérité porter le témoignage du Christ ? Et quelle est la source d’une authenticité originelle du témoignage chrétien contemporain ?

D’abord, notre témoignage ne peut faire l’impasse sur la désignation de ce qui est juste et ce qui est injuste, dans notre société, afin de ne pas se tromper, ou tromper l’autre, en témoignant de Dieu. Le Christ rétablit la juste relation entre Dieu et l’humain, il restaure aussi des relations justes entre humains. L’éthique chrétienne est à juste titre considérée comme le champ le plus concret de notre témoignage ; seulement elle donne moins de réponses qu’elle ne pose de questions. L’éthique chrétienne n’est pas une morale fixée une fois pour toutes et qu’il suffit d’appliquer à toute l’humanité, mais un mouvement dans la liberté de l’Esprit qui se traduit par la fermeté de rester en communion, notamment avec les plus faibles.

Et la distinction entre les choses avant-dernières et les choses dernières est bien sûr décisive pour échapper au moralisme. Car celui qui porte en vérité le témoignage du Christ aujourd’hui sait aussi qu’il n’est pas propriétaire de la vérité absolue : l’acte de témoigner du Christ puise sa crédibilité dans la capacité d’une personne à laisser parler, en dernière instance, un Autre que lui. Celui qui entend monopoliser le discours sur Dieu voire s’en faire le propriétaire, en ne laissait aucune place à une voix différente, risque de ne pas rendre témoignage du Christ, mais de lui-même.

Finalement, la source d’une authenticité originelle du témoignage chrétien jaillit de la distinction entre ce qui est durable et ce qui ne l’est pas. Pour devenir témoins, il ne suffit pas de semer quelques épars versets bibliques pour obtenir le plus possible de « likes » sur Facebook. Je crois que le témoignage du Fils de Dieu aujourd’hui sera digne de confiance non pas par le « buzz » que nous faisons sur les réseaux sociaux et ailleurs, mais par son interprétation durable et fraternelle au sein du plus grand réseau social de tous les temps : l’Église du Christ qui dépasse nos institutions ecclésiales et frontières confessionnelles. Pour un témoignage durable, nous devons cesser de réduire l’Église à des corps d’administrés qui s’opposent, afin de laisser durer le corps du Christ.

Oui, je crois que chaque baptisé(e) a reçu tout ce qu’il faut pour devenir témoin en personne et de confesser la foi du Christ, à l’instar de Jean le Baptiseur : du face-à-face au sein du corps du Christ, nous pouvons témoigner en faisant la distinction entre ce qui est juste et injuste, entre l’avant-dernier et le dernier, entre ce qui est durable et ce qui ne l’est pas. Amen !

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Rüdiger Popp
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Credits:

Inclut des images créées par Kelly Sikkema - "Hand holding a button pin with a heart on it" • Alex Perez - "Make a splash." • Clem Onojeghuo - "I finally got my chance today to do a bit of reportage at London Fashion Week, where I witnessed a peaceful protest against London Fashion week, highlighting the cruel use of real fur in some of their clothes. This is a side of fashion no one talks about so it was good to be on the scene and be part of history." • Helena Lopes - "Saturday. Summer. Beautiful sunny day, so my friends and I decided to make a picnic and watch the sundown. Pretty fun and relaxed day." • Scott Webb - "Small house on an autumn’s day"