La dépendance dans l'Arrageois

A l'EHPAD de Bapaume. PHOTO PASCAL BONNIERE

LE CONTEXTE

"Dans le Pas-de-Calais, la population est vieillissante, les places en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) sont bien occupées et les délais sont longs. Aujourd’hui, l’âge moyen est d’environ 80 ans. Alors qu’avant, on proposait souvent les maisons de retraite dès 60 ans."
Maryse Cauwet, élue du canton d’Arras 3, préside la commission territoriale de l’autonomie de l’Arrageois

Maryse Cauwet préside la commission territoriale de l’autonomie de l’Arrageois. Pour elle, "on va vite être rattrapé par l’évolution de la société. Nous allons devoir travailler en permanence, développer toutes les possibilités existantes : développer les maisons d’aide spécialisées, utiliser les nouvelles technologies, décloisonner le système d’aide vieillesse/handicap, On fait souvent la distinction entre la vieillesse et le handicap, mais c’est une erreur, les problématiques sont communes. L’évolution des mentalités n’est par ailleurs pas très rassurante. Peut-être les choses changeront-elles d’ici là mais pour l’heure, les gens ne sont pas prêts à s’occuper de leurs aînés. Ce qui aura lieu aussi dans vingt ans, c’est un changement sociologique : les personnes âgées vont devenir pauvres."

Les EHPAD, est-ce la bonne solution ?  « Il faudra d’autres solutions dans les années à venir. On vieillit mieux de nos jours, on est beaucoup plus autonome à 80 ans. Il faut travailler à l’adaptation au vieillissement de la population, s’adapter aux demandes. On n’a peut-être pas suffisamment prévu que la perte de dépendance est retardée. »

PERTE D'AUTONOMIE

Ces questions qu'on se pose

L’enjeu est d’abord le maintien à domicile.
  • Qui consulter ?

Première porte d’entrée ? Le médecin traitant qui pourra établir le diagnostic de la perte d’autonomie. Dès soixante ans, il est possible de faire une demande d’Allocation personnalisée autonomie (APA). Le « dossier bleu ». Où le demander ? En mairie, dans les CCAS (centre communal d’action sociale) ou dans des structures d’aide et de soins à domicile. Pour le constituer, il faut joindre les conditions de ressources, l’avis d’impôt, les documents d’identité et le certificat médical. Le dossier doit être enregistré par la mairie. Il est ensuite envoyé au conseil départemental du Pas-de-Calais qui envoie un-e infirmier-e à domicile pour évaluer, selon la grille nationale Aggir (autonomie gérontologique groupe iso-ressources) la perte d’autonomie. L’échelle va de 1 à 6, 1 étant le niveau le plus dépendant. Le professionnel évalue également l’environnement de l’usager et le niveau d’« épuisement » de l’aidant-e.

  • Quelles sont les solutions proposées ?

L’enjeu est d’abord le maintien à domicile. L’infirmier-e propose un plan d’aide pour pallier la perte d’aide du senior (se lever, réaliser la toilette, préparer ou prendre les repas, etc.), soit un certain nombre d’heures d’aide humaine. Il-elle peut également proposer le passage d’un ergonomiste pour effectuer des modifications du logement et, en fonction de la perte d’autonomie et de la fatigue de l’aidant, une orientation vers des accueils de jour, un portage de repas à domicile, etc. Tout se fait en concertation avec le senior et gratuitement. Le nombre d’heures est ensuite converti en un budget qui est plus ou moins pris en charge en fonction du niveau de dépendance par le conseil départemental.

  • Et pour les hébergements permanents ?

Il existe aussi des solutions d’hébergement ou d’accueil diversifiés (béguinages, accueil de jour, établissements d’hébergement, etc.). Sur le territoire de l’Arrageois, l’offre compte, tout confondu, 1 590 places, dont 50 places d’accueil de jour. Les listes complètes sont sur : www.pasdecalais.fr et un comparatif des maisons de retraite sur : viatrajectoire.fr. Il faut prendre le temps de comparer les offres proposées. Parfois, un prix peut paraître attractif mais avec un panel de services proposés plus léger.

  • Quelles aides ?

Les soins sont pris en charge par la CPAM (Caisse primaire d’assurance maladie). La prise en charge de la dépendance est calculée via l’APA. Il est possible de réaliser une demande d’APA à domicile, pour préserver le maintien à domicile. Elle est calculée en fonction des ressources et du degré de dépendance. Le conseil départemental la prend en charge du degré 1 au degré 4. Il existe aussi l’APA d’hébergement qui concerne les personnes entrant dans un établissement de type EHPAD. Enfin, il existe des aides déblocables via les caisses de retraites et les mutuelles.

  • Et pour les aidants ?

Le conseil départemental organise un « café des aidants » pour les membres de la famille, les voisins, les amis, etc. qui se sentent seul et parfois dépassés dans l’accompagnement. Ce sont des groupes de parole où ils peuvent se rencontrer et parler de leurs situations similaires. « C’est souvent la génération des quadragénaires, coincés entre les enfants et les aînés. L’aide que nous pouvons leur apporter est le droit au répit, que leur a reconnu la nouvelle loi d’autonomie », explique Maryse Cauwet. Ils ont la possibilité d’obtenir une place en accueil de jour pour la personne dépendante.

LA HALTE-DÉTENTE

stimule les malades atteints d’Alzheimer

"Cela leur fait du bien, assure Annick Vérité. Même s’ils ne se rappellent plus de nos noms, quand ils arrivent ils s’exclament « : «Ah je me souviens».». Et Bruno Lecocq d’ajouter : « Pour les aidants des malades, c’est aussi un moyen de souffler en laissant s’amuser leur parent."

Depuis 2009, la Halte-détente de la Croix-Rouge accueille deux fois par semaine une petite dizaine de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. L’occasion pour les malades de s’amuser et d’être stimulés. « Chaque mardi et jeudi après-midi, nos sept accueillis sont là, accompagnés par la cinquantaine de bénévoles », explique Georges Royon, bénévole. Les familles ont vent de cet accueil de jour dédié, « souvent, via le service gérontologie de l’hôpital, le médecin ou par les services d’Unartois », souligne Annick Vérité.

Chaque mardi et jeudi après-midi, des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer s’activent à la Halte-détente de la Croix-Rouge. PHOTO JOHAN BEN AZZOUZ

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Bien que soutenu par le conseil départemental, le CCAS (centre communal d’action social) de la ville d’Arras, le Lions-club Arras en Artois, la CPAM (caisse primaire d’assurance maladie) de l’Artois, l’après-midi n’est pas gratuite : « Cinq euros pour l’après-midi et cinq euros en cas de transport de la personne, détaille Bruno Lecocq. C’est à titre de participation, loin du coût réel ».

INFOGRAPHIE J.-PH. DERVAUX

AMBIANCE

EN MAISON DE RETRAITE

"Cela fait souvent un choc de se retrouver ici. Les premiers mois sont difficiles. Les familles ont un peu mauvaise conscience et sont très exigeantes. Les nouveaux résidents sont parfois de mauvaise humeur. Mais il faut voir ça comme une nouvelle étape de la vie. On peut s’amuser ici. Certains restent seuls chez eux, isolés, et le maintien à domicile a ses limites. Près de 55 % de nos résidents sont sous tutelle…"
Vanessa Leprince dirige la maison Sainte-Camille à Arras et l’Ehpad Saint-Joseph de Vitry-en-Artois.

L’établissement laïc, situé face à l’église, dans le centre-ville de Vitry-en-Artois, a été créé par la congrégation des Franciscains. Son aspect est plutôt austère. Mais on va bientôt déménager. Les travaux d’un nouvel établissement sur 5 000 m2, derrière la piscine communautaire (avec 10 000 m2 de terrain), permettront d’offrir aux résidents davantage de confort. Pourtant, ici, on ne croise dans les couloirs et les espaces communs que des gens souriants.

Quand on parle de maison de retraite, beaucoup s’imaginent le mouroir et reviennent en tête ces images de vieillards désorientés traînant dans les couloirs… Certes, les mauvais exemples existent encore. Vanessa Leprince en convient. « Cette image-là est difficile à faire partir. » Mais elle s’y emploie avec le personnel médical et paramédical de ses Ehpad et ses animateurs aussi.

L’Ehpad c’est un petit village. On y propose de nombreuses activités, des sorties aussi, des soirées à thèmes. « Nous avons même des couples qui se sont formés chez nous », s’amuse à dire Vanessa qui prend le temps de discuter avec ses résidents dans les couloirs. Beaucoup sont bien mieux ici que chez eux. Ce n’est pas une prison, juste un lieu de vie. On peut sortir faire des courses. Certains vont même au café le matin pour faire leur PMU. Une nouvelle adresse, rien de plus si ce n’est les soins, la surveillance médicale, et le plaisir de se faire des amis.

COMMENT

PAS-DE-CALAIS HABITAT

ANTICIPE LE VIEILLISSEMENT

  • La construction de béguinages

Pas-de-Calais Habitat constitue une offre de logements de type béguinage depuis quinze ans. « Le modèle du béguinage est historique dans la région, explique Hervé Caux, directeur Innovation chez Pas-de-Calais Habitat. Il fait écho aux constructions flamandes et des Pays-Bas. » Un ensemble de maisons de plain-pied, conçu autour d’un jardin ou d’une cour centrale qui assure un sentiment de sécurité pour les personnes âgées. Et ce modèle est plébiscité. « Nous avons toujours de nombreuses demandes de la part des communes. »

  • L'adaptation des logements
Hervé Caux, directeur de l’innovation chez Pas-de-Calais habitat, travaille avec une équipe de sept personnes aux solutions adaptées au vieillissement de la population.

« Depuis les années 90, Pas-de-Calais Habitat a une forte politique d’adaptation de ses logements », poursuit Hervé Caux. De nombreux travaux ont été entrepris dans les parties communes : aménagement des cages d’escalier, installation d’ascenseurs. Mais aussi à l’intérieur des appartements : « Souvent, les travaux commencent par la salle de bain avec l’installation d’une douche de plain-pied ». Et quand la situation ne le permet plus. « On propose une solution plus adaptée. Mais encore faut-il que la personne l’accepte. »

  • Le développement de logements intergénérationnels

L’idée ? « Organiser la prise en compte des différents âges dans un groupe de logements appelé îlot comme l’îlot Bon Secours à Arras », détaille Hervé Caux. Une sorte de village prototype constitué de logements plain-pied et permettant de recevoir des proches. Pas gaulois pour autant cet îlot ! « Il doit rester ouvert sur l’extérieur, avec une connexion adaptée aux services extérieurs » et relié par un projet social. « Notre réflexion se porte dorénavant sur le lien social et l’engagement des habitants ». Développement d’activités, animateur dédié, mise en place d’une application, à l’îlot Bon Secours, le challenge du bailleur est de proposer un panel d’outils pour qu’in fine, les habitants deviennent force de propositions. Mais l’enjeu est de taille : « Pour les personnes âgées, contribuer à un collectif et poursuivre une vie sociale à la retraite, c’est aller vers un mieux vivre et leur donner une raison d’espérer ».

Bien que les Hauts-de-France restent une des régions les plus jeunes de France, le nombre de personnes âgées de plus de 80 ans est en forte augmentation. (41 998 habitants en 2009 et 71 167 habitants en 2012 – Chiffres INSEE). Sur la période 2005 – 2020, l’INSEE prévoit en France un doublement de la population âgé de plus de 85 ans ainsi qu’une augmentation des personnes dépendantes.

L'AIDE A DOMICILE

"Elle prend de l’ampleur, dans le sens où, aujourd’hui, on souhaite de plus en plus garder les personnes à domicile jusqu’à la fin de vie. Mais il faut malgré tout relativiser cette hausse prévue. Car si la population vieillit, elle vieillit mieux qu’avant. Et elle n’a pas toujours besoin d’aide à domicile."

Jean-Louis Cauvet, président de l’UNA des 3 Vallées à Pas-en-Artois, est aux premières loges de ce paradoxe : alors que la demande d’aide à domicile est forte, les associations comme la sienne peinent à recruter du personnel

Jean-Louis Cauvet, ici lors d’une conférence organisée par l’UNA départementale en 2015. Il tirait alors la sonnette d’alarme sur les difficultés des associations.

– L’aide à domicile est un secteur en pleine croissance et pourtant le personnel manque

« Oui, nous sommes très demandeurs, mais on ne trouve pas le personnel dont on a besoin. Ou alors il reste peu de temps dans notre structure. Quelques fois, on signe un contrat le matin et l’aide à domicile nous appelle le soir pour nous dire « J’arrête, je n’en peux plus »… Pour nous, c’est vraiment un problème au moment des départs en retraite ou des périodes de congés. C’est là que ça coince. Et nous ne sommes pas un cas isolé. L’ensemble des associations d’aide à domicile souffrent. »

– Pourquoi ces difficultés ?

« C’est un métier difficile. L’aide à domicile est toujours sur la route, surtout dans un milieu rural comme le nôtre et il s’agit de contrats partiels, forcément précaires. Nous, on souffre aussi de ces distances financièrement, car on paie des indemnités kilométriques ainsi que les temps de trajet. Au final, on nous octroie (les institutions locales, NDLR) un tarif horaire qui ne correspond pas à notre coût de revient.

Textes : Rachel Debrincat, Géraldine Csizmadia, Thomas Bourgois, Nicolas André. Photos : Pascal Bonniere et Johan Ben Azzouz. Réalisation : Benjamin Dubrulle

Retrouvez l'intégralité de ce dossier sur la dépendance dans l'Arrageois en cliquant ici

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