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DÉCHET & DÉVELOPPEMENT GBOBÈTÔ, PORTO-NOVO (BÉNIN)

L'association Gbobètô est née des constats dressés par des membres de la diaspora béninoise et des amis du Bénin lors de leurs séjours à Porto-Novo, capitale de la République béninoise. Tout d’abord, celui d’une incroyable richesse naturelle et culturelle, cependant mise en péril par une gestion environnementale et des services urbains défaillants. Ensuite, celui des conditions de vie très précaires d’une large frange de la population, du fait des défaillances précédemment mentionnées, mais aussi de par la faiblesse du tissu économique local, où prédominent les activités de débrouille, peu rémunératrices et dénuées de protection sociale.

Les Gbobètô, (« ramasseurs d’ordures » en goun-gbé, dialecte local majoritaire), incarnent particulièrement cette précarité matérielle et environnementale. Mis au ban de la société car ils vivent littéralement de ce qui est sale, qui empeste et que tous considèrent comme des rebuts, ils sont pourtant des maillons essentiels dans la valorisation des déchets dans la ville : avec leurs modestes moyens et au péril de leur propre santé, ils récupèrent, sur les tas d’immondices, les ordures qui pourraient trouver une seconde vie auprès des artisans et commerçants de Porto-Novo. Alors qu’ils sont les premiers acteurs à construire des ponts entre gestion environnementale et activité économique, ce travail difficile et ingrat leur permet à peine de survivre.

Gbobètô est donc un hommage à tous les exclus de la société, à ceux qui subissent les effets conjugués de la pauvreté et des dégradations environnementales. Elle est également une promesse : celle d’oeuvrer main dans la main à l’amélioration de leur condition.

LE COMPTOIR DU PLASTIQUE

Valorisation des déchets plastiques et appui aux collectrices informelles.

Le Comptoir du Plastique est le projet de valorisation de deux types de plastiques largement présents au sein des ménages béninois : le polyéthylène haute densité (PE) et le polypropylène (PP). Dans ce projet, le but n’est pas de remplacer les acteurs qui procèdent à la collecte des ordures ménagères, mais de leur offrir une voie de valorisation, restée jusqu’à présent relativement informelle.

Dans un contexte de réforme de la collecte des déchets au niveau national, Gbobètô accompagne les collectrices informelles qui se sont vues interdir l’accès aux dépotoirs dans lesquels elles travaillent. Des échanges menés entre Gbobètô et la Société de Gestion des Déchets et de la Salubrité (SGDS) ont récemment mené à un accord formalisé qui devrait permettre aux collectrices de retrouver une place à part entière au sein de cet écosystème. Pour les 100 bénéficiaires identifiées, Gbobètô s’est donné pour objectif d’améliorer leurs conditions de travail et de vie à travers plusieurs initiatives : leur racheter le plastique collecté à un prix juste (1), leur fournir des équipements de travail afin de préserver leur santé (2), développer une série d’interventions sociales à leur attention (formation, éducation financière, mise en place d’une fonds d’épargne pour les risques, ...) (3). Après que le plastique ait été racheté aux collectrices, il est acheminé jusqu’au site de Gbobètô, où il est trié et broyé, afin d’en faire des paillettes. Celles-ci seront revendues à l’industrie continentale, ce qui permettra une réduction de la part de plastique vierge employée dans les processus industriels.

Le projet a donc pour objectif général d’accompagner les acteurs officiels et informels dans une meilleure mise en pratique du tri sélectif, d’augmenter les taux de récupération des déchets plastiques issus des ordures ménagères, d’améliorer les conditions de travail des collecteurs informels et d’impulser une économie circulaire autour du déchet plastique.

Au sein d’un même foyer, plusieurs femmes travaillent en tant que collectrices informelles. Elles se rassemblent dans la cour pour débarrasser les déchets plastiques ramassés de leurs étiquettes afin de pouvoir les revendre.

Guéroné et Ghislain, ouvriers polyvalents, trient les déchets récupérés par une collectrice informelle afin de les lui racheter et de les traiter sur le site de l’association.

Léa, ouvrière polyvalente, trie les déchets plastiques ramenés sur le site. Après avoir ôté les étiquettes restantes, elle trie les contenants par type (PE ou PP) ainsi que par couleur. Ces derniers sont ensuite regroupés au sein de grandes moustiquaires avant d’être broyés en paillettes.

Les plastiques sont triés par type et par couleur avant d’être entreposés dans de grandes moustiquaires.

De larges moustiquaires peuvent renfermer en moyenne 60 kg de plastique recyclé, qui est ensuite broyé sous forme de paillettes.

PROJET ENERGIE VERTE

Fabrication de briquettes de combustible écologique à partir de déchets organiques.

Le projet énergie verte, aussi couramment appelé « projet briquettes », permet à Gbobètô de collecter des résidus et déchets organiques auprès de professionnels et de groupements agricoles de la région de Porto-Novo, afin de les transformer en briquettes de combustible écologique. Raffles de maïs, tiges, coques de noix ou encore papier sont autant d’exemples de composants qui participent à fabriquer ces briquettes.Les résidus sont rachetés par Gbobètô, et amenés sur leur site de production afin d’être broyés, puis mixés avec de l’eau selon un dosage spécifique. Ce mélange alimente une presse manuelle, dont ressortent les briquettes de combustible écologique.

Le projet a pour objectif général de proposer une alternative saine, écologique et abordable au charbon de bois, de valoriser des déchets et résidus organiques inexploités, et de créer des emplois verts directs et indirects à chaque étape de la chaîne de valeur.

La presse manuelle nous sert à produire les briquettes de combustible écologique. Elles sont fabriquées à partir d'un mélange spécifique de matières organiques que nous récupérons auprès de divers acteurs, notamment des groupements agricoles, puis que nous broyons.

- Naomi Fagla Medegan, fondatrice de l'association Gbobètô.

Le dosage des différentes matières premières est actuellement en phase de recherche et développement grâce aux partenariats volontaires noués avec 200 ménages bénéficiaires très précaires. Ces ménages sont invités à venir cuisiner tour à tour. Sont utilisés à la fois les briquettes et le foyer amélioré développé par l ‘association, qui, grâce à un système d’aspiration d’air, permet de décupler le pouvoir calorifique du combustible utilisé. De cela découle une réduction notable des besoins en énergie pour la préparation des repas, ainsi qu’une économie non négligeable pour les ménages.

Bassines permettant de mélanger les matières organiques recyclées après qu’elles aient été broyées. La mixture finale, faite à partir de broyat de et d’eau, sera pressée afin de donner naissance aux briquettes de combustible écologique.

Angèle, gestionnaire de production, pèse les matières premières après qu’elles aient été broyées, selon la recette de fabrication des briquettes de combustible écologique.

Je suis chargée de remplir ces deux grands sacs de chutes de papier récupérées auprès de l’imprimerie nationale. Ces sacs seront collectés par un autre membre de l’équipe et convoyés par tricycle jusqu’au site de production de l’association. Le papier fait partie des composants organiques qui entrent dans la fabrication des briquettes.

- Angèle, gestionnaire de production.

Fabrication de papier mâché, l’un des composants des briquettes de combustible écologique. Il sera mélangé aux autres matières avant que le tout ne soit pressé.

Briquettes « test » de combustible écologique séchant à l’air.

Malco, ingénieur auprès de l’association Gbobètô, effectue des tests de combustion avec les briquettes de combustible écologique. L’objectif est de trouver le meilleur rapport possible entre l’efficacité et la durée de combustion d’une part, et le prix des matières employées d’autre part. L’objectif est de proposer aux ménages locaux une alternative écologique et abordable au charbon de bois, largement utilisé en cuisine bien que hautement toxique.

Briquettes de combustible écologique en phase de séchage.

Plat de « riz au gras » préparé sur site par l’une des 200 bénéficiaires précaires du projet énergie verte. Les ingrédients nécessaires à la préparation du repas ont été achetés par l’association. Le but est d’obtenir les réactions à chaud de la bénéficiaire chargée du repas, tant sur la qualité des briquettes que sur le foyer amélioré. La recette est en phase de recherche et développement, et a déjà évolué plusieurs fois grâce à ce processus de partenariat volontaire.

OPÉRATION 2-EN-1

Sensibilisation des écoliers au tri et au recyclage des déchets plastiques.

L’opération 2-en-1constitue le volet sensibilisation et enfance du Comptoir du Plastique. A travers ce projet, Gbobètô met en place un système de sensibilisation au tri sélectif pour les écoliers en leur donnant l’opportunité de rapporter les déchets plastiques de leurs foyers à l’école. Par la suite, l’association convertit ces déchets plastiques en subvention en fonction de leur poids. Cela permet à Gbobètô d’améliorer de façon concrète les conditions d’enseignement dans ces écoles, via le financement de projets socio-éducatifs.

L’objectif général est de changer les mentalités des plus jeunes sur la pollution plastique, d’impulser le tri sélectif au sein des écoles primaires publiques, et enfin soutenir des projets socio-éducatifs par la conversion des plastiques récupérés en subvention.

Created By
Paola Chapdelaine
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Credits:

Paola Chapdelaine