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Des vers de terre déguisés en humains Rixensart

Un webdocumentaire de Camille Naomé

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Se promener dans la Commune de Rixensart, c’est découvrir des lieux que la nature garde cachés, des terrains que les habitants ont transformés pour embellir le paysage, pour cultiver leurs propres aliments ou pour partager des moments en commun.

Détour par quelques-uns de ces lieux, en commençant par le potager du sentier de Trelon.

Le potager du sentier de Trelon, ce sont deux hectares de terres cachés au sud de Rixensart. Là, plus de 100 variétés de fruits et légumes sont cultivés à destination majoritairement du restaurant de l’ASBL de la ferme de Froidmont Insertion, mais aussi aux paniers bio et au marché couvert qui se tient tous les mercredis après-midi à la ferme.

TOM ET LE MARAÎCHAGE SUR SOL VIVANT

Le garant de ce projet est Tom Paris, jeune homme de 26 ans, il est chef de culture en maraîchage bio. Son rôle au sein de l’ASBL est de former des demandeurs d’emplois au maraîchage. Une formation qui dure douze mois et durant laquelle les apprentis apprennent tous les trucs et astuces de leur futur métier.

Tom est presque toujours accroupi, les mains au plus proches du sol, ou bien à donner des explications aux personnes qui l'entourent.

Originaire de Louvain-la-Neuve, Tom a entamé des études d'ingénieur civil pendant deux ans, avant de se lancer en bio-ingénieur à l'Ulg à Gembloux. Malgré la réussite de ses premières années et le fait que ses parents refusent de lui payer d'autres formations que celles de types universitaires, il se tourne vers la Haute Ecole de la Province de Liège. Son diplôme d'agronomie (à finalité environnement) en poche, il se tourne vers une spécialisation en agriculture biologique à la HEPN (Namur). Quelques années plus tard, après avoir créé une coopérative appelée " Les Pulpivores " il rejoint le projet de la Ferme de Froidmont Insertion.

La pédagogie active comme méthode

La transmission de la connaissance se fait via le principe du compagnonnage. Un système en trois phases : la première écoute, l'interprétation et la restitution. Chaque acteur peut ensuite à son tour transmettre ses apprentissages aux autres, dans une dynamique de groupe enrichissante.

La formation se donne cinq jours par semaine, tandis que le mercredi après-midi est consacré à la tenue du marché qui propose l'ensemble des légumes récoltés par l'équipe.
" Le maraîchage sur sol vivant c’est une évolution du milieu sur le long terme. C’est un défi agronomique qui allie le social, l'inclusif et la pédagogie active. L’humain est au cœur du projet. "

L'objectif d'un maraîcher est, à terme, d'augmenter la qualité des produits tout en diminuant son temps de travail. Pour Tom et ses apprentis, le maraîchage sur sol vivant a donc pour but de créer un environnement qui travaille à leur place, basé simplement sur l'écoute de la nature. En Belgique, les saisons se font capricieuses et cela demande plus d'organisation.

" L’organisation, c’est la clé de la réussite et elle est basée sur une bonne observation. "

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Les citoyens conquièrent le sol

Sur ces deux hectares de potager, seule la moitié est destinée aux cultures de l'ASBL. L'autre moitié de la surface, elle, est destinée aux particuliers désireux de jardiner et de planter fruits, légumes ou aromates en tous genres.

En tout, 46 habitants possèdent une parcelle de 25 mètres carrés chacun, destinée à leur propre consommation. La location de cet espace est de 50€ et couvre les mois d'avril jusqu'octobre. Les bénéficiaires peuvent s'y rendre à tous moments. Certains samedis, des rencontres sont organisées afin qu'ils puissent poser toutes leurs questions à Tom, qui se fait toujours un plaisir de leur répondre, de leur donner ses meilleurs conseils, et de discuter autour d'un bol de soupe offert par la Ferme.

Tom explique que pour obtenir des poireaux assez grands, il faut recouvrir leur fût de temps en temps, afin qu'ils continuent de grandir sous terre.
Ces nouvelles participantes ont entamé la remise en état de leur parcelle, et y ont découvert de nombreux plants de framboisiers qu'elles pourront replanter en fin d'après-midi.

Pour Tom, le gros avantage de ce projet est l'entre-aide qu'il développe entre les différents participants. C'est une véritable dynamique de quartier qui s'instaure grâce à ces potagers, même s'ils ne ravissent pas tout le monde.

" Le point négatif du projet, c'est que certains voisins se plaignent par exemple que la grille de l'entrée du potager grince de trop (alors que leur chien aboie à longueur de journée). Ou bien que les légumes de leur jardin ne poussent pas à cause des noyers qui sont ici, soit disant à cause de la juglone que les feuilles de ces arbres rejettent, mais c'est une idée reçue, parce que seuls les noyers noirs ont cette caractéristique, et ici ce n'est pas cette sorte de noyers que nous avons. Les habitants manquent parfois un peu de tolérance, mais dans l'ensemble tout se passe bien. "

" Le deuxième problème que nous rencontrons, c'est le fait que nous sommes dans un pays compliqué par rapport au maraîchage : c'est aux mois de juillet/août que nos récoltes sont les plus abondantes, or les gens sont en vacances, donc c'est à cette période qu'on vend le moins de paniers.

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La Ferme de Froidmont : lieu emblématique de Rixensart

Le bâtiment de la Ferme de Froidmont fut en effet une ferme jusqu’en 1968. Revendue à ce moment-là, l'Ordre des Dominicains vint s'y installer jusqu'en 2008, date à partir de laquelle ils partirent pour Louvain-la-Neuve. Depuis, le bâtiment est occupé par de nombreux nouveaux projets : la bibliothèque publique, l'Eglise Saint-Etienne, le Tilt (centre de création et de créativité pour enfants), et le projet "Ferme de Froidmont Insertion" qui abrite restaurant, logements sociaux, salles d'évènements et chambres d'hôtes. Ce dernier occupe 50% de l'espace de la Ferme.

La volonté de l'association est de placer la formation professionnelle au coeur du projet. En formant des maraîchers, mais aussi des commis de salles et des cuisiniers, l'ASBL a comme objectifs : de réduire le chômage, de donner confiance à ces adultes à la recherche d'un emploi, de leur donner un rôle décisionnaire dans la société.

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D'autres lieux, d'autres cultures ... improvisées

Au travers de son Agenda 21 local, la Commune de Rixensart se donne la possibilité de construire une série de projets autour du développement durable, tant du coté social, qu'économique ou environnemental. Peu à peu, les citoyens ont emboité le pas aux projets et y ont amené leurs envies, leurs idées pour façonner les lieux qui les entourent, les ronds-points, les places publiques, les terrains inoccupés, ...

Le rond-point de fontaine Fonteny

Le rond-point de la rue Fontaine Fonteny, situé dans la localité de Genval est un peu particulier. Il abrite différentes espèces de fruits rouges et est à l'origine du projet initié par la Commune. Le but pour la Ville est d'inciter les citoyens à s'accaparer les espaces verts et à les " verduriser " davantage. Ici, les habitants du quartier n'ont pas hésité à répondre à cet appel de façon positive : ils sont désormais devenus actifs dans la gestion de cet espace.

Le Beau-site, l'espace D'clic, les saveurs à partager et les vignes de Genval

Toujours du coté de Genval, situé Rue des combattants n° 14 se dresse le bâtiment du service social d'aide à la jeunesse : l'espace D'clic. Là aussi, les employés ont proposé cet espace à la Commune pour y installer des bacs de "saveurs à partager". Basés sur le principe des " Incroyables comestibles ", ces bacs sont destinés à créer des espaces de nourriture gratuite, saine, partagée par tout le monde.

A quelques dizaines de mètres de là, le long du mur qui longe le jardin se dressent de jeunes vignes plantées par les citoyens eux-mêmes. Derrière le jardin de la villa du Beau-site, le vignoble prend une place plus importante. Planté en 2011, il a pour but de réunir les citoyens " autour d’un projet fédérateur, placé sous le signe de la convivialité. " De plus, les citoyens, qui le souhaitent peuvent parrainer un pied de vigne. Cela finance le projet (15€ par pied, pour une durée de 10 ans) et leur permet de donner leur nom à ce pied, qui produira du vin par la suite.

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Pierre et la seconde vie du sol des morts

Si certains comme Tom utilisent la terre pour produire et se nourrir localement et biologiquement, d'autres en revanche utilisent cet élément à des fins plus esthétiques que pratiques. C'est le cas de Pierre Lionnet, jardinier de formation, qui s'attèle jours après jours à redonner une vie à ces lieux trop moroses que sont les cimetières.

Il y a 7 ans, après avoir travaillé comme jardinier pour le Plan Vert de Genappe, il obtient un poste de fossoyeur à Rixensart, un travail qui inclus notamment la remise au vert des cinq cimetières de la Commune. C'est après s'être rendu sur les lieux pour voir ses espaces de travail qu'il accepte le poste.

Le cimetière de Rosière a plus l'apparence d'un jardin que d'un cimetière. Ses longues allées bordées de fleurs, d'arbres et d'arbustes en tous genres sont l'oeuvre de Pierre et de son équipe, qui travaillent d'arrache-pied pour rendre ce lieu accueillant et convivial.

Ils ne sont que trois pour gérer les cinq cimetières de la Commune, ce qui comprend les enterrements et l'entretien des lieux. Ils s'occupent prioritairement des enterrements, puis de la tonte, puis du sarclage et du binage (l'entretien et l'embellissement à proprement parlé).

Cet espace devait être entretenu par les propriétaires de cette chapelle. Après plusieurs mois sans aucun entretien, Pierre et son équipe s'y attaquent.
" Nous sommes tributaires des enterrements. "
Avant, cet endroit était recouvert de gravier. Pour rendre cette partie du cimetière plus agréable, il y plante de l'herbe au début du printemps.

Pour des raisons de temps et d'argent, les anciens ouvriers communaux ont remplacé toutes les pelouses par des graviers quelques années plus tôt. À présent, Pierre et son équipe veulent " reverduriser " ces endroits. Leur volonté à terme est de faire un cimetière à l’américaine, dans lequel il n’y aurait plus que les stèles et de l’herbe tout autour.

Quelques semaines après le semage, l'herbe a poussé dans le cimetière de Rosière. Bientôt les graviers seront de l'histoire ancienne.
Pour embellir les cimetières, il arrive que Pierre plante des fleurs qui viennent de son propre jardin. C'est le cas de ces hellébores.

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La fin des PPP (produits phytopharmaceutiques)

Ce désherbeur mécanique permet de retirer les adventices et végétaux nuisibles des allées des cimetières. Cette opération de sarclage doit être réalisée sur chaque mètre carré revêtu de gravier.

Depuis 2014, plusieurs communes du Brabant-Wallon se sont déclarées " Zéro Phyto ". C'est le cas de Rixensart, qui a décidé de prendre les devants en bannissant les pesticides bien avant le 1er Juin 2019 (date à laquelle plus aucun écart ne sera toléré).

" Avant, on pulvérisait purement et simplement. "

Si Pierre reconnait certains avantages à ne plus utiliser de pesticides pour désherber les cimetières, il trouve que la décision s'est prise trop rapidement. "L'interdiction d'utilisation du désherbant aurait dû se faire de manière progressive ici dans la commune. On aurait eu le temps d'aménager les espaces verts plus confortablement. Depuis le changement de législation, l’entretien des cimetières met beaucoup plus de temps, on a donc beaucoup plus de travail or on manque déjà de personnel."

Pour pallier au problème des mauvaises herbes, la commune a entrepris l'achat de plusieurs machines, notamment : un désherbeur thermique à vapeur, un désherbeur mécanique, et un bruleur thermique portatif (à gaz). Même si les alternatives existent, elles ne sont pas aussi efficaces que les désherbants chimiques. Du coup, la Commune de Rixensart s'est donné de nouveaux objectifs en relation avec ces nouvelles législations : faire de son territoire un endroit où pousse l'herbe. Entre les pavés, sur le bord des voiries, les espaces verts laissés en friche, ...

Si la fin du glyphosate et autres substances chimiques ont parfois été un choix, pour d'autres, elle est devenue une obligation. Rixensart donne la voie en matière d'environnement en donnant cette possibilité aux espaces de recouvrir leur état naturel. La Commune inclue le citoyen au coeur de cette optique, de manière à ce que chacun puisse prendre part à cette nouvelle aventure de " reverdurisation " des espaces verts. En tant qu'être humain, nous sommes tous imprégnés de cet attachement originel à la nature, comme le dit Tom, " On n'est jamais que des vers de terre déguisés en humains. "

Created By
Camille Naômé
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