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Gilets jaunes : un samedi de colère et de désolation à Dijon Pour la troisième grande journée d'action des gilets jaunes à Dijon, un millier de personnes se sont rassemblées place de la République pour protester contre la hausse des taxes et la baisse du pouvoir d'achat. Mais, très vite, le défilé n'a rien eu de pacifique...

Le rassemblement

13 heures : les premiers gilets jaunes arrivent place de la République. Près d'une heure plus tard, ils seront plus de 1000 manifestants dans la cité des ducs. Bien loin des 300 de la semaine précédente.

Parmi eux, beaucoup de retraités mais aussi des étudiants et des travailleurs venus marcher contre la hausse des taxes et la baisse du pouvoir d’achat. Mais pas de leader. Alors, avant que le cortège s'élance, les forces de l'ordre viennent échanger avec ces gilets jaunes pour mettre en place un itinéraire. "On n'a pas d'armes, on est juste là pour se promener", lance un gilet aux CRS.

Au terme des discussions, un parcours est acté : le cortège doit emprunter la rue Jean-Jacques-Rousseau pour se rendre place du Théâtre, puis place de la Libération, rue de la Liberté, place Darcy avant de rejoindre la place de la République par le boulevard De Brosses.

Première confrontation

Mais peu avant 14 heures, les gilets jaunes décident de prendre la direction de la rue de la Préfecture malgré les consignes de la police. Un premier barrage de CRS les y attend.

Les manifestants sont en marche, munis de leurs gilets jaunes, tout en scandant : "Macron démission".

Bras en l'air, les manifestants s'arrêtent à quelques centimètres du barrage des CRS.

"Laissez-nous passer !" crie la foule aux gendarmes mobiles. "La police avec nous", peut-on également entendre. En vain.

La foule grossit, s'amasse devant les forces de l'ordre, la tension commence à monter.

Soudain, les premières bombes lacrymogènes sont tirées pour faire reculer la foule des gilets jaunes. Ce qui n'était alors que tensions se transforme en affrontements.

Alors qu'une partie des manifestants commence déjà à se replier, certains répliquent en lançant des œufs, de la peinture mais aussi des pavés en direction des forces de l'ordre. Qui répondent avec de nouveaux jets de grenades lacrymogènes.

Face aux jets de projectiles, les gendarmes mobiles chargent et procèdent à deux interpellations.

Immédiatement, la préfecture communique pour dénoncer les ''casseurs en tête du cortège" et indique que "les perturbations excessives de la vie collective peuvent donner lieu à l'intervention des forces de sécurité pour rétablir l'ordre et la sécurité publique".

Les manifestants se replient alors vers le boulevard de la Trémouille en direction de la place Darcy.

Le défilé tendu en cœur de ville

Alors que le cortège est en route vers la place Darcy, la circulation des trams est interrompue. Plusieurs personnes ont été blessées du côté des manifestants. Dans leurs rangs, certains déplorent la tournure des événements. "On est venu manifester dans le calme, c'est inadmissible de se faire tirer dessus". La Marseillaise est entonnée par les gilets jaunes.

Mais à peine arrivé sur la place et dans le secteur haut de la rue de la Liberté, le cortège fait face à un nouveau barrage de CRS à hauteur des Galeries Lafayette. Les forces de l'ordre sont sifflées et certains manifestants se montrent très véhéments. Des bouteilles et fumigènes sont lancés sous le regard des clients, confinés à l’intérieur des boutiques.

Le cortège repart quelques minutes plus tard vers la place de la Libération. Une partie des manifestants s'arrêtent là. Mais un groupe de plusieurs centaines de personnes repart vers la préfecture avec l'intention d'en découdre.

Scènes de guérilla urbaine rue de la Préfecture

A partir de 15 heures, la manifestation prend une autre tournure. Les gilets jaunes restants (soit environ 500 personnes) sont déterminés à rallier la préfecture.

Le groupe le plus important arrive rue de la Préfecture depuis le boulevard de la Trémouille où les attendent les forces de l'ordre.

Pendant ce temps, d'autres groupes tentent d'accéder au bâtiment depuis les places Notre-Dame et les rues d’Assas et du Champs-de-Mars. Mais là encore, les forces de l'ordre sont en place et ne leur laissent aucune chance.

Des barricades commencent à être installées du côté des gilets jaunes, des poubelles incendiées...

Les barricades mises en place par les manifestants

Alors que la situation s'envenime, les gendarmes mobiles répliquent à l'aide de grenades lacrymogènes et de tirs de flash-ball en rafale. Dans le secteur, une intense odeur de poudre et de gaz poivré domine.

Plusieurs mouvements de foule se suivent dans les rangs des manifestants qui tentent de se protéger les yeux.

La situation perdure. Les manifestants alimentent les incendies avec des poubelles trouvées dans le secteur.

De leur côté, les forces de l'ordre lancent plusieurs charges et maintiennent leurs tirs de flash-ball et grenades lacrymogènes.

Des heurts qui vont faire plusieurs victimes. Selon les gilets jaunes, 17 personnes auraient été blessées par les tirs de flash-ball et des grenades de désencerclement.

De leur côté, les pompiers évoquent une dizaine de blessés. Dont trois gilets jaunes qui ont trouvé refuge au restaurant Le Bœuf blanc. L'établissement a dû être barricadé, les clients enfermés à l'intérieur, et mis sous protection policière pour permettre aux pompiers d'évacuer les victimes.

Des pompiers qui ont dû éteindre les différents incendies cernant la préfecture. "On a frôlé le pire, car des fenêtres commençaient à fondre et le feu aurait pu prendre à l'intérieur de bâtiments", assure la préfecture dans un nouveau communiqué.

Les derniers affrontements

La nuit tombe mais "un groupe de 300 personnes dont 80 casseurs motivés, à la fin", selon la préfecture, vont continuer à semer le désordre jusqu'en début de soirée entre la rue de la Préfecture, la place de la République et l'hôtel de ville.

Dégradations et sapins brûlés place de la République

A quelques mètres des heurts, le marché de Noël se poursuit place de la République où se trouvent notamment la grande roue, la patinoire et une dizaine de chalets. Face à la situation, la ville a cependant annulé l'inauguration officielle.

De leur côté, les derniers manifestants continuent à alimenter leur bûcher à l'aide de sapins et de poubelles, détériorent des panneaux publicitaires. Quant aux forces de l'ordre, elles maintiennent la pression à l'aide de grenade de désencerclement.

Dans le même temps, "des manifestants ont essayé de mettre le feu aux portes de l'hôtel de ville et d'enflammer les grilles de la mairie" annonce la préfecture. François Rebsamen, maire de Dijon, condamne les casseurs qui dénaturent le mouvement des gilets jaunes et sèment le désordre dans les rues de Dijon".

Vers 19h30, les affrontements prennent finalement fin. Les pompiers interviennent alors pour éteindre les derniers incendies.

La désolation

Samedi soir et dimanche matin, le spectacle de désolation domine en centre-ville de Dijon. Bris de verre, mobilier urbain dégradé, voitures retournées ou calcinées, portes de la mairie dégradées...

Au total, les autorités ont procédé à neuf interpellations dans le centre-ville de Dijon. Outre la dizaine de gilets jaunes blessés, dix blessés légers sont également à déplorer du côté des forces de l'ordre. Un triste bilan qui vient éclipser les autres actions des gilets jaunes dans le département en dehors de la cité des ducs, pacifiques cette fois.

Samedi soir rue de la Préfecture

Ce dimanche matin, place de la République

Les traces de l'incendie devant la mairie de Dijon

Une porte incendiée à l'arrière de l'hôtel de ville de Dijon

Des stigmates toujours visibles, rue de la Préfecture

Le restaurant Le Bœuf blanc, où avaient été pris en charge des blessés samedi, est resté fermé ce dimanche.

Texte : Arnaud Manceau avec Alexandra Simard et Anne-Lise Bertin. Photos : Philippe Bruchot, Christian GuilleminotAlexandra Simard et Anne-Lise Bertin

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