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Les barrages de Rochetaillée, une prouesse technologique Les deux barrages de Rochetaillée, celui du Gouffre d'Enfer (le plus proche du village) et celui du Pas du Riot (plus en amont du Furan), constituent aujourd'hui un lieu de promenade prisée. Ils symbolisent également l'alliance presque parfaite entre la main de l'homme et la nature.

Les problématiques de l'eau dans une grande ville nouvelle

Saint-Etienne est alimenté en eau par principalement un cours d'eau : le Furan. Celui-ci prend sa source du côté du Bessat et du Grand Bois et se jette dans la Loire, 36 kilomètres plus loin. Il fournit l'eau domestique aux habitants et celle nécessaire aux activités économiques et c'est ainsi qu'un nombre important de biefs (dérivations du cours d'eau) jalonnent son passage en ville au gré des moulins et ateliers des artisans locaux.

Jusqu'à la Révolution industrielle des années 1830, Saint-Etienne est une ville qui s'agrandit avec un afflux de population certain mais raisonnable et l'alimentation en eau de la ville pour les habitants et les activités économiques est suffisante par le Furan et les fontaines publiques. Mais avec les années, les besoins augmentent, le débit du Furan reste toujours aussi irrégulier et la Ville décide dans un premier temps d'aménager l'aqueduc des fontaines.

L'ingénieur des Ponts et Chaussées Conte-Grandchamp imagine le projet de captage des eaux du Furan au niveau de la République. De là, l'eau est amené par un aqueduc en amont de la ville, puis par les canalisations urbaines dans les fontaines publiques prévues dans chaque quartier. Long de 17 kilomètres, l'aqueduc est aménagé de 1859 à 1863.

Le projet de barrage

Le problème de approvisionnement en eau n'est réglé que partiellement. A cause de l'extension continu de la ville, la question se pose encore et toujours. A cela s'ajoute deux autres préoccupations : la ville vit sous la menace des crues du Furan. Celle de 1849 a fait des dégâts et des morts en ville et les risques sont réels.

Le cours d'eau a un régime torrentiel caractérisé par des crues soudaines et des étiages prononcés. La violence des crues est aggravée par la forte pente entre sa source (1160 mètres d'altitude) et l'entrée en ville (580 mètres d'altitude dans le quartier de la Rivière). De plus, les usiniers ont besoin de plus d'eau, et de manière régulière, pour faire fonctionner leurs ateliers et manufactures.

On commence donc à parler de construire un barrage dans la vallée du Furan. L'Etat prend en charge le projet avec deux ingénieurs des Ponts et Chaussées, Graëff et de Mongolfier. Le principe est de construire un grand mur étanche et solide, qui prend appui sur le rocher à un endroit où le cours d'eau se resserre. Des vannes seront aménagées pour reconstituer la rivière en aval et conserver la faune et la flore.

D'autres barrages existent dans le Pilat, qui constitue « la » réserve d'eau pour le bassin stéphanois. Presque chaque vallée voit ou verra la construction d'un ouvrage : Semène, Cotatay, Gier, Dorlay, Couzon (le plus ancien, de 1812, et édifié pour alimenter le canal de Givors).

Le barrage du Gouffre d'Enfer

Les travaux commencent en 1859, avant même la fin de l'aménagement de l'aqueduc des fontaines. Le barrage du Gouffre d'Enfer est un « barrage poids » : sa propre masse suffit à résister à l'eau. Il est constitué de remblais, de roche, de béton avec une épaisseur très forte à la base qui s'affine en s'élevant. Sa forme est également arquée pour repousser le pression de l'eau sur les extrémités.

Bâti en pierres de granit, il est long de 102 mètres, en compte 53 de haut et comporte une épaisseur de 49 mètres à la base. Près de 600 ouvriers participent à sa construction et un chemin de fer est posé pour apporter les matériaux. Il est salué comme une prouesse technique à l'époque. Après six ans de travaux, il est inauguré en 1866. Le ministre des Travaux publics de l'Empire est présent à la cérémonie.

Une cascade est aménagée juste en aval et constitue le trop plein du barrage. Une promenade plantée d'arbres permet un accès spectaculaire au pied du barrage tandis qu'un escalier sur la rive droite conduit à son sommet. Le site du barrage du Gouffre d'Enfer devient très vite un lieu de promenade fréquenté des Stéphanois et des débits de boissons, et même un dancing s'installent là !

La maison du garde est construite lors des travaux d'aménagement, en 1862. Un personnel est ainsi présent pendant près de 150 ans pour veiller sur l'ouvrage. Des arbres sont plantés pour protéger les eaux de captage. Pour illustrer l'exemplarité du projet, des maquettes de l'ouvrage sont présentées à l'Exposition universelle de Paris en 1867.

Le barrage du Pas du Riot

Assez rapidement, la construction du barrage du Gouffre d'Enfer ne suffit plus à fournir assez d'eau pour la ville. Saint-Etienne grandit toujours et encore. La ville attire les industries et les hommes, elle a soif ! La municipalité décide donc d'aménager un autre barrage, deux kilomètres et demi en amont du premier : celui du Pas du Riot.

Décidés en 1870, les travaux débutent en 1873. L'Etat, peu favorable au projet, ne finance que 10% des travaux, largement financé par la Ville. Le barrage est inauguré en 1878. Sa capacité (1 350 000 m3) double presque celle du Gouffre d'Enfer (1 600 000 m3). Un autre lac apparaît ainsi et une promenade est aménagée autour pour les promeneurs.

Dans les années qui suivent, la municipalité de Saint-Etienne achète systématiquement les terrains autour des sources, des affluents et du cours du Furan pour préserver la qualité de l'eau.

Le barrage du Pas du Riot a fait l'objet de travaux de renforcement de la voûte. C'est l'occasion pour le public d'observer l'ampleur du chantier, nécessaire pour un tel ouvrage. Il fournit une partie de l'eau potable de la ville de Saint-Etienne. L'autre partie de l'eau est prélevée au barrage de Lavalette, en Haute-Loire, construit au début du XXe siècle puis agrandi ensuite. Une conduite forcée de près de 32 kilomètres a été aménagée dans les années 1970 pour améliorer le débit d'eau.

Le barrage du Gouffre d'Enfer, enfin, ne fournit plus d'eau depuis les années 1980. Il est devenu un barrage écréteur de crue et le promeneur l'observe ainsi presque toujours vide. Sauf depuis, et encore pour quelques mois, en raison des travaux sur le barrage du Pas de Riot...

Photos: Archives municipales de Saint-Etienne.

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