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Tommy Recco, le tueur à sang froid Le 23 décembre 1979, il tuait trois caissières lors du braquage du Mammouth de Béziers

Henriette Alcaraz a 95 ans. Depuis ce terrible 23 décembre 1979, elle n’a pas manqué un seul rendez-vous avec sa fille, assassinée par Tommy Recco au Mammouth de Béziers (actuel Auchan). Cela fait 40 ans que, tous les matins à 7 h 30, heure où Josette partait travailler et 13 h, quand elle a été abattue, Henriette monte au cimetière.

"C’est de plus en plus dur, explique la vieille dame, parce que la mort ne respecte pas la logique. J’ai perdu tout le monde ! Tous ceux qui m’étaient chers ! Je ne cherche pas la compassion, ni la pitié. J’aurais tant aimé que la logique de la vie soit respectée. Ce n’est pas la place de Josette au cimetière."

Josette, l'une des caissières tuée.

Si elle ne veut pas de compassion, Henriette mérite assurément le respect. Meurtrie par les aléas de la vie, elle a toujours fait face, même si elle concède que des périodes de l’année sont dures à vivre. "Le soir du réveillon de Noël 1979, là, (Henriette désigne l’emplacement où nous sommes en train de discuter, NDLR), il y avait son cercueil. Elle était partie le matin comme tous les jours et avait téléphoné à 10 h pour nous dire de ne pas l’attendre pour déjeuner. Je ne l’ai plus jamais revue. Ici, son cercueil était fermé.

Henriette Alcaraz décrit une relation fusionnelle avec sa fille Josette. Elle vivait encore chez ses parents, même si elle avait un pied-à-terre à Béziers quand elle finissait tard ses journées de travail. Et à l’étage, la chambre de la jeune fille n’a pas bougé depuis 40 ans. "Je n’y ai jamais touché. Je ne peux pas. Il y a bien trop de souvenirs qui remontent. Vous savez, ce qui manque le plus, ce sont les rires, les fêtes des mères avec les surprises, les Noël. Tout ça a disparu. Il (Recco) m’a volé tout ça. Il me reste les souvenirs de la complicité de mes deux filles."

Henriette avait une relation fusionnelle avec sa fille

Henriette revient sur les épreuves traversées. Sur le comportement de la direction de Mammouth à l’époque. "Cela a été terrible d’entendre dire : Nous n’y sommes pour rien. Elles n’avaient pas à ouvrir la porte. Pour nous, ce n’est pas un accident de travail."

« Il voulait nous rencontrer, nous raconter ce qui était arrivé. Cela nous a toujours été refusé. [...] La justice ne prend pas en compte les victimes »

Henriette évoque Recco : "Il voulait nous rencontrer, nous raconter ce qui était arrivé. Cela nous a toujours été refusé. Alors j’ai écrit. J’ai écrit à tous les gouvernements, aux présidents, aux gardes des sceaux, et il y en a eu ! J’ai eu très peu de réponses, mais toujours négatives. Avec le temps, je vous le dis. La justice ne prend pas en compte les victimes. Nous ne sommes plus rien quand les affaires sont jugées. Lui, on va le voir, on s’occupe de lui, on le soigne. Nous rien, même pas un psy. Chaque fois qu’il fait une demande de remise en liberté, je prends ça comme une provocation. Et je pense à ce que disait mon mari. “Si jamais il sort, il ne va pas respirer longtemps.”

« Je vous maudis »

Tout le procès de Recco, comme l’avaient été les reconstitutions, aura été vécu comme une multitude de véritables provocations. "Le jour de la reconstitution au Mammouth, il a refusé de sortir du camion de police, raconte Henriette Alcaraz. Il dictait depuis le fourgon la scène à des policiers qui s’exécutaient dans la salle des recettes. Pendant ce temps, il nous narguait et riait avec son escorte. Cela avait été insoutenable." Toutes les familles des victimes redoutaient le procès.

Si Recco s’est une nouvelle fois distinguée, c’est la mère de l’accusée qui s’est fait remarquer, le jour du verdict, en hurlant aux parties civiles "Je vous maudis". "Comme son fils, rajoute Henriette, on aurait dit une folle. Elle avait un regard que je n’oublierai jamais." Durant tout son procès, Recco s’est dit innocent des meurtres dont on l’accusait. Sa mère et sa sœur étaient les seules à le croire.

"Je n’ai pas pu me retenir, raconte Henriette et je m’en suis prise à son avocat Me Lombard. Il racontait que son client vivait un enfer. Le pauvre ! Est-ce que j’étais au paradis moi ? Et tous les autres, nous étions heureux de vivre ce qu’il nous avait imposé ? Alors, je lui ai dit qu’il était son complice et qu’il avait été payé avec l’argent de ses crimes. Je n’ai jamais regretté la moindre de ses paroles. Je les assume."

"Honnêtement, j’en veux à Badinter. Recco mérite la mort. Aujourd’hui encore, pour la mémoire de ma fille, je crois que je serais capable de le tuer. Mais je ne sais pas si je serais soulagée. Ça fait quarante ans que je suis révoltée. " Elle montre les photos de ses filles, de son mari. "Ce sont elles qui me calment. Mais personne ne sait ce qu’est la douleur d’une mère. Personne ne sait ce que c’est que de passer Noël juste avec des photos et des bougies."

Henriette tente d’expliquer qu’elle ne vit plus, qu’elle survit. Qu’elle n’a pas de courage, juste de la résignation. Que tout le village est très attentif envers elle. Et elle lance souriante : "Je suis la plus jeune des trois doyennes du village et, tous les jours, je demande à ma famille sur notre tombe. “Mais vous ne voulez pas de moi ?”

L'affaire

Le 23 décembre 1979, à 13 h, une tuerie s’est produite au magasin Mammouth de Béziers. Le braqueur a exécuté trois caissières : Renée Chamayou, 28 ans, Sylvette Maurel, 27 ans et Josette Alcaraz, 27 ans. Le massacre a eu lieu dans la salle de comptage de la recette du magasin. Le butin est de seulement 700 000 francs (106 714 €). Toutes les trois ont été abattues froidement, d’une balle dans la nuque. Selon les photos de l’époque, elles gisent au sol, presque les unes sur les autres. C’est une véritable exécution qui reste sans témoin. Les policiers de Béziers sont dans l’impasse.

Trois semaines plus tard, le 18 janvier 1980, dans le Var, à Carqueiranne, deux hommes et une fillette de onze ans sont abattus de façon similaire aux caissières de Mammouth. Le procureur de Béziers se rapproche de celui en charge de ce nouveau dossier. Après expertise, il est prouvé que les balles qui ont tué les victimes de Carqueiranne ont été tirées par la même arme que celle qui a été utilisée à Béziers. Recco, qui avait été reconnu par la fillette abattue et qui avait eu le temps de prévenir des proches, est inculpé.

Le 6 juin 1983, Tommy Recco va être condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec une peine de sûreté de 18 ans. Il ne cesse, depuis, de faire des demandes de remise en liberté. Elles ont toutes été rejetées jusque-là.

Guy Maurel, le mari de Sylvette Maurel, suit depuis, au jour le jour, toutes les avancées de ce dossier. Il a fait de Recco, le combat de sa vie. "J’ai ruiné ma vie. Je n’ai jamais pu réellement me reconstruire, mais je ne peux pas me résoudre à imaginer que ce type puisse un jour respirer à l’air libre. Je me battrai jusqu’à mon dernier souffle pour qu’il périsse en prison. Pour moi, la perpétuité à un sens. Je l’ai prise, ainsi que ma fille, avec le décès de ma femme. Il n’y a pas de raison que lui y réchappe. Recco doit crever en prison. C’est sa place. Il se moque de nous depuis des années. Ses demandes de remises en liberté ne sont que des provocations perpétuelles. Cela ne fait rien. Je serai devant sa prison chaque fois qu’il fera une demande. Juste pour qu’il sache que je suis là. Il ne m’a pas tué."

Alors qu’un jugement interdisait à Recco de refaire une demande de libération conditionnelle, il en a fait une nouvelle pour raison médicale au mois de juin. Guy Maurel était devant la prison de Borgo.

Les archives de Midi Libre

Textes : Jean-Pierre Amarger. Photos : Archives Midi Libre. Mise en forme : Guilhem Richaud

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