Réalisée du 15 au 21 octobre 2021
Vous pensiez avoir galéré avec les noms allemands ? Bonjour la langue slovène ! Si l'Allemand sépare à intervalle plutôt régulier les consonnes et les voyelles, il n'en est rien pour le slovène. Il n'est pas rare d'avoir des mots ne contenant que des consonnes. Alors si vous voulez demander votre direction à des locaux, une bonne articulation ou quelques gestes ne suffisent plus : sortez votre carte et pointez du doigt votre direction, c'est plus simple et plus rapide !
Et oui, après l'Italie, nous en avons fini avec les querelles linguistiques entre langues germaniques et langues latines. La langue de Shakespeare deviendra votre unique allié le temps de cette traversée de la Slovénie.
Nous sommes d'ailleurs impatients de découvrir ce petit pays. Nous en parlons depuis quasiment le début de notre périple. Tout au long de la Via Alpina, les gens que nous avons croisé nous ont toujours dis du bien concernant la Slovénie, le caractère sauvage de ce territoire étant constamment mis en avant. La Slovénie est d'ailleurs surnommée ''la Suisse des Balkans''. Il nous restait une inconnue cependant : la météo. Après la neige, le froid et le vent du Nord dans les Alpes Carniques et les Alpes Juliennes, nous nous sommes fait un peu de souci sur notre traversée de la Slovénie. D'autant plus qu'en regardant sur internet, la Slovénie est réputée pour son climat humide lors de la période automnale. Le suspense est donc à son comble lors de notre arrivée dans le pays. Mais les prévisions sur les 3 à 5 prochains jours sont relativement clémentes, quel que soit le site météo.
Attention : la Slovénie n'est pas à confondre avec la Slovaquie. Ce sont deux pays européens totalement différents. Cette proximité nominale entraine énormément de confusion notamment en ce qui concerne le courrier. Ainsi, des centaines de kilos de courriers sont mal expédiées chaque année. Les ambassades des deux pays sont obligées de se réunir chaque mois pour échanger le courrier mal adressé.
La Slovénie nous intéresse particulièrement pour un aspect faunistique cette fois-ci. Parce que dans ses montagnes, l'ours rode. Et nous rêvions d'en apercevoir un, de loin bien sûr. Mais je préfère casser le suspense directement. Nous ne verrons aucun ours lors de notre parcours slovène. Bien que présents dans les Alpes slovènes au Nord du pays, la plus forte concentration d'ours se trouve au Sud du pays, notamment sur sa frontière avec la Croatie et dans les forêts de Kočevsko. D'après le dernier recensement effectué par les autorités slovènes, la population de plantigrades serait comprise entre 900 et 1000 individus. C'est très loin des 62 ours comptabilisés en 2020 sur les Pyrénées (françaises et espagnoles). C'est une leçon pour la France puisque la cohabitation entre l'ours et l'Homme, et notamment les bergers, se passe très bien, l'ours étant devenu un symbole de fierté nationale. De même que la cohabitation entre le loup et l'Homme se passe très bien dans les autres pays alpins. C'est un peu honteux pour notre pays de voir des habitants hurler à chaque réintroduction d'ours dans les Pyrénées alors que l'exemple slovène fonctionne. D'ailleurs, les ours réintroduits dans la chaine pyrénéenne viennent de ce pays à l'autre bout des Alpes.
Face aux ours et pour éviter une situation à la ''The Revenant'', le bivouac est tout de même déconseillé (pas interdit !) en Slovénie, Winnie étant attiré par les odeurs de nourriture. De toute façon, au vu du froid nocturne et des différents refuges présents sur notre parcours, nous n'effectuerons qu'une seule nuit sous la tente avant d'atteindre la capitale du pays.
Nous quittons donc la ville de Bovec au petit matin. Les champs de la vallée sont pétrifiés par les gelées matinales et notre respiration émet une bonne dose de condensation, signe d'une certaine fraîcheur en cette première matinée slovène. Fraicheur que nous garderons quelques instants puisque nous n'entamerons la montée au dessus de la vallée de Bovec qu'une fois que nous aurons traversé une des plus belles rivières de Slovénie : la Soča.
Après la contemplation de ces eaux translucides, nous partons à l'assaut des montagnes slovènes. Dans un premier temps, les sentiers sont plutôt bien indiqués puis ça se gâte en direction de Javoršček. Le sentier perd ses signes indicatifs mais reste globalement visible. Une fois dans les alpages en dessous du Krn, notre objectif du jour, nous retrouvons des traces. Nous avons choisi ce sentier car beaucoup plus rapide que l'Alpe Adria Trail qui suit pendant un bon moment la Soča avant de partir vers le Krn. Mais si vous souhaitez avoir des indications tout le long de votre itinéraire, c'est ce dernier sentier qu'il faut emprunter.
Après une sombre forêt nous atteignons les alpages sous les arêtes du Krn. Un petit sentier nous fera partir dans la pente herbeuse grâce à ses dizaines de lacets qui se succèdent jusqu'au niveau de la crête. Le temps est magnifique et la visibilité excellente.
Trieste constitue la terminaison (ou le départ) de la Via Alpina. Si nous voulions atteindre cette ville portuaire, nous aurions dû partir plein Sud et quitter les Alpes Juliennes. Or, nous voulons profiter davantage de la Slovénie, c'est pourquoi nous avons allongé notre traversée du pays sur sa partie Nord avant un plongeon sur sa capitale.
Le Parc National du Triglav est assez grand pour un pays comme la Slovénie puisqu'il représente 4% du territoire slovène. À l'échelle de la France, c'est comme si la Bretagne toute entière constituait une réserve nationale. Nous pénétrons dans ce parc une fois les arêtes du Krn franchies. Le sentier poursuit sur le haut des arêtes avant de descendre sur les plateaux rocheux de l'autre côté. Nous n'effectuerons pas l'ascension des derniers 200m menant au sommet du Krn, la vue semblant similaire à celle que l'on a pu contempler depuis les arêtes.
C'est en t-shirt que nous déjeunerons sur les arêtes à plus de 2000m d'altitude. Nous n'espérions pas tant de la part de la Slovénie.
C'est vers ce lac que nous nous dirigeons. Cependant, le bivouac n'est pas autorisé dans le Parc National du Triglav. Non pas que nous sommes devenus adeptes de cette réglementation sur la fin de notre Via Alpina mais un refuge est présent non loin du lac. À cette saison, les refuges sont pour leur grande majorité fermés. Nous allons donc voir si un local d'hiver est mis à la disposition des randonneurs en quête d'un toit pour la nuit.
Bingo pour le refuge d'hiver ! Le Planinski Dom Pri Krnskih nous laisse un dortoir à notre disposition pour la nuit. Même si l'on se situe à à peine 1400m d'altitude, les températures chutent une fois le soleil passé derrière la crête environnante. Une famille de chevreuils s'est également établie près du refuge.
L'étape suivante nous fera traverser les vastes plateaux du parc national avant de nous amener en son coeur. L'absence d'eau sur une bonne partie du trajet nous a surpris tant l'humidité de la Slovénie semblait évidente. Il a fallu atteindre la vallée des sept lacs pour s'abreuver et manger.
Nous ne côtoierons que 3 des 7 lacs de cette vallée puisque nous quitterons celle-ci en grimpant encore un peu plus haut avec un passage au Hribarice 2358m. La neige sera de retour mais la fonte s'est amorcée et des traces seront présentes sur le sentier. Nous évoluerons donc tranquillement sur ces hauts plateaux.
Notre objectif est d'atteindre le refuge Vodnikov pour bénéficier, peut-être, de son local d'hiver. Encore faut-il qu'il en possède un. Nous sommes surpris de voir qu'en réalité ce refuge est encore ouvert. Nous décidons donc d'y passer la nuit. Il fallait bien que l'on teste les tartines de pain trempées dans du beurre fondu et grillées au petit déjeuner.
Le Refuge Vodnikov Dom na Velem Polju 1817m se situe juste en dessous du Triglav. Il est d'ailleurs sur la route menant au Refuge Dom Planiska pod Triglavorn, passage obligé pour tout ceux qui veulent gravir le point culminant de la Slovénie depuis cette voie d'accès. Ce refuge constitue également la plus haute installation de montagne du pays. Le soir, le Triglav n'est pas visible à cause de la nébulosité. Nous espérons qu'au réveil il se sera décidé à se montrer.
Le Triglav signifie littéralement ''Trois têtes'' du fait de son sommet entouré de deux plus petits. Ces trois têtes sont d'ailleurs utilisées comme symbole sur le drapeau du pays. Cette montagne est l'équivalent du Mont Blanc pour les Français ou du Cervin pour les Suisses. C'est un véritable monument national. Haut de ses 2864m, les foules se pressent à son sommet, notamment lors de la période estivale. Un Slovène nous racontait que le mois d'octobre était la meilleure saison pour gravir le Triglav car il y a moins de monde. Avec la neige, son ascension nécessite cependant des crampons et un piolet.
Ce qui nous attend après ce moment de contemplation, c'est une descente d'une trentaine de kilomètres jusqu'à la ville de Bled. Nous allons quitter les Alpes Juliennes, mais nous ne quitterons pas les Alpes. Le beau temps nous amenant à faire durer le plaisir dans les montagnes slovènes.
Il nous reste encore une vingtaine de kilomètres pour descendre des plateaux et atteindre la ville de Bled. Les conifères se feront petit à petit remplacer par les feuillus. Nous traverserons encore quelques alpages paisibles où les randonneurs locaux et internationaux profitent de leur pause dominicale au frais. C'est d'ailleurs dans l'un des alpages que nous avons été interpellés par un vieil homme sortant de son chalet. Parlant slovène, nous n'avons évidemment strictement rien compris de ce qu'il nous disait jusqu'au moment où il a prononcé le mot ''Schnaps''. Chose que nous n'avons bien entendu pas refusé et tant mieux parce que son schnaps au sapin était un réel plaisir gustatif. Après ce petit remontant, nous continuons notre descente.
Puis nous atteignons les premiers petits villages. Au détour d'un sentier, nous apercevons enfin la petite église flottant sur son lac.
Le temps reste splendide sur la Slovénie. Nous n'en revenons pas d'avoir aussi beau en cette mi-octobre. Depuis Bled nous aurions pu rejoindre la capitale Ljubljana en 2-3 jours par les basses montagnes. Mais nous optons pour la version longue à travers deux massifs des Alpes slovènes : le Massif des Karavanke et les Alpes Kamniques. Ces derniers constitueront le point d'orgue de notre périple alpin avant un gros plongeon jusqu'au centre du pays.
Nous réalisons un gros ravitaillement pour la dernière partie de cette onzième étape. Nous ne voulons pas manquer de nourriture pour la fin de notre aventure. C'est remplis à bloc que nous commençons à traverser la large vallée séparant les Alpes Juliennes du Massif des Karavanke.
Nous avons un lieu pour la nuit en ligne de mire : le Bivak na Belščici situé sur les alpages des Karavanke à 1700m d'altitude. Il n'est composé que de deux couchages et semble un peu rustique mais qu'importe, nous ne sommes plus à ça près.
Le bivak s'est révélé en trop mauvais état pour que nous puissions dormir à l'intérieur. D'autant plus qu'un ou plusieurs rongeurs semblent avoir pris possession des lieux. Nous poserons donc notre bivouac à une dizaine de mètres de ce petit bâtiment. Mais quelque chose nous manque : l'eau. Après réflexion et au vu de la température plutôt agréable, nous décidons de nous servir de la neige : à la fois pour les repas et l'hydratation mais également pour la douche. Nous avions déjà testé ce mode de lavage pendant un trek dans le Parc National des Ecrins. Et bien que ce mode de lavage soit assez pénible avec le froid de la neige et l'aspect râpeux de celle-ci sur la peau, il permet de laver nos corps un minimum afin de ne pas trop salir nos affaires de nuit.
Puis, patiemment, nous attendons que le soleil se couche derrière les sommets slovènes. Nous pouvons même sécher sans nos serviettes, l'air et le soleil suffisent amplement.
À la nuit tombée, une mer de nuages s'est formée à une vitesse éclair recouvrant la Vallée de Bled mais laissant dépasser notre bivouac et les massifs du coin. Les étoiles pétillent au-dessus de la Slovénie.
Au matin, la mer de nuages a disparu. Quelques bancs de nuages élevés se déplacent haut dans le ciel. C'est une autre belle journée qui s'annonce pour la traversée du Massif des Karavanke. Et le lever du soleil nous fera rapidement sortir de la tente, tant les couleurs seront resplendissantes dans le ciel.
Cette traversée du Massif des Karavanke s'avérera plus difficile que prévue. Les plaques de neige ont gelé pendant la nuit au point où s'enfoncer, même un tout petit peu, est impossible. Au contraire, nous glissons. Heureusement, la pente n'est pas abrupte mais cela empêche également de pouvoir taper facilement sur la neige pour y planter nos pieds et avancer plus facilement. Nous mettrons beaucoup plus de temps que prévu, ce qui nous conduira à réduire l'étape du jour.
Après une pénible montée sur la neige gelée, voilà que nous allons effectuer une descente toute aussi pénible mais également dangereuse puisque le dégel s'amorce. Le soleil fait dégringoler des petits bouts de roches et de glace sur le sentier. À la fin de la descente enneigée, les choucas viendront nous réconforter.
Nous poursuivons notre descente pour rejoindre la route du Ljubelj. Ce col situé sur la frontière entre l'Autriche et la Slovénie est un des plus vieux cols aménagés d'Europe. Depuis l'Antiquité ce col est emprunté pour passer d'un coté à un autre de la montagne. Cependant sa modernisation, avec la construction d'un tunnel notamment, se fera lors de la Seconde Guerre mondiale. Ce sont des déportés qui réaliseront l'ouvrage sur ordre de l'armée allemande nazie. Un camp sera même installé dans les environs du col. Une blessure ou une maladie touchant l'un d'entre-eux leur valait la mort par injection de pétrole. Injection effectuée par le médecin du camp. Ce col est aujourd'hui un haut lieu de recueillement pour les Slovènes.
Nous marcherons quelques kilomètres sur la route pour atteindre la ville de Tržič puis le village de Krize où nous avons réservé une nuit dans une chambre d'hôte. Le fond de vallée étant plutôt urbanisé, il était délicat de trouver un coin bivouac. Puis nous sommes sur la fin du voyage donc autant se faire plaisir.
Décidément, le beau temps nous suit en Slovénie. C'est une nouvelle journée magnifique qui nous attend. Les couleurs d'automne alliées à une ambiance de fin d'été embellissent les dernières montagnes que nous gravissons. Une longue journée s'annonce avec plus de 30km de marche et plus de 2500m de dénivelés positifs. Mais c'est pour la bonne cause : le temps doit se dégrader dans la nuit et après vérification, l'unique refuge bénéficiant d'un abri d'hiver se trouve à une trentaine de kilomètres de notre position. Ce sera le dernier gros effort de notre Via Alpina.
Nous traversons le flanc Sud des montagnes et notamment le Storžič 2132m avant de gravir deux petits sommets : le Basel Jski Vrh 1744m et le Mali Grintavec 1813m. De ces deux sommets, la vue est imprenable sur la brume slovène et les Alpes Kamniques.
La descente jusqu'à la Vallée de la Kokra sera un peu périlleuse, le sentier étant peu emprunté et peu visible. Quelques traces de chaussures nous poussent à continuer dans cette direction. Tant bien que mal, nous arrivons jusqu'à la route forestière qui nous conduira jusqu'en vallée.
Après 3km sur la route goudronnée, nous pouvons entamer l'ultime montée vers le Kokrsko Sedlo 1793m, col où se trouve notre refuge. Il est 16h et il nous reste plus de 1100m de dénivelés à avaler avant de pouvoir se poser. C'est à la nuit tombée que nous finirons l'ascension, sans toutefois avoir besoin d'allumer nos frontales.
Le vent se lève et quelques nuages viennent caresser les montagnes du coin. Le temps est en train de changer. Nous arriverons sous les bourrasques et dans le brouillard. Un autre souci s'ajoute lors de cette ascension, c'est l'absence d'eau. Nous avons 2L d'eau pour nos repas et la nuit. L'économie du précieux liquide sera de mise. C'est le premier soir où nous sommes véritablement obligés de nous restreindre en eau. Mais au moins nous sommes au chaud alors que dehors, un vent tempétueux balaye le col.
Nous prions pour que le temps soit clément à notre réveil. Nous avons un dernier objectif avant de descendre vers Ljubljana : passer une nuit dans le Bivak Pod Skuto. Un bivouac moderne installé au pied du Skuta où de grandes baies vitrées permettent de contempler les alentours depuis l'intérieur de l'installation. C'était d'ailleurs l'une des raisons majeures du rallongement de l'itinéraire en Slovénie.
Mais le mauvais temps et le manque d'eau auront raison de cette envie. Au matin, le vent souffle toujours aussi fort et la visibilité est toujours aussi faible. De plus, nous n'avons plus aucune goutte d'eau et aucune source n'est indiquée sur nos cartes près du Bivak. Il faut nous résoudre à abandonner cette idée et envisager une descente précoce vers la vallée et les villes slovènes. Nous sommes un peu dégoutés de ne pas pouvoir voir et profiter de ce bivak mais la descente nous ramène à l'essentiel : nous avons tant fait et tant vu de la Slovénie grâce à un temps incroyablement agréable pour cette mi-octobre.
Il nous a fallu tout de même 2h30 de descente pour retrouver de l'eau. Puis nous avons entamé la traversée en fond de vallée jusqu'à Kamnik. Quelques kilomètres avant cette ville, nous sortons définitivement de l'arc alpin, sous les nuages et quelques gouttes.
Depuis cette ville et avec le mauvais temps s'accentuant, nous prenons l'initiative d'atteindre Ljubljana en bus. À la base, nous voulions férocement arriver dans la capitale slovène à pied, pour le symbole. Mais faire les derniers 20km sous la pluie et au bord de la route ne nous enchantait guère. Nous avons donc opté pour la solution de facilité.
Le 21 octobre 2021, vers 13h, le bus franchit les limites de la ville de Ljubljana, c'est la fin de la Grande Vadrouille. Nous avons fini notre Via Alpina !