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Louis de Cazenave : le Poilu qui ne voulait pas les honneurs Décédé il y a dix ans, Louis de Cazenave avait fait le Chemin des Dames. Dernier Poilu de Haute-Loire, il ne voulait ni médailles, ni hommages.

Louis de Cazenave est né le 16 octobre 1897 à Saint-Georges-d’Aurac. En 1916, à 19 ans, il quitte son village natal pour être affecté, en date du 8 janvier, au 22e régiment d’infanterie coloniale, puis au 5e bataillon de tirailleurs sénégalais.

Sur sa fiche d’incorporation, on peut lire qu’il est de bonne condition physique, « visage large, hauteur de front moyenne, cheveux noirs, yeux marrons ».

Même si l’avant-dernier Poilu n’aimait pas évoqué cette période, il se souvenait « qu'on ne nous mettait pas les endroits les plus calmes » .

Le pire sera à venir, quand il rejoindra en décembre de la même année le 22e régime d’artillerie lourde. « Cela n’avait rien de comparable » confessait-i.

En avril 1917, comme bon nombre de soldats, il est envoyé au chemin des Dames. Le général Nivelle, qui remplace le maréchal Joffre à la tête de l’Etat-Major depuis décembre 1916, lance une terrible offensive.

Louis de Cazenave « en est ». A ce sujet, il rappelait ce que disaient les soldats : « Le général Mangin a joui à Jouy avant le chemin des Dames. Ça bagarrait tout le temps. J’ai vu des centaines de tués et moi je n’ai rien eu ».

Les souffrances et les agonies l’avaient profondément marqué : « Les blessés appelaient leurs mères, suppliaient qu’on les achève ». Il ne mâchait pas ses mots concernant l’Etat-Major : « Ils nous ont pris pour des cons ».

Le 18 septembre 1917, il passe au 110 e régime d’artillerie lourde. Dans les tranchées, les soldats n’en peuvent plus. Eux qui étaient partis « la fleur au fusil » pensant que le conflit ne durerait pas. On commence à parler des « crosses en l’air » mais aussi des « fusillés pour l’exemple ».

Comme bon pour bon nombre de ses camarades, La Chanson de Craonne avait un sens pour Louis de Cazenave qui, sur la fin de sa vie, s’en souvenait toujours. C’est aussi pour cela qu’il fraternise avec l’ennemi, « mais quand c’est arrivé aux oreilles de l’Etat-major, il a ordonné une attaque. »

En janvier 1918, Louis de Cazenave est envoyé au 111e régiment d’artillerie lourde. Il y restera trois mois, rejoindra le 1er mars le 412e, et en août il passera au 91e puis au 12e régiment d’artillerie de campagne.

Il sera « mis en congé illimité de démobilisation le 30 septembre 1919 » avec l’accord « d’un certificat de bonne conduite ». Il est classé dans l’affectation spéciale de la compagnie des chemins de fer de campagne, subdivision complémentaire comme employé de la Cie PLM en qualité de facteur à Brioude, en date du 22 mars 1921.

Longtemps anonyme, Louis de Cazenave sera sous les projecteurs après la mort mort de Maurice Floquet, en novembre 2006. Il était devenu le doyen des vétérans de la Première Guerre mondiale et le dernier survivant du Chemin des Dames.

Mais il n’aspirait qu’à une chose: le calme. Il avait refusé la Légion d’honneur, qu’il recevra quand même en 1995, à la demande des anciens combattants. Le matricule 1343 aurait préféré que l’on rende hommage aux morts et pas à lui, lui qui était revenu.

En 2005, il fait d’ailleurs savoir au président Jacques Chirac que, s'il était le Dernier survivant, il ne voudrait pas d’obsèques nationales, il voulait être enterré « parmi les siens, au calme, à Saint-Georges-d’Aurac ».

« Pépé Cazenave », comme l’appelaient affectueusement ses proches, est décédé le 20 janvier 2008 à 110 ans. Chez lui, à Saint-Georges-d’Aurac.

Lui qui disait « la guerre ? Un truc absurde, inutile ! À quoi ça sert de massacrer des gens ? Rien ne peut le justifier, rien ! » a été entendu.

Il repose au cimetière de Saint-Georges-D’Aurac. Deux mois plus tard, le 20 mars 2008, Lazare Ponticelli, le dernier Poilu, mourra à son tour.

Textes: Séverine Fabre. Photos: La Tribune-Le Progrès, Delcampe.

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