quand Villeneuve d'Ascq a la coupe aux lèvres Retour sur la semaine du petit poucet nordiste de la compétition, Villeneuve d'Ascq, club de Division Honneur Régionale, qui tentera d'accéder aux 32es de finale ce samedi contre Reims qui évolue cinq niveaux au dessus en Ligue2.

Les Villeneuvois ont préparé toute la semaine le match de l'année. PHOTOS STEPHANE MORTAGNE

Du foot, des copains, des pizzas et un jour de gloire

SAMEDI (13h45), les amateurs du VAM, le Villeneuve d’Ascq Métropole, affrontent les pros du Stade de Reims à l’occasion du huitième tour de la Coupe de France. Malgré l’écart de cinq divisions, cette bande de copains cultive l’espoir de l’exploit.

Surtout, ne leur dites pas qu’ils vont se faire croquer. Que, sur le papier, ils n’ont quasiment aucune chance de passer. Après tout, il y a deux semaines, les joueurs de Villeneuve d’Ascq ont éliminé nettement et sans bavure Boulogne, devenu depuis leader du National, alors qu’on ne donnait pas cher de leur peau, à ces amateurs qui évoluent en DHR, l’équivalent de la septième division. « Depuis, on n’est pas vraiment redescendus sur terre, on est dans notre bulle, la flamme est allumée », confie le milieu défensif Mathieu Baclet, impatient d’y être.

PHOTO STEPHANE MORTAGNE

Samedi, mille spectateurs garniront les travées de leur stade (voir ci-dessous), flambant neuf, qui, a obtenu de justesse l’aval de la FFF pour accueillir la rencontre. Une première victoire. «Affronter chez nous un club qui fait partie de l’histoire du foot français, c’est tout simplement magique », savoure le coach, Aboubacar Sankharé, meneur d’hommes hors pair, dont la troupe est prête à partir au feu. « Que cela soit en DHR ou contre un club pro, je suis un perfectionniste et mes gars sont à l’écoute, annonce le technicien de 38 ans, qui, dans sa première vie de footballeur, fut champion de France avec Lens, en 1998. Mardi dernier, j’ai passé un gros coup de gueule. J’y suis allé fort, je ne les ai pas ratés, un par un, mais je sais que je peux leur dire leurs quatre vérités. Juste après ils ont fait une super séance, je sais que je peux compter sur eux. »

«Affronter chez nous un club qui fait partie de l'histoire du foot français, c'est tout simplement magique»

Il suffit d’ailleurs de jeter un œil sur l’entraînement pour saisir l’âme de cette équipe. Au bord du terrain, Guillaume Catteau, le capitaine, blessé dimanche dernier et forfait pour samedi après-midi, est là pour accompagner ses potes. Un peu plus loin, Fayçal Nini, le maître à jouer, qui a lui aussi récolté un coup lors du dernier match, effectue tant bien que mal la séance sur une jambe, « je n’ai plus qu’à espérer que cela aille mieux demain, mais, quoiqu’il arrive pour moi, on sera prêts », soupire-t-il, sans se plaindre.

Ainsi vivent ces amoureux du foot, qui n’hésitent pas à avancer leurs heures de rendez-vous avant les matchs pour manger une pizza tous ensemble. Une bande d’amateurs éclairés, avec des joueurs finalement pas si éloignés que ça du niveau pro, à l’image de l’avant-centre, Victor Thélot, passé par le LOSC, ou du gardien de but, Mohamed Benzidane (lire plus loin), qui a évolué plusieurs saisons en D1 algérienne.

Et avec un coach qui a soigneusement préparé le casse du siècle : « A priori, il n’y a pas photo, mais c’est le terrain qui dictera le résultat. Ca se jouera au courage et au caractère. » Réponse samedi, pas au Grand stade, ni au Stadium Lille Métropole, mais au stade Jean-Jacques, l’antre villeunevoise d’amateurs qui croient plus que jamais en leur bonne étoile.

Rendez-vous au stade Jacques... Jean-Jacques

L'adversaire prestigieux du VAM, c'est Reims... A qui il a fallu expliquer où se trouvait le petit stade au nom truculent.

Ah bon, il n’a pas de nom ? Ben si, Jean-Jacques, on vient de vous le dire. Mais ce sont deux prénoms... Certes, et ils forment un nom. C’est une discussion digne du Dîner de cons qui a agité ces derniers jours les coulisses de ce huitième de finale de Coupe de France. Parce que pour beaucoup de clubs de foot pro, un stade à Villeneuve s'appelle soit Pierre-Mauroy, soit Stadium. Mais pas Jean-Jacques.

Or, c’est bien là que le légendaire Stade de Reims est convié ce samedi. Tout comme les nombreux journalistes qui s’intéressent à la rencontre et qui, eux aussi, ont davantage leurs habitudes dans les deux autres grands écrins villeneuvois.

« J’ai appris que le match serait retransmis sur Eurosport 2 », explique Aboubacar Sankharé, l’entraîneur des seniors, dont le téléphone qui sonne sans répit depuis quinze jours frôle le burn-out. « C’est du jamais vu. On nous a appelés de partout dans la région, mais aussi de Paris pour nous féliciter, nous encourager ou encore se renseigner sur nous. » Les médias régionaux et nationaux ont défilé toute la semaine pour venir découvrir cette particularité étonnante dans une ville de 65 000 habitants : en plus d’accueillir le LOSC, Villeneuve-d’Ascq possède pas moins de trois clubs de football amateurs.

Ancien joueur professionnel à Lens et Toulouse, le coach est rompu aux relations avec les médias. Mais dans son sillage, les nombreux bénévoles ont dû s’habituer à cette soudaine lumière. « Même si ça apporte une visibilité énorme à la ville, c’est assez subit, confie Aboubacar. Alors nous répondons avec humilité, en nous appuyant sur nos valeurs pour faire au mieux. Chacun respecte sa fonction et celle des autres. » En ne perdant pas de vue que l’objectif principal est de briller ce samedi, à partir de 13 h 45, sur la pelouse de ce stade qui n’a pas de nom. Enfin deux prénoms. Enfin bon. Rendez-vous au stade Jean-Jacques quoi !

Jean et Jacques

Jean Colvé était le fils du président fondateur du club. Employé de banque, il est décédé en mars 1961, à 24 ans, dans un accident de la route au passage à niveau de la rue de la Station.

Jacques Vaillant était militaire, officier et pilote de l’air. Il a trouvé la mort en décembre 1954, dans un accident d’avion au-dessus de la frontière franco-allemande. Il avait 21 ans.

En guise d’hommage, leurs deux prénoms ont été assemblés pour baptiser le stade du FC Annappes, devenu ensuite OVAM, puis VAM.

Hugo le petit supporter de 12 ans qui va être chargé de mettre l'ambiance dans le stade ce samedi. 
PHOTOS STEPHANE MORTAGNE
«Devenir le meilleur club de la métropole»

Avec deux montées, un maintien et deux grosses performances en Coupe de France ces quatre dernières années, l’équipe d’Aboubacar Sankharé est désormais une locomotive lancée à plein régime. Actuellement leader de son championnat, en division honneur régional, elle nourrit de légitimes ambitions d’aller voir ce qui se passe un peu plus haut.

« Nous ne sommes pas là où nous devrions être, clame l’entraîneur. Pour une commune de 65 000 habitants, Villeneuve-d’Ascq devrait au moins pouvoir présenter une équipe de niveau CFA. J’ai joué à Lens. Là-bas, le stade Bollaert contenait la ville ! » (NDLR, jusqu’en 2013, sa capacité était de 41 229 spectateurs, pour une ville de 36 728 habitants).

Il faut être ambitieux

Le VAM a donc défini sa feuille de route pour les cinq années à venir : grimper les échelons jusqu’en championnat de France amateur et amener toutes ses équipes de jeunes au niveau ligue pour « devenir le club phare de la métropole ».

PHOTO STEPHANE MORTAGNE

Un projet ambitieux quand on sait que Wasquehal et Croix essaient déjà d’occuper le créneau. Et qu’il existe deux autres clubs de foot à Villeneuve-d’Ascq, comptant eux aussi plusieurs centaines de licenciés. Faut-il fédérer pour performer ? L’idée ne date pas d’hier mais les querelles de clocher entre le VAM et l’US Ascq n’ont jamais rendu la moindre idée de fusion possible.

Les choses évolueront peut-être un jour, au fur et à mesure que des pages se tournent dans ces associations. En attendant, du côté d’Annappes, on estime avoir perdu assez de temps. Il faut avancer.

«lE FILS DE ZIDANE», le dernier rempart

Mohamed Benzidane, le gardien du VAM, attend avec impatience ce huitième tour de Coupe de France face aux professionnels de Reims. Il rêve, comme au tour précédent, de briller dans les buts villeneuvois. Et, pourquoi pas, d’exploit.

Coupons court à tout malentendu : le fils de Zinédine Zidane, gardien de but au Real Madrid, se prénomme Luca. Ce qui n’empêche pas Mohamed, le portier algérien du VAM, de se faire surnommer « Zizou » ou « BenZizou » par ses équipiers !

Petite précision au passage : Ben est un mot arabe qui signifie « descendant de… », « fils de… » ! « Depuis des années des gens me demandent si je suis le fils de Zidane, sourit le manutentionnaire de Schenker à Lesquin. « Hélas non», ai-je tendance à leur répondre. Qu’importe, j’ai la chance d’avoir des parents adorables. Ils ont d’ailleurs un point commun avec la famille de Zinedine. Ils sont kabyles et originaires de la même ville : Bejaïa (au nord de l’Algérie, sur la côte méditerranéenne). Cet après-midi, au moment d’entrer sur le terrain, je penserai fort à ma famille, restée au pays.»

Mohamed l’a quittée il y a sept ans pour une femme française. Direction Roubaix puis Wattrelos. Et une multitude de clubs du secteur pour continuer une passion née en Algérie. « J’ai été formé à l’OM Ruisseau, club avec lequel j’ai fini par évoluer en D1. Puis suis je parti au RC Kouba… pour deux nouvelles années à ce niveau. J’avais alors 24 ans et j’ai suivi ma femme en France. J’ai vécu un an sans football le temps de m’acclimater au Nord. J’ai ensuite repris doucement en Excellence (une année à Hem) avant de signer pour Roubaix Hommelet… »

L’an dernier, il sévissait à Hazebrouck et le voilà aujourd’hui titulaire en DHR dans les buts du VAM ! « J’ai compris, dès sa première séance avec nous, qu’il était au-dessus du lot, explique Aboubacar Sankharé, l’entraîneur villeneuvois. Je l’avoue, j’ai gagné au loto en le faisant venir ici. Cela fait quand même deux ans qu’il est élu meilleur gardien de Division Honneur… »

Mohamed Benzidane est conscient de son niveau. Pour autant, il ne recherche pas la gloire. « Ce qui m’importe, c’est d’évoluer dans un club où je me sens bien, dans lequel je peux faire profiter les autres de ma petite expérience. Et j’ai bien fait de signer au VAM cette année ! Un club structuré, un groupe familial et une équipe conduite par un ancien joueur professionnel. »

Tout semble réuni pour que « BenZizou » s’éclate dans les buts villeneuvois. Et consolide les fondations quand la maison VAM se met à trembler. Ce fut par exemple le cas lors du tour précédent face à Boulogne, sur un penalty de Thil stoppé à dix minutes de la fin. « Cet arrêt a été décisif, car je pense qu’on aurait bien souffert à 2-1… J’aime ces face-à-face avec le gardien ! » Voilà les attaquants rémois prévenus !

RETOUR SUR UN PARCOURS EN OR

Entrés dans la compétition au deuxième tour en septembre, les Villeneuvois ont déjà remporté six matchs, dont le dernier, un exploit considérable contre Boulogne, club de National

2e tour - 4 septembre 2016 : SCO Roubaix - Villeneuve d'Ascq (2-3)

3e tour - 11 septembre : Forest FC - Villeneuve d'Ascq (1-5)

4e tour - 25 septembre : Entente Saint-Léonard - Villeneuve d'Ascq (0-5)

5e tour - 9 octobre : Villeneuve d'Ascq - Waziers (2-0)

6e tour - 23 octobre : FC Recques - Villeneuve d'Ascq (0-2)

7e tour - 13 novembre : Villeneuve d'Ascq - Boulogne (2-0)

Textes : Carine Bausière, Sébastien Darnaux et Stéphane Carpentier

Photos et vidéos : Stéphane Mortagne et La Voix du Nord

Réalisation : Sébastien Noé

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Sébastien Noé
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