Co-Formation PRECARITE & SANTE

C'est dans un parc entouré par les montagnes savoyardes, dans le château du Forezan, qu'a lieu ce jeudi 23 et vendredi 24 mars, une rencontre. Une rencontre inhabituelle. Une rencontre exceptionnelle. Une rencontre qui va peut-être permettre de modifier des pratiques professionnelles, des façons d'être ensemble. Une rencontre durant laquelle les mots et les regards s'échangent, se vivent, se croisent, se ressentent.

Brigitte, Nadia, Zoulikha, Béatrice, Lucienne, Nadine et Georges, sont militants du mouvement ATD Quart Monde. Pendant ces deux journées, ils vont se mêler à des professionnels du corps médical et social, les autres participants de la co-formation. Tous vont mettre en commun leurs expériences afin d'apprendre les uns des autres.

Ensemble ils vont ainsi essayer de se comprendre. Parler de ce qui va, de ce qui ne va pas. Comment améliorer les rapports humains et reconstruire la confiance dans les établissements de soins et de préventions ? Comment inclure les plus démunis dans les démarches à suivre? Les impliquer dans les traitements? Changer de regard pour changer les mentalités et les pratiques professionnelles, afin d'améliorer à la fois le système de santé mais aussi la vie quotidienne de nombreuses personnes. Tel est l'objectif ambitieux de cette co-formation. Deux jours de réflexions, de questionnements, de débats, de partages, de pistes à approfondir. Deux jours pour commencer à déconstruire les représentations de chacun et les pratiques de tous.

Formule classique si l'on peut dire, la co-formation démarre avec une présentation par les organisateurs du programme des deux journées. L'association locale Respects 73 et le Centre hospitalier Métropole Savoie ont uni leur force pour que cette rencontre puisse avoir lieu.

Le programme une fois révélé, chaque personne, micro en main se présente. Une première prise de parole qui permet de briser la glace dès les premiers instants.

La trentaine de personnes est ensuite divisée en trois groupes de travail : les militants, le personnel médical, les travailleurs sociaux. Tous les groupes vont utiliser les mêmes méthodes de travail. La réflexion commence avec les deux grands thèmes qui ont réuni les participants : santé et misère. Tour à tour, chacun doit choisir un mot pour dire ce que la misère représente pour lui, ce que la santé représente pour lui.

Une fois le tour de table passé où chaque personne a pu s'expliquer sur le mot qu'il avait choisi, le groupe doit parvenir à se mettre d'accord afin de résumer en une phrase les pensées de tous.

L'exercice paraît facile et pourtant il ne l'est guère. Se limiter à un mot sur des concepts si larges, demande une profonde réflexion. Argumenter sur les raisons de son choix, demande de sortir un peu de soi. Résumer les pensées de tous, trouver un accord sur des thèmes fondamentaux qui provoquent le débat, demande de l'écoute et de l'intelligence.

"Rien n'est gagné quand on est dans la galère"

Habitués à l'exercice qu'ils pratiquent dans d'autres cadres avec les volontaires permanents d'ATD Quart Monde, dans l'ensemble, les militants tombent vite d'accord.

Sur les mêmes principes, de partage, d'écoute et de réflexion commune, l'exercice se fait aussi au moyen du photo langage. Au terme de la matinée, chaque groupe aura réalisé cinq affiches. Puis en séance plénière, une ou deux personnes vont présenter à tous, le fruit du travail de leur groupe.

Nadia ou le sourire dans la voix

La militante récemment débarquée chez ATD Quart Monde, assiste à sa première co-formation. Un peu stressée par les réactions potentielles que ses propos pourraient provoquer chez le personnel médical et social, elle n'hésite pourtant pas à prendre la parole et s'exprimer. Sans agressivité, tout en douceur, même si les propos sont parfois difficiles à entendre, Nadia, le sourire dans la voix, parle juste et fort.

Lucienne ou la sagesse sensible

Lucienne est une militante des premières heures. Au fil du temps, des actions, et de son implication, elle a gagné en aisance. A la fois incisive et diplomate, ici, elle rapporte à l'assemblée les propos tenus dans son groupe de travail.

brigitte ou l'humilité engagée

Brigitte n'aime pas se mettre en avant. Si elle voit l'appareil photo elle se cache. Mais Brigitte est une militante convaincue et engagée qui agit pour les autres au quotidien, notamment au sein d'un CCAS ( centre communal d'action sociale). Au fil de ces deux journées, si Brigitte se fait discrète, elle sait aussi se faire entendre.

Zoulikha ou la soif d'apprendre

Zoulikha assiste à sa deuxième co-formation mais c'est la première fois qu'elle ose réellement prendre la parole devant du monde. Des choses à dire, elle en a. Des questions directes et concrètes, également. Zoulikha est pleine de pudeur, elle fait toujours attention aux autres et quand elle voit quelqu'un d'exclu, elle fait tout pour l'intégrer. Son empathie est palpable, son envie d'apprendre et de partager aussi.

béatrice ou la joyeuse générosité

Comme tous les militants présents, le parcours de vie de Béatrice est loin du long fleuve tranquille. Pourtant c'est avec une énergie et une conviction sans faille qu'elle veut défendre les siens et se battre pour eux. Au cœur de ses préoccupations, le placement des enfants. Un sujet sensible, souvent vécu comme un échec, une violente amputation, un déchirement. Le sujet a beau soulever d'épineuses questions et mettre à mal l'implication des travailleurs sociaux, Béatrice n'hésite pas à en parler et s'interroger :

"Comment fait-on pour sortir de cet engrenage sans fin? Comment fait-on pour qu'il ne nous soit pas imposé? Comment fait-on pour trouver d'autres solutions ? "

"comment fait-on pour ensemble trouver des solutions viables?"

Voilà le gros du travail le deuxième jour. Si la veille, les groupes étaient séparés en trois catégories, travailleurs sociaux, personnel de santé et militants, ce jour là tout le monde travaille en petit groupe mixte. Les animateurs invitent les participants à pousser plus loin la réflexion commencée la veille. Au travers de textes écrits par les militants qui racontent une situation vécue par l'un d'entre eux, on met à plat les problèmes, on interroge le rôle des institutions, leur implication, chacun fait un pas vers l'autre pour commencer si ce n'est à trouver des solutions idéales, au moins à y réfléchir ensemble.

photo de famille

Au terme de ces deux journées intenses, on sent que les esprits ont chauffé et vont continuer à mouliner. Si quelques tensions ont été palpables pendant les débats, il y a aussi eu beaucoup de rire. En conclusion, on entend surtout les retours positifs des participants. Les mentalités et les pratiques ne changeront pas du jour au lendemain, mais cette première approche, ce premier travail de confrontation des valeurs et des regards, cet échange des savoirs, aura permis à tous de mieux se connaître et d'appréhender la réalité sous un angle bien différent.

Rendez-vous le 11 Mai pour la troisième journée de co-formation!

paroles de professionnels

" Même si les grandes instances ne sont pas là, on peut aussi à notre niveau se faire les rapporteurs auprès de nos collègues de ce que l'on a vécu ici pendant deux jours "

" Ces deux jours m'ont bien reboostée, donc un immense merci! C'est une petite flamme qui vient de se raviver en moi, donc vraiment merci "

" Moi je me dis que ce n'est pas juste que cette formation ne soit que pour les professionnels déjà en poste et motivés et que c'est peut-être dans les formations initiales d'assistante sociale, d'infirmières, de médecins ou l'on pourrait peut-être déjà ensemble se former entre professions différentes pour apprendre à se connaître et surtout avec des personnes qui ont des choses à nous apprendre avant d'être formatés dans des moules, parce qu'on sait bien que ce n'est pas tout le monde qui peut casser ces moules, donc il faut travailler en amont "

" Maintenant, j'ai compris qu'il y avait une demande de valorisation, une demande d'écoute, une demande de compréhension, des gens notamment en grande précarité et je n'imaginais pas à quel point il y avait besoin de ça. Je le savais mais je ne voyais pas l'intensité qu'il pouvait y avoir. Ces deux jours renforcent ma volonté de ne pas interpréter les paroles négatives qui peuvent être dirigées vers moi, parce que finalement ce n'est pas contre moi, c'est une colère brute faite d'incompréhension qu'il faut dépasser "

Les militants viennent d'accorder une interview, tout de suite, ils veulent se voir à l'image
LA photo de famille!

crédits photo et texte : Manon Barthélemy

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