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Jessie 2017 – États-Unis. Réalisation : Mike Flanagan. Scénario : Mike Flanagan et Jeff Howard. Avec : Carla Gugino, Bruce Greenwood, Chiara Aurelia, Carel Struycken, Henry Thomas.

« Just uncuff me and we can talk »

Jessie Burlingame est mal à l'aise. Ce week-end avec son mari dans leur maison au bord d'un lac ne l'enchante guère. Pourtant, Gerald a tout préparé pour faire passer à sa femme un moment idyllique. Mais il ne le fait que pour une chose : pour que Jessie accepte enfin de jouer avec lui à un jeu. Un fantasme de Gerald, dans lequel il fait l'amour à une Jessie menottée au lit, qui se débat et appelle au secours. Si au début, Jessie est prête à tenter le coup, elle prend peur et somme Gérald de s'arrêter. Mais celui-ci est victime d'un infarctus avant d'avoir pu la détacher. Seule, dans une maison isolée de tout et ne pouvant quasiment pas se mouvoir, Jessie va devoir trouver un moyen de se libérer avant de mourir de faim et de soif.

Tenter d'adapter le roman Jessie de Stephen King, c'est... audacieux.

D'aucuns auraient dit suicidaire, mais ne cédons pas au pessimisme. Les difficultés, pour porter Jessie à l'écran, sont nombreuses. Dans son roman d'environ 400 pages, Stephen King nous propose un dialogue entre un personnage immobilisé et ses voix intérieures. C'est une plongée dans la psyché fort complexe d'une femme avec ses traumatismes, ses déceptions, ses rancoeurs, mais aussi son instinct de survie. En soi, le livre ne contient que très peu d'action, le personnage étant bloqué dans son lit pendant la quasi-totalité du roman. Autant dire qu'adapter ça en film semblait une entreprise assez casse-gueule. Et pourtant, Mike Flanagan a relevé le défi. Et il s'en est sorti avec les honneurs.

On ne va pas partir sur un comparatif entre le film et le roman. Les amateurs du livre doivent simplement s'attendre à pas mal de changements. Si l'histoire se déroule globalement de la même façon, une myriade de détails ont été modifiés, principalement pour rendre le tout plus digeste à l'écran. On regrettera d'ailleurs une légère perte de subtilité par rapport au propos du livre. Ne vous attendez donc pas à voir une adaptation fidèle à 100 %.

L'appréciation que vous aurez de Jessie dépendra grandement de votre sensibilité à l'aspect psychologique de l'oeuvre. Encore une fois, si l'on s'en tient strictement à l'action, il ne se passe pas grand-chose . Plus de la moitié du film va être consacrée à l'évolution du mental de Jessie, son envie de survivre, ses souvenirs, ses brèches etc... Si, dit comme ça, l'ensemble peut avoir l'air ennuyeux, il n'en est rien. Déjà parce que le fond de l'histoire, riche, propose sans cesse de nouveaux éléments à évaluer. Mais si Jessie marche, c'est surtout grâce au talent dont font preuve deux personnes : Mike Flanagan et Carla Gugino.

Le premier réussit un exploit : un huis-clos extrêmement restreint dans lequel il parvient à éviter toute redondance. En variant ses plans et ses effets, Flanagan nous fait tenir pendant plus d'une heure dans le même décor, avec le même personnage, dans la même situation. La façon d'opposer Jessie et ses voix intérieures, en les matérialisant et en les faisant arpenter la pièce, rythme le long-métrage. On déplorera une petite baisse de régime aux deux-tiers du film, mais elle est compensée par la finale, plus riche en développements.

« You're only made of moonlight ! »

Quant à Carla Gugino, sa prestation, dans le rôle principal, est impressionnante. Elle porte son personnage à travers la déshydratation, le désespoir, la peur, la souffrance... avec beaucoup de conviction. Alors qu'on la croit aux portes de la folie, on se rend compte que son esprit l'aide à s'en sortir. De façon tordue et éprouvante, certes, mais tout de même. On suit avec fascination ses petites épreuves qui deviennent des luttes sans merci, pour boire un peu d'eau, pour attraper un téléphone etc. L'actrice nous emmène avec elle à travers toute une palette d'émotions rendues de façon très crédible. Sa performance est à saluer. Les seconds rôles s'en tirent également très honorablement.

L'anecdote

De nombreuses références au travail de l'écrivain Stephen King émaillent le film. La plus évidente sera par exemple le moment où Gerald surnomme Cujo le chien errant que lui et sa femme croisent sur le route.

De la même façon que le livre peut diviser, même parmi les fans de Stephen King, le film Jessie ne plaira pas à tous. Le manque d'action est la principale plainte de ses détracteurs. Mais si l'on arrive à passer outre, on découvre un film aux thèmes sombres, profonds et riches, mis en scène avec soin et joué avec une conviction qui laisse admiratif.

Adapter Jessie était un vrai défi et les artisans du film peuvent être fiers de la façon dont ils l'ont relevé.

3,5/5

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