Étape 14 L'Inde (express)

Attention, newsletter complètement non objective et totalement subjective.

Après une semaine en Inde, nous voilà déjà dans l'avion pour fuir le pays. Retour sur ces 7 jours de folie dans le pays de Gandhi.

Il faut que l'on vous explique la situation en Inde en ce moment. Quelques jours avant d'arriver, nous apprenions que le gouvernement indien venait de supprimer les billets de 500 et 1000 roupies. Le tout accompagné par la mise sur le marché de billets de 2000 roupies (environ 27€ ou 40$). On a fait quelques recherches mais de l'extérieur la situation n'a rien d'alarmant.

Dans les faits, c'est 85% de la monnaie en circulation qui vient d'être supprimée. Sachant que les indiens n'utilisent pratiquement jamais de cartes de crédit ou cartes de débit (beaucoup n'ont même pas de compte bancaire), c'est assez paralysant pour eux. En plus, ils sont limités dans l'échange de leurs anciens billets à 4500 roupies par jour et ont le droit de retirer seulement 2000 roupies par jour.

Le but du gouvernement est d'enrayer le marché noir, prédominant dans le pays (puisque tout se passe en cash), et aussi d'amorcer le tournant de la démonétisation. Et en pratique, c'est en fait un chaos général. Car c'est seulement deux jours avant la suppression des billets que l'annonce a été faite. Autant dire que la planification n'a pas été des mieux organisées et au final, des files d'attente interminables aux distributeurs, des banques aux rideaux baissés et des policiers à chaque distributeur. Précisons que les billets de 2000 roupies ne suffisent pas à la demande. Il y a donc de nombreuses banques qui n'ont plus de cash du tout.

Bref, on arrive 2 semaines après la mise en place de ces mesures et c'est toujours le chaos.

Tout commence tranquillement. On arrive vers 17h à l'aéroport, il me reste quelques roupies donc on peut se payer un taxi pour se rendre à notre hôtel. Une chance car tous les distributeurs automatiques sont vides et l'on voit même un kiosque de change qui n'a plus d'argent.

La première soirée est en demi teinte, on arrive à retirer notre précieux 2000 roupies de la journée après 40 minutes d'attente. Puis on est contraint de manger au mcdo (seul endroit où l'on est certain qu'ils prennent la carte de crédit).

Premier aperçu du Taj Mahal

On avoue que l'on se pose quelques questions quand à la suite du voyage mais on reste positif.

Le lendemain les galères commencent. Pourtant, on commence très optimiste.

Dans la mosquée du Taj Mahal

On va retirer notre 2000 roupies quotidien puis retour à l'hôtel où l'on rencontre sur le chemin un indien sympa. On parle un peu et il nous indique l'office du tourisme gouvernemental qui pourrait nous aider. Il nous négocie même notre tuctuc.

On se dit que les indiens sont vraiment sympas. Au final, notre impression est de courte durée, car l'endroit où le tuctuc nous amène n'est pas le même que celui montré par le premier indien et d'un coup, comme par enchantement notre chauffeur de tuctuc ne parle plus anglais. Mais bon, toujours plein de bonne volonté, on rentre quand même dans ce bureau (qui brandit fièrement un écriteau comme quoi il fait parti du gouvernement).

À l'intérieur, les gens sont sympas. On leur explique notre programme et ils nous proposent même une petite modification qui a du sens. Cette aide est la bienvenue car réserver des billets de train en Inde n'a rien de simple. Il faut créer son compte en ligne sur le site de la société des trains, mais ces derniers doivent ensuite envoyer un code d'activation par e-mail (pour les étrangers n'ayant pas cellulaire local). Code que j'ai finalement reçu après deux semaines d'attente (on était déjà loin de l'Inde...). Bref, question service à la clientèle et efficacité c'est pas ici qu'il faut chercher.

Retour à l'agence, vient le douloureux moment de l'annonce des tarifs. Comme Clément avait fait pas mal de recherches auparavant, on a une idée des prix des billets de train, et les prix, qu'ils nous annoncent nous paraissent très élevés. Bref, on passe environ une heure dans leur bureau, à discuter de nos différentes options et des prix. Quand on leur dit qu'il nous faut réfléchir avant de payer 340$ chacun, le mec s'énerve (pour une fois, ce n'est pas moi!) et devient très désagréable.

Au final, on ressort du bureau en se disant que cette histoire sentait la grosse arnaque à touristes, très bien ficelée mais arnaque quand même. On est bien content de ne rien avoir payé et on trouve finalement le vrai office du tourisme qui nous confirme que les bureaux gouvernementaux n'ont aucune activité commerciale. La matinée est bien avancée et on est toujours au même point.

Le Taj Mahal

Prochaine étape à une des gares de Delhi, où l'on peut se procurer des billets de train qui font partie des quotas réservés aux touristes (et que l'on ne peut pas réserver en ligne). Au final, on tourne en rond car ils n'acceptent que le cash pour ces fameux billets de train... De la bonne humeur et la bonne volonté du matin, il ne reste pas grand chose.

On parle avec plusieurs voyageurs et les nouvelles ont l'air plutôt encourageantes. Ils ont tous réussi à survivre et nous disent que la situation n'est pas catastrophique.

Après quelques hésitations, on se dit que ce serait dommage de repartir maintenant et qu'il resterait toujours des "et si" si l'on partait maintenant. Précisons aussi que les billets d'avion pour sortir ne sont pas donnés et que nos billets pour le Myanmar sont déjà achetés au départ de Calcutta.

Outre ces menus désagréments qui occupent 90% de nos pensées et de notre temps, il faut vous dépeindre Delhi. Bruyant, puant et grouillant d'activité et de gens. C'est la première fois que l'on porte nos boules Quiès en pleine rue. Les indiens ont une réelle relation fusionnelle avec leur klaxon. Alors oui ce n'est pas la première fois que l'on rencontre des gens qui adorent le klaxon, mais là on atteint des paroxysmes d'utilisation du klaxon. Des scènes carrément ridicules où toutes les voitures et scooters... sont à l'arrêt et bloqués mais l'utilisation du klaxon semble primordiale et pour eux la seule façon de résoudre la situation. On a vraiment l'impression d'assister à des scènes complètement folles où les gens ne réfléchissent pas du tout et n'ont pas une once de jugeote.

Une des quatre façades identiques du Taj Mahal

Notons aussi leur capacité à me scruter comme un morceau de viande. Je suis scannée des pieds à la tête avec des regards plus que dégueu. Je ne suis pas à l'aise du tout et ça a vraiment tendance à me courir sur le haricot.

Le fort de Delhi

Au travers du chaos, on arrive quand même à aller au fort de Delhi (Red Fort). On s'y rend dans le luxe avec un taxi Uber qui nous dépose devant l'entrée principale. Il faut d'abord insister lourdement à l'entrée pour qu'ils prennent notre billet de 2000 roupies. C'est quand même un comble, on ne peut retirer que des billets de 2000 roupies que personne ne veut...

Bref, on y parvient quand même. À l'intérieur, c'est plutôt calme, les bruits de la ville sont plus discrets et on se sent beaucoup moins scruté. Le lieu est imposant et il faut dire qu'on a de la chance car la pollution est moins forte ce jour là et du coup l'horizon nous paraît presque dégagé. Mais encore une fois, il ne faut pas y regarder de trop près: les poubelles sont pleines et apparement invisibles pour beaucoup de monde qui jettent leurs papiers partout par terre.

Photo: devant le fort de Delhi

Mais comme toutes les (presque) bonnes choses ont toujours une fin, on ressort affronter la ville. Mise en place des boules Quiès, et nous voilà de retour dans le chaos. On se trouve un petit resto/fast-food indien. C'est la première fois que l'on mange indien depuis notre arrivée. C'est bon quoiqu'un peu épicé et on galère à comprendre le fonctionnement du lieu, mais on se substante quand même.

Le lendemain, on part pour Agra, la ville du Taj Mahal. On prend le train et on est agréablement surpris. On part à l'heure et le service est au top. On a un petit dej de roi avec un plateau repas, des toasts... On arrive à Agra 1h50 plus tard, la peau du ventre bien tendue.

Arrivée super facile car quelqu'un de l'hôtel vient nous chercher en tuctuc. Précisons que pendant le trajet le chauffeur ne s'adresse qu'à Clément sauf à un moment où il me montre une chèvre (je dois vraiment avoir une tête de demeurée qui ne connaît vraiment rien!) Mais bon je fais/j'essaye de faire abstraction.

Faisons court, l'hôtel n'est pas terrible et on découvre qu'il est infesté de souris, elles nous ont gentiment subtilisé nos céréales et un paquet de gâteau. Mais bon, on s'aperçoit que notre niveau de tolérance est sacrément bon car on n'est même pas choqué!

Du toit terrasse de l'hôtel on voit le Taj Mahal mais on patiente, on ira le lendemain au lever du soleil.

Comme il est encore tôt, on part explorer la ville qui nous paraît moins bruyante et moins sale que Delhi. On cherche en même temps un guichet pour retirer nos 2000 roupies quotidiennes.

On décide de se rendre au fort d'Agra qui ressemble à celui de Delhi. Grosse déception devant la porte, l'entrée est au dessus du budget que l'on a. Puisqu'encore une fois, ils n'acceptent que le cash et on doit faire attention à nos maigres réserves.

On rebrousse chemin et on se met à chercher sérieusement un distributeur.

Coupons court à cette marche sans fin au travers, cette fois, de bidonvilles et ruelles plutôt très crasseuses, qui ne nous mène de toute façon à rien. 4h de recherches et une douzaine de distributeurs plus tard, on a toujours 0 roupie in the pocket.

Pour se remonter un peu le moral, on prend un tuctuc direction un centre commercial de la ville. Après des frites mcdo, on rentre dans le mall, on est arrêté net dans notre élan de désir de modernité, c'est un lieu abandonné, pas un seul magasin qui vive à l'horizon.

La mosquée du Taj Mahal

Retour à l'hôtel, où l'on est plus que dépité. Clairement, les faits ne vont pas en s'arrangeant et la presse indienne ne prévoit pas une amélioration de la situation. Le premier du mois arrivant, les gens vont devoir payer leur loyer donc les banques prévoient un pic d'affluence. En plus on lit des récits de voyageurs bloqués dans des villages au Rajasthan, notamment Pushkar où l'on a prévu d'aller. Et ces personnes n'ont plus d'argent car impossible de trouver des distributeurs avec de l'argent et impossible de payer par carte de crédit. Ils sont obligés de faire la manche pour pouvoir se payer le retour en train jusqu'à Delhi!

Au final, on décide d'arrêter les frais et partir de l'Inde qui, à l'évidence, ne veut pas de nous.

On visite tout de même le Taj Mahal, une des 7 nouvelles merveilles du monde. On y est avant l'ouverture et on n'est pas déçu de s'être levé aux aurores. Quand on accède finalement au site, la lumière est très belle et les touristes pas encore trop nombreux.

Photo: aux premières heures du jour, devant le Taj Mahal

On passe plusieurs heures sur place et on visite les moindres recoins. On trouve même une suite logique au voyage car le Taj Mahal a des petits airs de mosquées ouzbeks et de palais des mille et une nuits. C'est sous la dynastie des Mughals que l'édifice a été construit et on apprend pendant la visite que ce sont en fait les descendants de notre cher Amir Timur, empereur des ouzbeks.

Détails de la mosquée avec le style Ouzbek

Maintenant que nos billets pour sortir de l'Inde sont achetés, on erre dans les rues d'Agra en attendant le départ, incapables de visiter les nombreux monuments acceptant seulement le cash. Nos pas nous amènent pour un goûter à un hôtel Radisson, les gens sont gentils, c'est propre, il y a une petite musique d'ambiance. Le luxe, c'est incroyablement reposant. N'ayant presque plus de cash, les grands hôtels internationaux deviennent notre solution de repli car ils acceptent la carte de crédit.

La porte d'entrée du Taj Mahal

Nous voilà de retour dans le train pour Delhi puis un avion pour Bangkok. Bon vous l'aurez compris, l'Inde n'a pas été une partie de plaisir et je dois avouer que je suis vraiment ravie de quitter ce pays. Mon petit village de Rishikesh ce n'était pas l'Inde et je ne suis pas encore prête à affronter l'autre facette du pays. On s'en va avec l'impression que l'Inde a pris toute notre énergie et que finalement on n'étais pas prêt à affronter ce pays.

PS1: pas beaucoup de photos, ce n'est pas trop notre genre de prendre des photos de personnes qui vivent dans une extrême pauvreté.

PS2: non je ne suis pas objective et j'ai encore beaucoup d'autres anecdotes à vous raconter. C'était vraiment le pays le plus dépaysant et difficile à comprendre pour nous. Comme quoi, on a encore des progrès à faire.

PS3: encore une fois, que personne ne se sente visé, ce n'est que mon humble et tout petit avis.

PS4: Clément a beaucoup de succès avec sa barbe!!

PS5: à bientôt pour de nouvelles aventures en Thaïlande.

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