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Le football pour tromper l'attente Le club de Kerlaz faiT jouer les demandeurs d’asile

Le club de foot finistérien de Kerlaz à quelques kilomètres de Douarnenez continue de faire jouer les demandeurs d’asile qui logeaient au centre d’accueil du village, avant sa fermeture. Une occupation essentielle pour ces jeunes en attente.

Frappe. Juste au-dessus de la lucarne droite. Ajab Kamis a sauté du banc. Il se tape dans les mains de rage : son équipe, la B de Kerlaz, est passée à un cheveu du but. Lui, Karim Barry et Elseir Mohammed ont chaussé les crampons aujourd’hui. Depuis qu’ils sont arrivés au centre d’accueil et d’orientation de Kerlaz, l’été dernier, ils tapent la balle avec les jeunes du coin. Ils sont maintenant logés à Quimper et le club s’organise pour qu’ils soient présents aux matchs, comme aux entraînements. Karim a quitté la Guinée en 2015, Elseir est parti du Soudan en 2014, Ajab a lui aussi voyagé depuis le Soudan. Tous trois se retrouvent ici après des années de périple.

Ils ont suivi peu ou prou la même route, via la Libye, l’Italie et Paris. « C’était très difficile », explique Karim. Il est le seul à parler couramment français, mais n’en est pas plus à l’aise pour mettre des mots sur son histoire. Il ne racontera pas pourquoi il est parti : face à la question, son visage traduit l’inutilité d’insister. Silence. « Sur la route j’ai vu des choses que je ne m’attendais jamais à voir, ou vivre. J’ai vu une fille se faire violer devant moi et je n’ai rien pu faire. » Il a connu la prison en Libye, le canot pneumatique surchargé pour traverser la Méditerranée. Elseir et Ajab ont tous deux fui la même chose : les Janjawids. Ces milices arabes tolérées, voire soutenues, par le gouvernement soudanais, perpétuent, depuis le début des années 2000, de nombreux massacres. Elseir affirme que les Janjawids visaient particulièrement les Noirs.

La bonne ambiance des vestiaires

Ajab, 23 ans, parle peu anglais ou français mais comprend et mime : une arme, un coup de crosse. Il montre des cicatrices sur ses tibias. Il montre deux dents manquantes sur la partie inférieure de sa mâchoire. Il mime de nouveau. Et puis, il y avait aussi « d’autres problèmes », mais Elseir, qui parle peu français et un anglais moyen, explique : « Je ne peux pas le raconter dans une langue qui n’est pas la mienne. »

Le plus dur maintenant, c’est l’attente.

« Je ne m’attendais pas à tous ces problèmes administratifs. Karim a 20 ans, les épaules larges et l’acné d’un adolescent. On attend. On ne sait pas vers où on va. C’est ce qui est le plus dur pour moi. » Tous vantent l’accueil à Kerlaz, mais ça ne suffit pas toujours. Le foot est alors une échappatoire pour tromper l’attente. Au départ, ils venaient taper la balle entre jeunes du centre. Le club les a remarqués. « On s’est dit : pourquoi ne pas les faire jouer avec nous ? », raconte simplement Louis Diraison, vice-président du club. Il n’a pas été aisé d’obtenir les documents mais Kerlaz Sport a compté jusqu’à 16 licences de demandeurs d’asile. Le club a investi dans de l’équipement pour ces nouveaux joueurs, bienvenus aussi pour assurer deux équipes complètes le week-end. Une partie d’entre eux n’est plus là aujourd’hui. La fermeture du centre en a dispersé certains, d’autres sont partis d’eux-mêmes.

l'avant match à Kerlaz
« Je voudrais rester en Bretagne »
Les consignes de Louis Diraison

Difficile de parler d’avenir pour les trois joueurs. « Quand j’aurai des papiers, je veux travailler. N’importe quel travail », affirme Elseir. L’homme de 31 ans ne veut pas quitter la France. Karim lui affirme vouloir rester en Bretagne s’il le peut.« Je n’ai pas pu terminer mes études en Guinée. Je voudrais les reprendre ici et devenir comptable. »

Karim au centre entouré par ses amis de Kerlaz

Ajab rêve de devenir footballeur. Lui aussi aimerait rester en France mais il a peur d’être renvoyé en Italie à cause d’une loi européenne obligeant les demandeurs d’asile à déposer leur dossier dans le pays par lequel ils sont entrés en Europe. En attendant, ils repartent ce dimanche soir avec un maillot du club floqué à leur prénom, souvenir d’une autre de leurs étapes.

Credits:

Texte Vincent Trouche Photos Ym Quemener

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