Étape 17 Le Cambodge

On arrive à Bangkok en début d'après-midi et on connaît déjà les lieux. Le passage de la douane est un peu long, mais on saute dans un taxi en moins de deux, et il n'y a même pas beaucoup de traffic.

On est au même hôtel que la fois précédente, donc vraiment rien de particulier, on est comme chez nous. On profite de ces deux jours pour se reposer un peu avant le Cambodge, le Myanmar a été intense.

On prend un bus pour passer la frontière avec le Cambodge et arriver à Siem Reap, la ville des temples d'Angkor.

On appréhende un peu le passage de la frontière avec le bus. Il y a quelques histoires assez farfelues sur ce passage de frontière, avec des douaniers qui font beaucoup de zèle. Ils prennent, par exemple, la température des touristes avec des lecteurs à code barres. C'est bien connu, un liseur de code barres peut donner la température de quelqu'un. Il y a aussi des histoires de corruption de douaniers, bref, on ne sait pas trop à quoi s'attendre.

Au final, notre visa coûte à peine plus cher que prévu mais rien de grave et pas de lecteur code barres sur notre front.

Après 8h de bus, on arrive à Siem Reap. On retrouve Betty et Jiri, deux copains tchèques de l'Inde puis du Népal.

En fin d'après midi, c'est le déluge. Première pluie depuis début octobre pour moi et fin octobre pour Clément. On avait presque oublié ce que c'était!

Le soir, réunion au sommet avec Betty et Jiri pour établir un programme de visite. Ils n'ont que deux jours pour visiter Angkor, il faut être efficace.

Photo: en arrière plan, Angkor Wat

Pour la première journée, on décide de louer des vélos (en libre service à notre hôtel!) puis partir pour la petite boucle de visite sur le site d'Angkor qui est assez grande pour être fatigué à la fin de la journée, mais faisable en deux roues.

Sur la petite boucle

Petit rappel historique sur les temples d'Angkor: c'est la capitale de la civilisation Khmer. Elle connaît ses heures de gloire du IX ième au XIV ième siècle. Le plus connu de tous les temples est celui d'Angkor Wat.

Originellement, le site s'étendait sur quelques 3000km carrés et comptait pas moins de 800 000 habitants, ce qui en fait la plus grande ville de l'ère pré-industrielle. Aujourd'hui il ne nous reste que les temples, les villes et villages faits de huttes en bambou ont tous disparu.

Le site d'Angkor abrite des temples hindous avec tous les dieux qui vont avec : Shiva, Brahma, Khrishna et Ganesh, mais également des Bouddhas. En effet, la civilisation Khmer a changé de religion vers le XII ième siècle.

Devant un temple

C'est une ville riche qui décline peu à peu, certains chercheurs avancent la thèse d'une destruction de la cité à cause de désastres environnementaux (déforestations, surpopulation et inondations...). Puis la cité est oubliée, mangée par la jungle, ensevelie sous une végétation dense.

Un temple mangé par la végétation

Il faut attendre le XVI ième siècle, pour qu'un roi cambodgien retombe sur le site d'Angkor, le fasse dégager et y installe sa cour.

Mais c'est seulement au XIX ième siècle que des dessins d'Angkor parviennent aux occidentaux et notamment aux français, déjà présents en Indochine. Les français placent alors le Cambodge sous protectorat et entreprennent de grands travaux de restauration du site jusqu'à ce qu'ils soient chassés du pays par les Khmers Rouges en 1970.

Malheureusement, les temples seront pillés par les Khmers Rouges, les vietnamiens mais aussi les paysans du coin eux même qui utilisent les pierres des temples comme monnaie d'échange. Pour eux, 1kg de pierre équivaut à 1kg d'or, dû au prix des statues khmères sur le marché de l'art ancien. Bref Angkor n'est toujours pas à l'abri des pilleurs, qui même de nos jours continuent de scier les statues en pierre.

On est de nouveau dans l'histoire, mais une histoire totalement différente de la route de la soie. Avec les civilisations Khmers, le royaume de Siam... qui peuplent désormais notre quotidien de visiteur.

Donc nous voilà, avec nos vélos sur la boucle qui passe par plusieurs temples mythiques, comme Angkor Wat, le Bayon ou encore Ta Phrom qui a servi au film de Tomb Raider.

Le temple de Ta Phrom

On arrive assez tard sur le site, vers 14h30 (le resto du midi a mis une heure à apporter nos plats, on n'avait pas prévu que ça serait si long!)

On fait le tour sans se presser car on cherche également un temple où l'on pourrait admirer le coucher de soleil. Au final, ça n'arrivera pas car tous les temples ferment à 17h30 avant le coucher de soleil.

Au final, on est pris par le temps et on ne peut pas s'arrêter sur tous les temples de la petite boucle. Mais nous avons encore deux jours de visite!

Dans Angkor Wat

On finit par arriver sur LE spot du coucher de soleil (touristes en masse!) mais au final, ce n'est pas fantastique et on se dit que c'est un coup marketing. Le coucher de soleil est sympa, mais la jungle est tellement dense, que même en hauteur, on n'aperçoit aucun temple.

Retour en ville après une grosse aprèm sur nos bicycles et c'est assez fatigué que l'on retrouve nos pénates.

Pendant la visite de la grande boucle

Pour les visites du deuxième jour, on choisit un nouveau mode de transport. On prend un tuk tuk, comprendre en fait, une moto avec une espèce de charrette aménagée pour 4 personnes, pratique et confortable. Puis j'aime bien l'idée de ne pas avoir à pédaler, d'autant plus qu'on se lève très tôt car on veut assister au lever de soleil sur Angkor Wat, le plus majesteux des temples, que l'on n'avait pas fait la veille!

On arrive sur le site vers 5h15, et il faut juste suivre le flot ininterrompu de touristes, pour savoir où aller. Si hier après midi, nous étions presque seuls sur les temples, aujourd'hui tous les touristes de la zone se sont donné rendez vous pour le lever de soleil.

On patiente tranquillement pour voir le soleil percer derrière les tours du temple d'Angkor Wat. Une fois, le spectacle terminé, on en profite pour en faire la visite, à la fraîche (si c'est possible, il doit déjà faire un bon 25 degrés avec un taux d'humidité de 90%).

Photo: lever de soleil sur Angkor Wat

Ensuite retour dans notre charrette tuk tuk pour la suite du tour. On fait cette fois la grande boucle d'Angkor et l'on rejoint des temples bien plus éloignés de la ville.

Il y a des touristes mais on s'en sort bien et on peut faire nos visites tranquille.

On finit notre tour vers 12h puis on passe ensuite l'après-midi à chercher une piscine. Gros échec, mais on se console en prenant l'apéro en terasse!

C'est déjà la fin du séjour pour Betty et Jiri. Pour nous il nous reste encore 3 jours à Siem Reap et une journée sur le site d'Angkor.

On s'accorde une petite pause dans les visites des temples pour ne pas être TT: "temple tired" (expression de notre chauffeur de tuk tuk!). Pour éviter cette fatigue des temples, on reste deux jours loin d'eux.

Temple du Bayon

Pour notre dernier jour de visite, on loue un scooter, ce qui nous permet de rejoindre des temples encore plus éloignés. On prend notre déjeuner devant le temple Banteay Samrè, où notre seul compagnon est un chat. Les touristes sont restés sur les sites principaux d'Angkor. Puis on part sur le site de Roluos, ces temples ont précédé la construction d'Angkor et datent du IX ième siècle. Au final, moins bien conservés que leurs voisins, mais la visite vaut quand même le détour. Et le scooter nous permet de visiter la campagne environnante de Siem Reap, car on a l'impression que cette ville n'a rien de traditionnel. Elle ressemble plus à un lieu de villégiature pour occidentaux en vacance: cafés, centres commerciaux et marchés pour touristes.

Devant un temple

Après Siem Reap, on prend un bus pour 6 heures, pas très confortable, pour rejoindre Phnom Penh, la capitale du pays.

Ici c'est une toute autre histoire qui nous attend. Angkor nous a montré le meilleur de la civilisation Khmer, Phnom Penh va nous montrer ce qu'elle a fait de pire avec le régime des Khmers Rouges.

La capitale ressemble pas mal à toutes les capitales d'Asie du Sud Est, pas très bien rangée ni organisée mais on est maintenant comme des poissons dans l'eau dans cet environnement.

On prend nos quartiers dans une maison privée. Les hôtels avaient l'air tellement nuls (ou chers) que l'on a préféré louer une chambre sur AirBnB. On est dans le quartier des expats à deux pas d'un centre commercial. On peut se faire à manger, c'est le grand retour des pâtes à la sauce tomate pendant les quatres jours de notre séjour.

Tuk tuk avec cellulaire!

Le premier jour, on visite le musée du crime génocidaire. Vraiment pas gai comme visite, mais c'est important pour nous de connaître l'histoire de ce pays. Et au final il faut avouer que l'on est assez ignorants sur cette période.

Le musée est sur l'ancien site de la prison S21 qui était avant le régime de Polpot, un lycée.

Prison S21

Petit résumé sur les Khmers Rouges. Leur leader, Polpot (qui signifiant Politique Potentielle, le mec se la pète pas mal quand même!) avec trois autres "copains" partent faire leurs études en France dans les années 1950, où ils découvrent le marxisme.

De retour au pays, ils commencent leur carrière politique dans les campagnes où ils trouvent une oreille bienveillante auprès des paysans qui sont, traditionnellement contre le pouvoir de Phnom Penh. La bande de Polpot se nourrit des théories maoïstes, marxistes et pour Polpot d'Hitler. Que de beaux modèles!

Ils arrivent à prendre le pouvoir en 1975 car les américains, alors en pleine guerre du Vietnam, bombardent le pays pour déloger les vietcongs réfugiés dans les campagnes cambodgiennes, ce qui a pour conséquence de faire fuire les responsables du gouvernement, traumatiser la population cambodgienne et laisser le champ libre aux Khmers Rouges.

Quand ils arrivent au pouvoir, ils sont vus comme les sauveurs du peuple, qui vont stopper les bombardements américains et ramener la paix dans le pays.

Au final, il faudra 48 heures aux Khmers pour mettre en place leur gouvernement et vider la capitale de tous ses habitants.

Ces derniers doivent retourner dans leur village d'origine et travailler dans des fermes collectives, principalement destinées à la culture du riz. Les attentes du régime pour les récoltes poussent les responsables de ces fermes à réduire au maximum les portions de riz destinées aux cambodgiens. Toutes les récoltes doivent être données aux soldats de l'armée des Khmers Rouges en théorie. Dans la pratique, elles seront en fait vendues aux pays voisins. Cette stratégie affame tout simplement la population qui se tue au travail.

L'idée des Khmers, en bons communistes, est de se débarrasser de toute l'élite de la société. La définition d'une élite est prise au sens (très) large. Il suffit de porter des lunettes, avoir des mains soignées, être médecin, avocat ou même parler une langue étrangère pour être considéré comme une élite et donc opposé au regime.

Les écoles sont fermées, et on y installe des prisons à la place (dont S21).

C'est un des pires régimes génocidaires jamais mis en place. Un quart de la population périt en 3 ans de régime.

Même les hauts placés du regime ne sont pas à l'abri, la suspicion de tous envers tous est tellement importante que beaucoup finiront en prison, considérés comme opposés au regime. La roue tourne vite chez les Khmers Rouges!

Ce sont les Vietnamiens qui viendront délivrer le pays en 1978 en les chassant de la capitale et en mettant en place un gouvernement provisoire. Une guérilla s'engage alors vers la frontière Thaï mais seule la population en souffre. Les vietnamiens ne veulent pas coloniser le pays et restent donc dans la capitale comme soutien au nouveau gouvernement.

L'ironie de l'histoire commence après la libération du pays. Comme le Vietnam, dans ce début des années 80, est le pire ennemi des États Unis (fierté mal placée quand tu nous tient...), et comme la communauté internationale se range à l'avis du géant américain, personne ne reconnaît le nouveau gouvernement cambodgien. Ce qui donne des situations absurdes. Les Khmers Rouges gardent leur siège de l'ONU 14 ans après la chute du régime, alors même que les atrocités qu'ils ont commis sont connues par le monde entier.

Pire, Polpot coule des jours tranquilles dans la jungle thaï ou cambodgienne, reconverti en trafficant de bois précieux, avant de mourrir paisiblement en 1998 entouré de sa famille.

Le procès des Khmers Rouges en 2009 (30 ans après les faits...) se résume en fait à un procès de 4 hauts dirigeants du parti, condamnés tout au plus à la prison à perpétuité.

Beaucoup de généraux Khmers Rouges, se sont ralliés au nouveau gouvernement et sont laissés tranquille. Le président / dictateur actuel du pays est un ancien Khmer Rouge.

On est abasourdi par ce que la communauté internationale a laissé faire dans ce pays et on ne peut s'empêcher de faire des parallèles avec la situation actuelle, mais ne polémiquons pas!

Bref on comprend mieux pourquoi et comment le pays tente aujourdhui de se reconstruire. Tous les cambodgiens ont dans leur famille des personnes qui ont souffert ou participé au régime Khmer Rouge.

La population tente toujours de se reconstruire et se pardonner mutuellement cette période extrêmement sombre de leur histoire.

Voilà pour le point histoire, autant dire que la visite de la prison S21 ne se fait pas dans la gaieté.

Le lendemain, on visite également les champs de la mort, un camp de la mort version Khmers Rouges.

Sur une note plus sympathique, on se ballade aussi dans la capitale, où il y a de très nombreux expats français.

Dans les rues de Phnom Penh

La ville a toujours son Palais Royal, qu'on ne visitera pas. Le style nous rappelle celui de la Thailande et niveau palais, temples, pagodes... on a fait le plein pour plusieurs semaines.

Le palais royal

On se ballade le long du Mekong, que l'on aperçoit pour la première fois et qui va nous suivre encore quelques jours dans notre périple, ou peut être que c'est l'inverse, on va suivre le Mekong pour plusieurs centaines de kilomètres.

Sur les rives aménagées à la confluence du Tonlé Sap et du Mékong

On part ensuite vers la frontière terrestre avec le Laos. Il nous faut environ 7h de bus pour rejoindre la frontière. Quelques kilomètres avant la frontière, un mec apparaît dans le bus et propose de s'occuper des formalités douanières pour nous, et d'après lui nous épargner une marche éreintante (d'un kilomètre) et des grandes complexités face aux douaniers. Les touristes pourront patienter dans un resto à côté de la frontière. Peu scrupuleux, ces douaniers qui accordent des visas à des gens qu'ils ne voient même pas....

Il propose ses services pour un petit dollar supplémentaire. L'histoire paraît trop belle pour être vraie et le guide du routard nous a mis en garde sur ces pratiques.

Résultat on refuse ses services et on est les deux seuls touristes à descendre du bus pour aller faire notre visa nous même.

On passe d'abord la douane cambodgienne pour avoir notre tampon de sortie. Le douanier nous demande deux dollars pour mettre le tampon... Corruption, bonjour!

On refuse, un "non" catégorique fait que nos passeports sont relégués au fond de la pile de 4 passeports. Il se retrouve vite avec nos passeports encore une fois en main, et comme il n'y a pas un chat qui passe la frontière à part notre bus, il est bien obligé de mettre ce foutu tampon de sortie. 4 dollars d'économisé, soit deux cafés latte!

On se retrouve dans la prochaine newsletter, pour la suite du passage de la douane au Laos! Suspens, suspens!

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