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Ariane Beaulieu Ma vie en rouge et or

On se plaisait à détester le Rouge et Or quand je jouais pour les Stingers de Concordia en 2010-2011. C’était nos plus grandes rivales depuis des années, on les maudissait, et je peux vous assurer que c’était réciproque. C’était juste comme ça et ça n’a pas vraiment changé depuis. Quand j’ai débuté ma première saison universitaire, en 2010, ça ne s’est pas passé exactement comme je me l’étais imaginée. Je me suis cassée la hanche à mon premier match. J’ai dû me résigner à abandonner ma session universitaire et retourner vivre chez mes parents pendant ma convalescence. Cette année-là, je regardais, de mon salon, mon équipe perdre la finale du Championnat canadien en double overtime. Ça m’a fendu le cœur. Je suis revenue l’année suivante pour une deuxième et ultime saison puisque que j’avais pris la décision de quitter l’université pour retourner faire une technique au Cégep. Je voulais boucler la boucle et goûter à la victoire. Je me rappelle encore mon dernier match. C’était ici, au stade Telus. On jouait en finale contre le Rouge et Or. Résultat? Défaite de 43-27 en finale. J’allais encore rater mes championnats nationaux. J’avais les larmes aux yeux à penser que je jouais ma dernière partie de rugby universitaire à vie. Si j’avais su que sept ans plus tard, sur ce même terrain, j’enfilerais le maillot de l’ennemi. Comme quoi la vie nous réserve bien des surprises…

À l'hôpital, après ma blessure à la hanche.

Je me présente, je m’appelle Ariane Beaulieu, je suis étudiante en enseignement préscolaire et primaire et j’en suis à ma deuxième année avec l’équipe de rugby du rouge et or. J’avais envie de vous livrer, dans ma vie en rouge et or, mes impressions sur mon arrivée à Québec et mes impressions sur ma nouvelle équipe de rugby.

Tout d’abord, je suis déménagée à Québec l’année dernière, en 2017, parce que j’avais besoin de changement dans ma vie. J’étais à un point tournant où je me questionnais beaucoup sur ce dont j’avais envie et mon retour aux études ne s’est décidé qu’en début mai. Mon déménagement était, si je peux dire, assez imprévu. À partir du moment où j’ai reçu ma lettre d’admission de l’Université Laval, tout s’est bousculé très vite. J’ai annoncé à ma famille et mes amis que je quittais Saint-Jean-sur-Richelieu, j’ai sous-loué mon appartement, j’ai fait mes boîtes et quelques semaines plus tard, j’étais déjà partie.

Je m’étais fait des amies et des connaissances dans le réseau du rugby au fil des années, mais à mon arrivée à Québec, ça été le choc. J’ai réalisé, quelques jours avant le début du camp d’entrainement, que toutes les filles que j’avais connues dans les dix dernières années ne jouaient plus au rugby, à l’exception de mes deux amies Anne-Marie et Kathleen, deux vétérantes comme moi.

Ça m’a frappé en plein visage.

La moyenne d’âge de mes nouvelles coéquipières était d’environ 20 ans alors que moi je soufflais mes 27 bougies. C’était une nouvelle génération que j’avais devant moi, beaucoup plus jeune, beaucoup plus rapide, plus athlétique, avec une mentalité différente et un style de jeu beaucoup plus sophistiqué que ce j’avais jamais connu. Entre temps, je revenais de loin, je ne m’entraînais plus depuis longtemps, j’avais pratiquement accroché mes crampons, je pesais 210 lbs et je n’étais vraiment plus en forme. Je dois même vous avouer avoir vomi pendant l’une des pratiques de mon camp d’entraînement. Oui oui, et c’était pas très chic.

Tout ça pour dire que j’ai quand même intégré l’équipe à la fin du camp et que j’ai, par le fait même, ranimé mon vieux rêve de terminer mes années d’éligibilité universitaires. En plus de me réconcilier avec ma première passion, j’ai redécouvert le plaisir de m’entraîner et de me sentir bien dans ma peau. J’ai perdu 55 livres pendant la dernière année et disons le, j'ai fondu comme neige au soleil.

Ma transformation en l'espace d'une année.

En intégrant l’équipe, j’ai fait la rencontre de jeunes femmes ambitieuses et accomplies, toutes aussi attachantes les unes que les autres. J’ai rencontré une équipe travaillante et persévérante, avec une éthique de travail hors norme, et qui n’a qu’un objectif en tête; devenir championne canadienne. L’année dernière, nous avons obtenu le meilleur résultat dans l’histoire de notre club, c’est-à-dire la 2e place. L’équipe ne s’était pas qualifiée pour des championnats nationaux depuis 2012, c’était donc tout un accomplissement en soi.

Un grand merci à notre coach Kinou, ainsi qu’à Andrew et Johnny qui travaillent d’arrache-pied afin de nous permettre d'atteindre notre plein potentiel en tant que joueuses et en tant qu’équipe. Nous sommes présentement à la veille de notre deuxième championnat canadien en deux ans et nous ne nous contenterons pas d’une médaille d’argent cette fois. C’est l’or que nous voulons et rien d’autre. Nous affronterons les Dinos de Calgary demain en Nouvelle-Écosse, où nous sommes arrivées mardi, après un voyage en autobus de 10h. Le moral des troupes est très bon et nous sommes prêtes. C’est demain que les longues heures d’entraînement, que le travail en salle de musculation, et que les réveils à 5h du matin vont payer et prendre tout leur sens.

Finalement, si je ne pouvais avoir qu’un souhait, ce serait que vous, chers lecteurs, ayez une pensée pour nous demain lorsque nous tenterons d’écrire une nouvelle page d’histoire. Et pour tout vous dire, je n’aurais jamais pensé être un jour aussi fière de porter le chandail de « l’ennemi ».

Merci à vous, merci d'avoir lu mon histoire.

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