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Jérémie Lortie Ma vie en Rouge et Or

13 mars 2019

Jérémie Lortie est un bachelier en Art – Sciences de l’animation de l’Université Laval depuis 2013. Il a évolué comme centre au sein de l’équipe masculine de volleyball Rouge et Or entre 2009 et 2013.

Aujourd’hui j’aimerais vous raconter mon histoire. Une histoire pas comme les autres, mais une histoire dont je me compte chanceux de vous raconter. Chanceux parce que j’ai vécu de belles expériences, des moments qu’on se souvient toute une vie. En fait, le moment d’une vie : le Championnat canadien universitaire de volleyball 2013.

Disons que j’ai un parcours assez particulier, un parcours loin d’être « normal ». Le volleyball a été pendant très longtemps ma passion et mon identité. J’ai commencé à y jouer compétitivement à l’âge de 15 ans et j’ai tout récemment raccroché mes genouillères à l’âge de 27 ans ! En 12 ans, j’en ai eu des coéquipiers, j’en ai vu des terrains de volley et j’en ai attaqué des ballons. J’ai connu le bonheur de gagner un championnat canadien u18, un championnat canadien universitaire et une Coupe de France. J’ai la fierté d’avoir porté brièvement les couleurs et le drapeau du Canada. J’ai joué quatre ans professionnellement en France. J’ai côtoyé des entraîneurs et des coéquipiers de toutes les cultures. J’ai vécu des saisons de rêve et je me suis fait des amis partout dans le monde.

Le volleyball m'a fait vivre beaucoup d'émotions, partout à travers le monde!

Maintenant loin du ballon rond, j’ai l’énorme fierté de travailler pour les Panthers de la Floride dans la LNH comme designer. L’art et le design ont toujours été une passion parallèle à ma passion pour le volleyball. À l’université, j’étudiais le design le jour et je jouais au volley le soir. Quand je jouais au niveau professionnel, j’avais ma propre entreprise de design et entre deux entraînements je réalisais quelques contrats pour des équipes sportives en Europe. Un parcours souvent loin de la maison, mais un parcours inspiré de mes rêves et de mes passions. Ça n’a pas toujours été facile d’être loin de mes parents, mais ils m’ont toujours supporté à 200% dans la réalisation de mes projets.

Très fier de travailler comme designer pour les Panthers de la Floride de la LNH

Aujourd’hui je ne suis pas ici pour vous parler de ma vie. Malgré le fait que toutes ces expériences ont été absolument incroyables, le souvenir qui reste jusqu’à présent le meilleur moment de ma vie est le championnat canadien universitaire de volleyball 2013. C’est cette histoire particulière que j’aimerais vous raconter.

Commençons par le commencement

Mars 2008 – Direction le PEPS de l’Université Laval pour le championnat canadien de volleyball. À cette époque, je suis un jeune homme de 17 ans complètement passionné de volleyball, mais encore trop jeune pour jouer au niveau universitaire, j’y vais comme simple spectateur. En minibus direction Québec, je ne savais pas encore à quel point ce voyage allait changer ma vie. Les 450km séparant Ottawa de Québec n’auront jamais été aussi longs dans cette tempête de neige. Notre entraîneur au niveau club nous offre un beau cadeau en nous emmenant voir l’un de plus prestigieux tournoi au Canada. Arrivé juste à temps au PEPS pour voir le match d’ouverture opposant le Rouge et Or à Thompson Rivers, l’ambiance de feu et le spectacle enivrant me font vite oublier le froid à l’extérieur ! Abasourdi par l’ambiance et le niveau de jeu ; c’est à ce moment exact que je me suis dit : « Un jour, je veux jouer pour le Rouge et Or de l’Université Laval. Un jour je veux gagner un championnat canadien universitaire.»

Un rêve qui se réalise

1er mars 2013, Championnat canadien universitaire 2013 au PEPS. Sans trop m’en rendre compte à ce moment-là, j’étais en train de réaliser mon rêve. Depuis cinq ans j’avais rêvé d’être à cet endroit. Cette fois-ci, c’est moi sur le terrain avec mon maillot rouge aux écritures or représentant l’un des meilleurs programmes au pays. Devant plus de 4000 partisans, on s’apprête à jouer notre quart de finale contre l’une des meilleures équipes au pays : l’Alberta. En fond de terrain pour l’hymne national, j’ai mon petit frère à son année recrue à ma gauche et tous mes coéquipiers à ma droite. À ce moment, ce ne sont plus seulement des coéquipiers. Pour la plupart, ça fait maintenant quatre ans qu’on s’entraîne ensemble ; quatre ans qu'on se conte nos conneries, quatre ans qu’on rêve d’un championnat Canadien ! On y est passé proche les années précédentes, mais proche n’est pas suffisant. Avec tout ce qu’on a vécu, ce n’est plus que des coéquipiers, mais bien des meilleurs amis. Des amis à mes côtés pour affronter l’une des meilleures équipes au pays. Avec un certain recul sur ma carrière, toutes les fois que j’ai gagné un championnat c’était parce que le groupe était exceptionnel. Et cette équipe 2013 du Rouge et Or était vraiment exceptionnelle. Même si aujourd’hui je ne les vois pas très souvent, on garde toujours cette même complicité. On se disait les vraies choses et on jouait l’un pour l’autre. On allait à la « guerre » ensemble. On avait des vrais leaders, des vrais travailleurs et des vrais clowns. C’est ce groupe qui fait que cette histoire est si belle.

L'équipe de 2013. Une famille tissée serrée.

Le premier coup de sifflet se fait entendre et la nervosité est à son comble. On joue un championnat canadien à la maison devant nos familles, nos amis, la communauté du Rouge et or et on ne veut pas décevoir. Le stress se fait sentir et on perd le premier set misérablement 25-13. À ce moment, je me dis : « Ça fait quatre ans que j’attends ce moment ! Il est hors de questions qu’on perde le championnat canadien à la maison en quart de finale !! » Le deuxième set commence et le début est chaudement disputé. Selon moi, le moment tournant du tournoi arrive à ce moment-là. Olivier Bibeault (ou Bibo pour les intimes) fait un énorme bloc comme il sait si bien le faire. Toutefois, ce n’est pas le bloc qui est le moment tournant, mais sa réaction. Après son bloc, il ne fait pas seulement se tourner vers nous en célébrant comme la plupart des points sont célébrés au volleyball. Il regarde l’équipe adverse avec un de ces regards et pousse un énorme cri. À ce moment dans ma tête, je me dis : « Mais oui on est chez nous ; on ne se fera pas marcher dessus comme ça! » À partir de ce moment, ma façon de jouer a complètement changé. Je demande à Justin plus de ballons et à chaque point, je fais savoir à l‘autre équipe qu’on est chez nous. Je frôle même la limite du carton jaune à chaque regard que j’envoie de l’autre côté. Bibo et moi on avait l’habitude de se pousser mutuellement. Sans trop le savoir, il avait réveillé en moi un joueur dont je ne connaissais pas encore l’existence. J’ai d’ailleurs eu le meilleur match de ma carrière.

Après avoir perdu le premier set, on remporte chaudement les trois suivants et toujours en points supplémentaires. On célèbre comme si on venait de remporter le championnat canadien, pourtant ce n’est que le quart de finale ! Dans ma tête je sais que ce match était le plus important et qu’en face c’était selon moi la meilleure équipe. Mon père descend des gradins et cours sur le terrain pour venir célébrer cette belle victoire avec nous, tellement fier de ses deux fils. Juste comme nous, incapable de contenir ses émotions ! Encore aujourd’hui, mon père me raconte souvent cette histoire. Apparemment, après cette victoire j’ai couru vers lui et je lui ai dit : « On va tout gagner ! ». « Tout gagner ? » me répond-il. « Oui on va gagner le championnat canadien ». Dans ce moment d’euphorie, je ne me rappelle pas trop de ce souvenir. Pourtant, il restait encore deux matchs, mais le fait que j’aille dit ça, démontre l’état d’esprit que nous avions.

Beaucoup d'émotions après la victoire en quart de finale!

Après le match, on fait nos soins habituels pour se préparer pour le lendemain. Mon frère à son année recrue vient d’avoir un match exceptionnel. Je ne sais toujours pas comment il a fait pour aussi bien performer sous la pression d’un championnat canadien. Il n’a pas seulement bien performé au volleyball, mais il a également été un animateur de foule et un fournisseur d’énergie à toute l’équipe ! À le regarder jouer, je me dis : « Jamais qu’il n’aura l’énergie pour se rendre jusqu’en finale ». Et bien, croyez-le ou non, il a été exceptionnel tout le tournoi ! Je ne sais toujours pas comment il a fait…ou presque. Après le match du quart de finale, Frédéric Mondou et moi sommes dans le bain froid pour récupérer pour le lendemain. Mon frère encore dans l’euphorie de cette belle victoire, se rhabille pour sortir dehors. Mondou le regarde et lui dit : « tu fais quoi ? » Bruno aillant compris qu’il n’allait pas échapper à ce bain froid, mets son costume et vient nous rejoindre. Je ne sais pas si ce bain froid a vraiment fait une différence, mais j’aime croire à cette histoire. Notre équipe était remplie de leaders. On se disait les vraies choses et on savait quoi faire pour retirer le meilleur de nous.

Jouer le Championnat canadien aux côtés de mon frère Bruno a été toute une expérience!

2 Mars 2013 – Demi-finale canadienne

On affronte l’équipe classée numéro 1 au pays – les Bobcats de Brandon. La plupart des connaisseurs de volleyball ne nous donnent pas grand chance. Mais le volley, ça se joue sur le terrain et entre les deux oreilles. Ce match, j’avais un sentiment qu’on allait le gagner. Il fallait juste réussir à empêcher leur meilleur joueur d’avoir un bon match. On ne le lâche pas une seconde et la foule du PEPS rentre tranquillement dans sa tête. On avait déjà la moitié du travail d’accompli quand sur un jeu facile il met la balle dans le milieu du filet. C’est un match chaudement disputé. On est souvent accoté contre le mur, mais avec notre combativité on revient et on va chercher un cinquième set. Dans cette cinquième manche, on mène assez aisément jusqu’au dernier point qui semble tellement difficile à réaliser. Les Bobcats remontent tranquillement, juste assez pour nous donner une bonne frayeur. On marque finalement le dernier point du match sur un jeu complètement hors du commun sur une attaque de Mondou à 70%. Soulagé, je m’écroule par terre et je pointe le plafond ! À ce moment je me dis : « Voilà on y est ! On va gagner le championnat canadien à la maison ! » On vient de sortir les deux favoris du tournoi et sur des matchs complètement fous en émotion. Ne laissant jamais personne derrière, Bibo vient me chercher pour célébrer en équipe !

3 Mars 2013 – Jour de finale contre les Marauders de McMaster

Je suis quelqu’un d’assez confiant dans la vie, mais c’est assez rare que je l’exprime avec des mots. Surtout en sport où tout peut arriver. C’est pourquoi avec un certain recul je me surprends toujours quand je repense à mon championnat canadien. Je crois que cet esprit de confiance que j’avais tout au long du tournoi et cette envie de motiver mes coéquipiers m’ont fait dire des choses que je n’aurais jamais dites autrement. Dans les vestiaires avant la finale, j’ai dit aux gars un truc que je me rappellerai toujours : « Les gars laissez vos casquettes dans le vestiaire parce que quand on revient on va tous avoir nos casquettes de champions ! » Je n’avais pas besoin de dire autre chose ; ça voulait tout dire.

On arrive dans le gymnase et McMaster est installé sur le côté de terrain qu’on avait occupé tout le weekend ! Ils ont le droit et si j’avais été à leur place, j’aurais peut-être fait pareil. J’ai joué avec la plupart des joueurs de McMaster en équipe provinciale et je sais qu’ils sont confiants. J’aurais aussi été confiant à leur place, sachant qu’ils nous avaient battus quelques mois plus tôt 3-0 dans un tournoi préparatoire. Mais cette équipe ne savait pas à quel point on avait grandi lors des deux derniers matchs. On n’était plus des « gentils garçons ». Bien évidemment on a repris notre côté ! On est chez nous et cette fois-ci rien n’allait nous empêcher de gagner notre finale.

En début de match, Justin le passeur me donne quelques ballons sans que j’obtienne trop de succès. Évidemment, McMaster avait bien étudié les matchs précédents et savait que Justin et moi on avait une belle complicité. J’ai alors fait un truc qui n’est pas nécessairement facile à faire en finale nationale. J’ai dit à Justin : « Tu ne me donnes plus de ballons. Tu les donnes à qui tu veux, mais plus à moi. Je vais tout faire pour attirer le joueur de centre et libérer les ailes, mais tu ne me donnes plus de ballons ». J’ai peut-être eu un des matchs les plus tranquilles de ma carrière, mais c’est ça qui allait nous permettre de gagner. C’était ça qui était beau dans notre équipe. Tout le monde avait son rôle et tout le monde était à fond dedans. Que ce soit pour servir ou juste rentrer pour un bloc, tout le monde avait son rôle et tout le monde y tenait à 100%. On savait ce qu’on devait faire pour gagner et tout le monde adhérait à son rôle.

Comparée aux deux matchs précédents, la finale a été relativement « facile ». Aucune finale n’est facile, mais tout roulait pour nous et à ce moment-là rien ne pouvait nous arrêter. On n’a rien lâché jusqu’au tout dernier sifflet et là : un moment d’extase. Un sentiment de devoir accompli et de rêve réalisé ! J’avais finalement gagné un championnat canadien universitaire, mais pas n’importe comment. Je l’ai remporté à la maison ; avec des coéquipiers en or ; avec mon petit frère à mes côtés; avec ma famille dans les gradins. Quatre ans d’attente, mais je ne pouvais pas le gagner dans de meilleures conditions ! C’était vraiment un scénario de film. Tout le monde court au milieu de terrain ; les partisans, la famille et les anciens coéquipiers. Les anciens coéquipiers qui le méritent autant que nous. Ils ont fait partie de cette culture de gagnants ! C’est ça qui est beau de l’avoir gagné devant eux ; ils ont vraiment fait partie de cette conquête du titre.

L'euphorie de la victoire!

L’après-match sera toujours gravé dans ma mémoire. Les accolades sans arrêt ; les éclats d’émotions ; la levée du trophée ; célébrer avec la famille ; la douche de champagne dans les vestiaires ; et sans oublier les casquettes de champions. Si j’avais un conseil à donner à un sportif, c’est de vraiment prendre le temps d’apprécier ce moment et de vraiment apprécier ses coéquipiers. Même prendre un moment pour observer le trophée et le tenir dans ses mains. On peut toujours revoir le moment et le trophée en vidéo ou en photo, mais une fois terminé, tout revient à la normale. Le moment reste gravé dans sa mémoire, les coéquipiers repartent faire leur vie et le trophée suit son chemin pour être donné aux champions l’année précédente.

Les champions canadiens 2012-2013, le Rouge et Or de l'Université Laval

On me pose souvent la question : « pourquoi avez-vous gagné le championnat canadien 2013 ? Vous étiez loin d’être les favoris ». On n’était pas la meilleure équipe sur papier, mais on avait tous les éléments pour gagner. On était un groupe en or avec des amitiés en béton. On jouait l’un pour l’autre et on connaissait tous notre rôle. On était tous des leaders qui savaient comment gagner. On avait une attitude et une combativité de guerrier ainsi qu’une confiance en notre jeu et en nos capacités. Un élément que je ne peux point oublier, c’est qu’on jouait à la maison. On avait plus de 4000 personnes derrière nous à chaque point. On aurait pu jouer ce tournoi 10 fois et le perdre 9 fois. Mais ce weekend du mois de mars 2013 était le bon. Toutes les étoiles étaient alignées pour nous et on se nourrissait de notre rage de gagner.

Les fans avaient été incroyables tout au long du tournoi!

J’ai eu l’incroyable chance de réaliser beaucoup de mes rêves dans ma vie. Parfois je me demande, pourquoi suis-je autant chanceux. Je pense que la réponse à ma question est simplement d’y croire. Y croire, prendre sa chance et foncer.

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