Loading

Quand la Bible fait danser evangile selon luc, 7,29-32

Est-ce qu’il n’est pas étonnant que notre « religion de l’Esprit » soit à ce point celle de la chair ? Tant de sagesses demi- ou non-chrétiennes célèbrent le dégagement de l’âme dépouillée du corps, unie au pur souffle vital ! C’est tellement plus spirituel, plus hygiénique, plus conforme à l’évidence de la décomposition informe des corps !

Or, non ! Pour les humains bibliques, une restriction de la spiritualité à quelque vision bienheureuse signifie une foi qui tourne à vide. Le corps leur tient à coeur, pour ainsi dire ; il colle à l’âme, si vous préférez, au point qu’il est nécessaire à la vie avec Dieu.

Il est d’autant plus navrant que notre culte repose si peu sur l’expérience corporelle. Certes, vous êtes venu ce matin sur vos deux jambes - sauf mon respect pour les unijambistes -, et vous êtes assis en portant plus ou moins heureusement le poids de votre corps. Vous respirez, vous chantez, idéalement vous ouvrez même les yeux et les oreilles. Mais au-delà de ce minimum vital, le culte fait assez peu appel à votre corps. Je n’ai rien à vous faire sentir - en tous cas aucune odeur à valeur spirituelle -, et sauf gros accident, vous ne bougerez quasiment pas pendant cette heure de culte. Le comble, c’est que je voudrais vous parler de la danse sans vous inviter à danser...

Luc 7, 29-32

«Tout le peuple (en écoutant Jésus) et même les collecteurs d’impôts ont reconnu la justice de Dieu en se faisant baptiser du baptême de Jean. Mais les Pharisiens et les légistes ont repoussé le dessein que Dieu avait pour eux, en ne se faisant pas baptiser par lui. À qui donc vais-je comparer les hommes de cette génération? À qui sont-ils comparables ? Ils sont comparables à des enfants assis sur la place et qui s’interpellent les uns les autres en disant:

‹ Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ; nous avons entonné un chant funèbre, et vous n’avez pas pleuré. ›

La danse est le condensé de l’expérience corporelle. Tout humain nait en dansant : le nouveau-né, je peux en témoigner, danse dans son lit. Si des personnes comme moi disent qu’ils ne savent pas danser, c'est qu’ils ont sans doute appris à ne pas danser !

Aussi, de tout temps, la danse a été une pratique religieuse, et le christianisme ancien avait bien conservé des mouvements de danse, notamment au cours de processions. Or déjà certains pères de l’Église y étaient opposés, et la danse avait été bannie du culte. Le protestantisme en a même fait un signe distinctif : la danse est du diable ! Il a fallu sacrément se réinventer pour que les protestants réapprennent à danser, y compris pendant des offices.

Car la danse nous permet d’expérimenter le corps qui nous « tient à coeur » : elle le dessine, met à l’épreuve ses forces et faiblesses, représente son énergie et son rythme, trace son espace et son temps. La danse comprend l’immobilité, le non-mouvement, le calme et le silence.

Quelle est donc la place que la danse occupe dans la Bible ?

L’Ancien Testament regorge de références à des festivités incluant des danses. La danse y est enracinée dans la vie, à l’instar des cultures du Proche-Orient ancien. On danse aussi bien à l’occasion de fêtes religieuses que de victoires militaires ou de rencontres amoureuses. La danse est le symbole de joie et d’extase religieuse, elle est la principale manifestation physique des célébrations, rassemblements et autres événements joyeux.

Le livre Qohéleth indique explicitement que la danse fait partie intégrante de la vie, dans sa longue énumération amorcée par « Il y a un moment pour tout » : « Un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour gémir, et un temps pour danser » (Qo 3, 4).

Le Qohéleth donne en quelque sorte une valeur théologale à la joie. Cette joie quotidienne, inexplicable, qu’on peut exprimer en dansant, signifie que dans notre existence incompréhensible, Dieu est présent : par la joie et la danse, l’humain est relié à quelque chose qui le dépasse.

Si la Bible donne assez peu de détails sur les mouvements de ces danses, on précise souvent quels instruments de musique les accompagnent : le tambourin, la harpe, la flûte, et l’ancêtre du cymbalum, le psaltérion.

L’exemple biblique de danse le plus fameux est sans doute la danse du roi David devant l’arche d’alliance. L’épisode a souvent été représenté par les peintres. Il est décrit dans le Deuxième Livre de Samuel et le Premier Livre des Chroniques : « David dansait en tournoyant de toutes ses forces devant le Seigneur, il avait ceint un pagne de lin » (2 S 6, 14). « David, revêtu d’un manteau de byssus, dansait en tournoyant ainsi que tous les lévites porteurs de l’arche, les chantres et Kenanya, l’officier chargé du transport. David était aussi couvert de l’éphod de lin » (1 Ch 15, 27).

Le roi David donne ici l’exemple d’une réjouissance pour le moins extravagante ! Dansant « de toutes ses forces », il ne semble pas se restreindre dans l’expression de sa louange. Le lecteur comprend qu’il ne danse pas pour les hommes, mais bien pour Dieu. Le fait qu’il soit recouvert d’un simple vêtement de lin, et donc presque nu, est un signe d’absence d’attributs royaux, donc une manière de montrer que le pouvoir terrestre est bien dérisoire comparé à Dieu.

Devant cette réalité évidente de la danse, il n’a rien de surprenant que Jésus parle de la danse, qu’il la considère comme une expression élémentaire de la vie devant Dieu aussi.

Certes, la danse n’est pas très présente dans le Nouveau Testament, mais deux passages de l’Évangile selon Luc lui donnent un statut propre. Quand Jésus dessine, dans la parabole des deux fils, sa grande vision de la vie devant Dieu, la danse est le signe de réconciliation. Lors du retour du fils dit « prodigue » à la maison de son père, la joie des festivités se manifeste au fils aîné par la musique et les danses. « Quand, il fut près de la maison, il entendit de la musique et des danses » , écrit Luc (15, 25). Bonne nouvelle : le royaume de Dieu est comparable à une danse, non pas à une conception théorique ou une conférence de théologie !

Auparavant, comme nous l’avons entendu, Jésus compare les humains de sa génération «à des enfants assis sur la place et qui s’interpellent les uns les autres en disant : ‹ Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ; nous avons entonné un chant funèbre, et vous n’avez pas pleuré. › »

À la mélodie entraînante d’un instrument de musique, la réaction normale, attendue, est celle de se mettre à danser ! Jésus reproche à certains de ses contemporains - il désigne « les Pharisiens et les légistes » - de n’avoir pas réagi de manière adéquate au message de l’Évangile. Pour signifier la réponse appropriée à l’annonce de l’Évangile, le Christ recourt à la métaphore de la danse : l’Évangile est une nouvelle réjouissante. Jésus n’est certes pas un épicurien, qui ne pense qu’au plaisir des sens ; mais la dimension de la fête et de la joie qu’il faut savoir exprimer est bien présente dans son enseignement.

L’idée de la vie devant Dieu qu’exprime Jésus par l’exemple de la danse peut nous paraître étrange : être auditeur de l’Évangile impose en quelque sorte le devoir d’être joyeux ; il y aurait pour les Chrétiens une sorte de nécessité de se réjouir, une forme d’obligation à développer le goût du bonheur dans ce monde. Or, s’il vous est impossible de contrôler votre taux de bonne humeur comme l’on contrôle son poids, la joie est finalement une question de culture : à travers la danse et la musique, elle se cultive, elle nous éduque à une posture confiante en l’avenir, elle libère de l’habitude de râler et de se contenter de sa mauvaise humeur. Si alors vous êtes de mauvaise humeur, dans votre salle de bain, dans votre cuisine, seul ou à deux, dansez ! Le Christ danse avec vous.

Depuis quelques décennies, la danse occupe d’ailleurs une place de choix dans la louange de certaines communautés chrétiennes ; il faudrait peut-être que nous nous y mettions aussi, au Temple Neuf !

Created By
Pasteur Rudi Popp Temple Neuf Strasbourg
Appreciate

Credits:

Created with images by fgmsp - "ballet sneaker dress" • Pezibear - "personal human children" • Perlinator - "mary pickford dancing happy"

Report Abuse

If you feel that this video content violates the Adobe Terms of Use, you may report this content by filling out this quick form.

To report a copyright violation, please follow the DMCA section in the Terms of Use.