Psychose Le Chef-d'œuvre d'Alfred Hitchcock

Synopsis

Marion Crane en a assez de ne pouvoir mener sa vie comme elle l'entend. Son travail ne la passionne plus, son amant ne peut l'épouser car il doit verser une énorme pension alimentaire le laissant sans le sou... Mais un beau jour, son patron lui demande de déposer 40 000 dollars à la banque. La tentation est trop grande, et Marion s'enfuit avec l'argent.

Très vite la panique commence à se faire sentir. Partagée entre l'angoisse de se faire prendre et l'excitation de mener une nouvelle vie, Marion roule vers une destination qu'elle n'atteindra jamais.

La pluie est battante, la jeune femme s'arrête près d'un motel, tenu par un sympathique gérant nommé Norman Bates, mais qui doit supporter le caractère possessif de sa mère.

Après un frugal repas avec Norman, Marion prend toutes ses précautions afin de dissimuler l'argent. Pour se délasser de cette journée, elle prend une douche...

Raconter l'histoire constitue un crime de lèse-Hitchcock. A la sortie du film, le maître avait exigé que les portes des salles soient fermées aux retardataires. Dans les cinémas, un message adjurait les spectateurs de ne rien révéler à leurs amis. Depuis, le succès a éventé le mystère. Pourtant, dans sa construction, Psychose reste un guet-apens effroyable et génial. D'abord, le récit coule comme un thriller banal. Des amants, un vol, une fugue. Et puis cette première intrigue s'interrompt brusquement à l'arrivée au motel.

Je dirigeais le public, je jouais du public comme d'un orgue.

Même après cent rediffusions, les coups de couteau dans le rideau de douche, dramatique rupture de ton, surprennent toujours. D'un délit mineur au meurtre et à la folie, le réel devient perméable au monstrueux. Hitchcock expliquait à François Truffaut : « Je dirigeais le public, je jouais du public comme d'un orgue. » Sous ses doigts, la partition du film suit, crescendo, l'angoisse du spectateur. Elément central de cette danse macabre, celui-ci se trouve condamné à jouer le double jeu du témoin, complice et victime. La maison Bates recèle un secret d'autant plus redoutable qu'il devient le nôtre. Le génie de Hitchcock est d'avoir fait de Psychose le chef-d'oeuvre de ses spectateurs.

Le génie de Hitchcock est d'avoir fait de Psychose le chef-d'oeuvre de ses spectateurs.

Robert Bloch - auteur de Psychose

Robert Bloch

Robert Bloch, écrivain plébiscité dans le monde de l'horreur, a été souvent adapté au cinéma. Outre Psychose, ses oeuvres sont à l'origine de Crâne maléfique (1965), Le Jardin des tortures (1967) ou encore L'Asile (1972). Très critiqué pour le racolage dont le livre faisait preuve (dans son roman, la scène de la douche était beaucoup plus explicitement érotique), Robert Bloch aimait à rappeler qu'il conservait toujours dans son portefeuille une note d'attention d'Hitchcock lui-même, qui disait : "Je n'ai rien changé à Psycho".

Retour sur le générique resté célèbre du classique d'Alfred Hitchcock, réalisé par le maître du genre Saul Bass

Saul Bass

Parmi les autres traces que Psychose a laissé dans l'histoire du cinéma, on pense également à son générique d'ouverture, réalisé par nul autre que le grand Saul Bass, collaborateur privilégié d'Alfred Hitchcock et auteur de quelques-uns des plus beaux génériques de l'histoire.

Réalisé pour un montant estimé à 21.000 dollars par le site Art of the Title, le générique de Psychose frappe dans un premier temps pour sa radicalité minimaliste. Il ne s'agit en effet que d'une succession de lignes géométriques noires, blanches ou grises, surgissant des quatre coins de l'écran et qui se croisent pour faire apparaître et disparaître petit à petit le titre du film ou le nom des acteurs principaux, le tout dans une des typographies les plus classiques qui soient.

Cette simplicité de moyens est en fait le moyen idéal pour Saul Bass de faire figurer l'un des enjeux principaux du film, à savoir la personnalité schizophrène de Norman Bates (Anthony Perkins), à la fois bienveillante et machiavélique, présente et fuyante. Tout comme Psychose se présente comme un thriller d'une grande sécheresse et sans artifices narratifs, le générique de Saul Bass va lui aussi immédiatement dans le vif du sujet. Quant à son effet d'apparition et de disparition, s'il est aujourd'hui aussi répandu, c'est avant tout grâce à l'influence de l'héritage de Saul Bass puisque Psychose faisait office de pionnier de la typographie cinétique en compagnie des autres films de l'époque de Hitchcock, La mort aux trousses ou Sueurs froides.

Le compositeur Bernard Herrmann

L'influence de Bernard Herrmann

L'efficacité du générique de Saul Bass ne peut pas non plus faire oublier l'influence du célèbre thème composé par Bernard Herrmann, dont le rythme dissonant des cordes participe à l'effet de dualité que l'on peut voir à l'image. Son tempo lancinant rejoint le défilement permanent des lignes et du texte à l'image, créant un effet d'urgence et de suspens qui pose d'emblée le ton horrifique qui imprègne le classique d'Alfred Hitchcock.

En jouant sur le dévoilement, le non-dit, et la menace planant en permanence sur le spectateur sans savoir réellement d'où elle provient, le générique de Psychose pose en moins de deux minutes l'atmosphère du film, et cela dans le style le plus abstrait possible. Il démontre également l'influence du travail de Saul Bass dans l'oeuvre de Hitchcock, et pour Psychose tout particulièrement. Crédité en tant que "conseiller pictural", Saul Bass travailla dans l'ombre du cinéaste sur d'autres séquences du film. Selon une vieille légende urbaine, certains pensaient même que c'était à lui que l'on devait le tournage de la scène du meurtre dans la douche. Saul Bass y participa bien, certes, mais uniquement en tant que storyboardeur.

La maison de l'horreur

Construite en 1959, l'inquiétante demeure d'un des plus grands films d'Alfred Hichtcock est en très mauvais état. Pour la sauver de l'effondrement, une pétition a été lancée contre les studios Universal.

La maison emblématique où se déroule l'intrigue de Psychose tombe en ruine. Tout le monde se souvient de ce lieu effrayant, qualifié de parfaite illustration du «gothique américain» par Alfred Hitchcock, où l'inquiétant Norman Bates (Anthony Perkins) renfermait en 1960, le corps momifié de sa mère.

Cette maison construite en 1959 - expressément pour les besoins du film - selon le tableau d'Edward Hopper, House by The Railroad (1925) et la demeure de la famille Addams dans la bande dessinée de Charles Addams - symbolise parfaitement l'univers du réalisateur. Sans compter que Psychose est devenu l'un des plus grands succès de l'Histoire du cinéma. Elle surplombe, dans Psychose, l'hôtel tenu par le psychopathe schizophrène, Norman Bates. C'est d'ailleurs dans cet établissement que se déroule la fameuse scène de la douche, où Marion Crane (Janet Leigh) est assassinée à coup de couteau.

"House by the Railroad” - Edward Hopper 1925- Museum of Modern Art - New York/ Art resource / Scala Florence
objectif de la PÉTITION : demander la restauration complète de "la maison du plus grand film de survie du monde".

Pour sauver la batisse, une pétition adressée aux studios Universal a été lancée sur change.org. L'objectif, demander la «restauration complète de la maison du plus grand film de survie du monde». Les touristes qui visitent fréquemment le site dresse un état des lieux alarmant: «Des trous béants apparaissent dans le bois, des lattes de plancher ont disparu… Des morceaux du porche ont disparu…» En définitif, comme il est encore expliqué dans la pétition, «si on ne fait pas quelque chose très vite, on risque d'atteindre un point de non-retour». Et pourtant, cette maison mythique a déjà été restaurée à maintes reprises. Une vraie toiture avait même été installée après le tournage. Pour l'instant, la pétition a récolté plus de 6000 signatures. Alors, qui veut sauver la maison de Psychose de l'effondrement?

Une campagne de publicités choc

"Le film que vous devez voir depuis le début...ou pas du tout !" pouvait-on lire sur une publicité de cinéma aux Etats-Unis à la sortie du film. Sur une autre : "Personne, absolument personne ne sera admis après le début du programme Psychose !". A la sortie du film, Hitchock exigea en effet que les exploitants des salles interdisent l'accès aux spectateurs arrivant en retard à la projection, en particulier les 30 premières minutes du film passées; soit jusqu'au meurtre de Janet Leigh alias Marion Crane.

Anthony Perkins, prisonnier de Norman Bates

Il a tenté en vain d’y échapper: le rôle de Norman Bates a collé à la peau d’Anthony Perkins (1932-1992). Vingt ans après Psychose, il a fini par l’accepter en tournant dans trois suites du film de Hitchcock.

Il a joué sous la direction d’Orson Welles, de George Cukor, d’Anthony Mann. Il a reçu un prix d’interprétation à Cannes pour Aimez-vous Brahms? Mais rien n’y fait: Anthony Perkins reste l’interprète de Norman Bates, le tueur de Psychose et de ses suites. A la fois injuste et inévitable.

Ce n’est pas faute d’avoir lutté, multiplié les rôles, refusé ceux qu’il estimait trop proches de Bates. Au point de préférer rester deux ans sans travail et de nourrir une rancœur contre le système hollywoodien. Mais il a fini par céder: dans les dix dernières années de sa vie, Perkins est redevenu trois fois le sinistre psychopathe.

Lui-même appelait le «Hamlet des rôles d’horreur», ce Norman Bates qu’il a maudit et aimé, qui a fait de lui une star mondiale et gâché sa carrière. Il n’a su s’en défaire, peut-être parce qu’il reconnaissait un peu de ses tourments dans ceux de cet homme traumatisé par sa mère…

Né en 1932, Anthony Perkins grandit en fils unique choyé par sa maman. Osgood Perkins, son père comédien (notamment dans le Scarface de Howard Hawks en 1932), ne rentre que rarement à la maison. Dans un portrait édifiant paru dans le magazine People à la sortie de Psychose 2, l’interprète de Bates reconnaît qu’il était «anormalement attaché à sa mère». Il n’avait que 5 ans quand son père est mort d’une crise cardiaque, à 45 ans. L’enfant se croit responsable, lui qui, dans sa jalousie «œdipienne sous une forme prononcée» selon ses propres termes, souhaitait sa disparition

Anthony Perkins
l’interprète de Bates reconnaît qu’il était «anormalement attaché à sa mère».

Cet «attachement anormal» à sa mère durera jusqu’à l’âge adulte, caresses ambiguës comprises. A Boston, le jeune homme grandit dans ce mélange détonnant de crainte, d’amour malsain et de sentiment de culpabilité: «Elle contrôlait tout de ma vie, y compris mes pensées et mes sentiments.» Il décide de suivre les traces de ce père, dont tout le monde lui rappelle la grandeur.

Le nouveau James Dean

A 20 ans, après quelques expériences théâtrales, Anthony Perkins part en stop pour tenter sa chance à Los Angeles. Alors qu’il donne la réplique sur un casting, il est repéré par George Cukor, qui l’engage pour The Actress (1953). Très vite, sa grâce longiligne séduit les réalisateurs. Elia Kazan l’engage au théâtre et hésite à lui donner le rôle principal d’A l’est d’Eden. Il lui préfère finalement James Dean. A l’époque, la presse compare volontiers les deux acteurs.

En 1956, son rôle dans La loi du seigneur, aux côtés de Gary Cooper lui vaut une nomination aux oscars. Voici Anthony Perkins parmi les jeunes acteurs les plus en vue de Hollywood. Il joue avec Sophia Loren (Désir sous les ormes, 1958), Shirley MacLaine (La meneuse de jeu, 1958), Audrey Hepburn (Vertes demeures, 1959).

«Il était né pour le rôle de Norman Bates», estime Richard Franklin, réalisateur de Psychose 2.

Après avoir acheté les droits de Psychose, roman de Robert Bloch paru en 1959, Alfred Hitchcock a une intuition géniale: confier à ce jeune premier le rôle du psychopathe qui tue en se prenant pour sa mère. Géniale car inattendue: le livre décrit ce gérant de motel comme un homme entre deux âges, obèse et alcoolique. Perkins a 27 ans, une maigreur androgyne et, surtout, une nervosité et une fragilité qui le rendent d’autant plus effrayant. Il se révèle parfait en homme tourmenté par une mère qui contrôle jusqu’à ses pensées et ses sentiments… «Il était né pour ce rôle», estime Richard Franklin, réalisateur de Psychose 2.

L’Europe pour fuir le destin

Avec cette prestation inoubliable et le succès du film, tout bascule: Norman Bates colle à la peau d’Anthony Perkins. La frustration croît chez cet acteur qui rêve de comédies et de rôles légers que personne ne lui propose. Il fuit cette fatalité en Europe: un an après son prix à Cannes, il joue Joseph K. dans Le Procès d’Orson Welles (avec Jeanne Moreau). On le voit ensuite chez Edouard Molinaro (Une ravissante idiote), René Clément (Paris brûle-t-il?), Claude Chabrol (Le scandale, La décade prodigieuse)…

Christopher Walken serait prêt à reprendre le rôle.

Rien n’y fait: chacune de ses prestations est jugée à l’aune de Norman Bates. Alors, quand naît l’idée d’un Psychose 2, Anthony Perkins commence par refuser. Une rumeur lui fait changer d’avis: Christopher Walken serait prêt à reprendre le rôle. Perkins préfère s’en charger et scelle un destin qu’il accepte au point de réaliser lui-même le troisième volet. Puis d’enchaîner avec un quatrième indigne de son talent (lire ci-dessous).

«Ne m’enfermez pas ici»

Etrange parcours pour cet homme cultivé, distingué, mais fragile et profondément tourmenté. Secret, décrit par certains amis comme quasi mutique, il se révélait exquis dans les interviews, données volontiers en français. Longtemps terrifié, avouait-il, par l’idée même de toucher une femme, il aurait refusé les avances d’Ava Gardner, Brigitte Bardot, Jane Fonda, Ingrid Bergman… avant de céder à Victoria Principal. En revanche, il connut nombre de relations homosexuelles, avant et après son mariage avec Berry Berenson, en 1973.

Anthony Perkins et Berry Berenson

Dans la terreur que son homosexualité soit découverte et lui ferme encore plus de portes, Anthony Perkins a également caché sa maladie: jusqu’à ses derniers jours, seule son épouse et quelques très proches savaient qu’il avait le sida. La nouvelle n’a été rendue publique que trois jours après sa mort.

A sa disparition, le 12 septembre 1992, tous les médias évoquent la disparition de l’interprète de Norman Bates. Le voici à jamais prisonnier de cette maison et de ce motel maudits, dont il n’a su ou pu s’échapper. Sur son urne funéraire est gravé le titre d’une vieille chanson folk: Don’t fence me in, «Ne m’enfermez pas ici.»

Ils verraient...

...ils verraient et ils diraient... :

"Elle ?... Elle ne ferait pas de mal à une mouche..."

Bandes annonces

Psychose II

Après le succès du film de Hitchcock, en 1960, il faudra attendre plus de vingt ans et la mort du maître (1980) pour que l’histoire de Psychose reprenne: son assistant-réalisateur, Hilton A. Green, produit cette suite. La réalisation est confiée à un jeune Australien, Richard Franklin, qui va surtout rendre hommage à Hitchcock. Le scénariste Tom Holland imagine la sortie de Norman Bates de l’institution psychiatrique où il a été enfermé vingt-deux ans. De retour à son motel, il prend une jeune fille paumée sous son aile.

Anthony Perkins retrouve son personnage avec un naturel stupéfiant. Ce Bates presque quinquagénaire n’a plus la grâce juvénile, mais reste profondément troublant, mal à l’aise dans ce corps trop grand. Il craint tellement de retomber dans la folie qu’il en devient touchant. A ses côtés, Vera Miles reprend son rôle de sœur de Marion Crane (assassinée sous la douche dans Psychose, sous les traits de Janet Leigh) qui ne peut accepter cette disparition. Sa fille, accueillie par Bates, est interprétée par Meg Tilly (Fame), après le refus de Jamie Lee Curtis, révélée par Halloween et fille de Janet Leigh.

A l’été 1983, cette suite fait un carton au box-office américain, où elle atteint la deuxième place. Aujourd’hui encore, Quentin Tarantino (qui n’a pas une haute opinion de Hitchcock) affirme la préférer au premier volet. Elle reste en tout cas plutôt respectable, avec son scénario malin, avant que les coups de théâtre ne tombent en cascade.

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