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Un hub vert au Luxembourg? Une société belge projette de faire du Grand-Duché un laboratoire écologique

Chaque jour, une cohorte de camions traverse le Luxembourg laissant sur son passage pollution et déchets. Un transport intérieur et intra-Benelux qui représente plus des trois quarts du transport routier entrant et sortant du Benelux. Un ballet incessant qui laisse dans son sillage particules fines et émissions de CO2.

Du côté du Luxembourg, la route est le mode dominant en matière de fret intérieur. Véritable carrefour du nord de l'Europe, le pays est traversé par 152 kilomètres de routes.

Lors de son dernier inventaire datant de septembre 2018, le ministère de l'Environnement luxembourgeois estimait les émissions de gaz à effet de serre concernant le transport routier à 5684.105 millions de tonnes CO2. Ces chiffres sont les derniers disponibles.

Un pays vulnérable

Même si les chiffres luxembourgeois sont près de 20% en-dessous de ce que préconise l'année de référence du protocole de Kyoto (1990), le total des émissions de gaz à effet de serre reste élevé. La pollution est le lot de tous les pays européens mais le Grand-Duché, par sa petite taille, est un territoire vulnérable et particulièrement exposé aux fluctuations.

Mais sa taille fait aussi sa force: le Luxembourg représente un terrain idéal pour proposer des solutions innovantes et alternatives en terme de transport écologique à un marché qui est à la recherche de développement et d'innovation.

Source: Sumy

Le pays n'est cependant pas qu'un corridor pour le transport routier international, il a aussi son propre flux interne et chaque jour, des milliers de livraisons sont réalisées à travers le pays.

Le matin, dans la capitale, il n'est pas rare de voir des camions en livraison stationner pour décharger leurs marchandises. Et il n'est pas rare non plus que ces camions soient à moitié vide.

Le taux d'occupation non optimal de l'espace des véhicules est un véritable problème pour l'environnement. Un problème que le Luxembourg est bien décidé à résoudre en se penchant sur ce que fait son voisin belge à travers la société Sumy.

La solution belge

Hinde Boulbayem est spécialiste en logistique de transport et a créé la société Sumy en 2013. Basée à Bruxelles, l'entreprise propose un mode de transport écologique pour la livraison de produits thermosensibles et alimentaires grâce à des véhicules alimentés au gaz naturel et équipés d'un système de réfrigération silencieux.

L'entreprise a mis en place un HUB, comme on peut en trouver au Luxembourg, mais sa particularité est de proposer à ses clients non seulement un lieu de déchargement où optimiser le remplissage des camionnettes, mais également de promouvoir un mode de livraison écologique qui se fait de nuit.

Visite en 360°: à découvrir en quelques clics de souris avec Hinde Boulbayem.

La plate-forme belge propose donc différents services:

  • déchargement des semis-remorques et stockage des marchandises qui sont ensuite toutes étiquettées
  • rangement et organisation de la tournée de chaque véhicule en optimisant le taux de remplissage des camionettes
  • distribution à travers l'agglomération bruxelloise en utilisant des véhicules propres
Sur le sol, on peut voir des emplacements dessinés en jaune: ils correspondent à l'ordre de remplissage des véhicules.

Les tournées sont principalement effectuées de nuit ou en dehors des heures de pointe afin d'éviter les problèmes de congestion routière et d'accroître la fiabilité des horaires de livraison.

Selon les données de l'entreprise, Sumy a aidé ses clients en cinq ans, à réduire de 39% leurs émissions de CO2 et de 95% les particules fines cancérigènes. Elle réalise un chiffre d'affaires de 5 millions d'euros par an et engage 25 personnes à plein temps.

Travail de nuit

Chuchoter, ouvrir doucement les portes du camion, trouver les clés du magasin à livrer et effectuer son travail dans le calme de la nuit, voici les conditions dans lesquelles les livreurs de l'entreprise belge travaillent.

Le but pour les livreurs est de ne jamais voyager à vide. Il est prévu que chaque véhicule repasse au moins une fois par le HUB afin de décharger ce qu'il a récupéré sur son parcours et charge de nouvelles marchandises.

Des "légumes moches" sont récupérés pendant la tournée puis apportés au HUB où ils sont stockés dans un réfrigérateur en attendant qu'une entreprise vienne les récupérer le lendemain pour en faire des soupes.

La transformation de ces légumes est un exemple de ce qu'un mode de livraison optimal peut apporter: en deux jours les légumes sont de retour, transformés en soupe. Le tout en respectant l'environnement.

Travailler de nuit présente des avantages pour ces chauffeurs qui bénéficient d'une prime pour les indemnités de nuit. Elles sont calculées sur base du salaire horaire net et s'élèvent à 400 euros net par mois. Elles leur permettent de gagner deux mois de salaire net en plus par an.

Les écarts de salaire entre le Luxembourg et la Belgique pour le secteur du transport et de l'entreposage sont importants: un chauffeur-livreur au Grand-Duché gagne 40% de salaire en plus que son collègue belge.

La même chose mais en mieux au Luxembourg

D'ici à 2020, Hinde Boulbayem prévoit de lancer une plate-forme similaire à Luxembourg.

"Luxembourg a montré les meilleurs atouts en terme de besoins et de stabilité économique, politique et sociale."

Actuellement, la start-up est en phase de faisabilité et de développement, d'évaluation technique et de recrutement. Hinde Boulbayem a pour ambition de voir le HUB luxembourgeois naître à l'horizon 2020.

La plate-forme de logistique urbaine au Luxembourg aura des atouts supplémentaires par rapport à sa cousine belge. L'idée est de tracer au maximum l'origine du carburant qui va alimenter les véhicules.

Le biogaz est une énergie propre, produite localement et qui permet de réduire les émissions de CO2 de 78% et les particules fines cancérigènes de 95 % durant les processus de transport.

C'est pour ceci que l'entreprise va installer son HUB près de l'usine de biogaz de Kehlen.

Revenir vers d'anciennes techniques pour lutter contre le réchauffement climatique est une des idées de la jeune entrepreneuse. En installant son hub sur le versant nord du Luxembourg, elle espère faire des économies d'énergie et donc préserver la planète.

Autre idée novatrice

Le tram pourrait proposer une solution pour réduire les effets négatifs des livraisons sur la circulation et l'environnement.

Dans son étude de faisabilité de l'adaptation du modèle bruxellois au Luxembourg, Hinde Boulbayem a découvert qu'à proximité des arrêts de bus et de la ligne de tram de Luxembourg-Ville, se situent de nombreuses pharmacies.

Une pharmacie à Luxembourg-Ville peut recevoir jusqu'à 27 livraisons de médicaments par jour.

Utiliser le tram pour le fret permettrait d'augmenter son taux d'utilisation en dehors des heures de pointe grâce à l'utilisation de caissons réfrigérés.

L'enjeu dans la livraison de produits thermosensibles est de préserver la chaîne du froid afin que rien ne s'abîme.

L'entreprise Sumy va débuter son activité dans quelques mois. Pour l'instant, une douzaine d'entreprises luxembourgeoises des secteurs pharmaceutique et alimentaire sont intéressées par son concept de centralisation des marchandises et de livraisons nocturnes et silencieuses.

Cette nouvelle forme de logistique durable fondée sur l'utilisation du biogaz deviendra-t-elle un modèle pour les villes vertes de demain à l'échelle européenne? C'est le défi que le Luxembourg entend abriter et tester.

Reportage Virginie Orlandi , Christophe Olinger

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