Loading

Fanny Clamagirand  La musique : une évidence !

FANNY CLAMAGIRAND

La musique : une évidence !

Elle fait partie de ces artistes dont le talent s’est révélé très tôt, au sortir de l’enfance ; de ceux que l’on a vu grandir, s’épanouir, se démarquer. L’aisance, l’autorité, l’élégance et la finesse de son jeu se sont rapidement imposées. Fanny Clamagirand entretient un rapport qui semble si naturel et spontané avec son instrument qu’on ne peut imaginer le travail, la recherche et l'introspection qui ont accompagné son parcours . Le violon est entré dans sa vie par hasard - faute de place dans la classe de piano convoitée à l’origine - mais s’est tout de suite accordé au tempérament de cette enfant posée dotée déjà d’une fine oreille musicale et dont la maturité et la précocité impressionnent déjà. « Dès l’adolescence, il m’est apparu évident que la musique serait mon métier » confie-t-elle. Un métier dont elle apprend les fondements aux côtés de grands pédagogues, héritiers, pour la plupart, de la prestigieuse école russe, à commencer par Larissa Kolos qui lui en révèle les clés, façonne son tempérament et l’encourage à se confronter, très vite, à la scène comme aux épreuves si formatrices des concours internationaux, où elle brille.

Des rencontres déterminantes.

Mais la jeune violoniste a besoin d’élargir ses horizons, de se frotter à d’autres approches de travail et d’interprétation auprès de différents maîtres : Jean-Jacques Kantorow à Paris, Itzhak Rashkovsky à Londres, Pavel Vernikov à Vienne ou Oleksander Semchuk à Fiesole en Italie. « C’est en me nourrissant de toutes ces expériences, au contact de ces professeurs aux visions différentes, que j’ai pu construire et affirmer ma vraie personnalité » nous dit-elle. Tous l’ont convaincue de suivre cette ligne directrice qui était la sienne au départ, forgée par l’écoute des enregistrements de Maxim Vengerov, son tout premier modèle : une technique d’archet incomparable, une maîtrise du son et du vibrato, une expression et une dimension artistique typique de l’école russe. La rencontre avec Anne-Sophie Mutter lui révèle, ensuite, le sens du collectif qu’elle partage avec d’autres jeunes solistes au sein d’un ensemble de virtuoses accompagnant la violoniste allemande, en tournées internationales : « On peut parler ici d’une troupe guidée par une véritable émulation et un engagement au service de la perfection d’ensemble ».

Une musicienne curieuse et engagée.

Cette ouverture d’esprit se traduit également à travers un vaste répertoire dont Fanny Clamagirand a entamé l’exploration dès l’enfance, « sans aucun préjugé, avec l’envie de découvrir tous les styles possibles, de traverser toutes les époques, de Bach à Messiaen ou Chostakovitch ». Choisissant avec audace, à 22 ans, les sonates d’Ysaÿe pour son premier enregistrement, avec lequel elle fait sensation, la violoniste y révèle d’emblée sa subtile maîtrise des couleurs, une virtuosité éblouissante et un sens de l’imagination qu’elle déploiera, ensuite, dans le cadre d’une remarquable intégrale des oeuvres pour violon et piano et des concertos de Saint-Saëns. Ainsi s’impose-t-elle comme une ambassadrice de ces deux compositeurs, revendiquant son devoir de « redonner vie à certaines de leurs œuvres délaissées qui méritent tant de retrouver les faveurs du public ». Si la musique française semble tellement bien s’accorder à son jeu particulièrement raffiné, ciselé et lumineux, les concertos de Vivaldi, les romantiques allemands comme la musique du XXème siècle et même la création lui permettent de témoigner d’une large variété d’expressions et d’une grande liberté d’interprétation. Toujours soucieuse d’éveiller notre curiosité, elle n’hésite pas à associer grand répertoire et découverte au sein d’un même programme, couplant par exemple, au disque, le célèbre concerto de Beethoven à une œuvre rare du compositeur letton Peteris Vasks.

Un besoin de partage et de dialogue.

Ces répertoires, ces expériences musicales, Fanny Clamagirand les partage, depuis ses 15 ans, avec son fidèle et prestigieux compagnon : un violon de Matteo Goffriller fabriqué à Venise aux alentours de 1700. « Il est comme un partenaire, aussi vivant que moi, avec lequel j’ai tissé des liens très forts. Il a sa propre personnalité, beaucoup de caractère, parfois rebelle !, et m’offre une formidable palette de couleurs et d’expressions ». C’est avec lui qu’elle s’épanouit sur scène, s’y livre avec un engagement total et profond : « Le concert est pour moi un moment unique d’inspiration, d’échange et de communion avec le public mais aussi une remise en question permanente. Sur scène, j’ai l’impression de me mettre à nu, portée et galvanisée par un trac qui me donne des ailes. C’est un lieu où je me sens libre et heureuse ». Et si les notes comme les applaudissements la nourrissent, c’est aussi dans le silence « qui prolonge le son et remplit tout autant l’espace au concert » que la violoniste avoue ressentir ses plus grandes émotions. Personnalité rayonnante et volubile, elle témoigne d’une vraie faculté à susciter le dialogue en sonate, en trio comme en concerto, genre qu’elle aborde avec le même esprit de partage. Car c’est à l’écoute des autres - maîtres, partenaires, chefs ou compositeurs - que la musicienne a su trouver sa route, construire une solide carrière internationale et s’imposer comme l’une des figures attachantes et incontournables du violon français.