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- Le Moyen Âge - L'Occitanie, histoire & patrimoine

L'Occitanie au Moyen Âge : un territoire rythmé par les conflits religieux

L'histoire Médiévale débute à la fin de l'empire romain jusqu'à la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb en 1492. Entre ces deux dates, notre région fût à nouveau le théâtre d'affrontements entre des peuples différents animés par la volonté de défendre et d'étendre leurs différentes religions. Ce sont d'abord les Sarrasins qui prennent une partie de ce territoire avant d'être repoussés par Pépin le Bref au milieu du VIIIe siècle, puis l'arrivée de la religion cathare attaquée par l’Église. Suivront des départs en croisades et la création de l'ordre des Templiers. Cette période est propice à l’extension des cités permet le développement de leurs systèmes de défense, mais aboutit aussi à une volonté d'affirmer la religion chrétienne dans le royaume avec la construction d'églises. Encore aujourd'hui, de nombreux monuments de notre territoire régional témoignent de cette période de conflits religieux.

Au sommaire :

  1. Cathares et croisades : le Nord contre le Sud
  2. Albi : cité épiscopale inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco
  3. Carcassonne, la cité témoin des époques
  4. Aigues-Mortes, le port de Saint-Louis
  5. Templiers : de la réalité à la légende

1. Cathares et croisades : le Nord contre le Sud

Entre le Xe et XIIe siècle, une mystérieuse « hérésie » fait son apparition dans le Midi de la France. Bientôt son expansion et sa menace sont telles que l'Eglise catholique entreprend une guerre visant à l'éradication de cette religion. Deux croisades seront menées par le royaume de France, il s'agit surtout pour le roi de France de dominer tout le Languedoc et l'Aquitaine. La lutte contre les cathares s'achèvera par la chute de la forteresse de Montségur en 1244.

Au XIIe siècle, le sud-ouest de la France est une région bien différente de celle du nord de la Loire. On y parle une langue distincte (langue d'oc et non d'oïl) et une civilisation brillante et raffinée s'y épanouit. Se déplaçant de château en château, les troubadours, poètes et musiciens, chantent l'amour, mais aussi l'honneur et la négation du droit du plus fort. Ces idées et ces valeurs sont très présentes dans une région où les gens cultivés, surtout dans les villes, ont gardé vivants les souvenirs de la civilisation romaine.

Des règles, des lois et des codes limitent le pouvoir des grands et régissent les rapports qui les unissent à leurs vassaux et à leurs sujets. Tandis qu'en Île de France, le roi se bat à cheval et s'impose de diverses manières à ses vassaux récalcitrants, dans les villes du Midi languedocien et aquitain, les habitants élisent des consuls ou des capitouls qui gouvernent et parlent d'égal à égal avec les seigneurs dont ils dépendent. Plus libres, les villes du Midi sont aussi les plus accueillantes aux idées étrangères : leur importante activité commerciale (Toulouse est la troisième ville d'Europe) les met en relation avec de nombreux pays. Les commerçants qui y échangent des denrées et des biens, y puisent des idées qu'ils propagent ensuite vers l'Occitanie.

Révolte contre l’Eglise

C'est dans ce milieu que se répandit une religion nouvelle dont le succès fut si rapide qu'il effraya l'Église catholique. Cette dernière fut en partie responsable de cet extraordinaire essor : critiquée de toutes parts et incapable de se réformer, elle prépara le terrain sur lequel le catharisme put s'enraciner. Bien avant l'apparition de la religion cathare, de nombreux moines avaient prêché la révolte ouverte contre l'Église, ses prêtres et ses sacrements : l'exigence entre une plus grande simplicité dans la relation des hommes avec Dieu, d'un retour à une foi moins prisonnière du cadre luxueux dans lequel l'avait enfermée l'Église, étaient des revendications très largement répandues à l'époque.

Mais le catharisme était bien plus qu'un mouvement de simple critique, il était aussi et surtout une religion différente du catholicisme romain. La tradition qui le nourrissait était très ancienne puisqu'elle s'était développée à partir du VIIe siècle avant J.-C., autour d'un personnage important de l'Antiquité, le prophète perse Zoroastre. Ce dernier pensait qu'il existait dans l'univers deux principes irréductibles, le Bien et le Mal, en lutte permanente l'un contre l'autre. Les idées de Zoroastre eurent une influence considérable pendant toute l'Antiquité et elles furent, dans leurs grandes lignes, reprises au IIIe siècle après J.-C. par le prophète Manès, fondateur de la doctrine manichéenne. Au Xe siècle, en Bulgarie, cette doctrine donna naissance aux bogomiles (De Bogomile, le fondateur de la secte), qui avaient repris les idées religieuses des conceptions manichéennes.

Par la suite, on a souvent établi un lien de filiation entre le catharisme et le bogomilisme, cependant, ce lien est aujourd'hui contesté. Si ces deux doctrines sont très proches, il semble que le catharisme soit directement issu du christianisme et des doctrines marcionistes (de Marcion) et gnostiques. Le catharisme est en effet le fruit d'un travail scripturaire, proposant une interprétation différente des évangiles, rejetant notamment tous les sacrements de l'Église catholique (baptême d'eau, eucharistie, mariage, etc.).

L'essor de la religion cathare

La religion cathare tire son nom du terme grec catharos, qui signifie pur, car elle donne comme but à l'homme d'atteindre la pureté parfaite de l'âme. Pendant la durée de sa vie terrestre, considérée comme une épreuve, l'Homme doit s'efforcer, par une conduite appropriée, de rompre avec la matière, le monde physique et les besoins grossiers. Pour les cathares, qu'on appelle aussi albigeois (de la région d'Albi), tout cela représente le Mal auquel est opposé le Bien, c'est-à-dire l'âme purifiée, ignorant les désirs du corps.

Ceux qui parviennent à purifier leur âme se reposent à jamais dans le Bien après la mort. Les autres doivent se réincarner indéfiniment. Pour les cathares, la mort n'était pas redoutée car elle pouvait signifier la délivrance. Ce mépris de la mort leur donna l'énergie nécessaire pour combattre le roi de France et le pape. Dès 1147, des moines furent envoyés pour redonner la raison aux albigeois, mais tous échouèrent. La dernière tentative fut celle de saint Dominique (fondateur de l'ordre des Dominicains), mais il n'obtint qu'un succès limité. Le pape en vint progressivement à penser qu'il fallait mener contre eux une guerre sainte. La rupture entre cathares et catholiques fut totale en 1208 lorsque le légat du pape fut assassiné.

La première croisade contre les albigeois (1209 - 1218)

L'assassinat de son légat amena le pape à lever une croisade contre les hérétiques. Le roi de France, Philippe Auguste, répondit à l'appel et laissa ses plus puissants vassaux, le duc de Bourgogne, les comtes de Montfort et de Saint-Pol prendre la tête de l'armée. Ce sont 300 000 croisés qui descendirent dans la vallée du Rhône. Le comte de Toulouse, Raymond VI, soupçonné d'avoir encouragé le meurtre du légat, s'était rallié à l'Église et s'était croisé contre ses propres sujets.

L'armée des croisés mit le siège sur la ville de Béziers, une ville solidement fortifiée. Cependant les habitants, forts de ce sentiment de sécurité, assaillirent les campements qui se tenaient aux pieds des murailles. Les ribauds (mercenaires et chevaliers recrutés pour l'expédition) profitèrent de ce que les portes des remparts étaient ouvertes pour se frayer un chemin à l'intérieur de la cité et y faire pénétrer ensuite une partie de l'armée. Aux soldats qui se demandaient comment faire pour distinguer, dans la population, ceux qui étaient hérétiques de ceux qui étaient fidèles, l'abbé de Cîteaux, Arnaud Amaury, répondit par cette phrase terrible : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens! »

La mise à feu du Languedoc commença, la ville fut incendiée et ses habitants, massacrés. Après Béziers, ce fut le tour de Carcassonne où l'armée s'annonça à la fin du mois de juillet 1209. L'âme de la résistance de la ville fut le jeune vicomte Roger de Trencavel. Le siège dura trois semaines, les assiégeants avaient privé la ville d'eau, obligeant les assiégés à parlementer. Trencavel qui était venu parlementer fut fait prisonnier par les croisés, rompant ainsi le code d'honneur de la chevalerie. Simon de Montfort, un chevalier croisé dont le courage avait été remarqué, fut choisi pour succéder aux biens de Trencavel. Cependant, ses sujets lui étaient naturellement hostiles. Aussi, jusqu'à sa mort, en 1218, il fut constamment en guerre contre ses sujets récalcitrants.

Simon de Montfort, vainqueur et vaincu

A l'issue de ces sièges longs et éprouvants, les croisés victorieux offraient la vie sauve aux hérétiques acceptant de renier leur foi, mais ils étaient bien peu nombreux. Par le fer, le feu et le sang, la croisade continuait, mais l'enjeu devenait chaque jour plus clair, il s'agissait pour les seigneurs du Nord de maîtriser le Midi. Le comte de Toulouse et le roi d'Aragon finirent par s'en inquiéter et, en 1213, ils unirent leurs forces pour attaquer Simon de Montfort au château de Muret.

La bataille de Muret, le 12 septembre 1213 fut un tournant dans la lutte pour le Midi occitan, à l'avantage de l'armée royale. L'assaut tourna court malgré l'avantage numérique, Pierre d'Aragon fut tué, et Raymond VI dut se replier dans sa ville de Toulouse qui fut par la suite investie par l'armée de Simon de Montfort. Mais le peuple gardait une fidélité profonde et préférait aller au bûcher en chantant plutôt que de renier sa foi. Lorsque Raymond VI et son fils Raymond VII revinrent d'Angleterre où ils s'étaient réfugiés, ils furent accueillis avec beaucoup d'enthousiasme.

Une émeute populaire avait chassé les chevaliers français de la ville de Toulouse. A cette nouvelle, Montfort accourut aussitôt pour mettre le siège dans la ville, c'est là qu'il fut tué en 1218. Sa mort fut accueillie par des cris de joie : les cathares voyaient disparaître le plus cruel de leurs ennemis.

La seconde croisade contre les albigeois (1226)

En 1224, de nouvelles menaces se précisèrent sur le pays occitan. Le nouveau roi Louis VIII va se montrer plus implacable encore que son père Philippe Auguste. En 1226, alors que les seigneurs et comtes du Midi se voyaient réinstallés sur leurs terres, une seconde armée croisée allait déferler sur le Languedoc, avec le roi de France en personne à sa tête. La plupart des villes s'effondrèrent ou se soumirent assez facilement. Seul Avignon opposa une âpre résistance de trois mois. La mort de Louis VIII sauva Toulouse d'un nouveau siège, mais les redditions successives de ses vassaux finirent par convaincre Raymond VII qu'il valait mieux capituler.

Par le traité de Meaux, signé en 1229, le comte de Toulouse s'engagea à demeurer fidèle au roi et à l'Eglise catholique, à mener une guerre intraitable contre les hérétiques et à marier sa fille unique au frère du nouveau roi de France, Louis IX, afin de préparer le rattachement du Languedoc à la France. Après la signature du traité et le retour de Raymond VII à Toulouse, le tribunal d'Inquisition fut créé et confié à une poignée de Dominicains. Jouissant d'un pouvoir sans limites, les inquisiteurs sillonnèrent le Midi pour débusquer les hérétiques. Mais ces mesures ne suffirent pas à étouffer l'aspiration du Midi à croire et à gouverner comme il l'entendait. Une seconde révolte secoua la région après l'assassinat, en 1242, des juges du tribunal de l'Inquisition par des chevaliers cathares.

La prise du château de Montségur

Une paix définitive fut signée à Lorris en 1243 entre le roi de France et le comte de Toulouse. C'était la fin de l'Occitanie indépendante et surtout du catharisme. Pour leur porter le coup de grâce, il fallut cependant prendre la forteresse de Montségur, symbole du refus de l'autorité royale, où s'était réfugiés 400 croyants de la religion cathare. La position de la forteresse (un pic dominant de plus de cent mètres des terres voisines) donnait un sentiment de confiance immense aux assiégés.

Durant une année, ils défièrent avec succès l'autorité du roi et du pape. Les 10 000 soldats engagés dans le siège ne pouvaient que constater l'inefficacité des boulets que catapultaient les pierrières contre les remparts. Cependant, une nuit de juillet 1244, grâce au renfort d'un groupe de montagnards habitués à l'escalade et connaissant parfaitement les lieux, les assiégeants réussirent à pénétrer dans la place par surprise et parvinrent à obtenir sa capitulation complète. Ne disposant plus d'aucun refuge sûr, pourchassés par les inquisiteurs, les derniers cathares vécurent comme des bêtes traquées, suscitant parfois de brèves révoltes. Les Parfaits survivants émigrèrent en Catalogne, en Sicile et en Lombardie.

Ainsi disparaissait la culture la plus raffinée de l'époque : la civilisation occitane issue du mythe de la chevalerie, de l'honneur chevaleresque et de l'amour-courtois, honorée par les troubadours.

2. Albi : cité épiscopale inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco

L’histoire d’Albi débute entre l’an -50 et l’an 50 après Jésus-Christ : à cette époque, c’est alors un oppidum assez important. À partir du IVe siècle, il devient le chef-lieu d’un civitas, à la tête d’un évêché, un rôle qu’Albi conservera jusqu’au début du Moyen Âge. De 940 à 1040, le développement de plus en plus important de la population fait d’Albi une cité. Un pont, connu aujourd’hui comme le Pont Vieux, est construit et transforme la ville en un carrefour inévitable entre les routes du Quercy et du bas Languedoc.

La guerre contre les Cathares

De 1190 à 1300, la cité d’Albi va connaître sa période historique la plus marquante. Une époque qui a façonné le visage de la ville que l’on connaît encore aujourd’hui puisqu’elle conduira notamment à l’édification de la Cathédrale Sainte-Cécile, et plus largement de la Cité épiscopale. Albi est l’une des villes au coeur des croisades contre les albigeois qui opposa l’Eglise catholique et le catharisme.

La paix revenue, et les hérétiques éliminés, d’Albi l’Eglise doit rétablir et montrer sa puissance. L’évêque Bernard de Combret lance alors le chantier d’un nouveau château : le futur palais épiscopal. Pour finir d’asseoir son pouvoir religieux, il décide également l’édification d’une imposante cathédrale, dont la construction débute en 1282. Aujourd’hui, et ce depuis 2010, l’ensemble de ces monuments est classé au Patrimoine mondial de l’Unesco.

La Cathédrale Sainte-Cécile

Elle est le symbole monumental du retour de l’Eglise catholique au sein d’Albi. Longue de 113 mètres, large de 35 mètres et dotée d’un clocher de 78 mètres, son chantier connaîtra une pause de trois quarts de siècle, perturbé par des crises multiples (peste, guerre, fiscalité monarchique). Si la consécration du choeur a lieu en 1480, ce n’est qu’en 1492 que le clocher sera terminé. De style gothique méridional, l’extérieur, construit avec les fameuses briques rouges de la région, se mêle aux somptueux décors de l’intérieur, et en font un monument unique. Peintures, sculptures et statuaires ont été ajoutées aux XVe et XVe siècles et constituent un décor de 18500 m2. On y remarque notamment l’un des plus amples Jugement dernier datant de l’époque médiévale, et un ensemble de peintures italiennes du début de la Renaissance. Autre élément notable l’orgue classique, le plus grand de France, réalisé au XVIIe siècle.

Le Palais de la Berbie

Édifié entre 1250 et 1260, le Palais de la Berbie (dérivé occitan de bisbia, évêché) est l’autre grand bâtiment emblématique de la Cité épiscopale. Construit sous les évêques Durand de Beaucaire et Bernard de Combret, c’est un ouvrage civil par son architecture militaire mais religieux par sa fonction. Son premier aspect était celui d’un donjon en briques flanqué de quatre tours. Plus tard, on lui ajoutera un second donjon et une vaste aile constituée de grandes murailles qui abrite la chapelle Notre-Dame.

Depuis 1922, le Palais de la Berbie abrite le musée Toulouse-Lautrec où l’on retrouve la plus grande collection publique du monde consacrée au peintre albigeois.

Le musée Toulouse-Lautrec conserve une collection unique des peintures de l'Albigeois.

La Collégiale Saint-Salvi

C’est l’un des plus anciens bâtiments de la cité mais aussi l’une des plus vastes églises romanes de l’Albigeois. Dédiée à Saint-Salvi, le premier à avoir occupé le siège épiscopal de la ville de 574 à 584, elle est un exemple rare d’une architecture mêlant des éléments romans datant du Xe siècle (en pierre) et des éléments gothiques (eux en briques) datant du XIIe siècle. Si un cloître lui est ajouté en 1270, il est abîmé à la Révolution française. Il n’en reste aujourd’hui que la galerie méridionale.

Le Pont vieux

Construit au milieu du XIe siècle, il est long de 150 mètres et conçus en pierre. Il a permis le développement commercial de la cité. Au Moyen Âge, il se compose d’une tour-porte fortifiée, d’une chapelle et d’un pont-levis.

📌 Plus d'informations sur la Cité épiscopale d'Albi : cite-episcopale-albi.fr

3. Carcassonne, la cité témoin des époques

Carcassonne est souvent considérée comme une cité médiévale. Pourtant, la ville a connu ses premiers habitants au VIe siècle avant J.-C. Placée au centre de la région Occitanie, entre la Montagne Noire et les Pyrénées, Carcassonne fait aussi le lien entre l'océan Atlantique et la mer Méditerranée. C'est une cité stratégique, de passage, qui a connu des cultures très différentes au fur et à mesure du temps.

Les Volques, les Romains et les Wisigoths...

Ce sont les Volques Tectosage qui soumettent les Ibères vers 300 avant J.-C. Et construisent un oppidum sur les hauteurs, au niveau de l'actuelle cité.

Un peu plus de 150 ans plus tard, les Romains lancent la conquête du Sud de la France et arrivent à Carcassonne. Ils en profitent pour renforcer l'oppidum et construisent des tours (les tours Nord de la cité datent de l'époque gallo-romaine). Durant plus de six siècles, Carcassonne est aux mains des Romains avant d'être prise par les Wisigoths au début du 5e siècle. Le roi des Francs Clovis tente de prendre la cité, mais sans succès... Il faut attendre deux siècles pour voir les Sarrasins s'emparer de la Carcassonne pour 34 petites années, avant de s'incliner devant Pépin le Bref en 759. Lorsque le fils de ce dernier, un certain Charlemagne, meurt en 814, le royaume de France change de système politique pour entrer dans la féodalité.

Les constructions médiévales

L'arrivée de la dynastie des Trencavel en 1082 apporte un rayonnement à la ville et les fortifications sont développées. Malgré cette extension, une décision des Trencavel va changer l'histoire de la cité. Raimond Roger Trencavel tolère et protège le catharisme, alors qu'il est vu comme hérétique par l’Église catholique. Le pape Innocent III proclame la croisade des Albigeois. Le 15 aout 1209, après deux semaines de siège, la dynastie des Trencavel doit abandonner ses terres, récupérée par le Roi de France en 1224.

Carcassonne devient une forteresse royale

Le Château Comtal est construit en grande partie au XIIIe siècle. Séparé de la ville par un fossé, le château est de forme rectangulaire et devient une forteresse à l'intérieur de la cité. Il comporte neuf tours, dont deux qui entourent la porte d'entrée. Il est possible de visiter son système de défense, le donjon, et d'admirer les fresques romanes.

Le Château Comtal

Saint-Louis ordonne la construction de la cathédrale Saint-Michel en 1247 à la place d'un ancien sanctuaire détruit lors du siège de 1240. Elle arbore un style gothique méridional.

La cathédrale Saint-Michel

Le roi ordonne également la construction d'une deuxième enceinte, arborant les traits que nous lui connaissons aujourd'hui. Cette forteresse a évolué au fil des siècles et des peuples grâce aux Celtes, aux Romains, aux Wisigoths, aux Sarrasins, aux familles féodales et à Saint-Louis. Comportant 52 tours et 3 kilomètres de remparts ont été classée au patrimoine mondial de l'Unesco en 1997.

Les remparts

De l'abandon a la restauration

En 1659, la paix est signée entre le royaume d'Espagne et la couronne de France. La frontière est déplacée vers le Sud et Carcassonne perd son intérêt militaire et sombre dans l'oubli... Jusqu'au début du Second Empire. La cité commence à tomber en ruine et l'architecte Viollet-le-Duc est chargé de la restaurer. Conscient de l'histoire de la cité, il tend à lui redonner sa physionomie. Il supprime le quartier qui s'est établi entre les deux remparts, redonne à la cité des ornements architecturaux utiles comme les gargouilles, refait les toitures avec des ardoises. Certains de ses détracteurs critiques les travaux, estimant qu'ils manquent de charme, et que Viollet-le-Duc a voulu imposer son savoir-faire. Quoi qu'il en soit, ces travaux immenses (ils ont duré plus de soixante ans) font désormais partie intégrante de la cité.

Les lices sont l'espace entre les deux enceintes aplani au Xlllème siècle au moment où on élevait la deuxième muraille

📌 Plus d'informations sur la cité médiévale de Carcassonne : tourisme-carcassonne.fr

4. Aigues-Mortes, le port de Saint-Louis

Trésor de la période Médiévale, Aigues-Morte doit presque toute son architecture au roi Louis IX. L'histoire de la cité débute au milieu du XIIIe siècle.

A l'origine d'Aigues-Mortes, il y a une tour érigée au milieu des marécages par Charlemagne : la tour Matafère. Cette dernière a pour but de protéger les pêcheurs, mais aussi de donner l'alerte à la tour Magne de Nîmes en cas d'arrivée de flotte par la côte.

C'est en 1240 qu'elle prend de l'ampleur. Louis IX veut donner à son royaume un port sur la Méditerranée pour se libérer de sa dépendance aux marines italiennes lors des départs en croisades. Agde et Saint-Gilles sont à Raymond VII, Marseille dépend de Charles d'Anjou, et Montpellier au roi d'Aragon. Ainsi, les bénédictins échangent le territoire d'Aigues-Mortes contre une grande somme d'argent ainsi que des terres. Une fois l'échange validé, les grands travaux démarrent...

L'église Notre-Dame-des-Sablons

L'un des monuments les plus anciens de la ville, elle a connu l'embarquement de Saint-Louis pour les croisades. Église au style gothique, son architecture évolue au fil des siècles. Son clocher s'écroule en 1634, et on entreprend des restaurations plus d'un siècle plus tard, en 1744. En 1991, Claude Vialat crée des vitraux pour l'église Notre-Dame-des-Sablons.

Les remparts

C'est en 1244 que les premiers plans du port et de la cité sont dessinés. Cinquante ans plus tard, l'enceinte de plus de 1630 mètres et la vingtaine de tours sont érigées et dominent la Camargue encore aujourd'hui.

La tour Constance

Elle aussi construite sur les ordres de Saint-Louis en 1242, elle a le but de protéger le port et la cité. Par la suite, elle se transforma en prison, notamment durant les guerres de religion. De nombreux protestants furent emprisonnés entre ses murs, dont Marie Durand, personnalité symbole du protestantisme persécuté, qui est restée captive dans la tour Constance 38 années. La prison avait également accueilli quarante-cinq templiers en 1307.

📌 Plus d'informations sur Aigues-Mortes : ot-aiguesmortes.com

5. Templiers : de la réalité à la légende

Le Languedoc Roussillon garde des traces très profondes de la grandeur de cet ordre victime de sa puissance et de son rayonnement.

De la Lozère jusqu’aux Pyrénées Orientales, châteaux, commanderies et forteresses militaires jalonnent l’histoire de l’Ordre du Temple. Le Seigneur de Montpellier ainsi que le roi d’Aragon favorisent le développement des commanderies dans la région. Les Templiers construisent des fermes fortifiés où ils élèvent des chevaux et cultivent la terre afin de fournir aux chevaliers (nobles) en Orient les matériels et subsistances nécessaires aux Croisades. Les “frères” vont ainsi organiser dans tout le Languedoc un réseau divisé en “Provinces”, “Baillies” et “Commanderies”.

L'histoire des Templiers fascine. De tous temps, leur aventure au coeur du XIIe siècle a fait rêver des générations d'historiens. Les Templiers étaient un ordre militaire et religieux chargé, avec l'Ordre de l'Hôpital; de la protection des pèlerins en Terre sainte et de la défense de la Palestine contre les Sarrasins. C'est en 1120, au concile de Naplouse (en Palestine), que neuf chevaliers français guerroyant en Palestine chrétienne depuis plusieurs années se regroupent autour d'Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer. Leur première mission était de protéger les routes et les pèlerins des brigands. Leur autre nom \"Chevaliers du Temple\" vient du fait que Baudouin II, le roi de Jérusalem, les installent dans une aile de son palais sur l'emplacement du temple de Salomon.

Puissance financière

L'ordre dispose de revenus considérables qui lui permettent de financer son activité militaire au Proche-Orient. Ces revenus proviennent de multiples dons, surtout en terres dispersées dans l'Europe occidentale. Il gère ces possessions d'une manière remarquable en les regroupant en commanderies. Grâce à leur présence en Europe et au Proche-Orient, les templiers servent de banquiers et peuvent prêter de l'argent aux souverains européens engagés dans les Croisades. En France ils sont aussi les gardiens du trésor royal.

Comme les autres guerriers chrétiens, les Templiers sont chassés du Proche-Orient par les musulmans à la fin du XIIIe siècle. Ils participent alors à la Reconquista en Espagne, certains sont même installés en Europe orientale. En France, le fait que les Templiers soient dépendants du pape les rend suspects au pouvoir royal, en particulier sous Philippe IV le Bel qui tente d'établir le pouvoir sans partage du roi sur le royaume. De plus, leur richesse est convoitée par le roi toujours à court d'argent ; une légende émettait que les templiers possédaient la moitié des logements de Paris.

Philippe le Bel accuse les Templiers d'hérésie et de mœurs incompatibles avec leur état de moines. Le roi obtient du pape Clément V que les templiers qui résident en France soient arrêtés (le 13 octobre 1307). Soumis à la torture, la plupart avouent ce qui leur est reproché. L'ordre est dissous par le pape en avril 1312. Les biens des templiers sont donnés aux Hospitaliers et à divers autres ordres de moines-soldats. Cinquante-quatre templiers, dont Jacques de Molay le maître de l'Ordre, sont brûlés vifs en mars 1314. Selon une légende, Jacques de Molay aurait dit une phrase devenue célèbre « Pape Clément ! Roi Philippe ! Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races ! », la malédiction allait s'avérer exacte. Clément V et Philippe IV moururent tous les deux dans l'année 1314, les enfants de Philippe le Bel moururent dans les 12 années qui suivirent, ce qui mit fin à la lignée des Capétiens.

Le trésor caché

La légende raconte qu’une partie du trésor des Templiers est toujours cachée quelque part. Selon un mythe local, le trésor aurait pu être caché dans le château de Gisors, en Normandie, qui avait été habité par les Templiers au XIIe siècle. Roger Lhomoy, jardinier de la forteresse, avait organisé des fouilles au XXe siècle dans la motte castrale, et prétendait y avoir découvert le trésor. Il n'est pas pris au sérieux, mais en 1964, le ministère de la culture entreprend des fouilles officielles. Elles n'aboutissent à rien, si ce n'est que les fondations sont nettement déstabilisées et le donjon se fissure. Le trésor des Templiers reste donc encore de nos jours un des plus grands mystères de l'histoire, et le découvrir est le rêve de nombreux archéologues. Mais il y aurait bien des châteaux et des édifices en ruine à fouiller, et la légende résiste au temps, même si de nombreux historiens pensent que les Templiers étaient riches uniquement par leurs terres.

Qui étaient les Templiers ?

Les Templiers sont recrutés dans la noblesse, ils sont alors chevaliers, et parmi les hommes libres non nobles, ils sont alors sergents. L'entrée dans l'ordre est gratuite et volontaire. Dès l'entrée, les Templiers, comme les moines, prononcent les vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. L'appartenance à l'ordre est à vie, sauf exclusion pour faute très grave. Il faut avoir plus de 18 ans, ne pas être fiancé, ni membre d'un autre ordre pour demander l'entrée dans l'ordre. De plus, il ne faut pas être endetté et être sain de corps et d'esprit.

Comme moines, les templiers suivent la règle de saint Benoît, cependant adaptée à leurs conditions de guerriers, en particulier pour les jeûnes qui ne doivent pas amoindrir les capacités physiques des militaires. Les Templiers portent un manteau blanc pour les chevaliers et de bure pour les sergents. Une croix rouge est placée sur l'épaule gauche, le rouge signifiant le sang versé par Jésus Christ pour le salut des hommes. La forme de la croix est variable. La perte de l'habit est une sanction équivalant à l'exclusion temporaire ou définitive de l'ordre. Le manteau appartient à l'ordre, le templier qui est exclu doit le rendre. Les chevaliers portent les cheveux ras, pour des raisons pratiques et d'hygiène, signe aussi d'appartenance à un ordre monastique qui prête peut de cas à l‘apparence.

A lire, « Les Templiers, dernière chevauchée en terre occitane »

Le livre de Gilles Bernard, Les Templiers, dernière chevauchée en terre occitane, aux éditions Empreinte, retrace l’histoire des Templiers dans la région. Tout débute dans la cité d'Aigues-Mortes au mois d'août 1291, quand le bateau Le Faucon du Temple s'approche des remparts de la ville, débarquant hommes et marchandises. Le navire qui appartient à l'Ordre des Templiers revient d'Orient, les cales débordant d'épices et de tissus. Le père Raimond et ses compagnons, chassés de Terre sainte, vont alors se confronter à une succession d'événements qui les conduiront dans plusieurs villes du sud de la France.

Le roi de France a annexé leur terre natale où l’Inquisition traque les derniers cathares : les jours de l’ordre du Temple sont comptés. Que faire des coffres d’or qu’ils rapportent ? Quel mystère se cache dans leur précieux reliquaire ? Les Templiers vont devoir défendre leurs vies pendant le long voyage qui les conduit de Nîmes au Pays basque en passant par Carcassonne, Saint-Martin du Canigou, Montségur, Toulouse et Rocamadour.◼️

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Dossier réalisé par :

  • Journalistes : Luis Armengol, Eva Gosselin, Thibault Loucheux
  • Sources : « Cathares et croisades : le Nord contre le Sud » : histoire-france.net ©N. Liger
  • Crédits photos : Vue Cité épiscopale d'Albi - ©Ville d'Albi / Cathédrale Sainte-Cécile d'Albi - ©Ville d'Albi / Palais de la Berbie Albi - ©Ville d'Albi / Collégiale Saint-Salvi - ©Ville d'Albi / Pont-Vieux Albi - ©Ville d'Albi / Vue de Carcassonne - ©Chensiyuan / Château comtal Carcassonne - ©Jacques Le Letty / Remparts Carcassonne - ©Sébastien Carles / Vue Remparts Carcassonne - ©OMT / Vue Aigues-Mortes - ©Baptiste Rossi / Remparts Aigues-Mortes - ©Marc Ryckaert / Château Templiers - © Greg Alric.