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Audit environnemental des sites affectés par le déversement de déchets toxiques issus du « Probo Koala » Côte d'Ivoire

Le 19 août 2006, un navire portant le nom de “Probo Koala” a déchargé 528 mètres cubes de déchets liquides dans le port d’Abidjan, en Côte d’Ivoire. Le chargement a été transféré sur des camions-citernes opérés par un sous-traitant local, et déversé en douze endroits différents de la ville.

Pendant les semaines qui ont suivi le déversement, plus de 100 000 personnes ont consulté pour des difficultés respiratoires, des saignements de nez, des irritations oculaires et dermatologiques, des problèmes digestifs, des nausées et des vomissements, et d’autres symptômes.

En juin 2012, l’ONU Environnement a reçu une requête formelle du gouvernement de la Côte d'Ivoire pour réaliser un audit environnemental scientifique indépendant des sites affectés par le déversement des déchets toxiques issus du Probo Koala.

Le Gouvernement souhaitait que l’ONU Environnement puisse déterminer si ces sites continuaient de poser des risques pour l’environnement ou pour la santé publique, et le cas échéant, émettre des recommandations sur des mesures correctives ou de dépollution complémentaire.

Une équipe de l’ONU Environnement composée de quatre experts internationaux a été déployée à Abidjan en juillet 2016, afin de procéder au prélèvement d’échantillons de sol, d’eau, d’air, de sédiments, de mollusques et de fruits et légumes sur 18 sites considérés comme ayant été affectés par le déversement, ainsi que trois sites de contrôle.

Une deuxième mission a été menée en janvier 2017, afin de procéder à des prélèvements complémentaires visant à combler certaines lacunes analytiques et à corroborer les résultats initiaux des analyses de laboratoire. Dans les deux cas, les experts ont été accompagnés sur le terrain par trois spécialistes du Centre Ivoirien Antipollution (CIAPOL).

Au total, 130 échantillons de sol, d’eau, d’air, de sédiments, de mollusques, et de fruits et de légumes ont été collectés par l’ONU Environnement.

CONCLUSIONS

1. Sites de déversement des déchets toxiques

Aucun des sites où les déchets issus du Probo Koala ont été déversés ne présente une contamination supérieure aux seuils établis par le Gouvernement de la Côte d’Ivoire pour la dépollution. Par conséquent, aucun de ces sites ne nécessite une intervention complémentaire pour remédier aux impacts des déchets toxiques déversés en 2006, même au regard de normes internationales comme les valeurs d’intervention néerlandaises, qui sont parmi les directives les plus fréquemment utilisées à travers le monde pour la gestion et la dépollution des sites contaminés.

2. Sites de déversement présentant d’autres pollutions spécifiques:

  • Toutefois, des « zones à risque » d’un point de vue environnemental se développent à Abidjan. Par exemple, des taux élevés de polluants ont été relevés dans les échantillons d’air et d’eau souterraine prélevés à Koumassi (Site 4), même si les concentrations relevées ne dépassent pas les seuils requérant une intervention urgente. Bien que ces “zones à risque” n’aient pas encore un impact critique sur l’environnement et la santé publique, les conséquences d’une telle pollution peuvent rapidement se faire sentir dans une métropole en pleine croissance comme Abidjan.
  • La décharge municipale d’Akouédo présente, sans surprise, des taux élevés de nombreux polluants, dont des taux légèrement élevés de cadmium dans certains légumes cultivés sur le site 12 (Akouédo 2).

3. Autres sites d’intérêt:

Le site 8 (Agboville) présente des taux élevés de chrome dans les échantillons de sol et de lixiviat prélevés sur le site. Dépendant de son état d’oxydation, le chrome peut s’avérer très toxique.

RECOMMANDATIONS

Dépollution du site de compostage de maïs à Agboville:

Ce site doit être maintenu en observation. Il sera notamment nécessaire de prélever d’autres échantillons et de mener une évaluation des risques d’après un modèle “source-voie d’exposition-récepteur” avant de pouvoir déterminer quelles interventions seront requises. Pendant ce temps, l’accès au site doit rester interdit, et des panneaux doivent être installés afin d’avertir les personnes de ne pas pénétrer sur le site, et de ne pas y récolter de l’herbe ou des légumes. Le lixiviat s’écoulant de ce site doit être éliminé de manière appropriée, dans une infrastructure dédiée, après avoir fait l’objet d’analyses chimiques complètes.

Assurer la diligence raisonnable requise pour le démantèlement de la décharge municipale d’Akouédo:

Un audit environnemental préalable complet devra être réalisé, comprenant la mise en place de systèmes de collecte du lixiviat et de contrôle des gaz de décharge. Il est possible que des restrictions d’utilisation, y compris pour l’agriculture sur le site, doivent également être instaurées.

Procéder à une évaluation environnementale de la zone de Koumassi et protéger les travailleurs:

Il est fortement recommandé que le Gouvernement:

  • S’assure que les ouvriers disposent d’un équipement de protection personnelle et d’une formation sur la santé au travail;
  • établisse des directives relatives au contrôle des émissions et à la gestion des déchets pour les petites et moyennes industries;
  • entreprenne une évaluation environnementale complète de la zone de Koumassi, comprenant la qualité du sol, de l’eau et de l’air, qui servira de support à l’élaboration d’un plan d’action visant à atténuer les impacts sur la santé publique.

Établir un programme de surveillance de la santé publique:

Des dizaines de milliers de personnes ont été affectées par le déversement des déchets toxiques issus du Probo Koala en 2006. Cette étude vise à déterminer si les sites de déversement continuent de poser un risque pour l’environnement et pour la santé des populations riveraines ou avoisinantes, et ses conclusions en la matière sont rassurantes. Celles-ci, toutefois, n’excluent pas que la santé des communautés soit encore affectée par leur exposition initiale aux déchets en 2006. Il est donc fortement recommandé que le Gouvernement de la Côte d’Ivoire entreprenne l’examen d’une sélection représentative de cas d’origine et se penche sur la nécessité de mettre en place un programme de suivi de la santé de ces communautés.

Renforcer le CIAPOL:

Le Centre Ivoirien Antipollution (CIAPOL) a été dévasté par les violences post électorales de 2010-2011, conduisant à un affaiblissement des systèmes de suivi environnemental qui ont été mis en place et des capacités qui ont été renforcées au sein de l’institution suite au déversement de déchets toxiques de 2006. Le Gouvernement devrait s’appuyer sur les recommandations de l'évaluation institutionnelle du CIAPOL, réalisée en 2012, pour restructurer l'institution et lui fournir les moyens nécessaires pour répondre aux défis environnementaux actuels.

"Il est rassurant de constater qu'à l'aide d'une intervention précoce et d'une volonté politique suffisante, un désastre comme l'incident de contamination chimique en Côte d'Ivoire peut être atténué avec le temps", a déclaré Ibrahim Thiaw, directeur exécutif adjoint d'ONU Environnement. "Cet audit environnemental indépendant et scientifique des sites contaminés nous donne accès à un ensemble de meilleures pratiques et de pièges à éviter lors d'une intervention en cas de catastrophe et nous permet de tirer les enseignements d'une tragédie comme celle-ci." - Ibrahim Thiaw, Directeur exécutif adjoint de l'ONU environnement.

Credits:

2017 © ONU Environnement

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