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ÉTUDIER EN FRANCE : UN LUXE ? L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR: UN MONDE OU LES INÉGALITÉS ENTRE ÉTUDIANTS S'ACCENTUENT

Le lundi 30 octobre, la Ministre de l’enseignement supérieur Frédérique Vidal s’est exprimée sur le « Plan Étudiant » que le gouvernement souhaite mettre en place pour la rentrée 2018. Au programme, l’amélioration des conditions de vie des étudiants et l’accès aux études supérieures. Vrai programme ou simple utopie ? Le gouvernement aura fort à faire pour remédier aux nombreuses galères auxquelles font face les étudiants français. Un problème qui ne date pas d’hier.

Partie I : Étudier en France: un enjeu difficile

En septembre 2017, 2,6 millions d’étudiants ont fait leur rentrée dans l’enseignement supérieur français. Soit, 40 000 étudiants en plus par rapport à l’année 2016.

Mais sur ces 2,6 millions, quel est le pourcentage de ceux qui essayent tant bien que mal de réussir leurs études, avec peu de moyens ?

Des conditions de vie dégradées

" Les jeunes ne peuvent pas attendre un quinquennat de plus pour voir leurs conditions de vie s’améliorer ", UNEF.

Au fil des années, les conditions de vie des étudiants se sont dégradées. Il y a de cela des années, les conditions étaient déjà peu favorables à un épanouissement éducatif des étudiants.

Souleymane et Stéphanie, deux étudiants du début des années 2000 se souviennent. « Il y a 10 ans la situation était la même, malgré le fait qu’on en parlait moins. Je n’avais pas d’argent. J’ai mangé du pain et du beurre pour payer mon loyer. Mais au moins j’avais un toit qui était une sorte d’isoloir, indispensable à la concentration ». Les universités peinaient déjà à cette période. « Le président de l’UFR de l’époque nous disait que le budget de la fac de philo était équivalent au budget d’une bonne fac… du tiers monde ! ». Stéphanie devait travailler au fast-food toutes les nuits pour financer un loyer, alors qu’elle logeait chez ses parents. « J’ai gardé les post-it de ma mère qui me faisait payer mon dentifrice, mes courses, le loyer ».

« Quand vous devez lutter sur plusieurs fronts, c’est difficile de gagner la guerre »

Malheureusement, ce phénomène s’accentue.

Le coût de la vie étudiante est en constante augmentation, alors que le pouvoir d’achat diminue. Obligeant même de nombreux étudiants à travailler pour subvenir à leurs besoins. Notamment celui du logement. Un bien de plus en plus difficile d’accès.

La doyenne de l’université de Bordeaux-Montaigne, Mme Hélène Velasco a constaté une nette dégradation des conditions de vie des étudiants, entre ses débuts dans les années 2000 et maintenant. « On se rend compte que les étudiants ont de plus en plus de difficulté à trouver un logement et à se nourrir correctement. Chose qu’on ne voyait pas il y a 20 ans ».

Crédit / wordpress.com/2014/08/vie-etudiante-chere-1
« Tu travailles pour avoir quelque chose pour travailler », un vrai cercle vicieux selon Coline, étudiante à Bordeaux.

Même son de cloche pour Alex, étudiant à Rennes, « dans l’ensemble, la plupart des étudiants travaillent. Or, on oublie sans doute qu’un étudiant doit aussi…travailler ! On exige beaucoup de nous, sans y mettre les moyens ».

Les conditions sont vraiment déplorables pour les étudiants d’aujourd’hui. « Le pire, c’est que les personnes qui ne sont pas en contact avec les étudiants osent dire qu’ils sont bien lotis », se révolte Pauline, étudiante sur Paris. « On galère et peu de personnes le savent ».

Crédit / Akenini.com

Un coût de la vie en constante augmentation

2,09 %, c’est le chiffre marquant de cette année. Il représente l’augmentation du coût de la vie étudiante en France.

http://unef.fr/wp-content/uploads/2017/08/panier-social-2017-v3-1.pdf
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/08/31/precarite-pres-de-2 0-des-etudiants-vivent-en-dessous-du-seuil-de-pauvrete_5178834_4355770.html

Les étudiants pâtissent de l’augmentation du coût de la vie.

« Il est vraiment compliqué de se concentrer sur ses études quand on a des problèmes d'argent et ne pas louper des heures de cours pour aller travailler », Salomé, étudiante bordelaise.

« Le coût de la vie augmente pour tout le monde. Et malheureusement ce sont les classes les plus pauvres qui sont le plus touchées », explique Carole, 25 ans et étudiante en Master 2 de Management du Tourisme Durable à Toulon.

Lorelei, 25 ans également, vient de terminer son mémoire de fin de Master en management commercial. « Le coût de la vie me pèse énormément. Tous les mois je suis à découvert. Notamment car pour financer mes études, j’ai dû faire un prêt de 14 000 € ». Plus d’une fois la parisienne a failli baisser les bras, car gérer l’argent devenait difficile. Mais sa force de caractère a fait que jamais elle n’a lâché.

« Si seulement il n’y avait que le coût de la scolarité à payer. Mais en plus de ça il y a le logement, le transport, le budget alimentaire » déclare Nicolas, étudiant à Rennes.

« J’ai des problèmes cardiaques, mais je ne peux même pas aller me soigner », Rudy.

Rudy, étudiant à Bordeaux est l’exemple même de ces étudiants qui galèrent et se sacrifient à cause d’un coût de la vie trop élevé. « J’ai redoublé ma 1ère année car sans bourse, sans argent, je ne pouvais pas payer les frais de scolarité dans leur totalité ». Mais chose encore plus grave, ce sacrifice joue sur sa santé. Des soins auxquels les étudiants renoncent, faute de budget suffisant. « J’ai des problèmes cardiaques, mais je ne peux même pas y aller. Mon ordonnance traîne depuis un an ».

2,9 %. Ce chiffre ne fait qu’accentuer le sentiment d’inaccessibilité à l’enseignement supérieur. Quentin Panissod du mouvement Promotion et Défense des Etudiants va même jusqu’à dire que « les étudiants détruisent leurs études ». Une chose absolument tragique selon lui, mais à laquelle « on ne peut pas faire grand-chose ».

Crédit / www.atlasinfo.fr

L’augmentation du coût de la vie ne fait qu’augmenter la précarité des étudiants. 20 %, c’est la part d’étudiants vivant sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de 987 € par mois, soit 60 % du salaire médian français qui est de 1797 € par mois (net dans le privé).

Ce constat est en constante augmentation, puisqu’en 2012 seuls 19,1 % des étudiants vivaient sous le seuil de pauvreté.

« En France, il existe le phénomène de vulnérabilité subjectivé », explique Philippe Cordazzo, maître de conférence en démographie. « C’est en fait, le ressenti de précarité que peuvent avoir les étudiants. Ils sont vulnérables. Ils renoncent aux soins, à l’alimentation, ils doivent travailler. Tout cela impacte gravement leurs études ». Ces étudiants savent très bien que s’ils perdent tout cela, ils n’auront plus la possibilité de faire des études.

De nombreux étudiants considèrent cette situation presque normale.

La précarité est un facteur qui ne fait qu’augmenter le budget des étudiants. Le budget mensuel est difficile à gérer quand on a peu de ressources, tant les dépenses s’accumulent. Loyer, alimentation, transports et sorties diverses ont un coût. Le budget s’échelonne entre 600 et 1 000 euros par mois, alors que ce dont disposent les étudiants par mois est de l’ordre de 400 euros environ.

Le jeune étudiant qui réside en logement du CROUS, débourse environ 150 à 350 € par mois, à la différence d'un étudiant qui réside dans le privé. Celui-ci débourse 400 € minimum pour un studio en province. Alors que ce bien est difficile à obtenir en-dessous de 800 € à Paris. Le transport également creuse le budget étudiant. Selon la ville et les distances parcourues, la fourchette oscille vers les 250 € par an. Hormis le logement et le transport, il faut aussi se nourrir. Cela représente environ 200 € par mois. Sans compter les "à côté" comme le téléphone, internet et les dépenses diverses (sorties, vêtements...) Soit près de 200 € par mois.

« Ma banque m’appelle souvent pour me dire que je suis à découvert », Alyson - 22 ans - M2 recherche allemand.

« Ça ne paye même pas la moitié de mon loyer ». Marine Guilbot – 23 ans – M2 INSEEC.

« Pour faire des économies, j’utilise beaucoup les coupons 100 % remboursés quand je fais mes courses ». Marina – 21 ans – PACES

« Je mange des pâtes à l’eau pour éviter de dépenser ». Rudy – 20 ans – MISIPCG (Maths, Informatique et science de l’ingénieur)

« Ma banque m’appelle souvent pour me dire que je suis à découvert ».

Un manque cruel de logements

Quand on sait que le logement représente 53 % du budget, on comprend mieux pourquoi tant d’étudiants éprouvent des difficultés à se loger.

Sur l’ensemble des étudiants, très peu sont logés par le CROUS. Qu’en est-il pour le restant des étudiants ? Comment expliquer que dans un monde où le nombre d’étudiants est en constante augmentation, il leur est si difficile de trouver où se loger.

L’une des plus grandes sources de stress de l’étudiant, est de savoir s’il arrivera à se loger, afin d’étudier dans les meilleures conditions. Pourquoi tant d’obstacles ? Pour les propriétaires, étudiant est souvent synonyme de dégradation, manque de ressources et instabilité. Jossia, 21 ans, a souvent fait les frais de la crainte des bailleurs. « J’ai eu le droit à pas mal de refus de la part des agences et des propriétaires, après avoir précisé que j’étais étudiante ».

Crédit / Joss

« Pour faire des économies, j’ai visité des appartements sans agence. Mais souvent des trucs pas nets, avec des surfaces toutes petites », déclare Alyson, étudiante à Bordeaux. Après avoir fait des aller-retour d’1h30 tous les jours pour rentrer chez ses parents, Alyson décide de trouver un logement sur place. Après des visites désastreuses, elle décide de passer par une agence de Mérignac et finit par trouver un T1bis avec un loyer de 467 € dans une résidence toute neuve.

A Paris, trouver un logement est encore plus complexe. Notamment car les loyers sont hors de prix. Amélie, venue sur Paris pour ses études s’en souvient. « On était une cinquantaine de personnes à attendre pour visiter le logement. Je n’ai réussi à trouver mon appartement, que la veille de ma rentrée ». Désormais, l’étudiante bénéficie d’un logement du CROUS, où le loyer est loin des 600 € qu’elle devrait débourser auparavant pour une simple chambre dans une colocation.

« Paris, summum de l’indécence »

Trouver un logement à Paris intra-muros, impossible. Auriane, 19 an a dû trouver de quoi se loger à Bussy-St-Georges. Un appartement à tout de même 700 € par mois, pourtant situé en dehors de Paris. « J’ai dû faire un prêt étudiant de 18 000 € pour réussir à payer le loyer ».

« Maman et étudiante », un duo incompatible.

Pauline est une étudiante brillante de 27 ans et mère célibataire de deux petites filles. Elle a réussi à trouver un logement après plusieurs péripéties. A la rue du jour au lendemain après une séparation, elle est recueillie par sa sœur. Suite à cela elle fait toutes les démarches pour obtenir un logement social. Mais là, problème. Avec son statut de mère étudiante, toutes les portes se ferment. « Pour les étudiants en galère on peut avoir une aide sociale, mais comme je suis maman, ce n’est pas possible. De l’autre côté, je n’ai pas eu le droit aux aides départementales, car je suis étudiante ». Une situation totalement ahurissante. « Tant qu’on ne rentre pas dans les cases, aucune chance d’avoir des aides ». Fort heureusement, son oncle s’est porté garant pour son logement actuel. Un appartement de 36m² pour trois, à tout de même 880 € par mois.

D’après les syndicats, il manquerait environ 100 000 logements pour les étudiants. Que cela soit au sein du CROUS ou dans le privé.

Bordeaux, Paris, Lyon, les grandes métropoles françaises sont totalement saturées sur le marché du logement. Comment expliquer ce phénomène ?

Ce phénomène s’explique par le fait que pour avoir un logement, il faut des gens qui partent. Pascal Broustet de l’Agence Immobilière Meriadeck. « Cette année, on a constaté avec mes confrères qu’à partir du 15 juillet nous n’avions plus de logement à louer ». Simplement parce qu’il y a un gros manque de logements, mais également car l’état n’encourage pas à investir. « Sur Bordeaux, il manque environ 400 000 logements étudiants ». « Aujourd’hui, les gens veulent minimiser les risques et se protègent des loyers impayés. Ce qui fait que l’on accepte les étudiants seulement avec une caution d’un parent ou d’un proche. Si on met en place une caution à une personne qui n’a pas d’argent, ça ne sert à rien. Or par définition, un étudiant n’a pas d’argent ».

« C’est la 1ère année où il est autant difficile de trouver un logement », UNEF.

L’UNEF Bordeaux a d’ailleurs lancé un #EtudiantsSDF. « Ce hastag a permis de lancer le débat sur le logement étudiant. On a essayé de faire en sorte grâce à cela, que le CROUS puisse reloger ces étudiants et trouver les solutions adéquates ».

Certains promoteurs comme Open Partners assurent essayer de réduire au maximum leurs coûts, afin de permettre aux étudiants d’accéder à des logements aux loyers convenables. Malheureusement, cela n’est pas une mince affaire.

« Il faut que nous montrions l’exemple. Que l’on peut construire des résidences et louer 20 % moins cher que le prix du marché. Mais en l’état actuel des choses, c’est difficile » déclare Guillaume Gaffinel de Open Partners.

Leur idée, créer un nouveau complexe de résidences étudiantes à bas coût, dès la conception du logement. « Même à 500 € c’est presque devenu impossible. La chose que l’on peut faire, c’est essayer de faire des logements à des coûts raisonnables ». Le but, améliorer les conditions de vie des étudiants. Que ce soit au niveau du logement lui-même, que de la distance parcourue tous les soirs et matins.

« Notre but, informer sur un vrai problème de société aujourd’hui ».
« Les étudiants sont ravis de pouvoir vivre dans un logement décent et correspondant à leurs attentes et besoins ».

Des loyers qui restent cependant élevés. Par exemple, 700 € pour un 18m² sur Levallois-Perret. Malheureusement, ils ne peuvent diminuer davantage car les normes françaises de construction ne le permettent pas. « Pour débloquer l’offre de logement, il faut débloquer le foncier »

Crédit / http://www.seloger.com
Crédit / http://www.fnaim.fr

A Bordeaux, la situation est particulièrement critique. Que ce soit dans le public ou dans le privé, il est de plus en plus difficile de se loger dans la métropole bordelaise.

Pascal Broustet, de l’agence immobilière Mériadeck, explique cela par le fait d’un cruel manque de logement. Par ailleurs, l’essor du AirBnb dans la capitale de la Nouvelle-Aquitaine n’arrange pas les choses. « Je suis assez inquiet de ce phénomène. Sur Bordeaux, 10 700 logements environ sont répertoriés pour le logement de tourisme. C’est plus rentable pour les propriétaires ».

Les étudiants ont d’ailleurs interpellé le maire de Bordeaux, Alain Juppé, sous le slogan, « Juppé, héberge-nous ». Mais également avec le #EtudiantSDF, l’UNEF espère sensibiliser l'opinion sur cette pénurie de logements à Bordeaux.

Pénurie à laquelle ont fait face plusieurs étudiants.

« Je me suis retrouvé à la rue pendant quelques jours ».

Une phrase que l’on ne devrait pas entendre dans notre société actuelle. Et pourtant. Rudy, jeune bordelais venu de Guingamp s’est retrouvé sans toit au-dessus de sa tête. « Pendant quelques jours, je me suis retrouvé à la rue. J’ai passé des nuits blanches, mais j’étais accompagné ». Heureusement, aujourd’hui et grâce à des désistements dans les logements du CROUS, il a trouvé de quoi se loger.

Crédit / over-blog.com
« J’ai juste besoin d’un matelas pour dormir »

Mohamed Lio, étudiant à Bordeaux-Lac en a été très touché. Le jeune homme originaire de Marseille a manqué sa semaine de rentrée, faute d’avoir un toit pour dormir. Lors de cette entrevue, Mohammed était sans domicile fixe, logé à droite à gauche chez des connaissances. « Il faudra que je trouve un logement si je veux rester sur Bordeaux pour mes études, sinon je vais dormir dehors ».

On pourrait se dire qu’avec les aides, il est plus facile de payer son loyer. Et pourtant, pour la plupart des étudiants, ces aides ne comblent même pas la moitié de leur loyer. Mais ils s’en accommodent. « Sans le logement du CROUS, je serais rentré chez mes parents » déclare Valentin. « J’ai même regardé dans les campings, chez l’habitant ou les colocs. Mais je n’ai rien trouvé à des prix abordables ».

« Le logement sans le CROUS c’est très compliqué, car la bourse n’est pas considérée comme un revenu fixe ». (Rudy)

La situation est alarmante et le constat sans appel. Un cruel manque de logements pour une ville si attractive pour les étudiants. Bordeaux est le 4ème grand pôle universitaire en France, avec près de 92 000 étudiants. Ce chiffre a largement augmenté en 15 ans et connaitra certainement une augmentation d’ici 2030. La direction de l’habitat et de la politique de Bordeaux Métropole prévoit d’ailleurs la création de logements pour faire face à cette évolution. « Il y a une action en cours, avec un projet d’identification du foncier ». « Au cours des dix dernières années, il y a eu un fort développement de l’offre de logements étudiants. Mais ce besoin qui répondait pour l’heure aux attentes est venu se confronter à la rentrée 2017 et au AirBnb. Cela faisait que les étudiants ne trouvaient plus le relais qu’ils avaient dans le privé ».

Afin de combler ce manque de moyen et améliorer leurs conditions de vie, nombreux sont les étudiants qui travaillent pendant leurs études.

Obligés de travailler pour vivre

En 2016, la moitié des étudiants avaient un travail rémunéré selon les données de l’Observatoire de la Vie Étudiante (OVE). La moitié d’entre eux travaillent tout au long de l’année afin de financer leurs études et avoir un certain confort de vie.

http://www.ove-national.education.fr/medias/Fiche_activite_remuneree_CdV_2016.pdf

« Je m’étais juré de ne jamais travailler dans un fast-food, mais je ne pouvais pas prendre le risque de ne pas avoir de travail », Alyson. « Mais quand on pas d’argent, on accepte tout », Pauline. Beaucoup d’employeurs profitent de la situation, car de toutes les manières, les étudiants seront quand même obligés de travailler pour financer leurs études.

Ils doivent travailler pour financer leurs études, parfois même choisir des métiers dit « tabou ». Strip-teaseuse ou « sugar-baby », voire prostitué. Des emplois dont les étudiants ont honte de parler. Pour Sandrine Goldschmidt, chargée de communication du mouvement du Nid (association agissant sur les causes et conséquences de la prostitution), il est difficile de chiffrer ce phénomène.

Un métier devenu presque banal pour de nombreux étudiants ayant choisi cette voie pour sortir de la précarisation de la vie étudiante.

On la surnomme « GiGi ». Jeune étudiante de 19 ans à la fac de Bordeaux. Caissière, coursière. Rien de tout ça. GiGi est strip-teaseuse. Essuyant les refus pour un job étudiant dans les fast-foods, elle se dit « pourquoi pas un club de strip-tease ». Laura* donne des cours de danse. Pour elle, ce métier se résumait à danser devant des clients. Alors cela ne la dérangeait pas. Un loyer de 440 €, un ancien logement plus qu’indécent et des aides inexistantes pour avoir manqué de les demander. « Je me suis dit que ce serait en dernier recours, si vraiment je n’avais pas le choix ».

« Ce n’est pas comme je me l’imaginais, mais ça va ».
Crédit / GiGi

Malheureusement, son enthousiasme fut de courte durée. « Au début tu penses que ce n’est que de la danse. Mais en fait non. Il faut avoir la tchatche, faire consommer les clients. Après, je me suis dit que ce n’est pas si horrible que ça. Surtout vu ce qu’on touche à la fin du mois ». Assurée du SMIC et payée aussi à la commission, elle sait pertinemment qu’elle n’aurait pas touché cela en travaillant à McDo. « En 16 jours, j’en suis à 1 200 € ».

Étudiante à Bordeaux Montaigne, Laura pensait que ça n’aurait pas d’impact sur ses études. La réalité est tout autre « Je finis parfois à six heures du matin. Quand tu as cours après à huit heures, tu n’as pas forcément envie d’y aller ».

« Je n’ose même pas imaginer si elle l’apprend ».

« Mon entourage pense que je travaille au fast-food. Quand je parle avec ma mère, je lui parle de mes horaires, de mes collègues. Je n’ose même pas imaginer si elle l’apprend ». Seules certaines de ses camarades de classe sont au courant. Très compréhensives, « elles n’ont pas été choquées ». « On en rigole ». Laura, consciente que le métier qu’elle exerce est loin d’être banal, préfère en rire. « Si je me dis que c’est grave, ça va me trotter dans la tête et je vais arrêter. Sauf qu’il ne faut pas que j’arrête. Je n’ai pas le choix ».

Le strip-tease, un milieu très difficile. « Dans ce milieu, pas d’amitié. C’est la compétition. Quand un client rentre, c’est comme si on se jetait sur une proie ». Laura n’est pas la seule étudiante dans ce cas. Mais entre étudiantes, elles ne parlent pas de leurs galères. « Il y a deux nouvelles. Elles sont très gentilles, mais je pense qu’elles ne savent pas dans quoi elles s’embarquent ».

« Lorsque j’ai commencé en septembre, je me suis mise à pleurer ».

Des clients rois et très riches. Parfois un peu insistants, ils proposent aux filles d’aller plus loin. Heureusement, les limites ne sont jamais franchies (officiellement). Parfois même des étudiants de prestigieuses écoles privées de la métropole bordelaise. Des clients que GiGi n’aime pas voir entrer dans le club. « J’ai l’impression de mélanger ma vie d’étudiante et ma vie de strip-teaseuse ».

« Quand j’arrive au club, j’intègre mon personnage de « GiGi ». Nous sommes très différentes ». Laura est une jeune étudiante de 19 ans et GiGi une strip-teaseuse ultra maquillée, juchée sur des talons de 19 centimètres de haut et affublée d'une robe moulante.

« C’est tellement banal que tu ne te rends même plus compte que ce n’est pas normal de faire ça ».

Laura relativise de cette situation absolument anormale pour une étudiante. « Je me dit qu’il y a plus compliqué, même si je sais que faire ce job, c’est avoir de l’argent facile ». « Au tout début, j’étais limite contente quand je rentrais chez moi ». Totalement consciente de la réalité, Laura ne se choque même plus de sa situation. « C’est tellement banal que tu ne te rends même plus compte que ce n’est pas normal de faire ça. Quand on arrive, on se change, comme pour un boulot normal ». Elle va même jusqu’à comparer son job à du théâtre.

Pourtant souvent, Laura se dit que dans ce club de strip-tease, elle n’est pas à sa place. « Je n’ai rien à faire ici. Je suis là, mais certainement pas toute ma vie ». Normal car c’est devenu une habitude, mais anormal de devoir en arriver là pour financer ses études.

« Je sais que dans deux ans je ne serais plus là. Je compte bien devenir prof ».

*son prénom a été modifié

Malheureusement, travailler le temps de ses études a des conséquences sur les chances de réussir ses études. Notamment lorsque cela dépasse les 10 heures par semaine. Selon une enquête de l’OVE d’avril 2017, 17,7% des étudiants estiment que travailler en même temps que leurs études a un impact négatif.

« J’estime que travailler pendant ses études devrait être INTERDIT. Toute personne voulant faire des études devrait avoir les aides suffisantes qui lui permettent de vivre normalement, tout en se concentrant sur ses études ». Carole a dû cumuler plusieurs emplois pour s’en sortir. « Si je n’ai pas terminé ma dernière année de Master, c’est pour différentes raisons, notamment le fait d’avoir plusieurs emplois en même temps ».

« Le travail salarié reste le seul moyen pour augmenter les revenus. Mais c’est un vrai souci pour les chances de réussites. Après, cela n’est pas quelque chose de nouveau », déclare Jean-François Giret de l’OVE.

Étudier peut varier du simple au double

Étudier en France ne se fait pas de façon homogène. Il existe énormément de différences dans les villes où l’on souhaite partir étudier. Grandes métropoles ou villes de France. Mais également que ce soit le cursus choisi. Public ou privé.

Un coût qui varie du simple au double en fonction des villes

Paris, la mauvaise élève.

La capitale reste la ville où le coût de la vie reste le plus difficile pour de nombreux étudiants.

« Paris, c’est le summum de l’indécence » Amélie.

Pour pouvoir faire des études, Julie a dû faire des sacrifices. Sacrifier sa vie de jeune étudiante afin de travailler. « Cela creuse encore plus le fossé entre ceux qui ont les moyens et moi ». Malheureusement, comme la plupart des écoles sont centralisées dans les grandes villes, il faut parfois décider de renoncer à un certain confort de vie et quitter son chez-soi. Mais pour cela, il faut avoir un certain soutien financier de la part de son entourage.

Si l’accès aux études supérieures devient de plus en plus difficile pour les étudiants, certaines villes restent cependant plus accessibles.

Dans certaines villes étudiantes, le coût de la vie a augmenté. Même les petites villes étudiantes sont touchées.

De Rennes, en passant par Clermont-Ferrand ou Le Mans, tous les étudiants savent qu’ils bénéficient de conditions plus favorables que dans certaines autres grandes villes. Mais pourtant, même si les loyers restent plus accessibles, les conditions de vie ne sont pas plus faciles.

Crédir / http://jactiv.ouest-france.fr

« A Rennes, la vie est beaucoup plus abordable » déclare Alex, 21 ans. Laura, 25 ans, aurait beaucoup aimé partir faire des études sur Paris, mais les conditions ne sont absolument pas les mêmes.

Marion, elle, a fait des études dans les grandes métropoles et peut vraiment comparer le coût de la vie entre ces différentes villes. Désormais au Mans, elle sait que dans la capitale « on se retrouve vite coincé au niveau financier, surtout si on ne travaille pas à côté ».

Mais pour ces villes universitaires de taille plus humaine, les conditions de vie ne sont pas forcément meilleures. Certes, le loyer reste plus abordable, mais certains étudiants sans ressources se retrouvent toujours en difficultés. « Mes revenus couvrent à peine le loyer. Je me retrouve un peu plus endetté chaque mois », déclare Nicolas, 28 ans, étudiant à Rennes.

« L’absence de politique universelle en terme d’aides sociales crée des inégalités que villes et régions ne peuvent que difficilement compenser », déclarait l’UNEF.

Une vraie fissure entre enseignement supérieur privé et public

Public ou privé, est un choix assez difficile. Les étudiants essayent de faire peser les pours et les contres dans la balance, afin de choisir leur cursus. Mais qui dit école privée, dit gros budget. Pour étudier dans ces écoles, il faut compter en moyenne 10 000 euros par an.

« C’est très difficile de trouver la somme pour toutes les années » explique Audrey, étudiante en relation presse et évènementiel.

Son histoire est assez particulière. Étudiante à Bordeaux, elle sait l'école qu'elle veut faire : Sup de Pub. Problème, l’école est à presque 8 000 € l’année. Un choix qui ne faisait guère le bonheur de ses parents et surtout de son père. « Pendant un temps, je me suis retrouvée à la porte, alors que je vivais chez mes parents, car mon père ne voulait pas que je fasse cette école. Ce fut une grande bataille. Je n’ai jamais tenu compte des barrières, car c’est ce que je voulais faire, mais cela amène de la tension dans la famille et de la pression ». Audrey va même jusqu’à dire qu’elle évitait d’exposer sa situation, car dans ces écoles-là, si tu parles de problèmes d’argent, tu ne te sens pas intégrée.

« Le gouvernement et la société ne se rendent pas compte. On te dit : tu as envie de faire quelque chose, alors fais-le! Mais ce n’est pas aussi simple » Audrey.

« Les gosses de riches restent entre eux et ceux qui se démènent pour étudier en école de commerce se regroupent et s’entraident », déclare Marine, étudiante à l’INSEEC. Une école pour laquelle elle a dû débourser 11 000 € pour seulement 4 mois de cours.

Des écoles privées qui pour certaines n’ont même pas de différence avec l’enseignement public. Marion a été dans une école privée pendant cinq ans. Elle explique que le tarif augmentait tous les ans, sans raison fondée. « Il n’y avait pas forcément de plus-value par rapport au public ».

Certains doivent même faire le choix d’abandonner en cours de route, faute d’un financement suffisant. Maria-Sophia, étudiante bordelaise, faisait son parcours à l’INSEEC. Mais par manque de moyen, elle a arrêté; en accord avec le directeur. « Je n’étais pas d’accord de payer 10 000 € pour 4 mois de cours ».

Quand l’on sait que les études durent généralement trois à cinq ans, le calcul est vite fait. Commencer dans la vie en étant endetté, en devant travailler à côté. Comment choisir ces écoles dites « prestigieuses », sans argent ?

La majorité des étudiants privilégient l’alternance dans l’enseignement privé, pour des raisons budgétaires.

Partie II : L’État doit agir

L’État français essaye tant bien que mal de faire au mieux pour contenter toutes les demandes. Malgré tout, celles-ci restent cependant bien inégales aux yeux des étudiants français. Des bourses trop faibles, une baisse des APL, mais également d’autres aides trop peu connues ou aux critères restrictifs.

Des aides insuffisantes

En France, sur les quelques 2,6 millions d’étudiants, seuls 691 200 bénéficient des bourses sur critères sociaux. 72,8% sont totalement exclus de ces aides.

Tout en sachant que le montant maximal de la bourse est de 555 € /mois.

« Vivre avec 551 € par mois reste compliqué »

« Vivre avec 551 € par mois reste compliqué ». Prenons l’exemple de Bordeaux. La Nouvelle-Aquitaine compte 35 000 boursiers. Le CROUS de la région fait énormément d’efforts pour contenter au mieux les étudiants. « Nous avons un objectif, qui est de 4 000 logements, afin d’absorber la génération des baby-boomers des années 2000 », déclare Mr Prouteau, directeur adjoint du CROUS. Malgré tous ces efforts, le nombre de logements fera certainement des déçus. Quand l’on sait qu’il existe pour l’heure 10 200 logements pour 34 000 étudiants, on sait que le défi sera de taille.

« Il est difficile de dire que ça va, même s’il y a un effort national ».

Un effort ou des bâtons dans les roues, on ne sait pas encore. Notamment quand on voit les aides diminuer.

En France, 800 000 étudiants sont concernés par la baisse des APL (aides au logement) de 5 €.

Le gouvernement est certain que cela fera changer les mentalités de certains propriétaires. Le 22 juillet 2017, le président de la République Emmanuel Macron avait appelé les propriétaires à baisser les loyers pour compenser la perte d’APL. Cet appel est pour l’heure sans réponse, tandis que les étudiants peinent à s’en sortir financièrement.

Pour compenser cette perte, le maire de Biache-Saint-Vaast (62), Michel Housau offre une prime de 150 € à tous les étudiants de sa commune.

Hormis les APL, il existe quelques aides auxquelles les étudiants ont le droit.

Comme 1 français sur 3, les étudiants ne demandent pas les aides auxquelles ils ont droit. Notamment par manque d’information. Parmi ces aides, il existe:

Crédit / Marine Magnien
  • Le Revenu Minimum Étudiant (RME) est un dispositif mis en place par la ville de Chenôve (21) en 1989, à l’initiative de M. Roland Carraz. Une mécanique mise en place dans une vingtaine de communes en France, par le Centre communal d’actions sociales (CCAS) et qui propose une aide à hauteur de 2 200 € par an. Cette aide a été mise en place en place pour « donner toute les chances aux jeunes, de poursuivre des études supérieures, surtout dans une commune où le taux de pauvreté est assez important », exprime Sandra Cruz-Reis, directrice du CCAS de Chenôve. Un dispositif en voie d’évolution dans les années à venir, car les aides, dit-elle, « ne sont pas les mêmes qu’il y a trente ans ».
  • Action Logement. Les aides proposées sont de plusieurs sortes:
  1. L’avance Loca-Pass est une aide à laquelle les étudiants de moins de 30 ans sont éligibles. Pour ce faire, ils doivent être en CDD d’une durée minimale ou avoir une convention de stage d'au moins trois mois, mais encore, être boursier. Cette aide d’un montant de 1 200 € maximum (à partir de janvier 2018), permet de verser le dépôt de garantie demandé par le bailleur. L’étudiant n’aura qu’à rembourser ce prêt sur 25 mois.
  2. Le dispositif Visale est un cautionnement gratuit à destination des étudiants, pour tout logement dans le privé. Mais seulement pour les étudiants boursiers ou en situation d’indépendance.

Pour DOMO France et Action Logement, il faut répondre aux besoins des écoles, avec des résidences services. Bernard Calvo et M. Maisonhaute parlent du fait qu’ils proposent des loyers aux étudiants, en fonction des niveaux de ressources. Des aides non négligeables, même si tous les étudiants ne peuvent y prétendre. Leur ambition, créer 1 900 logements d’ici fin 2019.

  • CLé (caution locative étudiante) est un dispositif permettant aux étudiants de moins de 28 ans n’ayant pas de garant, de disposer d’une garantie de la part de l’État en cas d’impayés. Pour cela, il ne faut pas que le loyer dépasse 500 € en province et 700 € sur Paris.

Pour faciliter la vie des étudiants, le site internet Wizbii a également lancé un service, afin que les étudiants puissent connaître les nombreuses aides auxquelles ils ont droit. Cela, simplement en remplissant un questionnaire.

Des aides accentuant un peu plus les inégalités entre étudiants. L’État français quant à lui, espère pouvoir redonner confiance et le sourire aux étudiants, avec sa réforme de l’enseignement supérieur.

Le "Plan Étudiant"

Le « Plan Étudiant » annoncé en octobre dernier a justement pour but de faire diminuer les inégalités dans l’enseignement supérieur. Les inégalités financières, mais également les inégalités d’accession à l’enseignement supérieur.

« La volonté globale du gouvernement est d’accompagner les étudiants vers la réussite. Trop nombreux sont ceux qui renoncent parce qu’ils n’ont pas les moyens de s’engager dans des études supérieures » F.Vidal

Pour réussir à mettre tout cela en place, l’État va mettre les moyens.

« Pour 2018, c’est 700 millions d’euros supplémentaires par rapport au budget initial de 2017 », a exprimé Frédérique Vidal au micro de France Inter.
« L’idée de notre réforme est de réparer un dispositif qui a fonctionné, mais qui ne fonctionne plus », a annoncé le Premier Ministre Édouard Philippe.

Annoncé le 30 octobre dernier par Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche et présenté en conseil des ministres le 22 novembre, le « Plan Etudiant » compte rénover le système d’accès aux études supérieures. Le but: mettre fin au tirage au sort duquel résultait la procédure APB et améliorer les conditions de vie des étudiants.

« Notre ambition, rendre accessible l’enseignement supérieur au plus grand nombre » déclare la ministre.

Ce plan fait suite à trois mois de concertation. Concertation présentée le 19 octobre à la ministre. Elle regroupait des acteurs de l’enseignement supérieur et scolaire, ainsi que des syndicats d’étudiants et de parents d’élèves.

Cette réforme n’est pas sans rappeler celle de 1986, lorsque Alain Devaquet, secrétaire d’État aux universités à l’époque, dépose un projet de loi pour donner plus d’autonomie aux universités concernant le recrutement des étudiants. Le projet introduit une certaine notion de sélection dans l’accès à l’enseignement supérieur.

Alors le « Plan Étudiant », vraie orientation ou sélection déguisée ?

La nouvelle plateforme « Parcoursup » verra le jour le 15 janvier 2018. L’État souhaite favoriser la réussite de tous les bacheliers.

« Nous allons remettre de l’humain dans le processus d’orientation ».
Crédit / http://education.20minutes-blogs.fr

Des « attendus » seront définis par chaque université. La ministre souhaite toutefois clarifier les choses, « l’élève aura toujours le dernier mot dans le choix de sa filière, MAIS devra faire confiance à l’université et aux enseignants sur le chemin à parcourir ». Pourtant, cette mise en œuvre reste à nuancer. « Les élèves avec de bons dossiers recevront plusieurs « oui » très tôt, mais une partie des lycéens risquent de n’avoir que des « en attente », avertit Julien Grenet, spécialiste des algorithmes de répartition scolaire au Figaro.

L’orientation des futurs étudiants est importante, dans un pays qui pense accueillir 28 000 nouveaux bacheliers d’ici 2018.

Outre l’orientation, l’un des piliers de cette réforme pour la ministre de l’enseignement supérieur est de lutter contre l’échec en première année de licence. En effet, seuls 41,6 % des étudiants réussissent leur 1ère année.

« L’échec c’est encore trop souvent la règle et nous nous y sommes habitués » Frédérique Vidal.

Concernant l’obtention de la licence, seuls 28,4 % y arrivent en 3 ans. Contre 41 % en quatre ans.

Hormis ces nouvelles modalités d’accès à l’université, le plan prévoit des mesures concernant les conditions de vie et de logement des étudiants. Fini les tracasseries avec la sécurité sociale étudiante. Désormais, après 70 ans de bons et loyaux services, le régime social part à la retraite.

L’une des annonces la plus appréciée est le versement de la bourse à date fixe. Et ce, dès la rentrée 2018. Ce sera un nouveau fonctionnement auquel le CROUS devra faire face. « Pour les étudiants c’est mieux, on essayera de s’adapter » dit M. Prouteau du CROUS de Nouvelle-Aquitaine. Actuellement, les aides étaient versées à des dates variables, que les étudiants ne maitrisaient pas. Fin, milieu ou début de mois, les étudiants ne s’en sortaient pas. Désormais, les étudiants pourront prévoir et anticiper leurs dépenses.

Crédit / http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr

Et notamment les dépenses de logement. L’État français souhaite faire avancer les choses pour réduire au mieux les inégalités entre étudiants et surtout pour améliorer leurs conditions de vie.

« Nous devons régler la 1ère préoccupation des étudiants, à savoir le logement » Frédérique Vidal.

Au programme, la création d’environ 60 000 logements d’ici cinq ans. Une promesse que le président Emmanuel Macron, ainsi que Mme la Ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation Frédérique Vidal et M. Jacques Mézard Ministre de la Cohésion des territoires, espèrent mener à bien.

Le 21 novembre 2017 a eu lieu le 2ème Rendez-vous du logement étudiant à l’université Paris-Dauphine. En présence des ministres, de nombreux acteurs du logement étudiants : promoteurs, syndicats, CNOUS, gestionnaires de résidences étudiantes étaient rassemblés autour d’une table ronde pour débattre sur le fléau de bons nombres d’étudiants, à savoir : trouver un logement.

Crédit: Marine Magnien

« La volonté du gouvernement est de s’intéresser de manière spécifique à la vie étudiante et au logement » a déclaré la ministre de l’enseignement supérieur. Ces efforts doivent également s’accompagner d’un effort de réhabilitation des cités universitaires. Mais le plus important est de « s’asseoir sur une meilleure connaissance de l’offre et des besoins » a dit Frédérique Vidal.

« Nous avons une connaissance encore imparfaite des logements étudiants existants », dit la ministre.

Le « Plan Étudiant » annoncé par la ministre semble ne pas être du goût de tous les partis.

Certains se montrent très enthousiastes. Comme Bénédicte Durand, doyenne du collège universitaire de Sciences-Po Paris.

Du côté de Bordeaux- Montaigne, l’avis d’Hélène Velasco, la doyenne, est positif malgré quelques nuances sur l’orientation toute tracée des étudiants.

Alors qu’à l’inverse, les syndicats étudiants, même s’ils avouent que certains points de la réforme sont très positifs, restent perplexes.

« Il faudrait mieux, mais c’est quelque chose de difficile à faire comprendre aux politiques », FAGE - « L’idée d’une sélection est inacceptable », UNEF.
Valentin Moroldo. Crédit / Marine Magnien

Lilâ Lebas s’est exprimé à 20 Minutes, « Nous sommes contre toute forme de sélection à l’université […] Il ne faut pas fermer les portes aux bacheliers en leur refusant l’accès à certaines filières ». Tels sont les mots de l’UNEF pour exprimer son mécontentement face au « Plan Etudiant ». Valentin Moroldo, responsable de l’UNEF sur Bordeaux s’est exprimé. « Il y a beaucoup de choses qui nous gênent. L’idée d’une sélection est inacceptable ». Il craint qu’un étudiant ayant une moyenne un peu plus faible ne puisse pas intégrer l’enseignement de son choix, alors qu’il pourrait tout à fait réussir dans cette voie. « Cela instaure une idée de compétition entre étudiants ». L’UNEF se mobilisera donc en janvier, afin d’essayer de faire retirer ce projet de loi.

La FAGE, présidée par Jimmy Losfeld, évoque le fait que nous subissons notre crise économique et que l’État ne suit pas forcément. « Nous sommes inquiets ». Des aides peu lisibles et injustes. Le budget prévu par l’État est bien, mais pas suffisant. « Sa répartition laisse sérieusement à désirer ». Selon lui, l’État se doit de prendre ses responsabilités.

« Même si tout n’est pas parfait, il faudra rester vigilant ».

« Le nerf de la guerre est double » exprime le mouvement Promotion et Défense des étudiants. Pour nous, « les critiques du gouvernement à l’égard des jeunes sont pire que tout ce qu’on a connu ces derniers temps ». De plus, lorsque le groupe demande des garanties au ministère, ils font face à des personnes peu sûres d’elles. « On veut des garanties derrière, mais on nous répond NON, car il y a trop d’inconnu et qu’ils ne peuvent pas se prononcer dessus ».

Une réforme qui sonne comme un « sacrifice des générations » pour Pascal Sanchez, responsable de l’UNI à Bordeaux. « Une occasion manquée » pour la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal.

A Paris-Descartes, un élu de la condition de vie des étudiants ira même jusqu’à dire que « le plan du gouvernement et l’orientation 'Last Minute' en terminale est un énorme pansement ».

Le constat de ces intervenants est unanime. Tous ont demandés des changements, restés sans réponse positive de la part du ministère. Certains expriment même un certain « mépris » de la part de la classe politique.

Parmi les premiers concernés, les avis sont tout autant divergents.

Pour Amélie comme pour Carole ou encore Floriane, ce « Plan Étudiant » et notamment « Parcoursup » est une sorte de « sélection déguisée » ou une loterie. Une manière de retarder l’entrée de certains étudiants et de ne garder la place qu’à l’élite.

« Les études sont censées être ouvertes à tous », Alyson.

Les étudiants ressentent un vrai déni de la société vis-à-vis de leur situation. « Ils ne se rendent pas compte que tu dois compter chaque centime que tu dépenses, que tu ne manges que des pâtes en fin de mois parce que tu ne peux pas faire autrement » s’insurge Floriane, étudiante. Pendant ce temps là, une députée ose se plaindre de son mode de vie suite à la baisse de ses revenus.

« C’est au dernier qui sera debout comme dans Hunger Games », Maéva.
Crédit / Maéva.M

« L’État se plaint de ne pas avoir assez de médecins, mais ils font une sélection pas possible » se révolte Maéva, étudiante en imagerie médicale à Bordeaux. Elle a connu la galère de la PACES et de ses multiples amphis pour devoir suivre un cours. « Avec un cours en visio dans plusieurs amphis, tu ne peux pas poser de questions. Tu as compris tant mieux, sinon tant pis ». Elle va même comparer cela au Film « Hunger Games » ou « Le Labyrinthe ».

Tout au long de cette enquête, les étudiants ont essayé de faire entendre leurs voix sur les difficultés qu'ils peuvent rencontrer au quotidien. Des difficultés qui ne font qu'accentuer le sentiment d'inégalité au sein de l'enseignement supérieur. Inégalités financières et de condition de vie, mais également inégalités d'accès aux études supérieures.

Pour l'heure, le projet de la ministre de l'enseignement supérieur et du gouvernement est en discussion devant les députés de l'Assemblée Nationale.

Alors, rendez-vous en janvier 2018 afin de voir si le « Plan Etudiant » sera si prometteur et répondra aux attentes des étudiants et futurs étudiants, dans un délai assez restreint.

« L’avenir est dans notre jeunesse, nous devons lui rendre son optimisme », conclut la ministre de l’enseignement supérieur.

*les étudiants interrogés n'ont pas souhaités apparaître en image.

Created By
Marine Magnien
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Credits:

Created with images by David Kennedy - "Hallway Dweller"

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